Humeur du jour
Ce 5 février 2008
L’Europe du
vide
Pierre
Le Vigan
On
oppose dialogue des civilisations à choc des civilisations. Encore faut-il
savoir de quelles civilisations il s’agit. De Paris à Dubaï s’agit-il de la
même civilisation ? Ou d’une forme identique de décivilisation qui nie
d’une part, là bas, une civilisation Arabe, d’autre part, ici, une civilisation
qui est la notre, la civilisation Européenne ? C’est au fond l’arasement
des différences entre civilisations qui est le propre de la modernité technicienne
et capitaliste. Le « dialogue » prend ainsi un autre sens que celui
de la mise en face à face d’affirmations. Il est soit une supercherie où on
accepte de discourir sur le terrain de l’adversaire soit un vide dans lequel
les deux s’engouffrent et perdent le sens de leur identité.
Régis
Debray relève que pour dialoguer il faut « avoir quelque chose à donner à
l’autre, c’est-à-dire savoir d’où l’on vient soi-même, avoir à la fois
conscience et orgueil de ce que notre
histoire et notre géographie ont fait de nous. Des gens de culture, sans
colonne vertébrale, même animés de bons sentiments, sont inaptes à
l’exercice » (Un mythe contemporain : le dialogue des
civilisations, CNRS éditions, 2007). Le mot important dans ce qu’écrit
Régis Debray est bien entendu « sans colonne vertébrale ». C’est
pourquoi il est très significatif de l’esprit du temps que le Musée des Arts et
Traditions Populaires soit fermé définitivement et « remplacé » à
terme par un Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, qui
sera implanté à Marseille. On notera que ce dernier Musée ne sera surtout pas
un Musée de la civilisation européenne (ce qui serait sans doute jugé comme une
« provocation » vis-à-vis des autres cultures). C’est ainsi que l’on
se dévalorise soi-même et, mieux encore, que l’on s’oublie soi-même. A partir
de là, on ne peut guère espérer la réussite d’une quelconque intégration ou
assimilation d’immigrés. Pour s’intégrer à des gens qui nient avoir quelque
chose de spécifique comme culture et civilisation, il faudrait être masochiste.
Si les Européens ne croient plus en l’Europe, pourquoi d’autres y croiraient
ils à leur place ? Si l’Europe est un vide spirituel, éthique et
esthétique (et bien sûr politique mais ce n’est là qu’une conséquence) comment
ne serait-il pas naturel de vouloir la remplir avec l’Islam pour les plus
exigeants, le hip hop, la télé et le rap pour les autres ? L’Europe du vide sans puissance ni éclat
appelle la médiocrité des us et coutumes de la nouvelle société de consommation
ou bien la force du plein des autres.

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