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Fin d’Israël ?

Yves Argoaz

 

 

Israël, pour rester poli, trouble le monde.

Mais le monde ne s’en afflige que du bout des lèvres hypocrites.

Entre Noël et le nouvel an, Israël balance des bombes, par dizaines, par centaines de tonnes sur une petite bande de terre surpeuplée,  encerclée par un rideau de fer et de béton, que certains décrivent comme le plus vaste camp de concentration du monde.

La population de Gaza se trouve confinée là, parce que le peuple « élu » d’Israël l’a chassée des terres qu’il a arraché aux Arabes en 1948. Parce que, depuis lors, il n’a cessé de repousser les indigènes, de les coloniser, de les parquer dans des réserves où ils sont maintenus dans un état de dépendance économique et politique sans pouvoir retrouver les leurs de l’autre côté des barbelés, puis, dès qu’ils protestent en se soulevant, de les intimider, de les humilier militairement à coups de bulldozer ou de bombes, rasant leurs maisons, massacrant des familles entières, laissant un paysage de ruines derrière Lui, affamant les survivants en ne laissant passer qu’au compte-gouttes aliments et médicaments, en leur interdisant tout commerce extérieur, toute vie sociale, économique et politique normale.

 

Mais où est passée la fierté des Arabes libres fiers qui tolèrent  ces humiliations de leurs frères sans broncher ?

L’Occident injuste, l’Occident américanisé jusqu’à la moelle est-il à ce point acquis (vendu) à l’indéfendable cause israélienne qu’il tolère, excuse, approuve, voire encourage des massacres répétés dans une région qui, selon l’un de ses Livres sacrés, devrait être un berceau de paix et d'amour mais reste cependant, depuis d’innombrables lustres, la pétaudière du monde ?

Où est la vision politique d’une Europe qui clame à tout bout de champ « plus jamais ça ! » à propos des guerres d’hier sans oser démanteler les murs et les barbelés hérissés par les haines d’aujourd’hui, sans oser désarmer les responsables de la barbarie du temps présent ?

Où est l’humanisme dont on nous rebat les oreilles au milieu de ce militarisme bestial ?

 

Israël, petit État surarmé et surprotégé n’en fait qu’à sa guise en écrasant la Palestine et le Liban sous ses bombes quand il lui chante sans qu’on ose lui demander réparation. En bafouant les nombreuses résolutions de l’ONU à son encontre,  en se foutant  littéralement   du  monde.

La pluie de bombes sur le Liban, l’été 2006, c’était hier,  l’avons-nous déjà oubliée ?

Israël se permet sans émouvoir la « communauté internationale » de menacer la Syrie et l’Iran de destruction anticipée pour les empêcher  d’avoir un jour la capacité d’aider militairement leurs frères palestiniens systématiquement opprimés et massacrés.

 

Oh je sais, on nous dit que les Israéliens ne font que se défendre (c’est l’avis de Bush et d'Obama et, à ce titre, on peut douter qu’il s’agisse d’un avis impartial). Mais que pèsent les quelques pétards qassam, ces missiles imprécis de fabrication artisanale, contre l’énorme machine de guerre israélienne dotée d'un équipement étasunien de pointe ?  Que pèsent les quatre morts d’un camp contre les 400, en quelques jours, ajoutés aux milliers de blessés, de l’autre ?

Seul le courage du kamikaze transformé en bombe humaine parvient parfois à donner une réplique à la hauteur des humiliations, des barbaries subies, mais elle est encore trop difficile, trop rare pour ébranler la puissance des oppresseurs.

Que pèse la révolte des miséreux, des opprimés, des colonisés face à l’arrogance brutale d’une redoutable machine à dominer et à tuer sanctuarisée par ses alliés occidentaux ?

Et pourtant, sans jouer les devins, on peut raisonnablement prévoir que le tyran, comme tous ses prédécesseurs, sera jeté bas. Que les opprimés, par un grand soulèvement, feront enfin tomber ce mur de la honte et que le petit État arrogant et surarmé sera enfin remis à sa place, banalisé au sein du vaste monde arabo-musulman dont il n’est qu’une parcelle.

Si rien ne laisse présager de bon ni de pacifique dans l’état actuel des choses qui autorise les grandes puissances hypocrites de ce monde à protéger l’inacceptable tyrannie derrière un dispositif militaire, économique et diplomatique fondé sur le chantage (chantage à la victimologie frelatée autour des massacres de Juifs pour mieux occulter les massacres de Palestiniens, chantage à la frappe aérienne -- même nucléaire --  préemptive, chantage au danger terroriste suscité volontairement quand il n’est pas fabriqué de toute pièce…), la décomposition en cours de l’ordre mondial laisse présager une redistribution des rôles et des pouvoirs dominants qui changera la donne et mettra fin aux  iniquités présentes.

 

C’est dans ce sens qu’on peut attendre, qu’on peut désirer la fin d’Israël comme une bonne chose, comme une nécessité pour la paix des peuples, comme la condition préalable pour désamorcer la guerre mondiale que l’Occident américanocentré livre au reste du monde et que, ce faisant, il se livre à lui-même.

Irak-Iran-Syrie-Afghanistan-Palestine, même combat. Israël est le nœud de la subversion du monde entamée par les États-Unis (subversion reconnue dans le document intitulé Projet pour un nouveau siècle américain, PNAC). Subversion qui s’essouffle, toutefois, dans les Balkans et le Caucase, en Europe médiane (malgré le chapelet persistant de bases US) face au retour de la Russie, en Extrême- Orient, face à la Chine et partout ailleurs face au discrédit croissant de la puissance nord-américaine, dont le rêve achève de se briser sur la crise de la mondialisation capitaliste, dont les forces s’embourbent dans de sales guerres perdues.

Israël est le nœud gordien que le monde devra trancher pour aller de l’avant vers le nouvel ordre mondial (le « nouveau nomos de la terre ») sans passer par l’apocalypse de la guerre mondiale ouverte, promise à ceux qui n’auraient pas l’audace du coup d’épée nécessaire.

Israël, patrie originelle de l’idéologie monothéiste qui a investi l’âme occidentale, a appelé, en guise de contrepoids, l’idéologie islamique à laquelle elle se confronte aujourd’hui, après ses nombreux siècles de rivalité avec l’hérésie judéo-chrétienne. Les deux branches guerrières de ce même monothéisme se renforcent de leur affrontement.

Or, la vraie patrie spirituelle, la vraie religion de l’Europe ne sont pas issues de la matrice monothéiste, comme le devinent instinctivement bon nombre d’Européens. Trancher le cordon ombilical aura le double avantage de nous aider à sortir d’une guerre de religions qui n’est pas la nôtre et de nous encourager, nous les Bons Européens, à recouvrer l’héritage confisqué, à renouer avec les mythes les plus féconds de l’esprit européen, à ranimer le corps d’une Europe depuis si longtemps assoupie sous un linceul nihiliste.

La fin d’Israël en nous est sans doute un préalable à celle de l’État sioniste car celui-ci ne survit que grâce à l’appui sans faille, à la complicité dans le crime que lui accorde l’Occident. Mais elle est surtout une fin en soi, plus importante encore que tous les impératifs géopolitiques, une libération impérieuse, le préalable au ressaisissement de l’Europe par elle-même.

Bien entendu, prévoir et espérer la fin d’Israël au double sens où nous l’entendons ici n’est nulle incitation à la haine contre les Juifs. Bien au contraire, nous pensons que la persistance d’un État juif colonial et militariste tel qu’il existe aujourd’hui constitue en soi une grave menace non seulement pour le monde entier, mais aussi pour les Juifs eux-mêmes, surtout ceux qui vivent encore au Moyen-Orient, particulièrement en Israël. Nous sommes en cela d’accord avec ces Juifs antisionistes qui rappellent régulièrement que judaïsme et sionisme ne doivent pas être confondus, que le premier est une religion plurimillénaire alors que le second est une idéologie nationaliste vieille d’à peine un siècle.

L’Europe n’est pas plus adepte du sionisme qu’elle n’est l'héritière du judaïsme. Mais si elle peut, et doit même, accepter le judaïsme comme l’une des grandes traditions religieuses du monde sans pour autant s’inscrire dans sa filiation, elle n’est nullement obligée, dans le sillage des États-Unis, d’excuser, voire d’encourager les exactions de l’État hébreu contre les Palestiniens.

L’Europe peut, et doit même, au nom de sa plus longue mémoire propre, de sa plus grande fidélité envers elle-même, aller plus loin encore et renoncer à partager l’idéologie du peuple élu (quelle que soit l’ethnie ou la secte revendiquant cette élection autoproclamée) qui, tant sous sa forme  religieuse que laïque, est à la source de tous les messianismes, les colonialismes et les nationalismes contemporains.

L'idéologie de l'empire du Bien a sans doute vécu ses derniers beaux jours. Mais elle projette encore son ombre sinistre au Moyen-Orient, comme aux États-Unis. Elle opprime, et massacre ceux qu’elle désigne comme ennemis, hier en Yougoslavie et au Liban, aujourd’hui à Gaza, en Irak, en Afghanistan, au Darfour, en Somalie… Demain ?  Son effondrement, au moment où éclatent  les bombes sur des populations civiles opprimées et sans défense, n’est certes qu’une hypothèse, comme l’étaient naguère celles de la décolonisation, de la chute de l’apartheid en Afrique du sud ou de l’effondrement de l’empire communiste, mais au nom de quelle inconscience peut-on se permettre de ne pas l’envisager, de ne pas s’y préparer, de ne pas redéfinir une politique internationale (arabe en particulier) plus juste et équilibrée, digne de la grande puissance en devenir qu’est l’Europe ?

 31/12/08


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