" Ce qu'il manque à
l'Europe, c'est une âme"
Jacques Delors
Le non irlandais résonne comme un
coup de pen baz comme on dit en Bretagne. C’est le coup de
bambou qui plonge
les Européens dans un ko debout les laissant perplexes pour
ne pas dire
hagards. Le sommet des chefs d’états et de
gouvernement qui a suivi n’a pas
éclairci la situation, la visibilité du devenir
de l’union reste brouillée.
Pour autant il faut avoir
confiance, car l’Union européenne, rebondira.
Personne, en effet (hormis
quelques irresponsables), à l’analyse des
commentaires des uns et des autres ne
souhaite la fin de l’aventure de soixante années
pour la paix et l’union des
peuples et des nations européennes que les
traités, signés par les pays membres,
veulent « sans cesse plus
étroite ». il s’agit
aujourd’hui d’avoir
une vision et d’avancer les idées qui vont
permettre de dépasser une situation
bloquée.
Tous ceux qui, ici et là, prônent
le non permanents aux traités clament haut et fort
qu’ils sont Européens. Mais
que veut dire « être
européen » ? On pourrait ici
s’inspirer de
la fameuse formule de Morvan Levesque et dire
qu’être européen c’est
être
conscient de sa qualité d’Européen.
Cela touche au sentiment d’appartenance et
sans doute à quelque chose de plus fort que la
citoyenneté européenne qui
finalement n’est plus perçu que comme un outil de
la possession de droits
communs en Europe. Encore faut-il, pour la vox populi,
définir ce qu’est
l’Europe.
L’Union est-elle,
aujourd’hui, faites pour ses citoyens et ses nations membres
ou bien pour le
reste du monde dans une perspective d’équilibre
planétaire ou les deux ?
Répondre à cette question, voilà la
première mission que doit remplir tous ceux
qui ont la charge de penser la suite de la construction
européenne ? Une
seconde est de s’attacher, enfin, à organiser une
Europe de la cohérence entre
nations, visible, lisible, acceptée par ses citoyens et la
cohésion entre ces
mêmes citoyens. Ce
sera le travail de
la PFUE qui commence la semaine prochaine. D’autant plus que
les sondages
Eurobaromètre confirment la volonté de plus forte
intégration de l’opinion
européenne.
Les citoyens
sont lucides :Comment,
en effet imaginer poursuivre la construction d’une Europe de
l’euro
fonctionnant avec des systèmes économiques
différents ? Une Europe qui
parle de sa défense et de sa sécurité
commune mais qui, dans le même temps
organise et consolide, en son sein, la compétition entre ses
membres. Il faut
donc donner une autre nature à l’Union
européenne.
Si
elle a un caractère
géopolitique et stratégique évident,
celle-ci doit
être plus concrète pour ses
citoyens, palpable, saisissable. Sans doute pèche-t-elle en
ce
domaine mais
c’est la résultante des points
précédemment
énumérés. La nécessaire
pédagogie
proposée par la PFUE devra donc être rapide,
offensive,
omniprésente et
honnête. C'est-à-dire informer mais plus surement
former
les citoyens de
l’Union a ce qu’est l’Europe, ce
qu’elle dit,
ce qu’elle fait pour et avec ses
citoyens et ses membres.
L’union,
si elle veut perdurer,
ne peut, non plus faire l’économie du
débat. Sans doute est ce là un
élément
compliqué à mettre en place mais
nécessaire. Ecouter et entendre les Européens,
mesurer leurs sentiments, adapter la construction de l’Union
à leur propres
projets. En un mot ouvrir le dialogue. Les faire s’exprimer
sur le sens de la
construction européenne.
À l’analyse, un point fondamental
semble aujourd’hui faire
l’unanimité
chez les tenants du oui et du non, entre les états-membres,
entre les partis
politiques. Il s’agit du caractère supranational
de l’Union européenne
développé
par Robert Schuman. C’est une piste concrète qui
se présente aux Européens pour
sortir de l’ornière dans laquelle
l’Union s’est enfoncée. Cette voie
mérite
d’être explorée. Elle peut permettre
d’apporter des réponses concrètes en
matière de démocratie, de citoyenneté,
de sens de la construction européenne.
Je veux parler de l’idée nouvelle de la structuration
de la supranationalité des citoyens européens.
En effet, ce qu’il manque
c’est, pour reprendre l’expression de jacques
Delors « une âme
à l’Europe ». Puisque l’on ne
peut (encore) parler de
nation européenne, érigeons alors la supra
nationalité européenne comme
principe spirituel. Plus que la citoyenneté, non
intégrée par les Européens, la
supra-nationalité du citoyen est un moyen de
développer et d’exprimer le
sentiment d’appartenance à
l’entité commune.
Dans qu’est
ce qu’une nation, Ernest Renan nous donne des clefs
pour avancer dans la
proposition. L’âme de l’Europe est dans
le passé, elle est la possession en
commun d'un riche legs de souvenirs. Le principe spirituel est le
consentement
actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de
continuer à faire valoir
l'héritage qu'on a reçu indivis. Si, dans le
passé, un héritage de gloire et de
regrets à partager. Dans l'avenir s’ouvre un
même programme à réaliser. C’est à
cet avenir que doivent être conviés
les Européens.
La supranationalité des citoyens européens serait
alors une nouvelle forme de solidarité,
constituée par le sentiment des
sacrifices déjà faits et de ceux que les
Européens sont disposé à faire encore.
Elle suppose le consentement, le désir clairement
exprimé de continuer la vie
commune.
*Emmanuel Morucci est docteur en sociologie de
l’Europe. Il est membre du réseau
d’experts-conférenciers Team Europe de la
Commission européenne et fondateur de la Maison de
l’Europe de Brest et de
Bretagne ouest. Il
est
également conseiller municipal de Guipavas (Brest
métropole Océane)