Europassion   esprit-europeen.fr  : revue indépendante de débat et d'intérêt général européen.

Études  Europassion  Sommaire

  

 
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La marche, antidote à la modernité

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Joyeux solstice d'été !

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Deux jeunes-filles parcourent l'Europe à pieds

Marcher ! À la découverte de soi-même et de sa patrie

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Les tilleuls à danser l'amour et la vie

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Le 1er Mai c'est aussi Beltaine !
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L'enracinement et l'être de l'habitation
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C'est l'antique forêt des enchantements...
Poème d'Ippolito Nievo d'après Heine et Nerval
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Joyeux solstice d'hiver !
et meilleurs voeux pour 2010...

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ET IN ARCADIA EGO


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Le souvenir de Robert Brasillach


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Marc La Tour et le réenchantement du monde

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Alain danielou, amoureux de l'inde païenne

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Le chant des filles de la steppe

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Rouffignac (Périgord) : aux sources de l'esprit européen dans l'art rupestre

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Contre l'art truqué, pour le retour du réel, de l'imagination et de la poésie !

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Du symbolisme de la roue

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Retour au réel
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Joyeux solstice d'hiver !
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Redécouvrir Emil Nolde, peintre allemand furieux et tellurique
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Le Groupe Sparte nous invite à une réflexion sérieuse aux sources de l'identité européenne
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"L'esprit de l'Europe n'est pas mort !"
nous dit Gretel von Niebelungen qui nous signale ces scènes filmées du paganisme balte rythmées par les chants sacrés de Kūlgrinda

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" Mes aïeux (Dégénérations)" : le clip chanson qui dit tout en quelques  minutes : le lien traditionnel rompu, le sens de la vie  perdu... et retrouvé en allant danser ...
 http://www.dailymotion.com/video/x11jm4_degenerations

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 Manifeste contre la mort de l'esprit
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 L'Europe par trente-six chemins

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 Des terres qui renvoient à soi-même

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 Instantanés de Bruges 

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  Europe : invocation poétique




Joyeux solstice d'été !

Et en l'honneur du Sol Invictus, voici quelques jolies mélodies et images d'esprit européen, glanées pour les amis :

Faun - Egil Saga
http://www.youtube.com/watch?v=6oYmc9WTdSs&feature=related

Faun - Unda (The ring of the Nibelungs, 2004)
http://www.youtube.com/watch?v=LcEO54iY5hk&feature=related

Shei - Seelentanz
http://www.youtube.com/watch?v=YfxUEJqlkEY&feature=related

Narsilion - My Pagan Land
http://www.youtube.com/watch?v=-30wBo2sn00&feature=related

Eivor Palsdottir - Trollabundin
http://www.youtube.com/watch?v=Cwf22R_cLaU&feature=related


Pagan Faery And Nature Spirit Art
http://www.youtube.com/watch?v=P_1VHr6hOz4&feature=related


Loreena McKennit - All Souls Night
http://www.youtube.com/watch?v=eKfbVAO6VGA

Loreena McKennitt- Un flambeau, Jeannette, Isabelle
http://www.youtube.com/watch?v=k3gx1xxFDEs&feature=related


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Pour une jolie version chantée de cette lumière du nord que nous adressons
à tous les Bons Européens et à leurs amis, cliquez ICI (et visionnez sur plein écran)









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MARC LA TOUR ET LE RÉENCHANTEMENT DU MONDE

Claude Bourrinet

    J'ai eu l'heureuse surprise de découvrir de singulières sculptures à Marc La Tour et dans d'autres villages des environs. Pour être plus précis, comme il est fréquent dans la campagne française, et singulièrement dans ces terres délaissées de Corrèze, il faut quitter la route des crêtes, plonger dans le val boisé troué de prés perdus, et suivre une route virevoltante jusqu’à l’antique hameau, le troupeau ramassé de bâtisses qui est l’origine et la matrice du peuplement local. Le bourg semble se cacher hors des sentiers rebattus de la modernité, du vacarme, du remuement vulgaire et des promiscuités involontaires. Car celui qui s’y rend, s’il n’a pas entendu parler de ce recoin enchanteur, semble mystérieusement attiré par cette sensation prégnante qui sourd de certains lieux touchés par un doigt divin, comme tous les amants des pays profonds en font régulièrement l’expérience, à l’approche de vieilles églises, de sources, de bosquets, de rochers, d’arbres imposants entés dans une durée sans âges.
    La promenade dans les quelques rues qui nous guident vers la place fait songer à ces itinéraires initiatiques qu’offre le labyrinthe. On peut commencer par un jardin où surgissent des blocs sculptés de granit, énigmatiques, primitifs, dont le corps inébranlable nous ravit.  J'ai été charmé par l'intégration de ces oeuvres dans des lieux qui donnent l'impression d'une plongée intemporelle dans le rêve, et le cadran solaire, solide masse ornée, loin de nous rapprocher des rythmes imbéciles de l’entreprise, nous projette dans la vaste et solennelle ronde cosmique. L'ancienne poste, laissée à elle-même dans l'état de son abandon, comme si le préposé s'était absenté pour revenir dans l'instant, offre au visiteur interloqué, qui prend la liberté illicite d'entrer pour humer la désuétude du guichet et des sacs vautrés dans leur éternité, l'émouvant souvenir d'un temps où les villages vibraient du cri d'innombrables enfants. Ma femme et moi avons déambulé dans ce petit paradis dont le négligé tient de la poésie, avec son bois qui lèche ses abords, sa modeste église contemplant, comme la mairie républicaine, un antique chêne enraciné dans la mémoire du pays, et ces statues brutes et franches, comme la rude vie des champs, laissées apparemment dans l'imagination hasardeuse d'un sorcier. Elles habitent, hantent , de leur génie pierreux, la rue, la place, le terrain vague, l'interstice entre deux maisons, et  l'esprit à demeure. On aimerait vivre ici, y couler les jours, partager l'émotion d'exister avec ces figures aimantes et protectrices qui chantent la présence. La présence de quoi, de qui ? Je l'ignore. Il est déjà miraculeux que des blocs minéraux délivrent des visages aussi vivants, des regards aussi amis, comme si nous retrouvions, après des siècles d'exil, une grande famille qui se fait fête de récupérer des enfants prodigues.
    Et si, face à un monde de plus en plus technique, aseptisé, déshumanisé, désenchanté, la proximité de ces compagnons de pierre était l'avenir ? Car ils nous sommes peut-être plus proches que nous le sommes à nous-mêmes.









Coup d'oeil sur le site officiel consacré à Alain Danielou  > ICI <



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Regardez ! Écoutez ces filles du nord et de l'est nous envoûter de leur mélopée sauvage et guerrière.
Retrouvez, intact, le vieux monde indo-européen. Aujourd'hui, comme hier, comme toujours, il est tout près de nous,  
en nous si nous le voulons. Oui, mais le voulons-nous ? C'est là tout l'enjeu d'une Europe qui peut-être, peut-être pas,

trouvera la force de renouer avec elle-même...
C'est  >ICI<


            


LE GROUPE UKRAINIEN POLYANYTSI POHID


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Entre chiens et loups

    Au cours d'un repas, juste avant la signature, dans une librairie voisine, d'un essai collectif tout juste sorti sur la désuète et fort malmenée notion de patrie, la conversation glissa sur  deux revues concurrentes de la droite radicale.
    Toutes deux étaient supposées s'opposer au même ennemi, cet establishment politico-idéologique corrompu dont il faudrait, selon un avis à l'emporte-pièce, couper 3 à 400 têtes, en France, pour recouvrer notre âme et nos libertés confisquées.
    Pourtant, ces deux revues « du même bord » émanaient de deux paroisses qui passaient pas mal de temps à se dénigrer l'une l'autre en coulisse, comme il est  d'usage fréquent un peu partout en milieu politique, surtout lorsqu'on opère sur le même créneau. 
    La question était : quelle est la différence entre elles ? Réponse ironique de F. : "La mise en page, le titre, le rythme de parutions..." Sourires. Puis il ajouta " Pour le dire en une phrase : leur différence est celle qui sépare le chien du loup."
(lire la suite)


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Rouffignac et l’Essence de l’Eurasie
Claude Bourrinet

Ndlr : La grotte de Rouffignac, au coeur du Périgord noir, présente une galerie de 8 km de longueur qui se visite grâce à un petit train. Claude Bourrinet y découvre avec ravissement les traces de nos ancêtres, chasseurs-cueilleurs et artistes peintres au talent remarquable

   
    Connaissez-vous Rouffignac ? La grotte offre aux regards, ajoutés aux bouquetins, chevaux, rhinocéros et bisons, 150 mammouths, soit 40% des gravures ou dessins répertoriés dans des grottes préhistoriques de ce patriarche antédiluvien. Ce qui est encore plus étonnant est qu'il n'en existe pas d'ossements datant de la période d’occupation de la grotte dans les vallées périgourdines. Ceux qui les ont représentés sur les parois ne les avaient pas sous les yeux, et n'en avaient que le souvenir, peut-être celui de périples épisodiques dans le Nord de l’Europe, où ces pachydermes, menacés par le réchauffement planétaire, avaient trouvé refuge.
    Nous n'en savons pas plus. Mais les figures, probablement tracées par deux ou trois individus en un temps relativement court (au maximum 50 ans, si l'on s'appuie sur l'hypothèse de trois générations - ce qui n'est pas certain, car ils ont pu tout aussi bien avoir le même âge), possèdent tous les signes d'une essentialisation de l'animal, qui en font plus un concept, une image mentale, qu'une simple mimesis de la réalité. Nous n'avons donc pas affaire à du naturalisme, mais à quelque chose qui se rapproche de l'Idée. Je rappelle que ces créations, qui connaissent une sorte d'apothéose, au fond des boyaux, dans une prolifération couvrant un plafond surplombant un puits abrupt de 12 mètres où sont  figurés deux visage d'humains, datent de la fin du paléolithique, du magdalénien, c'est-à-dire de plus de 13 000 ans, et qu'il y a autant de durée entre elles et celles de Lascaux qu'avec notre époque.
Le plus impressionnant est la marque évidente, fulgurante, d'un intellectualisme des plus raffinés. Ainsi découvrons-nous une frise de mammouths affrontés étonnamment pensée, avec une symétrie, une occupation de la superficie pariétale, un travail des intervalles, et un tempo qui n'ont rien à envier au Parthénon. Elle manifeste de manière spectaculaire le degré de rationalité, d'abstraction, d’anticipation et de projection géométrique dans l’espace dont étaient capables les premiers Européens.  Et que dire de leur capacité à tracer au noir de manganèse de grands animaux sans en voir le résultat ! En effet, dans le grand sanctuaire où se trouve le puits, l'écart entre le sol et le plafond était trop réduit pour que les auteurs des figures, couchés sur le dos, pussent les distinguer dans leur intégralité.
    Et pourtant, nous, qui bénéficions des travaux de déblaiement des préhistoriens qui ont, il y a cinquante ans, mis en valeur le site, nous apprécions l'harmonie, la grâce, la perfection de la plupart de ces dessins.
Mieux même ! En observant attentivement, nous en constatons la légèreté, une sorte de puissance aérienne, comme si les animaux figurés étaient en lévitation ! Les pattes des mammouths par exemple ne semblent pas subir la pression de leur poids corporel. Nous sommes bien en présence d'idées, d’images mentales, dans la mesure où, par ailleurs, nul ciel, nulle terre, nulle reproduction végétale ne viennent détourner l'attention de l'observateur, dont le regard est attiré par l'éclat et l'énergie des œuvres, et parce que les tracés obéissent à des types, et non à des nécessités de restituer des singularités puisées dans l’observation.
    N'est-on pas face à l'Esprit européen dans ce qu'il a de plus pur et de plus lumineux ?rouffignac
    L'icône ne vient-elle pas de l'âme, et l'âme de l'Esprit du Cosmos ?
    L'art n'est-il pas une rencontre avec le coeur du Monde ? L’art n’est-il pas au cœur de son être présence de l’Être ? Ne vise-t-il pas à nous rendre le réel encore plus proche que ne l’est notre cœur ?
    Un cœur qui ne nie pourtant pas la matière. Car la sensation prégnante d’une osmose avec la pâte des parois s’impose, non seulement parce que ceux qui ont gravé ou dessiné se sont servis avec maîtrise des accidents minuscules des surfaces pour donner relief et vie à leurs œuvres, telle représentation d’un patriarche en majesté gravitant autour d’un petit nodule de silex figurant l’œil,  telle oreille de cheval trouvant son ombre dans la convexité d’une bosse, mais aussi parce que les traces de doigts laissées en serpentins alignés sur l’argile nue, ou couvrant certains dessins, comme pour saisir sensuellement la consistance du matériau de support, soulignent un rapport charnel avec la corporéité du monde environnant, avec sa peau, qui est sa plus grande profondeur. Il me plaît d’en faire la comparaison avec les griffades laissées par les ours des cavernes, qui, après une longue hibernation, échauffaient leurs muscles, bien avant que l’Homme de Cro-magnon ne se glissât dans les ténèbres caverneuses. De l’homme à la bête, il y a cette expérience de la force animale qui s’essaie, et la jouissance de l’existence, que consacre la résistance des choses. Sans conteste, on ne saurait interpréter la raison d’être de ces lignes hermétiques dont des attestations bien plus savantes s’observent dans d’autres grottes. Mais pour celles qui rayent les parois de Rouffignac, je me mets à penser à ces peintres et ces sculpteurs qui touchent, tâtent et essaient la substance qui prendra forme, qu’elle soit pierre, peinture ou bois, comme des amoureux caressant le corps de leur amie, comme un rituel érotique avant la belle et divine fécondation de la matière par l’Esprit.
    D’aucuns songeraient à l’art zen du japon, ou à la peinture chinoise. Pourquoi pas ? Pourquoi d’ailleurs ne pas penser que ces derniers arts ont connu l’influence d’une antique civilisation eurasiatique ?
    Certes, il est aventureux, dans le cas des dessins et gravures « préhistoriques »,  d'évoquer l'art, qui est une notion relativement récente.
Cependant, la délectation que l'on éprouve en contemplant les créations de nos ancêtres ne laisse aucun doute. Ce n'est pas là une extrapolation abusive, mais une évidence empirique, existentielle : les premiers Européens étaient sensibles à la beauté. Celle-ci éclatait dans les plongées fuligineuses des grottes, à la lueur vacillante de leurs lampes à huile.
    N'est-ce pas construire un pont entre eux et nous, par le Kalos des Grecs ?
Alors, une visite au sein des ténèbres préhistoriques ne peut que nous rappeler à nous-mêmes.


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Contre l'art truqué, pour le retour du réel, de l'imagination et de la poésie !


Une proposition de Jacques-Yves Rossignol :
La création d'un Musée des procédés artistiques dépassés et de leur dépassement

 
 
     1) On sait implicitement que les productions artistiques du passé peuvent être considérées dans certaines circonstances comme de simples matériaux désormais "à la disposition" de tous les prétendants à la création artistique, matériaux pouvant être inclus et surmontés dans un processus de production artistique utilisant, plus ou moins consciemment, des procédés, traitant donc les oeuvres dépassées.
 
     2) En ce sens, les procédés artistiques modernes sont donc avant tout des procédés de distanciation, de mise à distance : distanciation vis à vis de la "réalité" "naturelle" et historique d'abord (caricature, par exemple), distanciation vis à vis des productions artistiques du passé ensuite (parodie, pastiche, collage, montage, détournement, par exeùmple).
 
      3) Ce que les imbéciles nomment "art contemporain" n'est rien d'autre qu'un gigantesque processus d'esthétisation généralisé, processus parfaitement débilitant usant précisément de quelques procédés artistiques élémentaires tout à fait repérables et identifiables, processus n'ayant à ce jour été ni entamé, ni distancié, encore moins interrompu.
 
      4) Ce sont, notamment, les procédés (les trucs, si l'on veut) d'esthétiseurs de bas étage qu'il convient de publier, de rendre publics.
          Par ce que l'assèchement mental et affectif des hommes par l'esthétisation "artistique" du monde constitue désormais le processus le plus prégnant de l'époque. Et par ce que ce processus n'est précisément pas encore problématisé publiquement !
          Au delà, ce n'est évidemmment que par un dégonflement définitif de la trucologie "artistique-contemporaine" que l'on autorisera, enfin, l'émergence d'un nouvel étage de pensée, puis de production artistique, celui qu'exige l'époque pour se connaître et se comprendre ; comprendre par exemple que la vitrification générale des consciences par l'esthétisation la plus grossière et la plus mécanique n'est pas une fatalité.
 
         5) Un musée des procédés artistiques dépassés et de leur dépassement serait donc à la fois
                - un musée des trucs faciles et éculés de l'esthétisation vulgaire (expositions, installations, performances et ainsi de suite) mis ainsi à la disposition de tous, et définitivement publiés et dévalorisés ;
               - un musée des distances, toujours à inventer, pouvant et devant être prises contre l'art unilatéral automatique et aliéné, autorisant alors l"émergence de la parole demandée par l'époque.

 
 
       Il s'agit de réduire un art vulgaire et harassant, atrophiant définitivement les capacités mentales des hommes à la trucologie misérable qui le constitue entièrement.
       Il s'agit corrélativement d'autoriser l'émergence de l'art (de la poésie !) exigé par l'époque en restituant la possibilité du rêve, de l'imagination, de l'intelligence aussi, étouffées depuis plus de trente ans par d'innombrables décorateurs réalistiques.










Exemple de trucage provocateur présenté dans une exposition : l'abattage des animaux de boucherie au marteau.


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Retour au Réel

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Intellectuels de tous les pays, unissez-vous ! Ne laissez pas mourir l’esprit ! Rejoignez-nous ! Créons ensemble une nouvelle dynamique culturelle, un nouveau parti de l’intelligence, qui nous donne enfin les moyens de penser notre époque.

 

Non-conformistes, nous le sommes jusqu’au bout des ongles. N’attendez pas cependant que nous nous retranchions à l’intérieur d’une chapelle. Notre église, c’est le monde ; notre credo, la confrontation des idées. Nous construisons nos convictions, mais nous ne cherchons pas à les défendre. Nous édifions une forteresse, mais elle est ouverte à tous. Nous ne voulons pas attaquer les autres châteaux, mais nous inspirer d’eux pour bâtir notre propre palais. L’harmonie n’est rien d’autre que la diversité fédérée... La vérité n’est rien d’autre que les contradictions conciliées...

http://www.retouraureel.fr/



 

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Que la fraîcheur des sources vénérables,
Que la fougue des flammes invaincues,
Que la verdeur de l'arbre pérenne,
Insufflent en vous, les vôtres, les nôtres,
Cette joie qui nous a fait jusqu'ici tenir debout
Avec l'espérance solaire
Au cœur glacial
De la nuit d'hiver !



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Redécouvrir Emil Nolde, peintre allemand furieux et tellurique

Pierre Le Vigan

Emil Nolde en 1909

    Cent soixante dix peintures et aquarelles exposées au Grand Palais sont l’occasion de redécouvrir Emil Nolde (1967-1956) et de peser les forces et les faiblesses d’un peintre qui refusa toutes les étiquettes. Surtout celle d’expressionniste.

    Emil Nolde a peint beaucoup. Comme bien d’autres de sa génération tel Max Pechstein, il subit l’influence de Gauguin, Cézanne, Matisse.  Mais il se disperse et ne crée pas un univers cohérent. Il faut le dire d’emblée : l’œuvre de Emil Nolde est fort inégale. Ses premières œuvres sont néo-symbolistes. Ses sujets sont les paysages du Nord et leur ciel que d’aucuns ont qualifié de « crasseux », propice à la méditation. Plusieurs tableaux de Nolde – tel Géants de la montagne (1897) - sont refusés au salon de Munich en 1898 : Nolde aura toujours des problèmes avec les autorités artistiques constituées. Volontiers primitiviste, influencé par l’inégal Van Gogh, Nolde use et abuse des couleurs vives. On a rapproché une partie de son œuvre de celles de Arnold Böcklin et de Franz von Stück. Mais il n’emporte pas la conviction au même titre que ces deux derniers.

    Sa Pentecôte (1909), sa Vie du Christ (1911-12) relèvent d‘une naïveté devenue impossible. « Sa religion est aussi teintée de paganisme » écrit Sylvain Amic. Sans doute. Mais cela éclaire son projet plus que cela ne définit l’émotion dégagée par ses œuvres, une émotion que l’on n’éprouve que rarement. On a évoqué à propos de Nolde peintre de scènes bibliques la proximité d’avec certaines toiles d’Henri de Groux, mais la vigueur tout comme l’équilibre de la composition de ce dernier ne se retrouvent pas chez Nolde.


            Début de soirée

    Jean-David Jumeau-Lafond écrit : « (…) le clou de l’exposition, est naturellement le grand polyptique La vie du Christ (ill. 9), exceptionnellement sorti de la Nolde Stiftung. Cette œuvre monumentale désarçonne ; non que l’on n’y retrouve la force expressive d’un artiste inspiré et, certes, l’évidente sincérité du sentiment spirituel. Sans doute est-ce la coexistence entre la manière ‘’forte’’ de l'artiste et l’organisation traditionnelle de l’œuvre qui interroge. La forme polyptique, qui juxtapose neuf toiles dont chacune possède sa force indéniable, provoque un sentiment contradictoire. On sait d’ailleurs que les premières œuvres peintes de ce cycle ne l’avaient pas été dans ce but, l’idée d’un ensemble étant venu en cours de route au peintre. Il ressort de cet assemblage une sorte d’éclatement quelque peu gesticulatoire, qui s’opère au détriment d’une vision globale ; certaines toiles sont peintes en matière tandis que d’autres privilégient les à-plats. Les toiles n’ont visiblement pas été conçues plastiquement, et chromatiquement, en tenant compte les unes des autres et si le côté ‘’naïf’’ du polyptique ajoute à son caractère ‘’populaire’’, là encore entre guillemets, on reste convaincu d’un flagrant décalage entre les spécificités de l’art de Nolde et l’ambition de s’inscrire dans la tradition de la grande peinture religieuse et de ses formes et programmes iconographiques. Ainsi, une toile comme La Mise au tombeau (ill. 10) de 1915 s’avère beaucoup plus convaincante et poignante, dans l’intimité de son format, que la monumentalité d’un cycle dont chaque partie semble lutter avec les autres. » (in catalogue Emil Nolde, 1867-1956, sous la direction de Sylvain Amic, Réunion des Musées Nationaux, 2008).

Jour de moisson

    Nolde a beaucoup cherché et s’est souvent perdu sans trouver sa voie propre. Son Couple sur la plage (1903) est trop classique pour être bouleversant. Ses Masques II et Masque III (tous deux de 1920), son Paradis perdu (1921)  peuvent-ils emporter d’autres approbations que celles de snobs ?  Non plus que sa Ronde endiablée (1909), au chromatisme agressif. 

    On a surnommé Nolde « le Matisse allemand ». On a dit que l’art de Nolde se situait entre Matisse et Egon Schiele. Voire. Nolde est moins bon peintre que ces deux là, 
même s’il n’est pas certain que Matisse soit, au demeurant, lui-même un peintre
majeur.  Nolde a été lié un temps, quelque dix-huit mois,(1906-07) au groupe Die Brücke (le Pont), un des principaux courants de l’expressionnisme allemand avec Der Blaue Reiter  (le Cavalier Bleu), souvent plus créatif voire plus équilibré que Die Brücke.

    Emil Nolde est fort à la mode depuis que les nationaux-socialistes ont eu l’idée de l’inclure dans leur exposition stupide et totalitaire sur l’ « art dégénéré » (Munich, 1937). Mais au fond, n’eut été son style résolument moderne, Nolde aurait pu sans cette « exposition » de 1937 pâtir au contraire d’une image négative car, avant d’être rejeté par les nazis, il fut … adhérent d’une « communauté artistique » national-socialiste dans le Schleswig du Nord (Danemark). 

    Apprécié par Goebbels, qui eut un temps des aquarelles de Nolde dans son bureau, le peintre était en revanche jugé unmöglich (impossible) par Hitler et par l’idéologue du régime Rosenberg. Il est vrai que le travail de Nolde se situait à 1000 lieux de celui d’un artiste « officiel » tel Werner Peiner ou Julius Paul Junghanns. Les œuvres de Nolde furent exposées en grand nombre au salon de l’ « art dégénéré » et il lui fut signifié une interdiction de peindre (comme elle fut signifiée à bien d’autres artistes tel Karl Hofer, bien supérieur à Nolde au demeurant). Il réclama la restitution de ses œuvres à Goebbels qui ne lui répondit pas mais lui renvoya ses tableaux. Pendant la guerre, Nolde peignit clandestinement des aquarelles sur des papiers de récupération. Il appela ces travaux des « images non peintes ».

Nuages d'été

    Alors, pourquoi s’intéresser à Nolde quand même ? Il ne suffit pas d’être détesté par les nazis – sauf par Goebbels – une exception pas mince, pour être sympathique. Ni le contraire. A cette aune, on s’interdirait d’aimer Courbet parce que les nazis – et les communistes ! - le tenaient en haute estime. Réponse : il faut aimer Nolde pour ce qu’était l’homme. Tourmenté, fragile, sincère. Nolde était un amoureux de la Heimat, et il en avait deux, l’Allemagne mais aussi le Danemark puisqu’il était originaire d’une région rattachée au Danemark à la suite du référendum de 1920, et que sa femme était danoise. Né Emil Hansen, il avait pris le nom de Nolde, sa petite ville natale, en 1902. Nolde est un peintre moderne mais il est hanté par l’innocence pré-moderne. Il est hanté à la fois par les énergies de la terre, la nature en son rapport à la fois farouche et allègre à l’homme et par la situation d’angoisse naturelle à l’homme. C’est pourquoi une des grandes réussites de Nolde est sa série Mer d’automne (1910-11), où il trouve, proche de l’abstraction, une façon personnelle d’exprimer au mieux les forces qui l’habitent, soit pas autre chose que la démesure même de la nature.

    Nolde vaut aussi par ses gravures sur bois, où il exprime (enfin !) sa filiation avec l’art populaire, gravures proches de celles de Karl Schmidt-Rottluff, dont Nolde fera un très coloré mais peu convaincant portrait en 1906. Nolde vaut pour son Hambourg, bateau dans le port (gravure, 1910), le Prophète (gravure sur bois, 1912), pour nombre de ses paysages sous estimés : Jour de moisson (huile, 1905), Crépuscule (huile, 1916), La mer III (huile, 1913), Nuages d’été (huile, 1913), pour son Jeune indigène au collier (aquarelle, 1914), …

    Il y a une visée critique chez Nolde, très explicite dans ses Spectateurs au cabaret, (1911), où se donne à voir la facticité du monde moderne. Il y a aussi une nostalgie de la fête au village, et des danses (Danseuses aux bougies, 1912), chez cet ami de Mary Wigman qui, comme elle, a la nostalgie d’un « monde clair » et des moments auroraux.

    On a oublié qu’avant 1914, l’Allemagne avait colonisé de nombreuses iles de l’Océan Pacifique qui seront ensuite dévolues au Japon, puis aux États-Unis après 1945. En 1913, Nolde fit un voyage très marquant dans cette Océanie allemande.  

Printemps dans la pièce

    À ce sujet, Philippe Dagen écrit : « L’intérêt de Nolde pour l’Asie et les Mers du Sud, loin d’être exceptionnel, s’inscrit dans un contexte politique et culturel largement partagé en Allemagne et, au-delà, en Occident au début du vingtième siècle et sa passion pour les ''primitifs'', comme celui des autres membres du groupe Die Brücke (le Pont), naît dans les galeries d’ethnographie d’Allemagne en raison même de leurs enrichissements constants et de la circulation accélérée d’objets en provenance de ces régions lointaines. Mais cette passion est liée à la condamnation du monde moderne et de son action et à la conviction que l’autre monde, l’antérieur, l’originel, disparaît inéluctablement : au mieux, il est à l’agonie. » (catalogue de l’exposition).

    Suite à ce voyage, Nolde exprimera les méfaits du colonialisme et valorisera l'homme primitif : « Tout l’enthousiasme qu’inspirent aux Européens la mission et le progrès matériel ne peuvent faire oublier le fait qu’ils sont surtout aveugles à ce qu’il y a de plus précieux (…) Les hommes primitifs vivent dans leur nature, ils ne font qu’un avec elle et sont une partie du cosmos tout entier. J’ai parfois le sentiment qu’eux seuls sont encore de véritables hommes, et nous quelque chose comme des poupées articulées, déformées, artificielles et pleines de morgue ».

    Emil Nolde est mort à Seebüll, le 13 avril 1956.  Il est enterré dans son jardin. Il y repose au coté de sa femme Ada, morte le 7 novembre 1946. 

 

Grand Palais 75008 Paris. Du 25 septembre 2008 au 19 janvier 2009 Tél : 01 44 13 17 17. Tous les jours sauf le mardi de 10 h à 20 h. Nocturnes les lundi et jeudi jusqu'à 22 h (sauf les 24 et 31 décembre).. Tarif : 10 € (tarif plein), 8 € (tarif  réduit). A Montpellier au Musée Fabre Du 7 février au 24 mai 2009.





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Yves Brayer, voyageur  enraciné et peintre méconnu

Pierre Le Vigan

Flamenco


    Né en 1907, l’année des « Demoiselles d’Avignon » de Picasso, Yves Brayer a traversé le dernier siècle sans souci des modes. Artiste fertile, il est mort en 1990 en ayant laissé une grande œuvre à redécouvrir. C’est le moment avec l’exposition de plus de 120 toiles du Musée des années trente de Boulogne-Billancourt.

    Yves Brayer a travaillé en suivant son chemin. L’homme a beaucoup voyagé : en Espagne puis en Italie, de Paris à la Provence en passant par le Tarn. Mais aussi au Mexique, en Egypte, en Iran, en Grèce, en Russie, au Japon, aux Etats-Unis. Cela forme le jugement artistique.

   

    Élève de Lucien Simon, héritier de Gustave Courbet, Yves Brayer a sans cesse puisé dans des visions tirées de ses voyages et de ses séjours en divers lieux. Sa peinture est à la fois gracieuse, vive et affirmée (Les séminaristes allemands, huile, 1932,  Le départ du Palio, huile, 1932,  Le déchargement de la viande aux halles, gouache et encre de Chine,    1927 …).

 Portrait de Blaise Cendrars

    Outre la peinture à l’huile,  Brayer a pratiqué l’aquarelle, la gouache (« Réception à la villa Médicis », gouache sur papier, 1934) mais aussi la lithographie et la gravure sur cuivre. Il a illustré de nombreux livres tel Le Hussard sur le toit de Jean Giono, et réalisé des portraits d’écrivains tel Blaise Cendrars (eau-forte, 1946) et aussi Montherlant, encore Giono, Baudelaire, Paul Claudel, Frédéric Mistral, Mac Orlan (encre sur papier, 1964), …

 


L'escalier de la Trinité des Monts (1933)

     La maitrise de Brayer est multiple et toujours convaincante. A partir de 1945, il est fasciné par la Provence où il finit par s’installer, près de Saint Rémy. Il y peint des paysages rocheux dans leur force et leur rudesse. Giono écrivit de Brayer : « J’accepte volontiers de passer pour un petit esprit, puisque je m’obstine à négliger les mots d’ordre, à refuser la théorie (ou la politique) quand elle prétend s’interposer entre la plume et le papier, entre le pinceau et la toile. Je ne comprends l’artiste que libre (il court déjà bien assez de risques dans cette situation). Il n’est ni pour ni contre quoi que ce soit, il fait simplement apparaître la vérité, c’est-à-dire le sens de l’Histoire » « J’aime les choix d’Yves Brayer, poursuivait Jean Giono. Qu’il soit en Espagne, en Italie, en Provence, c’est aux éléments les plus aristocratiques qu’il va. Il se trouve qu’étant les meilleurs, mais aussi les plus actifs à se laisser saisir par le vulgaire, ils expriment immédiatement, une fois assemblés, la ‘’charge d’âme’’ de l’ensemble. » Yves Brayer, c’est une belle leçon d’amour éclairé du monde.                                                            

 Les toîts de Cadaques (1952)


Musée des Années Trente, Espace Landowski, Boulogne-Billancourt
Du mardi 14 octobre 2008 au samedi 31 janvier 2009. www.boulogne-billancourt

   


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Où célèbre-t-on encore la patrie avec ferveur en chantant ?
là où elle est en danger : au Kosovo serbe !
Deux beaux chants des Balkans yougoslaves à écouter sur
youtube :
sur un fond de jolies vues du vieux pays livré aux forces obscures déchaînées
par les ennemis de l'Europe
1) KOSOVO, Produkcija RAVEN VISION
2) OVOJE SRBIJA- KOSOVO 2008

3) Noël approche, faites un don aux enfants des Serbes assiégés grâce à Solidarité Kosovo : renseignements ici

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Damien Saez, un chansonnier pour une époque nihiliste

    Le look un peu débraillé, la clop au bec, une voix incertaine, quoique pas désagréable, le sens de la mélodie, lancinante, à la guitarre ou au piano. Un peu country, un peu folk, une touche de Dutronc, parfois et des paroles qui, à la lecture, semblent un peu confuses, mais qui dans l'ensemble dégagent une certaine force, une provocation tranquille contre, tout contre, l'époque nihiliste à qui elles s'adressent. Car ici, ce ne sont ni les politiques en tant que tels, ni les riches ou les puissants, ni les ennemis désignés qui sont visés. On ne nous fait pas la morale. On constate, de manière brute et brutale, on admet sans l'accepter, mais on admet la réalité de ce monde cruel, égoïste, sans idéal, avec ses bombes et ses poisons, sa violence diffuse, toujours reniée mais pratiquée quotidiennement...
    Damien Saez ne prêche rien, sauf, accidentellement, ça et là, un peu plus de paix, d'égalité (ne se débarrasse pas qui veut de son héritage gauchisant, comme d'autres de leurs préjugés droitistes, même si tout ça ne veut plus rien dire). Il révèle, analyse, souligne l'ignominie du monde où vivote sa génération perdue, la nôtre, et celle de nos enfants livrés à l'économie devenue folle, à la "fin du politique". Il fustige le triste nouveau siècle qui cultive, autant ou plus que le précédent, la stratégie de la tension, de la concurrence effreinée, du pillage planétaire insensé... Poussant, avec son ironie féroce,  la logique nihiliste à son terme, il "veut  du nucléaire, des bombes dans le RER, même s'il n'est qu'un enfant" :  impertinent coup de poing sur la table de la bonne conscience pacifistoïde !

Damien Saez : "J'veux du nucléaire !"
(http://fr.youtube.com/watch?v=qFWM7I7wP4U&feature=related)

    Ou bien, entre deux guerres absurdes, deux marées noires, sur un fond filmé où l'on voit s'enfuir désespérément des loups pouchassés, ou déambuler une jolie fille triste au bord de la Seine, il nous incite à la révolte. Révolte insensée peut-être, mais tellement plus séduisante que l'ignoble passivité des enfants perdus d'aujourd'hui !  Le tout dans un langage qui, parfois, ne laisse pas indifférents ceux qui ont encore, au fond du coeur,  une petite flamme .

Pour rendre au crépuscule
La beauté des aurores
Dis moi qu'on brûle encore

Dis-moi que brûle encore cet espoir que tu tiens
Parce que tu n'en sais rien de la fougue et du feu
Que je vois dans tes yeux ?
Jeunesse lève-toi !

 Damien Saez : "Jeunesse lève-toi !
(http://fr.youtube.com/watch?v=qFWM7I7wP4U&feature=related)


    

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La passion du feu : discussion

  Serge Rivron* a écrit :

Je l‘avais allumé vers 18h, une fois le vent tombé, sur le goudron de mon parking. Un petit 80 centimètres de diamètre, alimenté des branchages touffus d’un cèdre que j’ai abattu récemment – un gros, 17 mètres de hauteur, débité main en buches et buchettes de 50 cm pour la cheminée cet hiver, et puis ces branchages pour le feu dehors, deux bons mètres cube.
Évidemment un feu, ça fume. Bien blanc, pas du tout comme les pneus et autres plastiques que brûlent régulièrement et en plein jour les artisans du secteur dans leur cour, ou leur jardin. Belle fumée naturelle, épaisse que le vent faible disséminait sur les prés alentour. Ma maison est à plus de cent mètres de la route, et largement au-dessus. Je dis ça, parce que ça a son importance, on va voir.
21 ans que j‘habite ici, j’ai dû faire environ 120 feux de broussailles ou de branches, brûler comme ça 200 mètres cube. La fumée des végétaux est totalement neutre en termes d’émission de CO2, puisque les végétaux s’en sont eux-mêmes servi pour grandir et alimenter l’air en indispensable oxygène. Les cendres nourrissent ensuite la terre.
J’en étais là de mes réflexions quand j’ai vu débarouler deux gendarmes en voiture. Sans doute alertés par la fumée, je me suis dit, c’est plutôt prévenant de leur part de venir voir ce qui se passe, même si c’est dans une propriété privée. J’étais à ce moment dans le champ au-dessus de mon parking, en train de couper le reste des branchages à brûler. Quand ils verront que c’est juste un feu bien entretenu, rien qui risque de prendre autour, un robinet pas loin, je me suis dit, ils vont repartir. Mais non.
Les voilà qui se dirigent pour sonner à la porte, du coup je les interpelle : “bonjour messieurs, c’est pour quoi ?”
Il paraît qu’il ne faut pas faire du feu de végétaux, surtout qu’on a la déchetterie pour ça, il y a un arrêté permanent d’interdiction. Première nouvelle, je leur dis, et puis je trouve ça profondément idiot. Je brûle un arbre qui faisait 17 mètres, je me vois pas porter ça à la déchetterie. C’est mieux de brûler des pneus que des végétaux ?
Oui, mais vous faites une sacrée fumée, ça va sur la route !
Donc il vaut mieux que je loue un semi-remorque pour emmener mon arbre à la déchetterie ? La déchetterie a donc vocation a être encombrée de tailles, de gazon qu’il faut qu’on porte là-bas en voiture ou camion, que d’autres camions vont emporter ailleurs, au mépris du fabuleux minerai de compost naturel que ça ferait sur nos propriétés ? Et en plus, il faudrait aussi que je paie en impôts le traitement de tonnes d’herbe, de branchages ?
Il n’est hélas plus nouveau de constater le sommet d’insanité que représente la sottise des hommes de ce siècle qui croule sous les ordures qu’il produit autant que sous les lois et avantages ineptes qui les défendent.
Merde, on va pas arrêter de nous casser les couilles à nous rendre toujours plus serviles et toujours plus salissants ?
Le petit coin de reste de campagne que j’habite est empuanti depuis 7 ans par une usine qu’aucun édile, aucun service performant d’État, n’est capable de nommer. Le petit paradis que j’entretiens, comme nombre de mes voisins jardiniers ou agriculteurs, est emmerdé tout les soirs et tous les samedis, tous les dimanches, par des petits voyous qui roulent en moto sur le stade municipal. Pas un flic, pas un procès verbal, pas un semblant de manifestation de la loi pour arrêter les méfaits de ces salopeurs d’espace public ! Mais quand il s’agit d’emmerder sur sa propriété privée un citoyen qui entretient l’écosystème, qui plante des arbres et en coupent d’autres, les gendarmes rappliquent, et donnent des leçons d’inculture à la ronde !
À l’heure où je termine ce petit récit, il y a longtemps que la fumée de mon feu végétal s’est dissipée. La route, que j’ai si terriblement enténébrée, est libre. En revanche l’insupportable émanation gazeuse de Calpicolor est bien là, tenace, immortelle. Totalement libre de ses divagations morbides. Les gendarmes n’y peuvent rien, les pauvres.
Les pauvres cons.

Serge Rivron  
  Jacques Marlaud répond :

  Bonjour cher Serge Rivron

Je suis entièrement d'accord avec votre coup de gueule et je renchéris : chez nous seuls les pollueurs s'arrogent le droit de faire de la fumée ou du bruit et les pyromanes celui d'allumer des feux, seuls les brigands se donnent le droit de porter des armes, seuls les voyous ont le droit d'emmerder le monde, seules les communautés qui revendiquent une appartenance autre qu'au cher pays de notre enfance ont le droit à une super-protection contre le racisme si l'on touche à l'un des leurs... et seuls les petits propriétaires à domicile fixe sont suffisamment attachés à leur terre et à leurs pierres pour accepter que le racket fiscal puise dans leurs poches pour payer pour cette société de cons !
Que faire ? Grande question...
À propos des feux de bois, puisque c'est notre sujet : sur le lopin de campagne relativement grand (2 ha) où je réside, nous nous sommes battus avec ma famille et mes amis contre les voisins malveillants, les gendarmes les pompiers et la préfecture, tous " bien intentionnés " avec le soutien passif de la Mairie de mon petit village pour obtenir un passe-droit le jour du solstice d'été (ou la Saint Jean) au nom de la tradition . Nous allumons ce jour-là, et depuis quinze ans, vers 10 ou 11H00 du soir un bûcher de 3 à 5 mètres de haut : la flamme claire dépasse souvent les 10 mètres . Et les jeunes-gens présents y jouent à de vrais jeux, y dansent des vraies danses de chez nous (photos jointes). Exception tolérée (mais non officiellement autorisée) au nom de la tradition : le solstice est encore célébré à l'ancienne çà et là où le nihilisme moderne n'a pas tout détruit, mais pour combien de temps ?
Il n'y a chez nous déjà plus de loups ni d'ours, plus beaucoup d'hommes virils ni de femmes féminines et heureuses de l'être, plus beaucoup de familles nombreuses hors des ghettos d'immigrés, plus de vraie jeunesse audacieuse, plus de veillées avec chants, guitarre et danses. Les boîtes à techno, les rave parties ont remplacé les guinguettes depuis belle lurette... Alors, lorsqu'il n'y aura plus de grands feux dans la nuit ni de joyeuses rondes autour, que nous restera-t-il ?
À nous qui ne nous contentons pas des lots de consolation que sont feux d'artifice, fêtes de la musique, Eurodisney parades, foot & news & jeux vidéo, ni tronche de Carla et Sarkozy le 14 juillet, que nous restera-t-il ?
 Il sera peut-être encore temps alors, si l'on parvenait à nous priver de nos dernières libertés, à condition qu'il nous reste encore une allumette et un brin de courage, de mettre le feu à ce monde sec et mort !

Jacques Marlaud

Réponse de Serge Rivron :

Très cher Jacques,

Merci de cette réaction en forme de diatribe, dont je partage de bout en bout les termes et la philosophie. Comment nos contemporains – la plupart d’entre eux, disons – ne voient-ils pas, au moins ne le pressentent-ils, la terrible menace que fait peser sur nous, sur nos enfants, sur l’Humanité toute entière, ce renoncement permanent et volontaire à toute responsabilité, à toute liberté, à toute histoire ? Et comment ne soupçonnent-ils pas que chaque concession faite par chacun de nous à la veulerie ambiante est une lâcheté que leurs héritiers paieront du prix de leur âme ? Effarant.
Ce que vous me dites de votre feu de la Saint Jean me fait encore plus regretter de ne pas pouvoir m’y rendre, pour la deuxième année consécutive. Juin est aussi le saison des mariages, des fêtes dans tous les coins et cette année, de plus me concernant, celle du “lancement” (le mot est grotesque et vraiment un peu fort) de mon roman, “La Chair”. Ce soir d’ailleurs, je reviens de la première lecture-signature, dans une librairie lyonnaise où ça a plutôt très bien marché : une soixantaine de présents, 34 bouquins vendus, le libraire n’en revenait pas et mon éditeur pour la peine m’a offert trois livres supplémentaires à ceux prévus par contrat, et promis de se mettre réellement au charbon pour essayer d’avoir un peu de presse.
Je vous salue avec joie et ferveur,

Serge R.


*Serge Rivron est un écrivain anticonformiste à Lyon. Il a notamment publié Crafouilli (éditions Les Provinciales, 2000) et La Chair (Jean-Pierre Huguet éditeur, 2008) dont la présentation figure dans notre rubrique "Courrier,annonces, communiqués".






             









                                                                                                                                                                                                                                                       

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paganisme russe





Timide renaissance du paganisme russe :

       cliquer sur l'image pour obtenir l'information





Source : Le Courrier de Russie repris par : http://fr.novopress.info/?p=11729#more-11729

  

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Que celles et ceux qui aiment la femme, la beauté, l'art cliquent ici pour un moment de ravissement :
http://www.artgallery.lu/digitalart/women_in_art.html


                                                                                                                               



                                    

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Cette litanie du nord européen, illustrée par de belles scènes mythologiques ne peut laisser indifférents
celles et ceux qui pensent que l'Europe, désorientée par une si longue traversée du désert monothéiste,
doit enfin retrouver le nord.
Son Nord.
http://www.youtube.com/watch?v=FKFpCoTYJ0c




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L'Europe que nous voulons
Une lettre de Christophe Gauer (20 ans) à L'Esprit européen , 19 février 2008
 
              
       
   Cher Monsieur,

        J’aimerais vous parler d’Europe. Je ne suis nullement connu, je ne suis ni un spécialiste de la question, ni même un philosophe: je ne suis qu’un jeune Européen de vingt ans qui, chaque jour, prend conscience de la déchéance politique, culturelle et morale de sa vieille civilisation.

        J’aimerais tout d’abord vous dire, à vous et à toute votre équipe, un grand merci. Vous contribuez à éclairer les jeunes générations sur la question politique la plus fondamentale du moment et surtout à faire vivre un débat que les élites technocratiques boboïsantes de Bruxelles, de Berlin et de Paris tentent d’étouffer par tous les moyens. Ce débat sur               « l’Europe que nous voulons » est fondamental selon moi, car la création d’une Europe unie, d’une Europe-puissance aura des répercussions géopolitiques extraordinaires. Il est évident que l’Europe sera la grande question du XXIe siècle, autant pour nous Européens que pour le reste du monde.

     Étant franco-polonais, habitant actuellement en Allemagne, je suis un Européen convaincu. Français de par ma culture, polonais de par mon âme, germain de par ma mentalité, je revendique mon « européanité ». Je suis fier de ma vieille civilisation continentale, dont les racines, remontant à la Grèce, furent renforcées par le Christianisme et éclairées par les Lumières. Mes héros sont autant Jésus que Périclès, César, Saint-Thomas d’Aquin et Napoléon. Mon identité multiculturelle m’a prouvé qu’à travers la magnifique diversité de ce continent, il existait un ciment commun à tous ses peuples, des racines communes, en un mot, une CIVILISATION. Cette vieille civilisation, que je veux voir briller de nouveau, a la vocation de devenir un phare de paix, de fraternité, de démocratie et de pensée dans un monde obscur ravagé par les conflits.

        Mes rapports avec l’Allemagne m’ont fait comprendre le rôle fondamental que devra jouer, une nouvelle fois, le couple franco-allemand dans ce projet. L’Europe-puissance ne pourra être lancée que sur le Rhin par l’union des Gaulois et des Germains. La France et l’Allemagne sont, en effet, les dernières puissances européennes à avoir les moyens de cette ambition, elles sont aussi les détentrices principales de l’idéal européen, et si je puis dire, de l’identité européenne : promenez-vous donc à Berlin le soir, vous vous sentirez chez vous, au cœur de l’Europe. Ces deux vieilles nations seront donc l’axe d’une construction politique nouvelle, qui s’étendra ensuite à l’est, au nord et au sud, jusqu’à ses limites géographico-culturelles.

        L’Europe ne doit pas se constituer comme une organisation économique anglo-saxonne, telle qu’elle l’est devenue à travers l’UE, ni même comme un État supranational niveleur, ce que proposent les fédéralistes à travers la création d’une pseudo « euroculture » bâtarde, factice et sans racine. Ces deux modèles déboucheraient sur une « non-Europe », sur le Zéropaland de Maurice G. Dantec. L’Europe ne peut se constituer qu’à travers la création (ou plutôt la recréation) d’un Empire centré sur le Rhin, un Empire multinational, multiculturel et multiethnique respectant l’identité de chacun de ses membres. L’Empire carolingien avait déjà réalisé ce rêve une fois : je ne vois pas pourquoi il serait impossible de la réaliser encore.

      J’aimerais vous faire part d’un projet que je caresse avec un ami alsacien depuis un certain temps. Nous sommes actuellement en 3e année à Sciences-Po Paris et nous avons eu l’occasion de rencontrer de nombreux jeunes Européens, fiers et dynamiques, partageant comme nous la passion de l’Europe et l’amour de notre civilisation. Afin de rassembler ces jeunes forces et d’initier un débat à notre niveau, nous avons décidé de créer une association, Agénor. Ce club aura bientôt pour but de promouvoir les valeurs et la culture de la civilisation européenne dans le monde, ainsi que d’œuvrer à la création d’une Europe -puissance, impériale et multiculturelle. Nous souhaitons créer un club réservé à une élite éclairée et résolument européenne, défendant avec force notre héritage commun, un club destiné à essaimer dans l’Europe entière et même au-delà.

        L’Europe de 2008 me semble aller mal. Le couple franco-allemand est mort, tant à cause du désintérêt fautif des Allemands que de la légèreté de notre Président « bling-bling ». L’UE devient de plus en plus un objet technocratique et apolitique insupportable : cheval de Troie de la mondialisation culturelle en Europe, objet purement économique et antidémocratique, l’UE a définitivement trahi l’idéal européen. Les perspectives actuelles sont bien sombres pour le Vieux Continent, alors que la Chine se réveille avec fracas et que l’Amérique est plus impériale que jamais. Je reste pourtant résolument optimiste. Les futures élites de ma génération, sincèrement européennes, comprennent les retournements géopolitiques, culturels et sociaux qui sont en train de survenir dans le monde. Ma génération sera à la hauteur du défi exceptionnel que l'Histoire nous propose ou plutôt nous impose: la création d'une Europe forte, fière et unie.


Bien à vous,

Christophe GAUER


      

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MARCEL GAUCHET: L'AVENEMENT DE LA DEMOCRATIE
Écrit par Augustin Septfons   
26-01-2008
1-Rappel sur l’œuvre :
Marcel Gauchet est le penseur du désenchantement, de la sortie des religions, qu’ont opérée nos sociétés européennes depuis la Renaissance.
Sur ce thème weberien, Marcel Gauchet décrit un phénomène complexe et dans la durée, faisant transiter nos sociétés depuis l’unicité produite par une représentation organique de la communauté où les personnes se pensent au sein d’un grand tout sur le mode de la fusion, jusqu’à la situation actuelle, que l’auteur situe dans les années soixante dix, où au contraire l’individu  atomisé prédomine.
Ce passage depuis l’hétéronomie à l’autonomie s’effectue donc de manière  contradictoire. Les avancées de chaque période sur la voie de la liberté, de l’égalité, de l’immanence des lois, de leur auto-production (par les sociétés respectives à chaque étape et au sein d’elle mêmes, la place accrue de l’individu au sein des dispositifs d’action et d’auto-représentation) se fait de manière ambiguë. En effet, Marcel Gauchet insiste à chaque fois sur le caractère résiduel, sur la dimension de l’hétéronomie qui semble assurer la cohésion du groupe comme si, à elles seules les valeurs de l’autonomie, ne pouvaient assurer le vivre-ensemble.
Dernière mise à jour : ( 26-01-2008 )
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AUTONOMIE VERSUS TRANSCENDANCE OU EXCELLENCE DES VALEURS?
Écrit par Jean-Baptiste Santamaria   
26-01-2008
Une communauté transparente à elle-même est-elle viable ? C'est-à-dire une communauté se voulant et se sachant auto-produite. Ou encore une communauté ne se fondant sur rien d’autre que sa volonté.
 Ce texte se veut en résonance avec l’œuvre de Marcel Gauchet centrée autour de la sortie du religieux. Sa thèse centrale est que jusque dans les années 1970, l’Europe et l’Occident malgré l’affirmation du projet moderne d’auto-constitution,  ont,  au-delà des énormes mutations qui les ont traversées sur le plan de l’historicité, du Droit et du Politique comme sur les plans scientifiques et techniques, assuré la stabilité de leur vivre-ensemble grâce à la prégnance d’une hétéronomie maintenue.
Rappelons quelques définitions.
L’autonomie est la faculté d’être l’auteur de sa propre loi.
L’hétéronomie entend que la source, le fondement de la Loi est exterieur au « système » (ici les hommes et leur société).
La transcendance entend qu’une source (Dieu, la Nature, les anciens etc.) est extérieure puis traverse le « système » qu’elle irrigue et justifie.
La question qui va être reprise ici et qui constitue la trame et la toile de fond du débat, notamment depuis la période moderne, est la suivante :
peut-on maintenir une société qui n’a d’autre fondement qu’elle-même ?
Dernière mise à jour : ( 26-01-2008 )
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NB : Jean-Baptiste Santamaria et le Groupe Sparte  ont le plaisir de vous convier au dîner-débat qu'ils animeront au cercle Proudhon à Genève le vendredi 29 février 2008 : détails ici

LE SENS DU RYTHME
Écrit par Jean-Baptiste Santamaria   
22-12-2007
« Qu’on se demande enfin si ce mépris de la mélodie et ce dépérissement du sens mélodique qui croissent de plus en plus en Allemagne ne seraient pas une grossièreté démocratique, un contrecoup de la Révolution. La mélodie manifeste en effet un si franc plaisir de la règle, une telle hostilité pour tout ce qui est inachevé, ce qui est informe et arbitraire, qu’elle a l’air d’une vieille résonance de l’ancien régime européen, d’une émanation séductrice qui vous ramène à ce passé. »
Nietzsche
 Le Gai Savoir . 103 De la musique allemande

Qui n’a pas été dépassé par un véhicule duquel débordaient des flots sonores.
De la musique ? Non du rythme.
 Un rythme pur, syncopé, s’appuyant sur des basses et soulignant un texte lui-même martelé. La mélodie ayant quasiment disparu.
Ces rythmes sortent d’un caisson de basses.
En général les vecteurs de telles sonorités sont des non-européens d’origine ou des européens « arabisés » c'est-à-dire que leur caractère ou des conditions précises (sociales) d’existence ont amené à se convertir à une culture autre.
Nous voyons par ces premiers éléments que ce phénomène est certes à la conjonction de deux cultures : la même (l’européenne dans ses multiples déclinaisons) et l’autre (l’Orient dans l’éternel ressassement de son être), mais majoritairement déterminé par le devenir propre de l’Europe.
La technique (en sa phase électronique et cybernétique : en témoignent les caissons de basses et le stockage numérique) et la démocratie (musique et en général culture de masse, culture de consommation) sont bien des caractéristiques centrales de la présente phase du  devenir européen.
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LA METAPHORE POLITIQUE DE L'EXIL CHEZ M.G DANTEC
Écrit par Augustin Septfons   
17-10-2007
Sous ses allures de romancier futuriste, familier des fractales et se revendiquant des paradigmes de la complexité ou de la « nouvelle alliance » de Prygogine et Stengers,  ennemi déclaré du mécanisme, Dantec n’en reste néanmoins on ne peut plus cartésien.
Comme dans le fameux arbre de Descartes, pour Dantec, toute science, toute épistémologie, toute politique, se fonde sur une métaphysique, qu’elle soit déclarée ou non.
Etant entendu que tout système se construit sur un fondement d’une essence étrangère à ce qu’il fonde.
Très logiquement (cartésiennement, par chaînage arrière) M G Dantec va s’ingénier tout au long de son œuvre à tendre vers la source fondamentale de tout ordre, de tout Cosmos.
Quant à la question du fondement, Dantec suit là les traces de Martin Heidegger dont l’analyse de la technique repose sur une élucidation de son essence (jugée comme non technique elle-même) et par là à une critique de la « métaphysique » (au sens qu’Heidegger donne à ce terme).
Derrière la question de la technique, s’engouffre plus largement les questions du fonctionnalisme, de la démocratie de masse, du libéralisme, donc de toute la question « sociale », disons plutôt politique.
Partant de ces précautions préalables, le décor futuriste, les prises en compte technologiques (neuro-sciences de demain), qui constituent le cadre de son œuvre romanesque, ne doivent  être entendus que comme étape première d’un itinéraire, littéraire (avant tout, sans doute) et politique donc métaphysique.
C’est cette régression (au sens logique) vers le noyau ontologique du phénomène de l’être et de l’exister qu’opère Dantec ; nous tenterons dans ces lignes d’approcher cet itinéraire notamment autour de son exil réel et métaphorique et d’en proposer un sens.
Dernière mise à jour : ( 17-10-2007 )
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POUR UN DEPASSEMENT DU PROJET MODERNE
Écrit par Jean-Baptiste Santamaria   
09-10-2007
La philosophie émerge en même temps que la décadence d’Athènes et des autres cités grecques.
Bien sûr les hommes n’ont pas attendu la philosophie pour penser ni pour être sages ou savants.
On a coutume de dater le départ de la démarche philosophique avec la dialectique (purement orale) de Socrate. Xénophon et Platon deux de ses disciples ont laissé trace écrite de son enseignement.
Socrate est un soldat endurant, courageux; sur le plan politique il dédaigne les joutes oratoires des diverses assemblées athénienne au profit de dialogues en cercle restreint sans rétribution.
Il sera condamné à mort par le parti du démos et fidèle aux lois de la cité il ne cherchera pas à se dérober à la sentence ou à la négocier.Le parti démocratique n’aimait pas son caractère provocateur et indépendant,son ironie; Socrate n’avait pas hésité à braver la foule en s’opposant à la condamnation des géneraux  suite à la bataille navale des Arginuses.
Le peuple avait pris du poids politique dans l’Athènes du V°siécle. La marine prenait de l’importance-le commerce poussait au développement de la flotte-et les marins constituaient la couche populaire de l’armée. La victoire de Salamine constitue un épisode glorieux et caractéristique de l’évolution maritime d’Athènes (Sparte restant une cité attachée à sa glèbe) la cité s’était embarquée avec femmes et enfants laissant la ville aux envahisseurs (seul un petit contingent restera retranché vite exterminé) donc du développement de l’hégémonie du démos.
Opposition antidémocratique emblématique de la part de Socrate.
Mais aussi opposition à la tyrannie de quelques ploutocrates (gouvernement des Trente) :requis par le gouvernement pour aller se saisir d’un opposant (dans le but d’accaparer ses biens au profit des tyrans, Socrate refuse au péril de sa propre vie.
C’est donc un profil quelque peu « anar de droite » que l’on retiendra du père de la philosophie :rejet des grandes fêtes politiques et des querelles entre factions mais tout en incarnant le dernier représentant du soldat-citoyen courageux, sobre et endurant.
Platon va quelque peu infléchir cette ligne, sans doute est-ce la situation historique qui le pousse à s’adapter.
Platon va proposer un autre modèle de vie :le bios politikos est remplacé par le bios qeoretikos  ,la contemplation de l’Etre se substitue comme modèle existentiel supérieur, au mode de vie politique de la cité grecque classique.
A la décharge éventuelle de Platon :cet abandon apparent du primat du politique fixé aux élites n’est que la conséquence du constat de la crise de la cité athénienne.
Le régne des sophistes traduit sur le plan intellectuel la réalité de la démocratie-manipulation du démos par les démagogues au profit de nouvelles générations de ploutocrates,oligarques.

C’est face à cette décadence que Platon propose dans sa République (poliqeia=constitution) une réforme politico-morale de la Polis (cité).
Dernière mise à jour : ( 09-10-2007 )
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L'ENTREPRISE FRANCE, SARKOZY ET LE PATER NOSTER
Écrit par Jean Baptiste Santamaria   
06-09-2007
Dans leur immense sagesse, les Pères traducteurs d’une des principales oraisons catholiques avaient parlé de « Donnez nous aujourd’hui notre pain de ce jour » plutôt que « notre pain quotidien ». En effet, dans leur requête à Dieu le Père, il était clair qu’en référence aux Evangiles, les oiseaux du ciel ne se souciaient ni de semer ni de récolter pour assurer leur maintien dans le temps. Le travail n’est donc pas le tout de l’homme ni même l’essentiel.

De même, Hannah Arendt dans son ouvrage majeur, La Condition humaine, avait mis en exergue une des injonctions inscrites parmi les Règles de saint Benoît disant à peu près : « Si un matin tu te lèves et que tu  trouves que ton travail te plaît, va ! quitte-le ! ».

 Il est donc bien clair que l’imaginaire européen ne s’est pas construit seulement autour de la terrible et magnifique efficacité que procure la raison lorsqu’elle est mise au service de l’arraisonnement du monde tel qu’analysé par Heidegger dans son approche de l’essence de la technique ou dans l’analyse par Cornelius Castoriadis de la pseudo-maîtrise pseudo-rationnelle du monde comme volonté « bourgeoise ».

D’un autre côté nous n’allons cependant pas hurler contre l’affreux américanisme et son dogme de l’efficiency ; nous le répétons souvent ici, le libéralisme économique, le capitalisme (nous préférerons avec Bruckner , le terme d’Economisme) est bien issu de la matrice européo-occidentale et a conféré à nos contrées certaines de ses heures de gloire et d’hégémonie.

Contentons nous alors de répéter avec les Evangiles que « l’homme ne vit pas que de pain » ou avec le païen Platon et sa République, que le koikonos, la chose commune, ne se lie pas seulement autour de la Production  (poiesis) mais que deux autres fonctions (prêtres/philosophes et guerriers) font, avec celle des producteurs, partie intégrante du mode d’être (ensemble) des tribus occidentales.

C’est pour cela que l’Economisme de Sarkozy nous semble réducteur et donc condamné à l’échec dans ce combat, avant tout politique, qui doit être mené. On ne peut « gérer » un pays comme une entreprise. L’efficacité managériale doit être cantonnée à certaines sphères et dans la sphère même de l’économie, l’Economisme ne peut d’ailleurs pas  tout régenter.

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LES AMBIGUITES DU SENTIMENT D’IDENTITE A SPARTE
Écrit par Augustin Septfons   
31-08-2007

 

S’il existe des données objectives qui déterminent de fait l’appartenance d’un individu ou d’un groupe humain à un ensemble civilisationnel, la perception claire d’un sentiment identiaire et la solidarité communautaire qui en découle constituent rarement un automatisme dans l’Histoire.

Les exemples susceptibles d’illustrer ce constat abondent, nous bornerons notre démonstration au cas de Sparte, cité emblématique de nos familles politiques, qui présente l’intérêt d’avoir été pétrie de nombreuses contradictions.

 

         Sparte, à l’âge classique (Vème- IVème siècles av. J.-C.) incarne dans notre mémoire collective une cité aristocratique et guerrière qui, par son engagement précoce et total dans l’affrontement contrel’empire perse, a contribué à susciter et à enraciner un sentiment « national » panhellénique grâce au sacrifice sublime de son roi Léonidas et de ses trois cents hommes au défilé des Thermopylles. Le mythe est né, la légende entretenue avec ce qu’elle comporte d’images d’Epinal. Comme toujours la réalité historique, par sa complexité, diffère sensiblement des clichés. Sparte ne fait pas exception à la règle.

 

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DE LA NECESSITE D’UN SOCLE APOLITIQUE A L’IDENTITE
Écrit par Bagaudier   
31-08-2007

Aujourd’hui dans ce qui fut la France et qui est maintenant nommé la République (autiste ou universelle, mais assurément incapable de percevoir ses limites), tout doit être citoyen et républicain. Il y aurait des entreprises citoyennes, sans droit de vote délibératif, et des partis  politiques qui seraient républicains… et donc d’autres qui ne le seraient pas mais qui participent aux élections. Et combien de fois n’entendons nous pas des personnalités proclamer : « je suis républicain(ne) ! ». Entendons bien pas « je suis partisan d’un régime républicain plutôt que monarchique » mais républicain comme  homme ou femme, européen ou asiatique, celte ou germain, protestant ou catholique, médecin ou musicien.

Ainsi, un mode d’organisation de l’Etat deviendrait source d’identité. Et serait la seule à pouvoir être revendiquée puisque que cette république s’est dotée d’une législation condamnant l’incitation aux « discriminations ». On est donc en présence d’un cas manifeste de totalitarisme. La République outrepasse le domaine des institutions politiques pour atteindre la perception que la personne a d’elle-même et s’arroge le monopole de la discrimination, celle-ci étant nécessaire à toute vie sociale structurée. A partir de là, la République  prends la responsabilité de fournir une identité à ses citoyens.

 

Dernière mise à jour : ( 31-08-2007 )
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L’ENJEU REVOLUTIONNAIRE DES CLASSES MOYENNES
Écrit par Karl Lauffen   
31-08-2007
groupe sparteBeaucoup des commentaires, qui ont particulièrement abondé tout au long de cette interminable campagne présidentielle, ont invoqué pour telle ou telle raison le vote des classes moyennes ! Ce terme sociologique fut mis à peu près à toutes les sauces, soit parfois pour dénigrer une petite bourgeoisie frileuse et réactionnaire, soit au contraire pour vanter la dignité silencieuse d’une majorité laborieuse, oubliée et négligée. Pourtant, aucun des journalistes, intellectuels ou analystes hexagonaux qui glosèrent abondamment sur ce sujet n’ont jugé bon de définir qui sont précisément ces fameuses classes moyennes. Pourtant, ces classes insaisissables, sans visage, aux contours flous renvoient à une réalité bien éloignée de celle qu’on accole généralement à la petite bourgeoisie. Eclaircir cette équivoque est donc essentiel si l’on désire réellement palper l’essence active de ces couches sociales et comprendre l’influence centrale qu’elles exercent sur la société contemporaine. 
Dernière mise à jour : ( 06-09-2007 )
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LA PERSONNE DANS L'IMAGINAIRE EUROPEEN
Écrit par Jean Baptiste Santamaria   
31-08-2007

ou La poursuite de l’installation de l’homme comme personne dans un monde ordonné.

Parmi la multitude de formes social-historiques qu’a revêtues l’homme depuis des millénaires, celle de la personne, typique de l’imaginaire européen, est particulièrement remarquable.

Cette production, si elle émerge avec netteté au X° millénaire avant JC et est localisable au bord de la mer Egée, a été longuement préparée au préalable et connaîtra un « succès » considérable au point de penser que cette forme spécifique est en droit universelle.

 

1 La personne humaine :

Les Grecs sont donc les inventeurs de la notion de personne ou d’individu.

En distinguant les notions de phusis (nature) comme règne de la nécessité et du destin (ananke) avec celle de Nomos (institution humaine) nos ancêtres ont inventé la liberté.

Liberté à deux étages connectés. Pour la Cité :autonomie (faire ses propres lois) et autarcie (ne dépendre que de ses ressources) avec comme corollaire l’ exaltation de l’individu, héros puis citoyen.

 L’individu opère des choix politiques et réagit aux coups du sort de manière personnelle.

Face au destin et à la mort, ces lots octroyés dans le cadre du grand partage entre hommes, bêtes et dieux, relèvent de la nécessité (on appellerait cela aujourd’hui le déterminisme) l’homme bénéficie cependant d’un certain jeu (au sens mécanique du terme), une certaine latitude dans ses actes.

La praxis est ainsi une activité libre -non déterminée par la phusis- elle a pour cadre des lieux (topoi) politiques : assemblées, champs de batailles.

Avec le jus romanum et l’activité libérale telle que décrite par Cicéron ce sera la continuation de ce type d’homme libre, dégagé des affaires et bénéficiant de temps libre, oisif (otium) en opposition à l’absence de temps libre (neg-otium). Les affaires privées ou encore économiques (oikos=foyer) relevant de la vie animale, comme dans le modèle grec  la liberté étant absente de cette sphère.

Cette notion de liberté et d’existence d’un lieu –la personne- théâtre d’une phénoménologie singulière va être encore amplifiée par la suite.

Le tête à tête de Dieu et de sa créature, bénéficiant, elle aussi, du logos car créée à son image, va continuer, avec l’aventure du christianisme, cette forme typique de la personne existant par elle même, porteuse de valeurs à son niveau propre.

Dernière mise à jour : ( 06-09-2007 )
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         Christian Laborde, païen furieux et flamboyant

 L’os de Dionysos, roman (1987). 
                                                                                                             

    Christian Laborde chante « la France qu’on aime » comme disait Kléber Haedens, celle du rugby, du bistrot, du peuple, celle des « surgé » et non des conseillers d’éducation. Il déteste les « pétasses » qui se prennent au sérieux – et préfère au sérieux le tragique. Il chante la bonne déesse Fellassia qui fait du bien aux bergers. Il préfère Céline (« la viande, le direct nerf ») à Claude Simon, et la lecture de Cioran ou de Kenneth White à celle du quotidien Le Monde. Il déteste les nationalistes de tous bords et rigole des « autonomistes » en peau de lapin. Il fut le « frère de race mentale » du regretté Claude Nougaro. Laborde admire le magnifique Lance Armstrong et se fiche sans doute sacrément de savoir s’il était dopé ou non. Juliette Binoche l’agace (et moi donc !). Il a aimé sa grand-mère comme tous les gens respectables. Il déteste l’Europe grise des  technocrates de Paris ou Bruxelles et aime l’ « Europe fauve » des peuples enracinés, des loups et des ours. Il pense que la vie est le contraire de la gestion d’un emploi du temps. Il aime l’humour potache et reste fidèle à l’enfance, aux odeurs, à la terre, à la Suze au goût de gentiane. Pour lui, « écrire, c’est se vautrer, la queue à l’air, les groins dehors … ». Il aime manger la vie et « perdre sa bouche dans le pourquoi du monde ». Il a compris qu’il faut, un temps durant, enfourner, enfourcher et enfoutrer les belles – et que c’est d’ailleurs cela qui les rend belles. « Sous le pont la rosée à tête de chatte se berçait » dit André Breton. Il a compris que le monde c’est le mélange de la boue et de la neige. Boue et neige, et ça donne de l’or.

                                                                                                                       Pierre Le Vigan

                                                                                                                                  30 aout 2007





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Mercredi 2 aout 2007

De la mélancolie comme sustentation du poète 

    L’exposition qui s’est tenue au Grand Palais sur la mélancolie il y a peu (« Génie et folie en Occident », 2005-2006), a eu un succès inattendu. Bien des questions restent néanmoins ouvertes. Un bref aperçu et une question : et s’il s’agissait d’inventer une mélancolie joyeuse et productive ? De nourrir une mélancolie active d’un romantisme du futur ? 

    Hippocrate est à l’origine de la notion de mélancolie, développée ensuite notamment par Polybe. Le coeur de ce corpus est la théorie des quatre « humeurs », qui sont les liquides de l’organisme : bile jaune (ou blonde), bile noire (atrabile), sang, phlegme (ou lymphe). En d’autres termes et dans le même ordre : colère, mélancolie, joie, tempérament lymphatique. Ces humeurs ne sont pas des tempéraments. Ce sont des éléments qui agissent en équilibre et dont l’excès seul ou le manque est pathologique. Ainsi, la mélancolie est l’excès de bile noire et non la bile noire elle-même.

    C’est dans Airs, eaux, lieux qu’Hippocrate évoque la mélancolie. Déjà, il y a deux définitions de la mélancolie. L’une est endogène, c’est l’excès de bile noire. L’autre est exogène, c’est une dégradation de la bile produisant la bile noire. Hippocrate introduit une autre distinction : c’est celle qui concerne épilepsie, mélancolie et manie. L’épilepsie est la mélancolie du corps, tandis que la mélancolie se porte sur la pensée. Quant à la manie, elle est une forme de la phobie. Elle ressort de la perte de confiance en soi et d’estime de soi, que la psychiatrie actuelle rattache à la dépression mélancolique.

    Avec le Problème XXX du pseudo-Aristote, (texte sans doute dû aux Péripatéticiens) la mélancolie devient non plus une maladie de la bile noire, mais la maladie de la bile noire. « Pourquoi les hommes qui se sont illustrés dans la philosophie, la politique, la poésie ou les arts, sont-ils tous manifestement des gens chez lesquels prédomine la bile noire (mélaïna cholé, qui a donné notre mélancolie) ? ». Aristote associe génie et mélancolie et introduira tout un biais dans l’approche de la notion de mélancolie. Arétée de Capadocce (Ier siècle ap. JC) et Galien (IIe siècle), plus proches d’Hippocrate, reprennent l’idée des trois maladies liées entre elles que sont l’épilepsie, la mélancolie, la manie. Plus tard, Paul d’Egine (VIIe siècle ap. JC) définit la mélancolie comme une « déraison sans fièvre ». Jean Damascène, de son coté, à la même époque, associe bile noire et comportement « indolent », et « pusillanime ». L’école de Salerne (XIe-XIIIe siècle ap. JC) définit ensuite la bile noire comme rendant l’homme « soudainement irritable, avare, cupide, triste, somnolent et envieux ». On voit ainsi l’ampleur des hésitations et variations sur les définitions de la mélancolie, qui va du génie à une irritabilité teintée de tristesse.

    Tristesse et crainte sans cause : c’est ainsi que les médecins latins définissaient la mélancolie. Il entre dans la tristesse mélancolique beaucoup de nostalgie et de regrets du passé, notamment de regrets des occasions « perdues ». Joachim du Bellay exprime bien cela avec ces vers : « la peine et le malheur d’une espérance vaine, la douleur, le souci, les regrets, les ennuis ». Le cœur du mélancolique est « vide et gonflé comme un ballon rempli d’air » dit Rousseau. Il aspire désespérément à quelque chose de grand et retombe d’épuisement, ne pouvant atteindre ce « quelque chose ».

    Ennui et fureur se mêlent dans le cœur du mélancolique. Cela donne un composé étrange (et parfois créatif). C’est ce que beaucoup ont relevé, dans la continuité du Problème XXX d’Aristote, qui assimile mélancolie et génie. Kant écrit : « Le mélancolique a surtout le sens du sublime » (Observations sur le beau et le sublime). De son coté, Mme de Staël note : « A l’époque où nous vivons, la mélancolie est la véritable inspiration du talent ».

    Il y a parfois dans la mélancolie une fascination par un sublime de terreur. Le spectacle de la nature, et particulièrement de la montagne, ouvre sur la mort comme miroir de la destinée de l’homme, mais aussi sur une des grandeurs qu’entrevoient les mélancoliques : la grandeur tragique du monde. Il n’est pour cela que de penser aux peintres Caspar Wolf ou Caspar David Friedrich.

    Dans les figures littéraires de la mélancolie, celle de Gérard de Nerval est une des plus connues. La mélancolie de Nerval, dans laquelle il baigne, et qu’il cite à maintes reprises, n’est pas autre chose que la folie, qu’il redoute, et qui le fascine en même temps. La dévalorisation de la raison par Nerval est sa façon de sortir la mélancolie du registre de la folie, de prendre ses distances avec, dit-il, « ce que les hommes appellent la raison ». Reste que, ce que les hommes appellent la raison contribue à rendre le monde vivable, et ce que Nerval appelle mélancolie se confond avec l’impossibilité de vivre. On conviendra que c’est un inconvénient. Et c’est aussi ce qui montre qu’une figure littéraire de la mélancolie peut n’être pas très éloignée de la notion médicale de maladie mélancolique dépressive, ou psychose maniaco-dépressive. 

    Comme l’a montré Paul Bénichou, le poète a pris dans les sociétés laïques la place du prêtre. L’autorité du poète dans les sociétés laïques vient de sa mélancolie même, vient de ce qu’il est hanté par la mort. La malédiction du poète est en même temps sa gloire. « Mélancolie. Signe de distinction de cœur et d’élévation d’esprit » écrit Flaubert (Dictionnaire des idées reçues). Cette idée fait quasiment l’unanimité dans le milieu littéraire. « Pourquoi donc toujours la joie ? » écrit Baudelaire. « Pour vous divertir peut-être. Pourquoi la tristesse n’aurait-elle pas sa beauté ? Et l’horreur aussi ? Et tout ? Et n’importe quoi ? » (projet de réponse à Jules Janin).

    De la mélancolie, Baudelaire garde surtout, en utilisant les mots de spleen et d’ennui, l’aspiration au sublime. Chez le poète de L’invitation au voyage, la fascination de la mort et de la folie est moins présente que dans la génération romantique qui l’a précédé. Avec Charles Baudelaire, la mélancolie devient un romantisme néo-gothique.

    Reste à penser la mélancolie de notre temps. Dans la mesure où l’homme ne peut se passer de mélancolie, la question est : de quelle mélancolie avons-nous besoin ? Sans doute d’une nostalgie du futur. Demain commence aujourd’hui, et « le commencement est la moitié de tout » disait Polybe.

                                                                                                  Pierre Le Vigan

 

Les Cahiers de la NRF, De la mélancolie. Les entretiens de la Fondation des Treilles, Gallimard, 2007, 228 p., 17, 50 €.

Alain Houziaux dir., avec Pierre Lassus, Alain Braconnier, Raphaël Picon, Le mal de vivre, pourquoi, éd. De l’atelier, 120 p., 10 €.






                           


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Avec nos remerciements à Christopher Gérard (http://archaion.hautetfort.com/) pour avoir attiré notre attention sur cette information.

Sigle de l'association grecque Ellinais(http://www.ellinais.gr/), à laquelle nous empruntons également l'image de l'officiante en tête de l' article



                                                                                                                                                                                                                                                                   
                                                                                                                                                                                                                                      



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MANIFESTE CONTRE LA MORT DE L'ESPRIT

 

Au-delà des contingences et de l’ignominie inhérentes aux enjeux de la politique, de l’économie, du pouvoir en général, par-delà nos légitimes préoccupations matérielles, l’éditeur espagnol Javier Ruiz Portella et l’écrivain colombien Álvaro Mutis (prix Cervantès 2001) ont lancé un impérieux Manifeste contre la mort de l’esprit. Celui-ci fut repris par le journal madrilène El Mundo en juin 2002, et son message se prolonge dans les pages de la belle revue trimestrielle El Manifiesto.

Nous pensons qu’il est non seulement utile, mais urgent de diffuser ce manifeste auquel souscrivent déjà des centaines de personnes dont de nombreuses personnalités artistiques et intellectuelles, texte vigoureux qui nous incite, à contretemps et à contre-mode, à renouer avec les vraies valeurs spirituelles de l’Europe .

 


 

Ceux qui apposent leur signature au bas de ce Manifeste ne sont portés par aucun des élans qui caractérisent si souvent le signataire de proclamations, protestations et revendications. Ce Manifeste ne prétend ni dénoncer des politiques gouvernementales, ni répudier des agissements économiques, ni protester non plus contre des activités sociales particulières. Nous nous dressons contre quelque chose de beaucoup plus général et profond… et par conséquent diffus : contre la perte profonde de sens qui bouleverse la vie de la société contemporaine.

Certes, il existe toujours un semblant de sens; il reste quelque chose qui, aussi surprenant que ce soit, justifie encore et remplit la vie des hommes d'aujourd'hui. C'est pourquoi ce Manifeste s'élève, à proprement parler, contre la réduction de ce sens à la fonction de préserver et d'améliorer (à un degré, certes, inégalé par aucune autre société) la vie matérielle des hommes.

Travailler, produire et consommer : tel est le seul horizon qui fait sens pour les hommes d'aujourd'hui. Il suffit, pour le constater, de lire quelques pages dans les journaux, d'écouter la radio, de s'abrutir devant les images de la télévision : un seul horizon existentiel (si on peut l'appeler ainsi) préside tout ce qui s'exprime dans les moyens de communication de masse. Avec les applaudissements enthousiastes de ces dernières, cet horizon proclame qu'il s'agit d'une seule chose dans la vie : d'augmenter au maximum la production d'objets, de produits et de divertissements mis au service de notre confort matériel.

Produire et consommer : tel est notre maître mot. Et se divertir : s'amuser avec les passe-temps que l'industrie culturelle et les moyens de communication de masse lancent sur le marché en vue de remplir ce que seul un écart de langage permet d'appeler " vie spirituelle " ; en vue de remplir, à proprement parler, toute ce vide, tout ce manque d'inquipelerinage_en_irlandeétude et d'action dont des loisirs aussi oisifs ont pour mission de nous détourner.

Voilà à quoi se réduit la vie et le sens pour l'homme d'aujourd'hui, pour cet " homme physiologique " qui semble atteindre toute sa plénitude dans la satisfaction des nécessités propres à sa survie et à sa subsistance. Il faut certes reconnaître que dans la poursuite de ce but - plus particulièrement dans l'amélioration des conditions sanitaires et dans l'augmentation d'une longévité qui a presque doublé au cours d'un siècle - les succès rencontrés sont absolument spectaculaires. Tout comme le sont les grands progrès accomplis par la science dans la compréhension des lois régissant les phénomènes matériels qui constituent l'univers en général et la terre en particulier. Loin de répudier de tels progrès, les signataires de ce Manifeste ne peuvent que les saluer avec une joie aussi profonde que sincère.

C'est justement cette joie qui les mène à exprimer leur étonnement et leur angoisse face à ce paradoxe : au moment même où de telles conquêtes ont permis d'alléger considérablement la souffrance de la maladie, d'atténuer la dureté du travail, d'élargir au maximum la possibilité d'acquérir des connaissances (à un degré jamais atteint jusqu'à présent et dans des conditions d'égalité également sans précédent), c'est donc à un moment caractérisé par de tels bienfaits que toutes les perspectives se voient réduites à la seule amélioration du bien-être, tandis que la vie de l'esprit court le risque de se voir anéantie.

Ce ne sont pas les bénéfices matériels ainsi atteints qui se trouvent - sauf hécatombe écologique - menacés. C'est la vie de l'esprit qui est en danger, comme l'atteste, entre autres, le fait que le simple usage du mot “ esprit ” pose désormais un si grand problème. Le matérialisme qui imprègne les ressorts les plus intimes de notre pensée et de notre comportement est en effet tel qu'il suffit d'emprunter de manière positive le terme “ esprit ”, il suffit d'attaquer en son nom le matérialisme régnant, pour que le terme “ esprit ” se voie automatiquement chargé de connotations péjoratives à consonance religieuse, voire ésotérique. Il importe donc de préciser que les signataires de ce Manifeste ne sont nullement mus par des inquiétudes religieuses, quelle que soit leur façon d'envisager les rapports entre le “ spirituel ” et le “ divin ”.

Ce qui nous pousse, c'est l'inquiétude produite non pas par la mort de Dieu, mais par celle de l'esprit; c’est-à-dire par la disparition de ce souffle grâce auquel les hommes s'affirment comme des hommes et non seulement comme des entités organiques. Notre désarroi tient à l'évanouissement de l'inquiétude grâce à laquelle les hommes sont et non seulement se trouvent dans le monde ; cette inquiétude à travers laquelle ils expriment tout leur bonheur et toute leur angoisse, toute leur joie et toute leur détresse, toute leur affirmation et leur interrogation face à la merveille qu'aucune raison ni aucune religion ne pourra jamais désamorcer : la merveille d'être, le miracle que les hommes, le monde et les choses soient, existent : soient pourvus de sens et de signification.

Pourquoi vivons et mourons-nous, les hommes qui croyons avoir dominé le monde - le monde matériel, faut-il    entendre ? Quel est notre sens, notre projet, nos symboles… toutes ces valeurs sans lesquelles aucun homme et aucune collectivité n'existeraient ? Quel est notre destin ? Si telle est la question qui cimente et donne du sens à n'importe quelle civilisation, le propre de la nôtre est d'ignorer, de dédaigner ce genre de questions. Celles-ci ne sont même pas posées, ou, si elles l'étaient, devraient recevoir comme réponse : “ Notre destin est d'être privés de destin, c'est de n'avoir d'autre destin que celui de notre survie immédiate ”.

Ne pas avoir de destin, être privés d'un principe régulateur, d'une vérité suprême qui garantisse et dirige nos pas : c'est sans doute cette absence que nous tentons de tromper par l'avalanche de produits et de distractions avec lesquels nous nous assommons et nous aveuglons. C'est de là que proviennent tous nos maux. Mais c'est de là que provient également - ou plutôt : c'est de là que pourrait provenir, si nous l'assumions d'une tout autre manière - notre plus grande force et grandeur : celle des hommes libres ; la grandeur des hommes qui ne sont assujettis à aucun Dieu , à aucun Principe absolu, à aucune Vérité préétablie ; l'honneur et la grandeur des hommes qui cherchent, s'interrogent, et projettent : sans chemin, sans mettre le cap sur quelque destination connue d'avance. Libres, c'est à dire, désemparés. Sans toît ni protection. Ouverts à la mort.

 

 

 

Il va sans dire qu'esquisser une telle perspective ne veut nullement dire que quelque chose soit résolu. Contrairement à tous les Manifestes habituels, celui-ci ne vise nullement à prescrire des mesures, à envisager des actions, à proposer des solutions. Le temps est heureusement révolu où un groupe d'intellectuels pouvait s'imaginer qu'en couchant leurs angoisses, espoirs et projets sur une feuille aussi blanche que le monde qu'ils prétendaient façonner, celui-ci allait suivre la voie qui lui était ainsi assignée. Tel est le rêve - le leurre - de la pensée révolutionnaire : cette pensée qui, étant parvenue à mettre le forceps du pouvoir au service de ses idées, a réussi - mais avec toutes les conséquences que nous connaissons - à transformer le monde pendant quelques brèves et effrayantes décennies.

Le monde n'est nullement la feuille blanche que les révolutionnaires s'imaginaient. Le monde est un livre fascinant, parfois effrayant, tissé de passé, d'énigmes et d'épaisseur. Les signataires de ce Manifeste ne prétendent donc nullement transposer un nouveau programme de rédemption sur une nouvelle feuille blanche. Ils prétendent avant tout, et ce serait déjà une grande réussite, rallier des voix unies par un même et profond malaise.

Ce serait déjà une grande réussite, en effet : car le plus étrange, pour ne pas dire le plus inquiétant de tout ce qui est exprimé ici, c'est que le malaise dont il est question dans ces pages n'ait pas encore rencontré, à ce jour, un mode d'expression authentique. Plus angoissant encore que la déspiritualisation du monde, c'est le fait que, à l'exception de quelques voix isolées, un tel dépérissement de l'esprit semble laisser nos contemporains plongés dans la plus totale indifférence.

C'est pourquoi le premier objectif que ce Manifeste se fixe c'est de savoir dans quelle mesure ces réflexions sont susceptibles - ou pas - de susciter un petit, un moyen ou (peut-être) un large écho. Malgré le pessimisme qui marque ce Manifeste, celui-ci nourrit obscurément le fol espoir de penser qu'il n'est pas possible que seules quelques voix isolées s'élèvent parfois - mais dépourvues du moindre écho social - pour s'opposer au visage qui caractérise massivement notre temps. Dans la mesure où ce visage est dominant, il va de soi que des inquiétudes comme celles qui s'expriment ici ne pourront jamais prendre une autre forme que celle d'un cri, d'une dénonciation. Cela est évident. Ce qui, par contre, ne l'est pas, c'est qu'un tel cri ne provienne même pas de l'esprit critique, contestataire et transgresseur qui avait tant marqué la modernité… du moins pendant ses premières décennies. Comme si tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, il ne reste presque plus rien d'une telle attitude critique : la seule chose qui pousse aujourd'hui à la contestation, ce sont les revendications écologistes (aussi légitimes qu'enfermées dans le plus plat des matérialismes), auxquelles on pourrait rajouter les restes délabrés d'un communisme tout aussi matérialiste et si dépassé qu'il ne semble même pas avoir entendu parler de tous les crimes qui ont été commis sous son drapeau.

Une fois évanoui l'esprit inquiet et critique qui fut jadis l'honneur de la modernité, enfermé notre temps entre les seules mains des seigneurs de la richesse et de l'argent - cet argent dont l'esprit imprègne tout aussi bien leurs vassaux -, la seule possibilité qui reste alors, c'est de pousser un cri, d'exprimer une angoisse. Tel est le propos du présent Manifeste, lequel, en plus de pousser ce cri, prétend également rendre possible l'ouverture d'un profond débat. Il va sans dire que toutes les questions explicitement soulevées ici, tout comme celles qui y sont impliquées, ne peuvent trouver leur juste expression dans le bref espace d'un Manifeste. C'est pourquoi les objectifs de celui-ci seraient déjà largement atteints, si suite à sa publication, un débat s'ouvrait auquel participeraient tous ceux qui se sentiraient concernés par les inquiétudes ici ébauchées.

Esquissons seulement quelques-unes des questions autour desquelles un tel débat pourrait être lancé. Si “ la question de notre temps ”, pour paraphraser Ortega, est constituée par ce profond paradoxe : la nécessité qu'un destin s'ouvre pour les hommes dépourvus de destin… et qui doivent continuer d'en être privés. Si notre question (en d'autres termes) est l'exigence qu'un sens s'ouvre pour un monde qui découvre - bien que de manière déguisée, défigurée - tout le non-sens du monde. Si tel est donc notre “ question ”, celle qui se pose dès lors c'est de savoir par quel biais, grâce à quels moyens, moyennant quel contenu, quels symboles, quels projets… une telle donation de sens peut parvenir à se faire.

Le paradoxe précédent - disposer et ne pas disposer de destin, affirmer un sens fondé sur le non-sens même du monde -  un tel exercice aussi périlleux qu'exaltant au-dessus de l'abîme, un tel équilibre sur la “ frontière ” mouvante qui départage la terre ferme et le vide ; tout ceci, n'est-ce donc pas expression de l'abîme, du paradoxe, du vide, de l' “ équilibre ” même qui caractérise l'art depuis toujours : le véritable art, celui qui n'a rien à voir avec le divertissement qui nous est aujourd'hui  proposé sous son nom ? “ Pour ne pas périr nous avons l'art de la vérité ”, c'est à dire, de la rationalité, disait Nietzsche. Peut-être bien. Peut-être est-ce l'art qui pourrait sortir le monde de son inertie et de sa torpeur. Pour cela, il faudrait certes que, se dégageant de l'inanité qui en général la caractérise aujourd'hui, l'imagination créatrice de l'art retrouve un nouvel élan et une nouvelle vigueur. Mais cela ne saurait suffire. Il faudrait également que, cessant d'être à la fois un divertissement et un simple ornement esthétique, l'art retrouve la place qui lui correspond dans le monde. Il faudrait, autrement dit, que l'art soit assumé comme l'expression profonde de la vérité qu'il est et qui n'a rien à voir avec la contemplation pure, désintéressée d'un spectateur oisif.

Or, un tel bouleversement est-il possible dans ce monde où seules la banalité et la médiocrité, si ce n'est la laideur même (laideur architecturale et décorative, laideur vestimentaire et musicale…) semble être en train de devenir l'un des      piliers ? Une telle présence vivante de l'art est-elle possible dans un monde dominé par la sensibilité et l'applaudissement des masses ? Est-ce possible que l'art s'installe dans le cœur du monde sans que renaisse - mais, comment ? - ce qui fut pendant des siècles l'authentique, la si vivante culture populaire de nos ancêtres ? Cette culture a disparu aujourd'hui, immolée sur l'autel d'une égalité qui nous mesure tous à la même aune, qui nous impose à tous la soumission à la seule culture - appelée cultivée - que notre société tient pour possible et légitime. N'est-ce donc pas la question même de l'égalité - celle de ses conditions, de ses conséquences et de ses possibilités - la grande question qui se trouve dès lors ouverte, celle qu'il devient inéluctable de poser ?

Esquissons une dernière question, peut-être la plus décisive. Toute la déspiritualisation dénoncée ici est intimement liée à ce que l'on pourrait appeler le désenchantement d'un monde qui a mis en œuvre le plus profond des désenchantements, c'est-à-dire : qui a anéanti les forces surnaturelles qui, depuis le commencement des temps, régissaient la vie des hommes et rendaient compte du sens des choses. Un tel désenchantement est certes indispensable pour expliquer, avec les armes de la raison, les phénomènes matériels qui constituent le monde. Or, ces armes de la raison, tout ce pouvoir dont les conquêtes matérielles (aussi bien théoriques que pratiques) ont plus que fait leurs preuves, ne constituent-elles pas le pouvoir même qui pervertit tout, qui réduit tout à un engrenage d'utilités et de fonctions dès lors qu'il prétend se confronter à la signification des choses, affronter le sens de l'existence, dès lors que, fidèle à lui-même, il envisage ces questions comme s'il s'agissait d'entités physiques ? Le fond du problème, ne réside-t-il pas dans ce pouvoir démesuré que l'homme s'est attribué en se proclamant non seulement “ maître et seigneur de la nature ”, mais également maître et seigneur du sens ? Ce n'est certes que grâce à la présence de l'homme que surgit, qu'a lieu la donation de cette “ chose ”, la plus merveilleuse de toutes et que nous appelons le sens. Mais il ne s'en suit nullement que l'homme puisse disposer du sens, qu'il en soit le maître et le seigneur, qu'il domine et maîtrise quelque chose qui, par sa merveille, par son mystère même, le dépassera toujours.

Ce dépassement, cette “ transcendance ” n'est au fond rien d'autre que ce qui, pendant des siècles, a été exprimé par le nom de “ Dieu ”. Envisager les choses par ce biais, ne revient-il pas à poser - mais sur des bases radicalement nouvelles - la question que la modernité avait cru pouvoir rejeter à jamais : la question de Dieu ?

A l'instar des précédentes, laissons ouverte cette dernière question : celle d'un dieu insolite (c'est pourquoi il conviendrait peut-être d'écrire son nom en minuscules), la question d'un dieu qui, dépourvu de réalité propre - n'appartenant ni au monde naturel ni au surnaturel -, serait aussi dépendant des hommes et de l'imagination que ceux-ci le sont de dieu et de l'imagination. Un tel dieu, à quel monde, à quel ordre du réel pourrait-il appartenir ? Il ne pourrait sûrement pas appartenir à ce monde surnaturel dont la réalité physique a été démentie… par le Pape lui-même, lequel affirmait en juillet 1999 - mais personne n'en a pris connaissance ! - que “ le ciel […] n'est ni une abstraction ni un lieu physique parmi les nuages, mais une relation vivante et personnelle avec Dieu ”. Où donc dieu peut-il bien demeurer ? Quelle peut être la nature divine, si aucun lieu physique ne lui convient, s'il ne s'agit que d'une “ relation ” ? Où donc dieu peut-il bien se trouver… si ce n'est en ce lieu encore plus prodigieux et merveilleux, qui est constitué par les créations de l'imagination ?

Poser la question de dieu revient, en définitive, à poser la question de l'imagination, à nous interroger sur la nature de cette puissance prodigieuse qui, à partir de rien, crée des signes et des significations, des croyances et des passions, des institutions et des symboles… ; cette puissance dont tout dépend peut-être et dont l'homme moderne - pouvait-il en être autrement ? - se prétend également maître et seigneur. Ainsi le croit-il, cet homme qui, regardant avec un sourire condescendant les signes et les symboles d'hier ou d'aujourd'hui, s'exclame, moqueur : “ Bah, ce ne sont que des fruits de       l’imagination ! ”, des mensonges donc.

 

Álvaro Mutis et Javier Ruiz Portella © Manifiesto contra la muerte del espíritu

  www.manifiesto.org    manifiesto@altera.net    Comte d’Urgell 64, (1°, 1a), 08011 Barcelona, Espagne

                                                                                                                                                                          

 

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 "L'EUROPE PAR TRENTE-SIX CHEMINS"

 

Je me souviens, l'Europe a pris pour moi une dimension très concrète la première fois que je me suis décidé à mettre le sac à dos et à me poser sur le bord de la route , le bras tendu à l'intention des automobilistes généreux. J'avais dix-sept ans, pas un sou en poche et l'été devant moi. La France m'ennuyait ,l'université m'oppressait. Je voulais aller en Grèce, accomplir comme tant d'autres un pèlerinage en forme d'hommage, un retour aux sources en direction des temples bruissant encore de l'ancienne présence des dieux et des ciels lumineux. Beaucoup se rendaient à Delphes, moi j'avais choisi Sparte. Il me semblait alors que c'était la seule destination permise au vagabond démuni, le seul voyage offert au routard pauvrement équipé de son seul désir, de sa seule volonté…

 

Trois semaines plus tard, après avoir péniblement traversé le nord de l'Italie, gagné dans la plonge d'un restaurant d'Ancône de quoi payer ma traversée jusqu'à Patrac, puis beaucoup marché dans un Péloponnèse brûlant, je touchai enfin à mon but : des ruines éparses, heureusement délaissées par les touristes, perdues dans les herbes et les oliviers à quelques centaines de mètres de la ville nouvelle… J'y passai la nuit sous la lune ronde et d'argent, souriant aux étoiles, blotti dans mon duvet. J'avais l'impression d'être là chez moi, comme j'avais ressenti, dans les villes traversées, dans les automobiles empruntées, partout en Italie et dans cette Grèce tant espérée, le sentiment de visiter les appartements voisins d'une grande maison commune…

J'avais traîné à Milan, flâné dans Pavie. Partout le rappel d'une civilisation partagée. Partout une même histoire, soufflant indistinctement sur les peuples d'Europe… Ceci jusqu'à Sparte : dominant l'antique Lacédémone, les murailles austères de la forteresse franque de Mistra semblaient saluer avec respect les murs renversés de la cité de Léonidas…

Je ne suis plus jamais retourné en Grèce depuis lors. Mais je garde la profonde nostalgie de ce voyage à Sparte accompli au crépuscule de mon enfance : il a éveillé en partie ma conscience.

 

Voici quelques années, j'ai eu l'occasion de me rendre à Chypre. Des Châteaux francs de Lemesos et de Kolossi au théâtre antique de Kourion et au rocher d'Aphrodite, j'ai été heureux de retrouver un peu de la magie de mon périple adolescent. Magie gâchée par la pensée que de l'autre côté de l'inadmissible frontière, une partie du patrimoine européen se trouvait sous occupation turque, inaccessible aux voyageurs comme aux Grecs chypriotes, systématiquement pillée et détruite allègrement par ceux-là même qui prétendent entrer chez nous avec leurs babouches tachées du sang de nos cousins, de nos amis, de nos ancêtres…

Voyagera-t-on demain en Europe comme au milieu d'un champ de ruines que les herbes n'auront pas eu encore le temps de cacher ? Ne restera-t-il aux nostalgiques du vagabondage, inspirés par notre grande patrie européenne, que leurs souvenirs et les livres d'images qui auront échappé aux promoteurs d'un Vaste Monde amnésique, gris et froid ?

 

Avant que le cauchemar ne s'échappe du sommeil des dormeurs glacés, je voudrais donner ce conseil à la jeunesse animée aujourd'hui d'un fier esprit européen : partez sur les routes, inventez vos voyages à Sparte, découvrez les terres où sont nées et se sont épanouies les manifestations de notre grande civilisation !

 

Partir sur trente-six chemins à la rencontre de l'Europe est aujourd'hui encore la meilleure chose à faire pour ceux qui ne craignent pas de se retrouver face à face avec eux-mêmes à l'aurore de leur vie d'homme…

 

                                                                 Erik Saint-Jall


 


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Des terres qui renvoient à soi-même…  

 

   Il est parfois nécessaire, pour mieux connaître l’Europe, de s’en échapper… Le Liban est une de ces destinations où l’on s’égare pour mieux se retrouver. Sac sur le dos et poèmes de Nadia Tueni en poche, je me suis rendu un jour dans ce morceau d’Orient, dont l’histoire témoigne à chaque détour de sa proximité avec l’Occident, et dont le charme étrange avait su envoûter l’esprit de Lamartine, Barrès et Renan.

   J’ai arpenté à mon tour le petit pays des cèdres.

   Guidé par les vers de la poétesse (Nadia Tueni : Liban, vingt poèmes pour un amour).

   Du Sud vers le Nord.

   De la ville de Tyr (…qui se pose un instant dans la paix de l’oubli ; ainsi glisse en phrases de pourpre, une histoire bruyante, de mort, de temps, d’amour : un livre de soleil, têtu comme l’odeur d’un matin à Carthage…) assiégée par Alexandre le Grand et visitée par Hérodote, qui accueillit la déroute d’Hannibal et la dépouille de Frédéric Barberousse et dont l’hippodrome parfaitement conservé fut l’un des plus grands de tout le monde romain, jusqu’à la ville de Sidon (…parfumée comme un rite, à cause de la mer, tu es péripétie ; un moment, quelque part, précieuse comme un vieil ivoire, s’obstine l’ombre des Templiers…) qui abrite les vestiges du château de la Terre du roi Saint Louis et du château de la Mer de l’empereur Frédéric II Hohenstaufen.

   De la métropole de Beyrouth (…où l’on vient de partout ériger ces statues, qui font prier les hommes, et font hurler les guerres…), fille d’Auguste où fut rédigé dans sa célèbre école de droit le code Justinien, jusqu’à Baalbek (…le langage est lumière, le geste architecture, Baalbek est unité du monde des mesures…), l’ancienne cité cananéenne dédiée au dieu Baal devenue Héliopolis par la grâce des empereurs de Rome, dont l’acropole dresse au milieu du désert les hallucinantes colonnes des temples de Jupiter et de Bacchus.

 

   De la grotte d’Afqa qui donna naissance au culte d’Adonis, mythe de l’éternel retour, jusqu’à Byblos (…à la couleur ambrée, des choses que le vent ranime de mémoire en mémoire…), cité vieille de sept mille ans où Isis pleura son frère Osiris, génoise le temps d’une croisade, et passion d’une vie pour l’archéologue Maurice Dunand.

 

   Du château de Mseilha perché sur son piton rocheux d’où les croisés repoussaient les pirates barbaresques, jusqu’à la vallée des Saints de la Kadisha (…se souvenir —de l’ermite et du chevrier, des sentiers qui mènent au bout du nuage, des fontaines, des châteaux croisés, et des cloches folles du mois de Juillet…), refuge pendant des siècles des chrétiens fidèles à Rome fuyant les persécutions, dont les mille couvents fortifiés s’accrochent sur le flanc des falaises.

   Des sources de l’Oronte où vécut le fondateur des Maronites, jusqu’à la ville de Tripoli (…c’est la mer qui découvre un navire, aussi transparent qu’un oiseau de jour ; une aube racontée par d’anciens troubadours…), capitale de l’un des quatre États Latins de Terre-Sainte où s’établit le chef de la première croisade, Raymond de Saint-Gilles, et où la belle Mélissinde se consuma d’amour pour l’empereur de Byzance.

   Partout le rappel des temps où l’esprit d’Europe était si fort qu’il soufflait partout, et marquait de son sceau les terres qu’il avait su étonner.

   Ces temps reviendront-ils ? Nul ne le sait, hormis peut-être les poètes.

  « Barques polaires

         vous ferez jaillir la course des eaux

         au soleil qui est dans les mémoires

         quand les pavés du ciel tendus par une fronde

         lapident en scintillant le noir qui se rétracte

         barques polaires

         dessous la voie lactée une horde d’étoiles

         prêtes à renouveler

         les scarabées géants des fins d’années-lumières »

                                                                                                                      Nadia Tueni, L’âge d’écume  

 

 

                                            Colonnes du temple de Jupiter à Baalbek-Héliopolis               .

  Le château franc de  Mseilha                                                                                                                                    Le château franc de Mseilha


Erik Saint-Jall

 ( photographies de l’auteur) 

 



 

 

 

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Instantanés de Bruges

 

ne arrivée à l’improviste, silencieuse pour ne pas réveiller la ville blottie dans ses brumes… Premiers pas dans les rues aux maisons basses : le rouge pâle des briques usées apaise le regard qui court sur les façades, et l’on s’attend à voir apparaître au détour d’une ruelle l’ombre de Nosferatu, ou bien celle d’un alchimiste poursuivi par de mystérieuses silhouettes… Grand-Place, qui gagne à être découverte dans la perspective du beffroi et des halles, ensemble magistral du XIIIe siècle culminant à 89 mètres ; 47 cloches diffusent à intervalle régulier leur surprenante mélodie. Au centre, statues récentes, Pieter de Coninck et Jean Breydel, héros de la révolution des “matines de Bruges” (1302)  qui bouta hors de Flandre les dirigeants de la ville francophiles…

Place du Bourg, frémissements, pavés luisants et lents filets de brume : le cœur de la ville, si l’on sait que quelque part gisent là les pierres de la première tour, celle de Baudoin Bras de fer (IXe), gendre de l’Empereur Charles le Chauve… Basilique du Saint Sang (XIIe), Hôtel de ville (XIVe), Palais de justice et pan de mur de l’Église St Donatien (Xe)… Petite rue tremblante et canal enjambé par un pont de pierre, maisons éclairées qui se reflètent dans une eau immobile, arbres respectueusement courbés ; on penche la tête, pour les saluer…

Le quai désert conduit à la Gruuthuse -obnubilante présence du brouillard-, hôtel particulier du XVe, à la fière devise. Derrière, l’église pré-gothique Notre-Dame, qui jette vers le ciel les 122 mètres de sa tour du XIIIe siècle…

Retour à la place centrale, comme le train des fêtes foraines regagne sa petite gare après une escapade chez les fantômes. Un dernier verre, sur une terrasse, avant de regagner l’auberge ; à minuit passé, la température est étonnamment douce.

 La tour de l’église St Salvator sert, dans le petit matin, de phare au dessus de la ville. Des statues d’angle saluent au détour de chaque bâtisse les curieux qui les admirent. Tout près, l’hôtel ancien Arents, qui touche Notre-Dame. Quelque part, un petit pont ; de dessus, on aperçoit les maisons qui elles aussi enjambent le canal. Plus loin, au milieu d’une cour, les statues torturées de quatre chevaliers évanescents, allégorie hallucinante d’une époque réfractaire aux hauts sentiments…

Ballet de calèches et de barques, puis le calme retrouvé, la sérénité ; bâtiments inimitables, cour intérieure, arbres et gazon ras : le Béguinage. Au delà, l’ancien terminal d’un port transformé en Lac d’Amour, sur lequel glissent canards et cygnes. Au bout des anciens entrepôts, une tour fortifiée…

Le temps d’un café, puis le musée Groningue dévoile ses splendeurs : Gérard David (1460-1523), “Jugement de Cambyse” (1498) ; Pieter Pourbus (1523-1584), “Jugement dernier” (1551) ; Jan Van Eyck (1390-1441), “Vierge au chanoine G. Van der Paele” (1436) ; Henri Van Minderhout (1632-1696), “Bassin du commerce de Bruges” ; Jérôme Bosch (1450-1516), “Jugement dernier”;  Abel Grimer (1572-1619), “Portement de croix” (1593) ; Pierre Bruegel le Jeune (1564-1638), “L’avocat des Paysans” (1620) ; et tant d’autres…

Enfin, visite au saint des saints, à l’âme de la cité, l’église Notre-Dame, qui dissimule sous des aspects austères la beauté de sa statuaire intérieure (“La vierge et l’enfant”, de Michel Ange !), ainsi que le mausolée froid, dur et silencieux comme peuvent l’être les rêves qui ont tenté de s’incarner avant de mourir, de Charles le Téméraire et sa fille, Marie de Bourgogne ; derrière eux, dans les boiseries, les blasons des Chevaliers de la Toison d’Or, ordre certes inspiré par une pensée chevaleresque mais surtout fondé par Philippe le Bon en 1430, à l’occasion de son mariage avec Isabelle de Portugal, pour renforcer la cohésion des vastes et divers territoires bourguignons…

Qui renforcera aujourd’hui celle de notre pauvre Europe, en proie à tous ses démons ? Qui osera l’empoigner, non plus pour l’étrangler et la jeter à terre, mais pour la secouer et la tirer vers le haut ?

L’esprit européen vit dans chaque cité et dans chaque bout de terre qui l’ont suscité. Pour combien de temps ?

Que viennent vite les nouveaux Chevaliers d’une nouvelle Toison d’Or : afin que l’Europe ne soit pas, pour les générations futures, qu’une simple succession d’instantanés !…

                                  

                                         Erik Saint Jall


 

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EUROPE Buste de Vestale.jpg (364881 octets)

Europe, qui domina pendant vingt siècles le monde, 

Te voilà aussi pâle qu’un astre fatigué Athènes sera-t-elle ton linceul, ta tombe ?

Vas-tu périr comme un combattant épuisé ? Europe, tu t’écroules comme un monde inquiet Devant les grands empires nouvellement créés Et des mille rigueurs que ces géants te guettent Vas-tu te laisser aller à devenir sujette ? Là où le Parlement depuis des siècles est né Tes bergers tous ensemble se sont saoulés de mots Et c’est avec leurs longs couteaux Qu’ils ont tenté de t’achever. 

Seras-tu dans ta gloire égale au rayonnement de Parthe Intraitable à l’honneur de rester le berceau du monde Tes idées, tes actions deviendront-elles plus fécondes Ou bien, incapable, deviendras-tu à l’image de Sparte ? 

Te voilà engagée dans un combat féroce Sois forte, sans faiblesse repousse les molosses Vas-tu te ressaisir ou te laisser mourir Exsangue, allongée dans un dernier soupir ? Comme les armées romaines à jamais fatiguées

 Tu as conquis les terres que tu as découvertes Montagnes inaccessibles les pleines les plus vertes Maintenant tu rampes comme les fleuves des vallées. Tes vaisseaux ont cinglé au grand large Ils ont même fait plier Carthage Conquis les immensités d’Amérique Ce furent des exploits ô combien homériques Maintenant que tu es ancrée à tes rivages Te voilà divisée, dit-on, pour quelques sous. 

Vas-tu comme à Lépante faire naufrage Comme le firent les Arabes soudain devenus fous. Où sont les horizons qui firent briller ta gloire ? Qui fixèrent pour toujours ton nom dans notre histoire. 

Allons, relève la tête, ton front n’est pas trop lourd. Remets-toi au travail, marche, souris et cours. Ne sois pas habitée d’une âme affligeante. Fais que tu deviennes une flamme brillante Tout ton passé te trace encore un long chemin Ne brise pas la chaîne façonnée par tes mains. 

Allons, les politiques, gardez votre sang-froid Faites moins de discours devant votre public Faites en sorte qu’elle reste royale et République Dans un tel combat, soyez des hommes de foi. Les feuilles d’automne tombent et jonchent le sol L’Europe est-elle soudain devenue folle ? 

Là, au pied du Parthénon par l’homme mutilé, L’homme encore une fois va-t-il reculer ? J’entends monter des terres de ses campagnes De longues, tristes et profondes mélopées Elles descendent aussi des cimes de ses montagnes En échos sourds, comme des voix brisées. L’Europe où nous vivons est pleine de trésors Pourquoi la sacrifier, la plonger dans la mort ?

 Retenons tous ensemble la fureur de ces flots Éloignons de son corps à la fois, plaies et maux. Ta jeunesse attend ô Europe insensée Que tu brises les chaînes à tes jambes fixées. Dans la grande aventure que trace le progrès Ne sois pas absente, tu te dois féconder. Il faudrait que tu dises au Conseil qui te coiffe Qu’aucun de ces breuvages n’apaisera ta soif Et qu’il te laisse aller, tel Noé dans sa barque être le phare du monde comme les déesses Parques.

  Hector Rolland, Souvenirs dérangeants d’un godillot indiscipliné, Albin Michel, 1990, pp. 162-164.

Enfant abandonné, autodidacte et chef d’entreprise connu pour son franc-parler, Hector Rolland (1911 - 1995) fut maire de Moulin et député gaulliste de l’Allier de 1968 à 1981 et de 1986 à 1988. Député français au Parlement européen, reprenant une habitude acquise à l’Assemblée nationale, il prononça ce poème à Strasbourg en séance plénière le lendemain de l’échec du Conseil européen d’Athènes en 1984.

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