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Pour un fédéralisme différencié

Christian Guyonvarc'h

Christian GUYONVARC'H est né en 1964.

Historien de formation (Licence en 1984 à Nantes puis Maîtrise à Brest). Cofondateur a Nantes, en 1982, du Comité de solidarité avec les peuples d'Afrique du Sud et de Namibie (CSPAN), association anti-apartheid, il entre en contact avec l'élu nantais de l'Union démocratique bretonne et adhère à l'UDB en novembre 1983. Enseignant de 1984 à 1987, il effectue un service civil de deux ans comme objecteur de conscience auprès de l'association des instituteurs et professeurs laïcs bretons Ar Falz - Skol Vreizh (" La Faucille-École bretonne "). Administrateur du groupe parlementaire Arc-en-ciel (" régionalistes ") au Parlement européen de 1989 à 1994, il travaille avec le député européen et autonomiste corse Max Simeoni. Depuis 1995, il est conseil d'entreprise indépendant en financements européens et en joint-ventures dans le domaine de l'innovation et du développement technologique.

Depuis 1995 conseiller municipal délégué aux relations avec les institutions européennes à Lorient, où l'UDB compte trois autres élus dont le maire-adjoint en charge de l'environnement et de la santé. Porte-parole de l'Union démocratique bretonne (UDB) depuis 1994.

Auteur de plusieurs ouvrages politiques, économiques ou historiques dont : Quelle place pour la Bretagne dans le marché unique européen ? (éditions Presses Populaires de Bretagne, 1988), Une Bretagne responsable dans un monde solidaire (éditions Presses Populaires de Bretagne, 1995, avec Yann Fievet), Histoire de France: mythes et réalités (éditions Eres, 1995, avec Suzanne Citron et Yves Plasseraud), Les minorités en question (édité par le Groupement pour les droits des minorités, 1999, ouvrage collectif).

Le siège de l'UDB est à Nantes, 21, rue de Coulmiers.

Adresse postale :Unvaniezh Demokratd Breizfi / Union Démocratique Bretonne

Affaires extérieures : B.P.203,56102 An Oriant / Lorient Cedex 

Tel : 02 97 84 85 02. Fax/répondeur : 02 97 84 85 23 Site internet : http://wwMigeocities.com/udb.geo  

L'Esprit Européen : l'Union démocratique bretonne (UDB), dont vous êtes le porte-parole, est un mouvement politique qui se présente aux élections. Combien a-t-elle d'élus locaux ? Quel est son poids électoral?

Christian Guyonvarc'h - L'UDB compte 71 élus municipaux et délégués intercommunaux auxquels s'ajoutent 21 élus non cartes qui forment ensemble l'Association des élus municipaux bre­tons (AEMB). L'UDB compte deux maires et des élus dans la plupart des villes principales de Bretagne (Nantes, Saint-Nazaire, Rennes, Saint-Malo, Lorient, Concarneau, Guingamp, Lannion, Paimpol...), tous élus sur des listes d'union de la gauche ou divers gauche.

Aux élections régionales de 1998, faute d'accord avec la " gauche pluriel­le", l'UDB a présenté ses propres listes dans les quatre départements de la Bretagne administrative et en Loire-Atlantique. Elle a recueilli 50.000 voix, soit 3,5% des suffrages.

L'UDB obtient généralement ses meilleurs résultats aux élections locales (municipales et cantonales). Aux élections cantonales de 1998, les scores de ses 40 candidats ont oscillé entre 2,5 et 11,5% pour une moyenne de 6%.

L'EE - Outre le rattachement du département de la Loire-Atlantique à la Bretagne, quels sont les autres objectifs de l'UDB? Comment se définit-elle ? Est-elle régionaliste ? Autonomiste ? Nationaliste ? Indépendantiste?

CG - L'UDB se définit comme un parti politique breton, de gauche, écologiste et fédéraliste européen. Elle n'a jamais situé son action sur les seuls terrains institutionnel et culturel, ce qui explique son engagement dans la gestion de plusieurs dizaines de communes depuis 1971. Depuis plus de trente ans, l'UDB a mené des combats très rudes sur divers terrains : contre l'implantation de centrales nucléaires en Bretagne, pour le développement des énergies renouvelables et la construction de centrales thermiques au gaz développant la cogénération, pour la réorientation de l'agriculture bretonne vers des productions labellisées privilégiant la qualité et la recherche de valeur ajoutée, pour la revalorisation des salaires dans les industries agro-alimentaires, pour le droit des femmes à l'IVG, pour la régularisation des  " sans papiers " qui en avaient fait la demande auprès des préfectures à l'invitation du ministère de l'Intérieur, etc. Ses choix idéologiques limitent évidemment son champ électoral, tous les " autonomistes " bretons n'étant pas obligatoirement de gauche et écologistes (cf. les 50.000 voix recueillies par les diverses listes autonomistes de droite ou de centre-droit aux dernières régionales dont celle de Jean-Yves Cozan, ancien député et responsable UDF dans le Finistère et aujourd'hui vice-président " indépendant " du Conseil régional en charge de l'identité bretonne).

Sur le plan institutionnel, l'UDB revendique un statut d'autonomie interne pour la Bretagne, dans le cadre de la République française (dont la constitution devrait évidemment être révisée) et de l'Union européenne. L'UDB n'a pas de modèle mais elle s'inspire des statuts qui s'appliquent dans des régions européennes maritimes, de taille comparable et dotées d'une identité culturelle spécifique comme la Galice, la Catalogne, le Pays basque, la Flandre, le Pays de Galles et l'Ecosse. En 1999 l'UDB a adopté un     " projet de statut politique " pour la Bretagne qui est une forme de constitution régionale. Les compétences d'une Bretagne autonome et ses relations tant avec les institutions centrales de la République Française qu'avec l'Union européenne y sont exposées dans le détail. 

La réunification 'administrative de la Bretagne va de soi pour tout démocrate qui se respecte. Le pays nantais est  breton depuis l'an 851 au même titre que le pays rennais. La séparation de la Loire-Atlantique du reste de la Bretagne date du 30 juin 1941 (décret pris par Pétain et Darlan). Depuis 1986 trois sondages d'opinion commandés par France 3, Le Pèlerin et Ouest-France ont montré successivement que 63%, 64% puis 68% des habitants de Loire-Atlantique en âge de voter souhaitaient la réunification. Nous sommes des démocrates : la volonté de la majorité doit s'appliquer. Nous réclamons un référendum.

L'EE - Votre mouvement réclame le soutien des collectivités locales aux établissements scolaires en langue bretonne. Dans ce contexte, que vous a inspiré le débat sur la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires?

CG - Sur ce sujet, la position de l'UDB n'est pas originale en Bretagne. La ratification de la Charte européenne est très largement souhaitée. Depuis plusieurs années, diverses enquêtes d'opinion ont montré que de l'ordre de 90% des Bretons souhaitaient que les pouvoirs publics prennent les mesures nécessaires pour assurer l'avenir de la langue bretonne dans la société bretonne. En l'an 2000, l'avenir de cette langue, comme de toute autre langue, passe évidemment par son enseignement et son utilisation comme vecteur d'enseignement, mais aussi par une présence quotidienne dans les médias et son utilisation dans les collectivités locales. Au côté du français évidemment puisque la langue française est considérée, au même titre que la langue bretonne, comme partie intégrante du patrimoine linguistique et culturel de la Bretagne (ce que certains esprits hermétiques ont bien du mal à comprendre...).

À terme, notre objectif est clair : faire en sorte qu'en Bretagne chaque personne puisse communiquer dans la langue de son choix, français ou breton. Nous souhaitons aussi que le gallo, dialecte roman parlé en Bretagne orientale, bénéficie de mesures de promotion dans l'enseignement et les médias mais force est de constater qu'aujourd'hui la demande sociale n'atteint pas, loin s'en faut, celle qui s'exprime en faveur de la langue bretonne.

Depuis le début des années 90 les plus grandes manifestations qui se sont déroulées en Bretagne ont concerné soit des questions environnementales (dégradation de l'eau), soit la langue bretonne (8 à 10.000 personnes à Carhaix en 1999 pour que les Écoles Diwan soient intégrées au service public). Il ne s'agit donc pas d'un phénomène de mode.

L'EE - La France va bientôt fêter vingt années de décentralisation administrative. Que pensez-vous des lois Defferre et de leurs conséquences?

CG - Vingt ans ou presque ont passé et la part des budgets régionaux dans le budget public global n'est que de 3% en France, contre 15% en Italie, 30% en Espagne et 40% en Allemagne. Le budget par habitant dont dispose le Conseil régional de Bretagne est de 1.350 francs, contre 12.500 francs pour la communauté autonome de Catalogne, 15.000 francs pour celles de Galice et d'Andalousie (grâce aux cotisations des régions espagnoles les plus riches et aux fonds structurels européens) et 27.000 francs pour le Parlement et le gouvernement autonomes d'Écosse. Chaque Land d'Allemagne dispose de son propre ministère du commerce extérieur avec les services aux entreprises, notamment aux PME, que cela suppose. Or nous vivons dans une Europe où les frontières commerciales sont tombées, où les économies régionales sont mises en compétition pour le meilleur et pour le pire (faute d'Europe sociale), il est évident que celles qui peuvent s'appuyer sur un pouvoir régional fort et réactif sont avantagées. De plus en plus de Bretons le comprennent, à commencer par les chefs d'entreprise...

L'EE - Ne pensez-vous pas que la décentralisation soit viciée par les habitudes centralisatrices de l'administration et le cumul quasi-systématique d'un mandat local avec un mandat national?

CG - La décentralisation menée depuis 1983 n'a rien changé au fait qu'en France les pouvoirs politique, administratif, économique, financier, culturel et médiatique sont toujours hyper-concentrés dans la région-capitale, dans des proportions sans équivalent dans le monde industriel. A cet égard, la France a plus à voir avec des États comme le Mexique ou le Nigeria, minés par la corruption. Même le Royaume-Uni, vieil État-nation comme la France, n'atteint pas ce degré de concentration. Qu'on pense à l'influence de la place financière d'Édimbourg...    55% des crédits du ministère de la Culture sont toujours dépensés dans Paris intra-muros où ne vivent que 3,5% des Français. Les directeurs des centres dramatiques, pourtant largement subventionnés par les collectivités locales, sont choisis par Paris. Rien n'a fondamentalement changé... depuis Louis XIV Cette concentration du pouvoir culturel, même rognée par l'aide croissante des collectivités locales aux initiatives culturelles régionales, est fondamentale pour comprendre le blocage du système. C'est pourquoi nous comptons beaucoup sur des initiatives comme la nouvelle chaîne de télévision TV Breizh(même si la présence parmi les investisseurs de Murdoch et Berlusconi ne nous enchante guère) pour "libérer" les esprits bretons du référentiel parisien.                                                                                                                                                

Le cumul mandat local - mandat national sera quasiment inévitable tant que les subventions de l'État resteront incontournables pour réaliser qui une médiathèque, qui une salle de spectacle, qui un stade de football. Et je sais de quoi je parle en tant qu'élu autonomiste breton dans une ville dont le maire est socialiste! Pour l'électeur de base, l'élu efficace, c'est encore très souvent celui qui a l'oreille de Paris. Et c'est encore mieux si l'oreille lui appartient !

L'EE - La décentralisation à la française ne favorise-t-elle pas finalement une centralisation régionale tout aussi excessive, " Rennes et le désert breton " au lieu de " Paris et le désert français " ?

CG - Par le TGV, Rennes est à 2 heures de Paris, bientôt 1h30 avec la modernisation du tronçon Le Mans-Rennes. Mais Brest et Quimper sont à 2h30 de Rennes ! Vous avez tout compris.

La Bretagne souffre d'une politique d'aménagement déficiente, faute de moyens budgétaires. Ceci se traduit par une concentration du développement économique à l'est de la Bretagne qui tend à devenir une nouvelle banlieue parisienne. En effet, les résultats du recensement de 1999 selon lesquels la région parisienne aurait connu une stagnation démographique depuis 1990 n'ont aucun sens si on n'a pas compris que la région parisienne au sens économique a largement débordé les frontières de l'Île-de-France. La mégapole parisienne enfle sans fin, menaçant la cohésion territoriale de régions comme la Bretagne, la Normandie et la Bourgogne. Si une politique de régionalisation hardie n'avait qu'une seule justification, elle se trouverait là: reconstruire des territoires pour résister aux logiques déstructurantes de la macroéconomie, aggravées par la centralisation française.

Face aux problèmes de saturation de Roissy, faut-il construire un troisième aéroport parisien ou donner une fonction internationale et intercontinentale au futur aéroport de Notre-Dame-des-Landes (au nord de Nantes) qui se trouvera au centre d'un bassin de population de 9 millions d'habitants entre Brest et Tours? Alors que les ADP (Aéroports de Paris) concentrent plus de 75% du trafic passagers et marchandises français, va-t-on en remettre une couche pour accélérer l'apoplexie?

L'EE - Afin de résoudre le problème corse, le gouvernement de Lionel Jospin propose d'accorder une véritable autonomie à l'Île de Beauté. Vos impressions? Exigez-vous la même chose pour la Bretagne?

CG - Lionel Jospin a eu raison de négocier au grand jour avec tous les élus de Corse, sans exclusive. Ceux qui lui en font le reproche ont souvent préféré d'autres méthodes moins honorables par le passé...

Le résultat de ces négociations constitue la première amorce de rupture avec la tradition jacobine, du moins en métropole car les nouveaux statuts de la Nouvelle-Calédonie et de la Polynésie vont beaucoup plus loin. Par jacobinisme j'entends ce dogme, au sens religieux du terme, qui veut qu'on applique des politiques identiques à des situations différentes. Beaucoup confondent le jacobinisme et le centralisme qui n'en est qu'un des symptômes.

Une amorce de rupture avec le jacobinisme, donc, sur trois points: 1) l'enseignement généralisé de la langue corse au côté du français en maternelle et en primaire, " sauf avis contraire des parents " -2) la perspective de voir disparaître les deux départements (certes de création récente) au bénéfice d'une collectivité territoriale unique - 3) un pouvoir législa­tif, encadré par le Parlement dans un premier temps puis par le Conseil constitutionnel et le Conseil d'État après 2004.

En Bretagne, nul ne réclame un traitement " à la corse ", nous pas plus que les autres familles politiques. Nous sommes logiques avec nous-mêmes: le jacobinisme tel que je l'ai défini précédemment, même régionalisé, serait toujours du jacobinisme. Il existe bien sûr un peuple breton comme il existe un peuple corse et les principes revendicatifs sont souvent comparables mais la situation de la Bretagne diffère de celle de la Corse sur les plans géographique, socio-économique et socio-linguistique.

Nous ne réclamons donc pas une transposition mécanique des accords de Matignon. En revanche, ce que nous attendons d'un gouvernement responsable, après l'avancée institutionnelle faite en Corse, c'est qu'il entende enfin les revendications qui sont en Bretagne approuvées et soutenues par une majorité de la population. A savoir, la réunification administrative de la Bretagne, l'octroi d'un statut officiel pour la langue bretonne, la réorganisation du territoire sur la base des " pays " (autrement dits les bassins de vie et de population) rendue nécessaire par un découpage départemental qui a beaucoup nui à la Bretagne centrale.

Pour le reste, l'ouverture d'un proces­sus de négociation entre l'État et la Bretagne en vue de l'obtention d'un statut d'autonomie interne dépendra d'abord de la volonté des membres du Conseil régional. À l'évidence, cette volonté n'existe pas aujourd'hui, ni au RPR (il suffit d'écouter Josselin de Rohan) ni au PS dont les responsables en Bretagne ont beaucoup perdu de l'influence qui était la leur au sein de l'appareil socialiste dans les années 70-80.

Nous sommes respectueux du suffrage universel. Il appartiendra aux citoyens bretons d'élire ou non en 2004 une majorité régionale qui défendra le principe de l'autonomie interne. Nous nous y emploierons, sachant qu'aucune majorité alternative ne pourra se dégager sans l'UDB (en 1998 la " gauche plurielle " a été devancée d'à peine 30.000 voix par la droite alors que l'UDB en obtenait 40.000 en Bretagne administrative, hors Loire-Atlantique).

Ce que nous savons aussi, c'est que les Bretons sont aujourd'hui très fiers de leur identité culturelle, après des décennies de mésestime de soi, tout en étant très attachés au principe d'égalité qu'ils ne confondent ni avec l'uniformité ni avec la discrimination négative. Et ils n' accepteront pas le discours officiel, déjà ficelé, selon lequel " ce qui est bon pour les Corses ne l'est pas pour les Bretons ". Question de principe.

L'EE - Est-ce une avancée pour une future République fédérale française?

CG - Avec nos partenaires corses, basques, catalans, occitans, savoisiens et alsaciens de la fédération Régions & Peuples Solidaires, qui a tenu sa cinquième université d'été en Bretagne fin août, nous nous sommes prononcé pour un " fédéralisme différencié " tenant compte des besoins de chaque territoire et surtout des attentes de chaque population. Si nous sommes d'accord pour que les institutions centrales conservent les missions régaliennes de l'État (justice, sécurité extérieure, diplomatie) et si nous souhaitons le maintien d'un système de protection sociale commun, qu'il faudra d'ailleurs améliorer, ainsi que le renforcement des mécanismes de solidarité entre les territoires sur les modèles allemand et espagnol, nous considérons par ailleurs que rien n'interdit une large régionalisation dans de nombreux domaines

Mais s'il peut sembler naturel que les Bretons veuillent se donner les moyens techniques et humains qui leur permettront de veiller à la sécurité de leurs côtes (après la septième marée noire en trente ans qui vient de les affecter), on ne voit pas bien ce que les Alsaciens gagneraient à se voir déléguer une compétence maritime... Le fédéralisme différencié que nous mettons en avant n'est pas vraiment original en soi puisqu'il s'applique depuis longtemps en Espagne et en Italie et, plus récemment, au Royaume-Uni.

Ceci me donne l'occasion de souligner que dans tous les États qui environnent (cernent ?) la France, je dis bien tous, tout ou partie des régions disposent du pouvoir législatif dans plusieurs domaines. Si la disposition concernant la délégation d'un pouvoir législatif limité à la Collectivité de Corse devait par principe, comme d'aucuns le déclament, conduire au fascisme, force est de constater que la France                " pratique " le fascisme à chaque réunion du Conseil des ministres de l'Union européenne... Il serait temps d'ouvrir les yeux sur le monde qui vous entoure, chères grandes âmes républicaines qui veillez sur la souveraineté de la France telles les vestales sur les dieux de Rome.

L'EE - Dans les années 1970, le militantisme breton se fit activiste avec le FLB (Front de libération de la Bretagne) et l'ARB (Armée révolution­naire bretonne). 1999 vit un regain d'activisme au nom de la cause bretonne. Vous avez fermement condamné les attentats, dont celui de Quévert. Avec les accords de Matignon sur la Corse, ne craignez-vous pas que cela incite de jeunes militants exaltés à agir clandestinement?

CG - Si Lionel Jospin décidait de rester sourd aux trois revendications évoquées précédemment dont j'ai dit qu'elles étaient à l'évidence approuvées par une majorité de Bretons, alors pour le coup il donnerait raison à ceux qui lui reprochent d'avoir délivré une " prime à la bombe " car il nourrirait des tentations violentes en Bretagne, très minoritaires mais réelles, chez déjeunes gens que le système politique traditionnel révulse.

Nous avons déjà déclaré publiquement que dans l'hypothèse d'une reprise des attentats, que nous condamnerions sans ambiguïté comme nous l'avons toujours fait, c'est à la porte de Lionel Jospin que les médias, bretons comme parisiens, devraient aller frapper pour obtenir une explication. Sur ce sujet, permettez-moi de souligner que deux ans après l'attentat contre l'hôtel de ville de Belfort, fief électoral de Jean-Pierre Chevènement, et plus d'un an après l'attentat contre la perception de Cintegabelle, fief électoral de Lionel Jospin, les responsables ne sont toujours pas identifiés alors même que plusieurs personnes, soupçonnées d'appartenir à l'ARB, sont emprisonnées depuis bientôt un an. Il en est de même d'ailleurs de l'attentat qui a coûté la vie à Laurence Turbec le 19 avril dernier à Quévert. Le silence des autorités policières et judiciaires ne laisse pas d'interroger bon nombre de Bretons qui n'ont aucune sympathie pour l'activisme.  Nous attendons justice et vérité.

L'EE - Vous placez votre combat en faveur de l'identité bretonne dans une perspective européenne. Huit ans après l'adoption du traité de Maastricht et quelques années après la ratification du traité d'Amsterdam, quel bilan faites-vous de la construction européenne?

CG - La mondialisation économique et la concurrence extrême qu'elle génère font apparaître chaque jour davantage le caractère inachevé de la construction européenne. Onze États, bientôt douze, ont choisi une monnaie unique, l'euro, mais les déclarations intempestives et contradictoires de leurs ministres des finances plombent cette monnaie face au dollar et au yen. Un marché unique a été réalisé, qui favorise les investissements et l'innovation, mais l'absence d'une Europe sociale digne de ce nom induit des comportements sauvages comme dans le transport routier. 

L'Europe ne peut pas et ne doit pas se réduire à un espace économique ouvert aux vents d'une concurrence débridée. L'Europe politique et l'Europe sociale doivent devenir des réalités, ce qui implique un fonctionnement de type fédéral pour les peuples qui le souhaiteront. Quant aux autres, libre à eux de jouer en solo.

L'EE - Comment réagissez-vous au discours ouvertement fédéraliste du ministre allemand des Affaires étrangères, Joschka Fischer ?

CG- Joschka Fischer a secoué le cocotier au moment où l'Union européenne s'assoupissait. La conférence intergouvernementale sur la réforme des institutions était très mal engagée. Son initiative est heureuse même si son fédéralisme européen, peut-être pour ne pas mécontenter son homologue français Hubert Védrine, se réduit à organiser une répartition des compétences entre le niveau européen et les États-nations, oubliant par là-même le niveau régional, ce que ses amis verts français au Parlement européen n'ont pas manqué de lui rappeler.                                                                                                                                            

En compagnie de nos partenaires de Régions & Peuples Solidaires, nous préparons une action commune avec l'Union européenne des fédéralistes (UEF) les 13 et 14 octobre à Biarritz puis le 7 décembre à Nice pour réclamer une Europe fédérale organisée à trois niveaux: les régions, les États et l'Union.

L'EE - Comment voyez-vous le réveil des revendications régionalistes en Europe occidentale (Flandre, Écosse, Pays basque, Savoie, Italie du nord, etc...) ? Est-ce une chance pour l'Europe fédérale?

CG - Il ne faut pas mélanger l'aspiration de peuples très anciens à retrouver une certaine maîtrise de leur destin avec des velléités sécessionnistes motivées par des considérations économiques ou fiscales. Le peuple flamand existe, le peuple écossais aussi. Il n'y a pas un peuple d'Italie du nord mais dans cette partie de l'Italie des identités piémontaise, lombarde, vénitienne, valdôtaine, ladine, occitane, frioulane, tyrolienne, slovène...

Ce qu'on appelle le " régionalisme est la conséquence logique de la mondialisation. La réactivation des solidarités régionales est une façon de réinscrire le développement économique dans une logique de territoire et de résister à l'uniformisation culturelle. Elle ne signifie pas pour autant le repli sur soi. En Bretagne, les artistes de formation musicale " traditionnelle " ne cessent de multiplier les occasions de rencontre avec d'autres cultures: Alan Stivell avec le Sénégalais Youssou N'Dour, Erik Marchand avec les Tsiganes roumains du Taraf de Caransebes, la chanteuse Annie Ebrel avec le contrebassiste romain Ricardo del Fra, le chanteur de gwerz Denez Prigent avec la scène " jungle " de Londres, etc.

D'une façon générale, quand on sait d'où l'on vient, quand on n'a pas de doute sur sa propre identité, on ne craint pas l'identité de l'autre et on va plus facilement à la découverte de ce qui est différent.

Je suis intimement persuadé que la diffusion du racisme dans certaines couches de la population française est à rapprocher pour partie de la disparition d'une certaine forme de culture populaire ouvrière. Quand on a pour seuls référents " culturels " le tiercé, le loto et les émissions de Jean-Pierre Foucault à la télé, on est assez logiquement excédé par la famille malienne ou marocaine qui continue à vivre ses traditions.

Ce n'est pas un hasard si les stages de musique et de danse bretonnes sont de plus en plus fréquentés par des non Bretons qui viennent d'un peu partout en France.

L'EE - Pour vous, où s'arrête le continent européen? Aux marches orientales de la Pologne ? A l'Oural ? Au détroit de Behring ? La Turquie est-elle européenne ? A-t-elle vocation à rejoindre l'Union européenne ?

CG - Question éminemment complexe. Avant la chute du mur de Berlin, tout était simple: l'Europe finissait là où commençait le Bloc de l'Est car l'Europe se définissait comme un espace de liberté où les autorités politiques s'engageaient à respecter les droits de la personne. Avec la chute du Mur, les repères se sont perdus. Pourtant je considère que l'humanisme doit rester la pierre angulaire de la construction européenne.

Il faut se méfier de toute définition ethnique ou religieuse car elle serait politiquement dangereuse et ne tiendrait de toute façon pas la route. L'histoire de l'Europe, ce sont les Grecs anciens, Rome, les Celtes, les Germains, les Slaves, c'est vrai, mais ce sont aussi les Basques, les Magyars et les Sames (Lapons) qui n'entrent dans aucune de ces " catégories ", les juifs ashkénazes et les Tsiganes qui ont donné très tôt de la chair à l'Europe transfrontalière. L'Europe ne se résume pas au christianisme, sinon que fait-on des Bosniaques et des Albanais convertis à l'islam depuis des siècles? De nos concitoyens qui se sont convertis au boudhisme? Et des non croyants?..

Il n'y a pas lieu de traiter la Turquie différemment de la Russie. Au niveau des mœurs, la plupart des Turcs de l'an 2000 sont au moins aussi proches de nous que peuvent l'être les Russes. Dans un cas comme dans l'autre, l'adhésion à l'Union européenne doit être conditionnée à l'instauration d'un État de droit. Tant que la Russie se livrera à des massacres en Tchétchénie et que la Turquie brûlera des villages kurdes, tant que l'une et l'autre laisseront impunis les assassins d'intellectuels et de journalistes, ni l'une ni l'autre n'auront leur place au sein de l'Union européenne. Pour l'heure, la Turquie et la Russie n'en ont pas encore fini avec le despotisme, plus ou moins éclairé. Il me paraît impossible de fixer aujourd'hui des limites géographiques à l'Europe, du moins à l'est. Si l'Islandais de Reykjavik est européen, pourquoi le Russe de Mourmansk ne le serait-il pas ?

L'EE - Les souverainistes français vous accusent souvent de vouloir jouer Bruxelles contre Paris. Mais de nombreux exemples montrent que la technocratie bruxelloise est tout aussi centralisatrice que la parisienne (uniformisation des plaques d'immatriculation, suppression des marchés locaux pittoresques, etc...). N'est-ce pas là un risque de tomber de Charybde en Scylla?

CG - Ce n'est pas Bruxelles qui a décidé de supprimer les marchés locaux, c'est Paris qui a traduit une directive européenne qui fixait des normes sanitaires pour la vente en plein air de produits alimentaires par l'obligation d'acquérir des équipements réfrigérants onéreux.

Les 16.000 fonctionnaires de la Commission européenne n'ont pas le pouvoir d'imposer aux peuples européens des décisions dont leurs gouvernements ne voudraient pas. Aucune directive n'est adoptée sans l'aval du Conseil des ministres, Il est en revanche bien commode pour les gouvernements de faire porter à la technocratie bruxelloise le chapeau de décisions impopulaires.

À tout prendre, je trouve plutôt positif qu'une institution comme la Commission européenne fasse travailler ensemble des fonctionnaires issus de quinze administrations nationales différentes avec autant de traditions (sans compter les administrations régionales spécifiques dans les États fédé­raux comme l'Allemagne ou largement régionalisés comme l'Espagne).

L'EE - Par l'affirmation péremptoire des entreprises transnationales et l'accroissement des migrations intercontinentales de peuplement, la mondialisation ne représente-t-elle pas une menace pour l'identité bretonne ?

CG - Ce qui menace d'abord l'identité bretonne, c'est qu'elle ne peut toujours pas s'exprimer librement en Bretagne. Et c'est au jacobinisme français qu'on le doit. Si un élu breton veut s'exprimer en breton dans le conseil municipal d'une commune bretonne, il ne sera certes pas conduit au poste de police manu militari (la France n'est pas la Turquie), mais ses propos ne seront pas versés au procès-verbal de la séance... édit royal de Villers-Cotterets de 1539 et loi républicaine dite Toubon obligent ! Alors qu'au Pays de Galles, les élus peuvent s'exprimer au choix en anglais ou en gallois, alors qu'en Catalogne, les élus peuvent s'exprimer au choix en espagnol ou en catalan, alors qu'en Sardaigne, les élus peuvent s'exprimer au choix en italien ou en sarde, les élus bretons n'ont toujours pas la possibilité de s'exprimer au choix en français ou en breton. La mondialisation n'y est pour rien.

L'identité bretonne a pris l'habitude de subir depuis des siècles le rouleau compresseur d'une identité dominante qui fut souvent oppressive. L'identité française découvre cette situation avec la culture commerciale anglo-saxonne. C'est l'histoire de l'arroseur arrosé.

Nous ne sommes pas naïfs face au danger réel d'une uniformisation des pratiques culturelles que fait courir la machine hollywoodienne, mais en tant que Bretons nous sommes assurément mieux préparés à y résister que ne le sont les tenants d'une certaine culture classique française.

Chaque samedi soir, tandis que les jeunes Parisiens vont se déhancher sur le dernier hit américain, des dizaines de milliers de jeunes Bretons vont danser dans les  festoù-noz sur des musiques bretonnes jouées en direct par des musiciens en chair et en os avec lesquels ils peuvent discuter autour d'une bière. Actuellement dix mille personnes consacrent en Bretagne au moins une soirée par semaine à apprendre la langue bretonne quand d'autres regardent à la télévision une série américaine qui repasse pour la sixième fois. La Bretagne est la deuxième région de France pour la production discographique et littéraire et elle le doit à sa culture.

Ce qui manque cruellement à la culture française, c'est qu'elle n'a pas de fondations populaires ou plutôt qu'elle n'en a plus en raison du mépris dans lequel les pratiques culturelles populaires ont toujours été tenues par les classes dirigeantes. En France, le bourgeois imite le gentilhomme (relisons Molière) puis l'ouvrier le bourgeois et, en fin de cycle, le fils de paysan l'ouvrier. En français, populaire rime avec vulgaire... Le linguiste Claude Duneton a très bien analysé cette rupture avec l'essence populaire de la langue et de la culture qu'il perçoit comme le premier facteur d'explication de la généralisation des anglicismes  en France.                                                                                                                                                                                  

La culture bretonne est une culture d'essence populaire, une culture de paysans et de marins, nous le savons et nous en sommes fiers. A cet égard, le Breton est beaucoup plus proche du Québécois que du Parisien. Or, observez le dynamisme de la langue française dans ce bout de continent anglophone, avec ou sans mondialisation. 

Quant aux migrations intercontinentales, si elles entraînent des problèmes (d'abord pour les sociétés qui perdent leurs éléments les plus dynamiques et souvent les mieux formés), elles ne menacent sûrement pas l'identité bretonne. On vient de Hongrie, de Russie, du Japon en Bretagne pour apprendre la langue bretonne... puis l'écrire.

L'EE - Vous sentez-vous proche du combat de José Bové contre la " Macdomination "? La " culture " américaine ne menace-t-elle pas la diversité culturelle européenne ? Posé plus brutalement encore, McDonald's et Disneyland-Paris ne sont-ils pas plus dangereux pour les Bretons qu'un énarque français ?

CG - José Bové est le contraire de la caricature qu'en ont fait certains milieux ultralibéraux. A une mondialisation économique débridée il oppose non pas le repli sur un terroir mais une solidarité renouvelée entre les communautés humaines, qu'elles agissent sur un terrain économique ou culturel. Or les communautés n'existent pas sans identité. Défendre son identité propre quand elle est attaquée par des intérêts puissants, ce n'est donc pas s'opposer à l'identité de l'autre, c'est refuser d'être un pion qu'on manipule, c'est vivre comme un homme.

On ne combattra jamais mieux McDonald's et Disneyland-Paris qu'en proposant autre chose. Il faut être positif, promouvoir une agriculture de qualité, porter la création culturelle bretonne, basque ou occitane à la connaissance d'un public plus large.

L'EE - Comment avez-vous réagi à la guerre du Kosovo en 1999 ? Ne croyez-vous pas qu'il y a eu là deux poids, deux mesures ?

CG - La guerre en ex-Yougoslavie a germé au Kosovo quand, en 1989, Milosevic supprima le statut d'autonomie de cette province et fit la chasse aux albanophones dans les administrations.

Si l'Europe et d'une façon générale la communauté internationale étaient intervenues à ce moment-là pour rétablir les droits de la majorité albanophone du Kosovo, la Yougoslavie existerait sans doute encore sous une forme différente. Le livre de Paul Garde, Vie et mort de la Yougoslavie , est éclairant sur le processus qui a conduit à la dislocation de ce pays.

Le comportement des politiciens et des militaires serbes en Slovénie, en Croatie et en Bosnie-Herzégovine laissait entrevoir le pire au Kosovo et l'intervention militaire de la communauté internationale était justifiée, même si elle s'est faite, hélas, sous le commandement effectif des États-Unis. Mais l'Europe, en l'occurence, a payé son laxisme des années 90.

La polémique qui s'est développée depuis un an autour du nombre réel d'albanophones massacrés m'apparaît indécente. Ceux qui ont laissé faire Milosevic pendant des années et que je soupçonne fort d'avoir vu dans ce personnage une sorte de jacobin balkanique, un " frère d'armes " en quelque sorte, sont les premiers responsables du déplacement de la majorité des Serbes qui vivaient encore au Kosovo il y a dix-huit mois. Ce qui se passe aujourd'hui au Kosovo pour la minorité serbe est assez comparable au sort, encore plus tragique, qui fut réservé aux Allemands des Sudètes et de Silésie en 1945. Même si leur exode s'accompagna de drames humains terribles, il ne viendrait à l'idée de personne d'en rejeter la responsabilité sur les Tchèques ou les Polonais.

L'EE - L'histoire du mouvement breton est riche en épisodes douloureux. Comment réagissez-vous face à ceux qui, devant vos revendications, évoquent la collaboration d'une minorité de militants nationalistes bretons avec l'Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale?

CG- L'histoire du mouvement breton est moins riche en événements douloureux que ne l'est celle du " mouvement français " si par mouvement français on entend l'ensemble de ceux qui ont ambitionné d'agir politiquement au nom des intérêts de la France. Philippe Pétain, Pierre Laval, Joseph Damand, Jacques Doriot, Marcel Déat, Francis Bucard, Adrien Marquet, René Bousquet, Maurice Papon, pour ne citer que ceux-là, n'étaient pas bretons mais français. Beaucoup de ces hommes venaient de la gauche et avaient occupé des fonctions éminentes avant 1940. Ainsi de Pierre Lavai qui fut président du Conseil. Si d'aucuns ont " oublié " leur Histoire de France, je me tiens à leur disposition pour la leur rappeler. Le comportement condamnable des personnalités politiques que je viens de citer a-t-il disqualifié toute action politique au nom de la France? Impute-t-on la responsabilité morale de leurs crimes à Jacques Chirac, Lionel Jospin, Michelle Alliot-Marie ou François Hollande? Évidemment non.                                                                                                      

Cela étant dit, il est exact que des hommes qui prétendaient agir politiquement au nom des intérêts de la Bretagne ont collaboré activement avec l'Allemagne nazie, soit par opportunisme en adaptant la devise des nationalistes irlandais ( " english difficulty, irish opportunity " ), soit par adhésion idéologique. Le plus connu, Olier Mordrel, a produit des écrits pro-nazis dès 1932 dans la revue Stur (" gouvernail "). D'après tous les historiens sérieux qui ont étudié la question, de 60 à 80 nationalistes bretons ont intégré la " Bezenn Perrot", cette milice supplétive des Allemands qui porta les armes contre la Résistance.                                                                  

Ce qu'on sait moins, c'est que des autonomistes bretons s'engagèrent très tôt dans la Résistance. Luc Robet fut le chef de l'Organisation de la résistance armée (ORA) dans le Finistère. Ned Urvoas fit partie des tout premiers FFL à entrer dans Berlin en 1945. Robert Ballanger, ancien militant de la Ligue Fédéraliste de Bretagne (LFB), fut le chef des FTP de l'ouest avant de devenir député communiste. Et la brigade " War Zao" (" Debout ") rassembla huit cents Bretons à Londres.                                                                                        

Parmi les premières personnalités qui réclamèrent un enseignement de la langue bretonne à l'école, on trouve au XIX e siècle un certain Charles de Gaulle qui n'était autre qu'un grand-oncle du général. Va-t-on le condamner à titre posthume pour fait de collaboration? Je ne vais pas vous faire l'historique de l'Union démocratique bretonne. Sachez seulement qu'elle fut fondée en 1964 par de jeunes étudiants qui s'étaient mobilisés contre la guerre d'Algérie et la torture. Personnellement, en tant que porte-parole de l'UDB et qu'élu lorientais je suis le parrain républicain d'un jeune " sans papier " djiboutien. Cela devrait suffire à nous situer sur l'échiquier politique. Si ce n'était pas le cas, demandez donc aux rares amis de Messieurs Le Pen et Mégret en Bretagne ce qu'ils pensent de l'UDB...

L'EE - L'UDB a-t-elle des contacts avec d'autres associations régionalistes, autonomistes ou indépendantistes de France et/ou d'Europe?

CG - Depuis 1986 l'UDB adhère au Parti démocratique des peuples d'Europe (PDPE), qui s'appelait autrefois l'Alliance libre européenne (ALE). On y trouve 16 partis comme Plaid Cymru (Parti gallois), le Scottish national party (SNP), Esquerra republicana de Catalunya (Gauche républicaine de Catalogne), la Volksunie (Flandre), le Parti Andalucista (Andalousie), etc. Le PDPE compte 10 députés au Parlement européen qui ont fondé un groupe bicéphale avec les 38 députés verts et apparentés.

En 1995 l'UDB a fondé avec d'autres organisations politiques régionales de l'État français (Union du peuple corse, Parti occitan, Eusko Alkartasuna, Mouvement région Savoie...) la fédération Régions & Peuples Solidaires. Cette fédération agit pour l'instauration en France d'un système fédéral différencié.

En 1997, cette fédération a présenté 51 candidats aux élections législatives, en alliance avec Convergences Ecologie Solidarité de Noël Manière et le Parti Ecologiste d'Yves Pietrasanta qui ont, depuis, rejoint les Verts. Elle compte en présenter davantage en 2002. Elle vient de tenir sa cinquième université d'été à Bénodet, en Bretagne.

Entretien recueilli par Maximilien Malirois

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