Pierre Le Vigan
1er
septembre 2008

Depuis
la
chute du Mur de Berlin, l’Europe a retrouvé ses
frères séparés du centre et de
l’est :
polonais, roumains, hongrois, etc. Non seulement les pays de
l’ancien « Pacte de Varsovie » ont
retrouvé
leur indépendance mais d’anciens pays
rattachés de
force à l’URSS sont devenus
indépendants : les
trois Pays baltes, la Géorgie,
l’Arménie, etc.
Conséquence : la Russie s’est trouvée
plus
réduite géographiquement
qu’à la fin du
règne de Catherine II, au XVIIIe siècle. Jamais
une
grande puissance n’a accepté autant de reculs sans
guerre,
et ce pour le plus grand bien de l’humanité.
Mais il y a des limites à ne pas franchir. Quand les pays
limitrophes de la Russie se rapprochent de l’Alliance
«
atlantique », de son organisation militaire l’OTAN,
s’alignent sur la politique offensive et parfois belliciste
des
États-Unis d‘Amérique, la Russie a le
sentiment que
ces politiques anti-russes et pro-américaines de pays
voisins
constituent autant de menaces contre elle, autant de pistolets
braqués sur elle, et autant de tentatives de
l’encercler.
C’est dans ce contexte qu’est survenue la crise
géorgienne. Que s’est-il passé ? La
Géorgie,
après avoir longtemps dans son histoire recherché
la
protection de la Russie, notamment contre les Perses, est
dirigée par un président très
clairement
allié inconditionnel des États-Unis.
C’est par
ailleurs une plaque tournante pour l’acheminement du
pétrole. Le 13 mars 2007, le parlement géorgien a
adopté une Déclaration sur
l’adhésion
« complète et urgente » de la
Géorgie
à l’OTAN. Les conséquences en sont bien
entendu
légitimement inquiétantes pour la Russie,
à ses
portes. La Russie doit elle accepter ce que les
États-Unis
n’ont pas toléré lors de la crise des
missiles
à Cuba en 1962 ? La Russie n’a pourtant
entrepris
aucune action militaire. C’est la suite des
événements qui l’a amené
à
intervenir. Pourquoi ? Explications. La Géorgie comporte
trois
régions peuplées de populations qui demandent
leur
autonomie et sont pro-russes (l’Ossétie du sud,
l’Abkhazie, l’Adjarie). Les deux
premières
régions sont limitrophes de la Russie. Ayant
dû se
retirer pour l’essentiel de l’Ossétie du
sud, la
Géorgie a tenté de la reprendre par la force le 8
août 2008, n’hésitant pas à
bombarder la
population. La Russie est alors intervenue, elle aussi
militairement, pour garantir la très majoritaire
volonté
d’indépendance de l’Ossétie
du sud et ses
aspirations de rapprochement avec l’Ossétie du
nord,
appartenant à la fédération de
Russie.
Dés lors, Ossétie du sud et Abkhazie ont
proclamé
leur indépendance que la Russie a reconnu. Quel exemple
suivait
la Russie ? Celui des puissances occidentales, qui ont reconnu il y a
quelques mois l’indépendance
unilatérale du Kosovo,
en portant atteinte à
l’intégrité
territoriale de la Serbie. A la différence que la Serbie, si
elle était de sympathie « pro-russe »,
ne
constituait aucunement un pistolet braqué sur le
cœur de
l’Alliance atlantique et n’aspirait aucunement
à
intégrer une alliance militaire pro-russe et
anti-occidentale.
On le voit : au-delà de la mosaïque des ethnies
dans les
affaires du Caucase et singulièrement de la
Géorgie le
problème de fond est de savoir si on veut une Russie forte
ou
faible. Une Russie faible, c’est
l’intérêt des
États-Unis. Ce n’est pas
l’intérêt de
l’Europe. La Russie est une part de l’Europe, donc
l’Europe ne peut vouloir la faiblesse d’un de ses
membres.
La Russie est notre arrière pays, l’Europe
n’est
forte qu’étendue vers la Sibérie. De
son
côté, la Russie est européenne sans
être
toute européenne : elle est ainsi un pont vers les autres.
La
Russie est ce qui donne et donnera à l’Europe sa
force,
son espace, sa capacité d’agir pour le
multilatéralisme. L’Europe a besoin
d’une Russie
forte et respectée, de même que l’Europe
a besoin
d’être forte et respectée ; Europe et
Russie sont
deux espaces de civilisations qui ont vocation à se
rapprocher,
à travailler ensemble pour leur défense et leur
sécurité, à lutter contre
l’hégémonisme sans frein de la seule
hyper-puissance d’aujourd’hui, les
États-Unis
d’Amérique du nord.
Vouloir encercler la Russie, vouloir l’écarter du
règlement des affaires du monde, la marginaliser,
déformer la présentation de ses actes, intoxiquer
les
opinions sur sa politique prétendue impérialiste,
c’est agir contre l’Europe ; Oui l’Europe
a besoin
d’une Russie forte, elle a besoin d’une Russie
respectée, elle a besoin d’une Russie en
sécurité sur ses frontières.
Non, ce n’est pas la Russie qui est menaçante,
c’est
l’expansionnisme de l’OTAN qui est facteur de
risques de
guerre. La Russie doit savoir que des Européens lui disent :
nous avons besoin d’une Russie forte et ferme, autant que
mesurée.
L’Europe ne doit pas être solidaire d’une
politique de confinement dirigée contre la Russie.
Amitié et paix avec la Russie éternelle.