Par Paul Craig Roberts
<http://www.vdare.com/roberts/all_columns.htm>
Source : http://www.alterinfo.net
Les experts en Occident et les gens ordinaires en
terres arabes ont
compris depuis de nombreuses années que les
États-Unis n'ont pas de
politique indépendante envers le Moyen-Orient. Le
président Jimmy
Carter, un homme de bonne volonté, a essayé
d'utiliser l'influence des
USA pour régler le conflit israélo-palestinien,
une dangereuse source
d'instabilité au Moyen-Orient. Pourtant, Israël a
réussi à bloquer la
tentative de Carter tout en rejetant la faute sur Yasser Arafat. Le
plan de Carter aurait donné naissance à un
État palestinien. Israël ne
veulent pas d'un tel État pour la raison évidente
que l'agression
militaire est nécessaire pour voler le territoire d'un
État aux
frontières définies. Il est beaucoup plus facile
de voler des terres
non étatiques.
En empêchant l'avènement d'un
État palestinien, Israël a
été en
mesure de poursuivre son vol de la Cisjordanie. Les Palestiniens qui
n'ont pas été expulsés ont
été forcés dans des ghettos,
coupés des
écoles, des hôpitaux, de l'eau, de leurs
oliveraies et de leurs terres
agricoles. Dans un livre récent, le président
Carter appelait «
apartheid » la situation actuelle. Carter fut
diabolisé par le lobby
d'Israël pour avoir utilisé ce mot, mais certains
experts considèrent
que le choix des mots de Carter est un euphémisme pour la
continuation
de ce que I. Pappe et NG Finkelstein appellent « le nettoyage
ethnique
de la Palestine. »
Le
fait que la grande majorité des Étasuniens ne
sache rien
de tout ça témoigne de la puissance du lobby
israélien.
Un certain nombre d'auteurs ont exposé
l'inconduite d'Israël et la
puissance du lobby, mais jusqu'à présent,
celui-ci a réussi à
marginaliser ses détracteurs en les traitant d'«
antisémites, » de «
nazis » et d'« ennemis des Juifs. » Dans
un nouveau livre, John J.
Mearsheimer et Stephen M. Walt ont brisé le pouvoir du lobby
israélien
à étouffer la vérité en
diabolisant et en intimidant tous ceux qui
critiquent Israël.
Mearsheimer et Walt sont de distingués
savants tenant des positions
importantes à l'Université de Chicago et
à l'Université de Harvard,
deux des plus éminentes universités des USA. Leur
ouvrage, The Israël Lobby and US Foreign Policy
<http://www.amazon.com/Israel-Lobby-U-S-Foreign-Policy/dp/0374177724>
(Le lobby d'Israël et la politique
étrangère US), publié par
l'éditeur
étasunien réputé, Farrar, Straus et
Giroux , est un chef-d'˛uvre
d'érudition et de documentation. Les notes prennent 23 pour
cent des
pages du livre.
Mearsheimer et Walt réussissent
facilement à construire leurs
arguments qui démontrent que le soutien des USA à
Israël ne peut
s'expliquer par des raisons ni stratégiques ni morales. Seul
le pouvoir
du lobby d'Israël peut expliquer l'amenuisement des causes
morales et
stratégiques qui ne cesse de s'amplifier avec le soutien
d'Israël par
les États-Unis, même au détriment de
leurs intérêts stratégiques et
nationaux. En fait, le pouvoir exécutif et
législatif sont si
totalement compromis par le lobby, que les différents
éléments de la
politique US sur le Moyen-Orient « ont
été conçus entièrement ou
en
partie au profit d'Israël, contre ses divers rivaux.
»
Chapitre après chapitre, Mearsheimer et
Walt démontrent les effets
délétères que le lobby a eu sur les
relations avec les Palestiniens,
l'Irak, la Syrie, l'Iran et le Liban. Les deux chercheurs concluent :
L'influence
du lobby a aidé à amener les
États-Unis dans une guerre désastreuse en
Irak et a paralysé les efforts pour négocier avec
la Syrie et l'Iran.
Elle a aussi encouragé les États-Unis
à avaliser l'attaque mal conçue
d'Israël contre le Liban, une campagne qui a
renforcé le rapprochement
du Hezbollah avec la Syrie et l'Iran, et a encore terni l'image
mondiale des USA. Le lobby porte la responsabilité
considérable, mais
pas complète, de tous ces développements, et
aucun d'entre eux n'était
bon pour les États-Unis. Il est difficile
d'échapper aux problèmes,
même si les difficultés US dans la
région du Moyen-Orient ne
disparaissaient pas si le lobby était moins influent, les
dirigeants US
trouveraient plus facile d'explorer d'autres approches, et seraient
plus enclins à adopter une politique plus conforme aux
intérêts US.
Il
n'y a rien d'antisémite à propos de ce livre.
Mearsheimer et Walt
ne remettent pas en cause le droit d'Israël à
exister ou la légitimité
de l'État israélien. Ils estiment que les
États-Unis doivent défendre
Israël contre les menaces à sa survie. Ils ont
même de la considération
pour l'AIPAC, l'American Israel Public Affairs Committee,
à titre de lobby US légitime et non pas en tant
qu'agent d'un État étranger.
Les
mobiles de ces deux savants, mis à part le respect de la
vérité
et l'obligation de parler, sont de servir les
intérêts légitimes
d'Israël et des USA. Mearsheimer et Walt, en accord avec de
nombreux
historiens et commentateurs israéliens sur le fait que la
politique
israélienne envers la Palestine et les Arabes, de concert
avec la
répression des critiques du lobby, ont
été « directement nuisibles pour
Israël. » La rigidité qu'Israël
a imposé à la politique
étrangère des
USA a enlisé ces derniers dans des guerres, vieilles
maintenant d'une
demi décennie ou plus, en Irak et en Afghanistan. Alors
même que les
Musulmans en colère menacent de submerger la marionnettes
des USA au
Pakistan, le vice-président Dick Cheney, Israël et
ses alliés
néo-conservateurs s'efforcer d'amorcer la guerre avec
l'Iran.
C'est
un prix élevé à payer pour l'expansion
territoriale d'Israël
même si la politique de guerre et de coercition
US-israélienne réussit.
Si l'agression militaire ne parvient pas à placer le
Moyen-Orient sous
l'hégémonie des USA et d'Israël, les
dangers qui pèseront sur les flux
d'énergie et l'existence d'Israël pourraient
aboutir à l'utilisation
d'armes nucléaires. Il est littéralement fou pour
les États-Unis
d'exposer le monde à de tels risques pour les
intérêts de la politique
malavisée d'Israël envers la Palestine.
D'autres chercheurs, surtout ceux dont le sens de
justice est blessé
par l'oppression cruelle dont souffrent les Palestiniens aux mains
d'Israël, sont plus critiques que Mearsheimer et Walt. Ces
derniers
font d'Israël et du lobby une question de bons offices en
définissant
le problème comme l'un des intérêts
nationaux légitimes des États-Unis
et d'Israël plutôt qu'une affaire de crimes,
d'inhumanité et
d'injustice.
Plutôt
que les intérêts nationaux légitimes,
James Petras, professeur
émérite de sociologie à
l'Université de Binghamton à New York, voit
«
un niveau de crimes parallèle à celui des nazis
durant la Seconde
Guerre Mondiale » (The Power of Israel in the
United States <http://www.amazon.com/Power-Israel-United-States/dp/0932863515>
(Le pouvoir d'Israël aux Etats-Unis),
2006). Petras écrit que « les architectes de la
guerre d'Iraq ont
planifié une série de guerres de
conquêtes agressives, basées sur le
principe de la domination par la violence, de la torture, du
châtiment
collectif, de la guerre totale contre les populations civiles, leurs
maisons, leurs hôpitaux, leur patrimoine culturel, leurs
églises et
leurs mosquées, leurs moyens d'existence et leurs
institutions
éducatives. Ce sont les plus grands crimes contre
l'humanité. »
«
Les pires crimes, » écrit Petras, « sont
commis par ceux qui
prétendent être un peuple élu
divinement, un peuple avec la
revendication justifiée de victime suprême.
»
Il reste à voir combien plus de sang et
de trésors de fanatisme les
Sionistes vont tirer des Étasuniens. Mais une chose est
certaine : le
lobby israélien est beaucoup trop puissant pour les gens
estimables des
USA et d'Israël.
Il y a quarante ans, le lobby était
assez puissant pour forcer le
président Lyndon Johnson à dissimuler l'attaque
israélienne
intentionnelle contre l'USS Liberty, qui faisait 34
Étasuniens morts et
174 blessés. L'amiral Thomas Moorer, chef des
opérations navales et
président de l'état-major déclarait :
« Nul président étasunien ne peut
tenir tête à Israël <http://www.vdare.com/roberts/070815_america.htm>
. »
Quarante
ans plus tard, le lobby d'Israël est en mesure de suborner
les universités catholiques et d'annuler les
décisions de
titularisation. Le savant courageux Norman Finkelstein s'est vu refuser
une fonction <http://www.vdare.com/roberts/070916_conservatism.htm>
à l'Université DePaul de Chicago dans
l'Illinois,
pour avoir effectivement critiqué la politique
israélienne.
En Amérique aujourd'hui, les
universitaires et les intellectuels qui
omettent de s'aligner sur le lobby ont peu de chances de recevoir le
soutien des institutions conservatrices ou libérales.
Même l'article de
Mearsheimer et de Walt, The Israel Lobby,
commandé par Atlantic Monthly
et duquel a été développé
leur livre, a
dû être publié à
l'étranger par The London Review of Books
<http://www.lrb.co.uk/v28/n06/mear01_.html>
lorsque l'éditeur d'Atlantic Monthly
n'en a pas eu le courage.
Les
Étasuniens patriotes qui se glorifient de la position de
leur
pays comme « unique superpuissance » ont beaucoup
à apprendre sur la
soumission de leur politique extérieure à un
petit pays de cinq
millions d'habitants.
Pour commencer à apprendre, il n'y a pas
meilleur chose que The Israel Lobby de Mearsheimer
et de Walt.
