(voir aussi nos recensions de livres : Géopolitique )
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L'Europe est une communauté de peuples frères réunis par la volonté d'assumer ensemble l'héritage commun | L'Europe ne peut, ne doit se laisser diviser contre elle-même ; elle ne doit pas retomber dans les impasses criminelles de la longue guerre civile intereuropéenne | L'Europe, pour être vraiment libre et souveraine, doit assumer sa propre défense | Les bases et installations militaires sur notre continent doivent être exclusivement européennes | Le principe de préférence européenne doit guider les alliances politiques, économiques et culturelles contractées par les pays d'Europe |
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L'OTAN est un regroupement de forces militaires dirigé par les États-Unis | L'OTAN, après la fin de la guerre froide, a permis et encouragé des Européens à faire la guerre à d'autres Européens (Bosnie, Serbie, Kosovo...) | L'OTAN fait dépendre la sécurité du grand espace européen d'une puissance extérieure au continent | L'OTAN sert de prétexte, depuis la fin de la guerre froide, pour maintenir des troupes étrangères sur le sol de l'Europe | La participation européenne au commandement intégré de l'OTAN sous contrôle états-unien ancre fermement l'Europe à l'Internationale atlantique et l'entraîne dans des campagnes militaires hors d'Europe, décidées par Washington, le plus souvent contraires à l'intérêt général européen |
Russie-Europe : géopolitique des tubes et rapprochement stratégique
Apocalypse (nucléaire ?) now : qui pourrait appuyer sur la détente et pourquoi...
La guerre mondiale en cours est une guerre contre le monde entier
Crise et chuchotements : €uro, l'hypothèse du pire
Basculement stratégique au Proche-Orient : Naissance d'un axe Iran-Syrie-Turquie
appuyé par Moscou
Irak-Afghanistan-reste du monde... Les États-Unis renient
L'organigramme : un agenda pour une Europe soumise ?
Israël : l'heure des comptes se rapproche
2010 : Meilleurs voeux à l'Allemagne !
Facebook et Twitter, instruments de la cybersubversion usaméricaine
L'Europe sera-t-elle la proie d'un Big Brother sécuritaire
Iran, États-Unis, Israël, n'y a-t-il GUERRE de solution ?
Michel Lhomme Et si Castro mourait en 2009 ?........
Tous les chemins mènent en AfghanistanOu Pourquoi la Russie collabore-t-elle avec l'OTAN dans ce cas particulier ?
Alain de Benoist à Moscou : la quatrième théorie
La Russie fait progresser l'Europe européenne
Asia Flash/Iran-resist, Ce n'est pas une crise, c'est une guerre contre la Chine et l'Euro !
Yves Argoaz,Combien y a-t-il de bases militaires états-uniennes à travers le monde ?
Michel Lhomme, Le mariage forcé de la Méditerranée. Ou la convergence du petit projet sarkozien
Kishore Mahbubani, Pour l'Occident, la Géorgie est une bonne leçon !
Michel Chossudovsky, Le couloir eurasien : Géopolitique des pipelines et la nouvelle guerre froide
Edouard Husson et Kai Ehlers, L'Allemagne et les fragilités de l'Internationale atlantiste
Jacques Marlaud, Multilatéralisme contre multinationalisme
Les Ossètes, ces lointains cousins européens du Caucase
Alexandre Latsa, Le début de la fin du vieux "Nouvel ordre mondial"
George Bush, croisé mystique de Sion
Pascal Boniface dénonce les collabos de l'Amérope
Thierry Meyssan, Comment la DGSE a déjoué une nouvelle vague d'attentats d'Al CIA en Europe
Jean-Michel Vernochet , Sens et non-sens du "projet " d'Union euro-méditerranéenne
Georges Feltin-Tracol, Géopolitique : la reconfiguration du monde en grands espaces
Thierry Meyssan, Tigre de papier, Washington décrète un an de trêve globale
James Petras , Venezuela : Manœuvres états-uniennes pour renverser le gouvernement de Hugo Chavez
René Naba : Iran nucléaire : la plus importante concentration navale de l'histoire contemporaine au large du Golfe Persique
F. William Engdahl : La coopération de Shanghai, un revers décisif pour la géopolitique des néo-conservateurs au pouvoir à Washington
Yves Argoaz : Désamorcer la guerre mondiale, Une grande politique pour l'Europe
Karim Mohsen : KOUCHNER À LA TÊTE DE LA DIPLOMATIE FRANÇAISE
Jacques Marlaud : La France s'enfonce, l'Europe
se couche.
Georges Feltin-Tracol : Le souverainisme au scalpel
Henri de Grossouvre : L'Union
Franco-Allemande et l'axe Paris-Berlin-Moscou, moteurs de la plus
grande Europe
René
Jouve : L'euro
existe-t-il ?
Maximilien Malirois : Europe et
Francophonie
Maximilien
Malirois : Faiblesses
de l'altermondialisme
Maximilien Malirois : Napoléon,
les Bonaparte et l'Europe Plusieurs événements convergents montrent que la possibilité d’une frappe aérienne israélienne contre l’Iran avec le soutien tacite de l’administration Obama est plus que jamais d’actualité. Il y a d’abord Dennis Ross qui vient d’être nommé au poste de coordinateur sur la question iranienne au sein de l’équipe de Barack Obama.
Un poste que Ross souhaitait ardemment. Car, en dépit d’une mince expérience du pays des ayatollahs, il est obsédé par l’Iran. Sa nomination a été fraîchement accueillie à Téhéran. La radio officielle y a vu un « signal qu’il n’y a aucun changement avec la politique de Bush » envers l’Iran et, dans un interview accordée à Inter Press Service, Kazem Jalali, un membre de la Commission sur la sécurité nationale et les affaires étrangères du parlement iranien ainsi qu’un proche du Président Ahmadinejad, ironisait en ces termes : « il aurait été bien meilleur de nommer Ariel Sharon ou Ehud Olmert » à ce poste. Voilà qui a le mérite d’être clair.
Ross est connu comme étant un supporter inconditionnel d’Israël. Il est l’un des dirigeants du Washington Institute for Near East Policy (WINEP), un think-tank fondé il y a vingt ans par l’AIPAC (American Israël Public Affairs Committee), le riche et puissant lobby pro-israélien si proche de l’ambassade d’Israël à Washington que deux de ses dirigeants ont été inculpés pour espionnage il y a quatre ans. Ils avaient subtilisé au Pentagone, avec l’aide des néo-conservateurs de l’équipe de Donald Rumsfeld, des documents secrets concernant… l’Iran.
En tant que dirigeant du WINEP, Ross a toujours prôné la ligne dure de l’AIPAC sur le pays des ayatollahs et, en juin 2008, a préparé un rapport avec le « groupe de travail présidentiel » de ce think tank intitulé « Strengthening the Partnership : How to Deepen U.S.-Israel Cooperation on the Iranian Nuclear Challenge » (Renforcer le partenariat : comment approfondir la coopération entre les Etats-Unis et Israël sur le défi nucléaire iranien). Belliqueux à l’égard de Téhéran, ce texte est co-signé par Susan Rice, actuel ambassadeur à l’ONU de Barack Obama, et par Richard Holbrooke, nouvel ambassadeur spécial du président américain pour l’Afghanistan et le Pakistan.
Ross, qui pendant la campagne présidentielle a été le principal conseiller d’Obama sur l’Iran, est aussi l’auteur du discours musclé et guerrier du candidat démocrate à la convention de l’AIPAC en juin dernier et dont Bakchich s’est fait l’écho. Il est aussi le co-fondateur et co-président (avec Holbrooke, encore lui) d’un comité — United Against a Nuclear Iran (Unis contre un Iran nucléaire) — qui fait campagne pour que les Etats-Unis empêchent Téhéran d’acquérir la bombe atomique par tous les moyens.
Décidément obsédé par l’Iran, Ross a également co-rédigé un manifeste sur le pays des ayatollahs du Bipartisan Policy Center qui, s’il est mis en œuvre, provoquera immanquablement l’entrée en guerre de l’Amérique contre les Iraniens.
Ce texte prône l’installation de matériel de guerre en Afghanistan pour éventuellement l’utiliser contre l’Iran. Obama vient d’ailleurs d’ordonner que le nombre de soldats américains en Afghanistan passe à 50 000 et que ces hommes soient équipés avec des armes dernier cri. Soulignons au passage que l’un des co-fondateurs du Bipartisan Policy Center est George Mitchell, nouvel ambassadeur spécial pour le Moyen-Orient de Barack Obama. Et il est difficile d’ignorer que le fait qu’Obama laisse 50 000 soldats et leurs avions en place en Irak dans son plan de retrait éventuel annoncé le 27 février est en partie motivé par la volonté de pouvoir prendre en tenaille l’Iran sur ses deux frontières avec des forces considérables capables d’y frapper en cas de besoin.
Pendant que le président américain nommait Dennis Ross au poste de coordinateur sur la question iranienne, en Israël, Benjamin Netanyahu, qui multiplie les déclarations fracassantes contre l’Iran, est en train de former un nouveau gouvernement.
Comme l’a rapporté le Jerusalem Post (proche de Netanyahu) dans un article effrayant intitulé « La fin de la partie nucléaire entre l’Iran et l’Israël est bien plus proche », le nouveau Premier ministre « est décidé à agir avant, pas après que l’Iran parvienne à mettre en marche son potentiel nucléaire. Ceci crée une situation volcanique qui pourrait exploser à tout moment. Donc, la fin de partie [comprendre : une frappe contre l’Iran] est bien plus proche qu’à la mi-janvier lorsque beaucoup croyaient qu’Israël pouvait agir pendant les derniers jours de la présidence Bush. »
Et le Jerusalem Post de souligner qu’il y a « une fenêtre d’opportunité très limitée » de quelques mois pour frapper l’Iran avant que le système russe de défense anti-aérienne S-300, que Vladimir Poutine a commencé à livrer à l’Iran après son invasion de la Géorgie, ne soit opérationnel.
En ce moment, Netanyahu subi une double pression pour attaquer l’Iran. D’une part de l’extrême droite de son propre parti, le Likoud, et de son chef, Moshe Feiglin. D’autre part, de son allié dans le gouvernement de coalition, Avigdor Lieberman. Cet ultranationaliste raciste et chef du parti Yisrael Beitenu pèse lourd depuis les élections législatives du 10 février dernier.
Son parti a remporté de façon inattendue quinze sièges à la Knesset, ce qui représente la marge nécessaire dont a besoin Netanyahu s’il veut arriver à former un gouvernement de droite au cas où les travaillistes et le parti Kadima de Tzipi Livni refusent d’appartenir à une coalition d’« unité nationale ». C’est ce qui se dessine maintenant puisque Livni a fait savoir à ses proches que Kadima ne participera pas à un gouvernement avec Netanyahu et l’odieux Lieberman. Résultat : l’extrême droite israélienne est donc incontournable…
ÀWashington, où les lobbys pro-israéliens s’achètent des pleines pages de publicité dans les quotidiens et des spots publicitaires à la télévision pour demander une action immédiate contre l’Iran, un groupe de travail gouvernemental dont Dennis Ross est le coordinateur est en train de dessiner la politique d’Obama sur ce pays (leur rapport est attendu pour le mois prochain). Un autre membre important de ce groupe est Richard Holbrooke, ancien compagnon de Ross dans les rapports et manifestes guerriers anti-irakiens et israélophiles.
De plus, ces messieurs sont très, mais alors très pessimistes sur les chances de voir Mahmoud Ahmadinejad battu lors des présidentielles iraniennes de juin 2009 par l’ex-président « réformiste » Khatami. La probabilité que cet ayatollah l’emporte est en effet nulle. Même si un sursaut inattendu contre Ahmadinejad de la part d’électeurs qui subissent de plein fouet la crise économique survenait, l’élection serait volée par une fraude orchestrée par Ahmadinejad et surtout par l’establishment clérical placé sous la direction du Grand Ayatollah Ali Khameini, le leader suprême de l’Iran, qui n’envisage pas de voir Khatami revenir au pouvoir. Donc, pas la peine de capitaliser sur un éventuel changement à Téhéran pour éviter que Benjamin Netanyahu ne lâche ses bombes.
La convergence de tous ces éléments fait tout simplement froid dans le dos.
La Reconquista russe de l'Amérique latine
Michel Lhomme
À Cuba, le 19 octobre 2008, une
« cathédrale » orthodoxe a été inaugurée, en présence du métropolite Kirile, dans le quartier historique de
la Havane. Les frères Castro ont été décorés de l’ordre du prince Daniel de
l’Eglise orthodoxe, au nom,
sans doute, du marxisme orthodoxe ! Plus
tard, dans la journée, Dimitri Medvedev et Raoul Castro ont fleuri le mausolée
du « Soldat internationaliste soviétique » ! Quant aux Cubains, pour les fêtes de Noël, à
défaut de pouvoir manger des dindes, ils avaient le droit d’admirer cinq jours durant,
sur le célèbre Malecon de La Havane, un fleuron de la marine russe,
la frégate Amiral Tchabanenko, spécialisée dans l’attaque de sous-marin et
premier navire de guerre russe à avoir emprunté le Canal de Panama depuis 64
ans !...
Forte de son gaz, forte de son
savoir-faire militaro-industriel, la Russie est « de retour en Amérique
latine » et Medvedev, à coup d’accords commerciaux et
de pactes énergétiques, parle de « reconquête » du sous-continent. A l’automne 2008, profitant du
sommet de l’Apec, le Forum de
coopération économique Asie-Pacifique qui se tint à Lima, Medvedev visita
successivement le Pérou, le Brésil et les deux places fortes régionales du camp
antiaméricain : le Venezuela et Cuba.
Dans la presse généraliste, cette visite fut présentée comme une réminiscence de la
guerre froide,
une riposte
contrôlée et préméditée aux
événements de l’été 2008
(installation du bouclier
antimissile américain en Europe centrale, crise
géorgienne, adhésion éventuelle
de l’Ukraine à l’Otan, présence en mer Noire
de navires de guerre américains, chargés de ravitailler
l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud), événements que Poutine avait considéré comme
une véritable « provocation » américaine[1].
Face à une menace réelle de déstabilisation de sa sphère d’influence
traditionnelle en Europe de l’Est (Ukraine, Géorgie, Abkhazie et Ossétie du
Sud), la Russie chercherait en Amérique latine des alliés parmi les adversaires
de ses adversaires (Castro, Chavez et Morales) et en engageant des manœuvres
navales et militaires conjointes avec le Venezuela, en faisant sillonner la mer Caraïbe par son
emblématique croiseur à propulsion nucléaire,
Pierre le Grand, la Russie menacerait les
Américains à quelques encablures de Miami.
Toutes ces gesticulations
« militaires » sont en réalité une habile campagne de presse, montée par l’agence officielle Novosti et habilement relayée par les
« canaux » latino-américains des russes (Castro et Chavez), une sorte de mise en scène, censée accréditer la thèse du
retour au concert des nations de la Russie en accréditant un nouvel avatar de
la « crise », qui ne serait plus cette fois
seulement financière mais politique,
géopolitique, voire stratégique, bref le retour de vieux démons, tel le Señor Commandante en zombie introuvable ! Or, on peut se
demander si ce retour de la Russie sur la scène latino-américaine était une
simple riposte scénographique au vieux G.W Bush ou s’il devait être pris pour
un avertissement au nouveau Président Barack Obama ? Peut-on parler de la
constitution d’un nouveau front, d’un
front antiaméricain latino-russe[2] ?
Depuis le 9 février 2009, un
premier canal de télévision en langue russe (ITR TV) a
commencé
d’émettre depuis Panama, à destination de toute
l’Amérique latine, marquant
médiatiquement le regain d’intérêt
porté par Moscou à cette région
inféodée, depuis tant d’années, aux États-Unis. À en croire Hugo
Chavez, il s’agit de « dynamiser la nouvelle géopolitique mondiale »,
de donner, je cite, « un avertissement et un message à l’Empire »
mais la Russie voit-elle si loin ? Ne s’agit-il pas, plutôt,
d’une consolidation et d’une intensification normale des relations avec
l’Amérique latine dans un domaine, le domaine culturel et médiatique où
n’existait jusqu’alors que le monopole des États-Unis ?
La Russie aurait voulu être
claire : tout comportement provocateur des USA, sur leur flanc ouest,
entraînera une riposte conséquente de leur politique en Amérique latine. Ne
pouvant rien attendre de la complicité atlantique de l’Union Européenne, c’est
sur le sous-continent latino-américain que la Russie décocherait ses flèches.
Pour l’instant, les officiels américains rient sous cape. « Les marins
sont en train de se faire une virée, une croisière de vacances dans les
Caraïbes, des réserves de rhum ! »
aurait, par exemple, commenté en décembre dans les
couloirs, l’ex-Secrétaire d’État, Condoleeza Rice, à propos de la flotte russe
au large de Cuba !
En fait, si un
redéploiement
stratégique est à l’œuvre, il ne doit pas
être interprété par le vieux schéma
de lecture de la Guerre froide. Il s’agit presque d’une
politique néocoloniale
classique où l’État russe viendrait protéger les intérêts financiers privés de
ses compatriotes qui se sont,
depuis une dizaine d’années,
implanté un peu partout sur le sous-continent et y ont développé des
entreprises très lucratives, non sans lien,
d’ailleurs, avec la mafia.
Au Pérou, par exemple, vers la
fin du mandat de Fujimori, la mafia russe a pris le contrôle de nombreux
casinos et restaurants de la capitale et elle n’a cessé d’y investir, depuis
les années 90, constituant un véritable pouvoir économique légal et informel en
relation avec les réseaux de production et de distribution de la cocaïne. Au
Mexique, pays clef car frontalier avec les USA, le crime organisé russe est actuellement
impliqué dans des activités comme la prostitution et le trafic d’êtres humains[3].
La mafia russe est installée aux îles Caïman, dans les Antilles Néerlandaises,
en Colombie, au Brésil et surtout au Venezuela. Sans aller jusqu’à exagérer ce
rôle non négligeable de l’économie parallèle russe en Amérique latine et dans
les Caraïbes, il est certain que l’expansion nouvelle de celle-ci dans la zone
n’est pas politique mais motivée par la richesse et la désorganisation fiscale
que représentent potentiellement le marché latino-américain. Les Russes savent
très bien se débrouiller parmi les trafiquants de drogue latino-américains, ils
sont devenus spécialistes en opération de blanchiment (casinos, constructions
d’hôtels de luxe ou de tours fictives) et nous avons vu, parmi nos amis
proches, de jeunes russes, arrivés misérables au Pérou et qui, connectés
familialement avec les réseaux mafieux, en particulier ceux des anciennes
Républiques Soviétiques d’Asie centrale, ont réussir à construire, en quelques années, de belles fortunes, leur
permettant de s’installer dans les quartiers les plus huppés de Lima ou de
commander, le soir des bouteilles de vin français à plus de deux mille euros, dans les restaurants
gastronomiques les plus branchés ! On comprendra dès lors que nombre de
ces « nouveaux russes » latinos ont souvent pu rapidement, par la corruption locale des
services d’immigration, s’ « acheter » des papiers, se
« nationaliser » et ainsi, s’installer de manière durable dans de
nombreuses contrées latino-américaines (comme la République Dominicaine,
Panama, l’Uruguay, le Paraguay ou le Pérou). En dehors du crime organisé[4],
les Russes sont habiles pour les négociations « secrètes » et, non
sans surprise, la Russie semble avoir privilégié,
sur le sous-continent, la
négociation de juteux contrats d’armement.
Les exportations d’armes russes
ont rapporté à la Russie plus de huit milliards de dollars, battant en 2008 un
nouveau record et sa part de marché potentiel dans le domaine de l’armement est
évaluée aujourd’hui à 12-13 milliards de dollars annuel. Le quotidien économique
moscovite Vedmosti indique que la
crise mondiale aidera les fabricants d’armes russes à s’implanter en Amérique
latine, où certains pays tels que l’Argentine, le Brésil, la Colombie, le
Mexique, le Pérou et le Venezuela cherchent à moderniser leur arsenal
militaire. En effet, le matériel russe demeure de 20 à 40 % moins cher que ses
équivalents européen et américain, alors que sa qualité est tout à fait
comparable. Dans son ensemble, le matériel russe est plus
« grossier » mais du coup, en même temps plus facile à maîtriser pour
des équipages au niveau de formation limité, il est aussi moins compliqué à
réparer par des moyens de fortune qui restent souvent, pour des questions budgétaires, le lot quotidien des pays
latinos. Enfin, la Russie envisage de construire sur place son matériel, de
délocaliser en somme sa construction militaire,
tel cet accord signé avec le Pérou pour la fabrication d’une usine de
maintenance d’hélicoptères de combat ou cet échange, envisagé avec le Brésil, de livraisons d’avions de chasse russe SU-35 contre une aide technologique à la
construction d’un sous-marin.
À l’inverse, l’idée d’une
présence militaire permanente de la Russie en terre latino-américaine doit être
écartée. Ce que cherche la Russie avant tout, c’est vendre ses armes, c’est
commercer. Moscou a envisagé la reprise d’une de ses anciennes bases de Cuba
mais elle sait bien le gouffre financier et le risque politique que
représenterait un tel choix. Il vaut mieux,
pour elle, inaugurer des
« cathédrales » et diffuser des programmes russes pour ses VRP expatriés !
Pour ces raisons, parler du « retour de la Russie » en Amérique latine nous paraît impropre. Malgré la guerre des images –telle celle de Chavez aux côtés de Medvedev sur le pont de l’Admiral Tchabanenko, il s’agit plutôt d’un réajustement de la politique internationale russe, réajustement jugé nécessaire face aux bouleversements de la mappemonde géopolitique qu’à terme, la crise entraînera. Contrairement aux Européens (qui oublient par exemple l’Afrique ou l’Inde), les Russes ont parfaitement compris qu’après la globalisation, l’hégémonie des États-Unis ne sera plus la même. Ils ont parfaitement intégré la montée en puissance inévitable de la Chine, de l’Inde et du Brésil. La crise énergétique, de l’agriculture, des matières premières, la crise financière font pour eux, partie d’un lent processus de rééquilibrage des forces en priorité sur le terrain économique, financier et technologique. L’hégémonie américaine demeurera encore exclusive sur le plan militaire et aussi culturel (à travers, en particulier, Hollywood, la musique et la télévision satellite) mais dans tous les autres domaines, les USA perdront du terrain et les cartes seront redistribuées. La Russie surfe dès lors sur la volonté d’autonomie des Latino-américains pour pouvoir être là, au bon moment, à l’heure où les affaires reprendront. D’une certaine manière, la Russie prend une avance sur investissement car si les yeux sont aujourd’hui tournés du côté de l’Asie, la surprise économique pourrait, en fait, venir d’Amérique latine.
Sur le simple terrain des achats
d’armes, quand Chavez manifesta son souhait de rénover sa flotte aérienne, en
envisageant l’achat d’avions de chasse américain F-16, il essuya stupidement, pour des raisons idéologiques, le
refus des États-Unis, alors que ceux-ci étaient jusqu’alors le principal
fournisseur d’armes du pays ! Chavez se tourna alors vers la mère patrie, l’Espagne mais la
transaction fut bloquée par l’OEA,
tenue par les alliés américains et l’Espagne dut renoncer au contrat. Tout
naturellement Chavez se tourna vers le marché international des armes et il y
rencontra forcément le complexe militaro-industriel russe. Le Venezuela devint
en quelques années le client militaire le plus important de la Russie : 4
milliards et demi de ventes d’armes entre 2005 et 2007 ! Or, la Russie n’a
jamais conféré à ce contrat économique une dimension géopolitique. C’est Hugo
Chavez qui, dans son bras de fer « romantique » et bolivarien avec
les États-Unis, dans sa propagande démagogique antiaméricaine à l’intérieur du
pays, a coloré ce contrat de teintes géopolitiques excessives. Il est assez
clair qu’en pleine campagne électorale américaine, Chavez souhaitait, par la
surenchère de l’automne 2008,
apporter un soutien indirect au sénateur républicain McCain dans sa course à la
Présidence, l’élection d’Obama pouvant remettre en question son radicalisme
politique sur lequel le Venezuela assoie, depuis quelques années, sa légitimité
extérieure comme intérieure[5]. La Russie fait des affaires,
Chavez reçoit des kalachnikovs
(33 000 en juin 2008) et soudoie, dans la forêt, les narcos « rouge » mais c’est en
oubliant, parfois et fortuitement de leur livrer les balles !
Il ne faut pas voir dans
l’intervention russe une quelconque nostalgie pour la révolution cubaine ou
sandiniste, le souvenir mythifié des guévaristes et autres « sentiers
lumineux », la nouvelle Russie est avant tout pragmatique. Sa sympathie
pour les nouveaux leaders des pays « émergents » est toute
commerciale. Elle n’entre en Amérique latine que parce que la demande existe.
En fait, le « retour de la Russie » marque surtout l’abandon du
sous-continent par les États-Unis, entièrement occupés par l’après 11 septembre,
le terrain proche-oriental et la crise interne des subprimes. Ce
fut, sans doute, du point de vue de son hégémonie, la plus grave erreur des années
90 : ne faire de l’Amérique latine qu’une relation minimale, étroitement
utilitaire alors qu’il aurait fallu entreprendre un véritable projet de
reconstruction, lancer un partenariat privilégié au niveau géopolitique en
renforçant la puissance régionale historique[6].
La crise économique actuelle
ouvre un espace nouveau de coopération entre les pays émergents qui ne peuvent
plus compter que sur eux-mêmes. Cette ouverture, la Russie a su la saisir sur
le vif pour négocier intelligemment de nouvelles relations bilatérales.
C’est bien ce que Lula, le président brésilien, a souligné, lors du dernier sommet des
grands pays émergents, les Brics[7]
(Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) : « La crise, née dans
les pays riches, est une opportunité pour les pays émergents, responsables de
60 % de la croissance mondiale ». Or, dans un tel cadre, l’Amérique latine
se retrouve en position de force pour avoir une gouvernance plus élaborée (la
démocratisation des années 90), une économie plus saine et expérimentée qui a
su tiré les leçons des erreurs passées (crise mexicaine et argentine des années
90), une économie qui possède d’incomparables richesses, un fort potentiel, de
solides infrastructures et bénéficie de la cohésion d’une population bien
formée qui, contrairement à
l’Asie (Inde et Chine) et à l’exception peut-être des pays andins, ne souffre
pas de conflits religieux ou ethniques[8].
En somme, les images largement diffusées de Medvedev avec
Chavez et Castro ne sont que de la bouffonnerie pour amuser la galerie
conservatrice américaine. Elle cache une redistribution des cartes économiques
dans la région, hautement
plus problématique pour les peuples latino-américains eux-mêmes. Reste que
l’intérêt militaire premier de la Russie, c’est l’Europe et l’Asie, plus
précisément la conservation intégrale de l’Asie Centrale, du Kazakhstan, de
l’Ouzbékistan. Si la Russie vend des armes au Venezuela ou à Cuba, c’est
qu’elle ne compte surtout pas y envoyer ses soldats ! On parle
régulièrement, par exemple, de l’ouverture d’une base aérienne régionale pour
accueillir les bombardiers stratégiques russes. Les latinos eux-mêmes semblent prêts,
chacun de leur côté, à
inviter les Russes à construire cette base chez eux (Cuba, Venezuela).
Pourtant, les réponses russes se font attendre : la Russie a démenti, en
juillet 2008, qu’une telle base serait construite à Cuba contrairement à des
fuites gouvernementales orchestrées par le goulag
tropical ! On sait
bien que Chavez envisagea de créer une union de défense latino-américaine et
qu’il avait demandé par exemple, à la Russie, d’y prendre part en tant
qu’ « observateur ». La Russie accepta, devant Kirchner,
un tel poste mais en aucun cas pour elle, il ne s’agit d’utiliser cette option
comme un instrument tactique[9]. Quant aux Cubains, ils ne font
pas confiance à la Russie[10].
Fidel Castro aurait refusé personnellement de rencontrer Medvedev lors de sa
dernière visite. Le Commandante n’a
toujours pas « digéré» le « lâchage » économique, brutal et sans égards pour le
peuple cubain, de la fin de l’ère soviétique. Même les économistes russes
manifestent des réticences à l’investissement au Venezuela, le pays y étant peu
sûr au niveau des garanties de crédit et les hommes d’affaires les plus sérieux
demeurent sceptiques sur le projet faramineux et fantaisiste de construire un
nouveau canal transatlantique au Nicaragua[11].
Qu’y-a-t-il, en effet, vraiment
de commun, idéologiquement
parlant, entre
l’anticapitalisme, friand de nationalisations du « socialisme du XXIème
siècle » de Chavez et le néo-capitalisme sauvage de Moscou ? Le monde
a changé : la Russie ne défend plus une idéologie collectiviste mais
uniquement ses intérêts mercantiles. Il n’est pas certain que le vieux schéma
d’un conflit russo-américain sur n’importe quelle partie du globe soit encore
d’actualité. Il est tout à fait probable, à long terme, qu’en Amérique latine,
la Russie coopère avec les USA pour contrer, par exemple, l‘influence chinoise
sur le sous-continent, influence autrement plus menaçante[12].
Bref, les nouvelles relations
internationales de la Russie doivent être désidéologisées et c’est encore plus
le cas entre l’Amérique latine et la Russie. On peut dès lors parler d’un national-pragmatisme
où s’ouvre pour Moscou un « créneau latino-américain »
d’affairisme diffus et de compétition commerciale globale. Nonobstant, la
Russie est une puissance émergente. Il lui importe d’essayer de récupérer une position stratégique globale. Elle ne
peut empiéter sur la « basse-cour » américaine mais elle peut
réitérer, par des menaces
ponctuelles sur le sous-continent,
sa volonté de préserver sa marge de manœuvre ailleurs, par exemple en mer Noire
ou en Europe de l’Est.
Quant à l’Amérique latine,
gouvernée à gauche, elle n’aurait rien à gagner à ne développer que des
relations unilatérales que ce soit avec les USA, la Russie ou la Chine.
Courtisée pour ses richesses, elle doit dans sa fragilité, pour ne pas être
littéralement spoliée, diversifier ses relations internationales, le sous-continent
étant pour l’heure fragmenté entre une tendance « pacifique »,
ouverte et libérale et une tendance « atlantiste », protectionniste
et national-étatique qui correspond,
presque curieusement, dans
sa répartition géographique aux deux façades océaniques du sous-continent[13].
Certains auront vu dans le retour
de la Russie une menace pour l’Amérique latine et par opposition, envisagés
l’élection d’Obama comme un espoir pour les latinos. La présence de la Russie
contemporaine est nul doute le gage d’une sécurité et d’une relative
indépendance de l’Amérique latine alors que l’arrivée d’Obama, saluée partout
sur le sous-continent,
malgré la fermeture de Guantanamo et la libération des voyages vers Cuba,
pourrait entraîner bon nombre de désillusions.
En effet, s’il est de bonne augure de comparer Obama à Roosevelt, deux démocrates arrivant au pouvoir en pleine dépression économique avec la même volonté de changement et de rupture, nous nous devons de rappeler que les démocrates sont, par tradition, non interventionniste et protectionniste. A son époque, Roosevelt mit fin aux interventions militaires dans les Caraïbes et il lança en Amérique du Sud, la politique du « bon voisinage ». A propos d’Obama[14], tous parlent de la relance de la diplomatie « courtoise », portant leurs espoirs sur la fin de l’embargo de Cuba ou la diminution de la lutte contre le narcotrafic (l’aide économique conditionnée à l’éradication des cultures de la coca). Nonobstant et à contre courant de l’opinion générale, nous voudrions rappeler que la politique de « bon voisinage » de Roosevelt ne fut pas si bénéfique pour le sous-continent. La réduction de la présence américaine laissa le champ ouvert à des visiteurs, comme l’Allemagne nazie, peu sensibles aux intérêts propres du peuple sud-américain. Dans le même temps, certains États latino-américains en profitèrent pour avancer dans leurs ambitions hégémoniques. Il y eut du coup, sous Roosevelt, une série de micro-conflits locaux : la guerre du Chaco entre le Paraguay et la Bolivie, le conflit pour l’ouverture maritime entre le Pérou et la Bolivie puis, en Amazonie, entre le Pérou et l’Equateur. Au même moment, la politique démocrate de non-intervention dans les affaires intérieures de l’Amérique latine permit la consolidation de dictatures sur tout le continent, de l’Argentine de Justo jusqu’au Cuba de Batista. L’économie stagna de manière générale parce que Roosevelt ne privilégia que des accords bilatéraux et restrictifs. Or, aujourd’hui comme hier, des puissances totalitaires lorgnent sur l’Amérique latine pour la dépecer (c’est le cas justement de la Chine et de la Russie). La démocratie est mise à mal par des gouvernements populistes (fraudes électorales du Nicaragua, pressions ethniques de Bolivie, bolivarisme sulfureux de Chavez). Des tensions locales persistent (Équateur-Colombie, Pérou-Chili et Pérou-Bolivie, Venezuela-Colombie et Venezuela-Equateur). Des inquiétudes persistent sur l’avenir du commerce régional, après le blocage du traité de Washington-Bogota.
Les dilemmes de Roosevelt et
d’Obama sur l’Amérique latine se ressemblent beaucoup. Face à l’une des plus
profondes crises économiques de l’histoire de l’humanité, la question est de
savoir si les États-Unis
pourront maintenir sur le sous-continent leur
compromis avec la démocratie et le libre-commerce, leur
modèle de gouvernance
ou s’ils s’enfermeront sur eux-mêmes,
délaissant l’hémisphère sud au moment
où
l’Amérique latine est confrontée à des
projets politiques internes autoritaires
qui menacent la liberté et le développement de la
région. À la fin des années
trente, Roosevelt comprit qu’il avait besoin des voisins du Sud
pour contenir
la menace nazie et il prit alors une posture plus virile pour freiner
la
pénétration germanique sur le sous-continent et pour
soutenir les économies
sud-américaines. Obama, devant la pénétration
russe et chinoise sur le
sous-continent, n’a en réalité plus beaucoup de
temps pour comprendre que la
sécurité et la prospérité des États-Unis sont indissolublement liées à
l’Amérique latine. La désinvolture, le laisser-aller de la politique américaine
dans la région laisse, en effet, pantois l’observateur européen[15].
D’un point de vue américain, la géopolitique des Caraïbes semble nécessiter
beaucoup plus de considération sécuritaire ![16]
Cette géopolitique attriste aussi
par l’incompétence européenne sur le sujet au moment où les Antilles françaises
et en particulier la Guadeloupe, semblent s’orienter vers un mouvement
identitaire d’émancipation quasi ethnique dont la stratégie de pression sur le
gouvernement métropolitain comme sur celui des élus locaux, réside
principalement dans l’habileté machiavélienne à ne jamais prononcer le nom
d’ « indépendance ».
La politique européenne en Amérique latine pourrait pourtant se cadrer dans le
schéma général d’une géopolitique eurasiatique ou d’un rapprochement collaborateur
avec Moscou[17].
La visite de Medvedev ne
manifeste pas seulement l’ambition d’un retour de la Russie comme acteur planétaire
mais peut-être surtout l’ampleur du recul diplomatique et du déclin presque
inexorable des États-Unis d’Amérique, finalement de l’Empire, déclin et
décadence de l’Empire sur ses propres terres, sur son propre limes, à l’intérieur même de son
« arrière-cour ». En fait, une Russie qui retrouve son dynamisme en
Amérique latine devrait servir de modèle au relèvement d’un continent,
l’Europe, qui semble poursuivre dans une indifférence matérialiste son déclin
démographique, technologique et culturel alors même que les Sud-Américains se
réveillent.
Notes et références
[1] Rappelons que G.W Bush envisageait l’installation sur le territoire européen de boucliers anti-missiles, dix missiles intercepteurs en Pologne et en Tchécoslovaquie et une station radar en République Tchèque (ces deux pays étant favorables à un tel déploiement), officiellement pour contrer une menace terroriste iranienne ou venant de Corée du Nord. En réaction, la Russie avait menacé de déployer des missiles Iskander dans son enclave européenne de Kaliningrad (ex Königsberg). Pour l’instant, le déploiement des deux côtés est gelé dans l’attente incertaine d’une conférence globale sur la sécurité en Europe, associant la Russie, l’UE et l’Otan qui pourrait avoir lieu, en juin ou juillet 2009, sous l’égide de l’OSCE (l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe), conférence qui « permettrait de jeter les bases d’un futur accord sur la sécurité européenne », selon les propos de Nicolas Sarkozy du 14 novembre 2008, tenus lors du Sommet de Nice UE-Russie (Voir Le Figaro du 15-16 novembre 2008, p.5). Les Russes s’attendent, en fait, à ce que la nouvelle administration américaine révise le projet de bouclier anti-missile sur le territoire européen, en signe de détente mais Barack Obama n’a pris pour l’instant aucun engagement, ni dans un sens ni dans l’autre alors que Varsovie et Prague, cette dernière actuellement à la tête de la présidence de l’UE, ne cessent de harceler Washington pour poursuivre le projet. Il faut savoir que jusqu’alors, Moscou a toujours refusé que l’OSCE, organisation jugée trop inféodée à Washington, puisse héberger des discussions sur la sécurité. Fin février 2009, la Pologne a annoncé qu’elle se dotera de missiles Patriot indépendamment de l’ABM (le bouclier antimissile américain), déclaration faite le 25 février par le Ministre polonais des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, à l’issue d’un entretien avec la nouvelle secrétaire d’état américaine, Hillary Clinton. Les missiles Patriot faisaient partie de la première étape du plan américain. Sur celui-ci proprement dit, Sikorski a confirmé que l’administration Obama n’aurait pas encore pris de position définitive.
[2] Thierry Oberlé, « les Russes passent à la manœuvre en Amérique latine » dans Le Figarodu 18 septembre 2008. Ce front serait constitué aux extrêmes par le Nicaragua, le Venezuela, Cuba, la Bolivie et l’Argentine et de manière beaucoup plus modérée par le Pérou, le Brésil et l’Equateur, les autres états latino-américains pouvant être considérés comme de fidèles alliés des États-Unis. Pour contrer le projet continental américain de libre-échange (ZLEA ou ALCA), le Cuba et le Venezuela, partenaires privilégiés (aide alimentaire et approvisionnement énergétique contre médecins et éducateurs cubains), ont créé ensemble, en décembre 2004, l’ALBA (l’Alliance Bolivarienne pour les Amériques) qu’ont rallié la Bolivie, le Nicaragua, le Honduras et l’île de la Dominique. L’Équateur, le Paraguay et le Guatemala en seront de prochains membres potentiels et Chavez a invité dernièrement la Russie à rejoindre l’Alliance, en qualité d’observateur, comme le feraient bientôt l’Iran (!) et la Chine. Il faut noter que l’ALBA, en pleine crise financière mondiale, envisagerait de créer une zone monétaire commune alors que les USA n’hésitent plus à couper directement toute aide économique à un pays récalcitrant (voir le cas de la Bolivie où la DEA a été rappelé et où les ressortissants américains ont été priés de faire leurs bagages !).
[3] La mafia russe a effectivement tissé des liens avec certains cartels mexicains de la drogue, actuellement en conflit interne sanglant et en lutte contre le gouvernement. Leurs activités auraient même débordé jusqu’à l’intérieur du territoire sud des États-Unis. Les Russes seraient peut-être présents en particulier dans les cartels opposés à l’ « empire » du « El Chapo » (le « petit »), celui de Joaquin Guzman, dit cartel de Sinaora. Depuis deux ans, le gouvernement mexicain a lancé une vaste offensive baptisée Operation Clean House contre la corruption de sa police et de son administration liée au cartel Sinaora. En novembre, le Ministre de l’intérieur mexicain, Vice-président et très proche du président mexicain Felipe Calderon ainsi que le chef de la lutte anti-drogue, décédèrent dans un krach d’avion assez mystérieux, même si l’enquête gouvernementale officielle conclut à un simple accident, aucun explosif n’ayant été retrouvé près de l’avion. Tout le territoire mexicain est en butte, depuis l’automne dernier, à des règlements de compte violents entre cartels dont la technique de meurtre consiste à laisser au petit matin des têtes décapitée dans les poubelles. Le Mexique connaît aussi de violentes émeutes en province et des soulèvements dans les prisons, liées à ces rivalités. De hauts gradés de la police, membres d’Interpol au plus haut niveau, ont été arrêtés pour complicité avec le cartel Sinaloa. Mais comme souvent dans la lutte anti-drogue, ce démantèlement du cartel Sinaloa indique sans doute une lutte interne des trafiquants, une concurrence féroce et le remplacement de ce cartel par un autre, celui peut-être de la ville nordiste de Juarez. Le cartel Sinaloa est l’une des plus grandes organisations criminelles latino-américaines dont les pratiques sanguinaires ont permis de contrôler presque totalement la livraison mexicaine de drogues aux Etats-Unis. Son chef, El Chapo, est devenu une figure populaire au Mexique. Narguant souvent les autorités, on le dit « à la fois partout et nulle part » ! Il a ainsi pris l’habitude de débarquer incognito dans les bons restaurants, avec plus d’une trentaine de gardes du corps. Dans un premier temps, ceux-ci retirent aux clients présents tous leurs téléphones portables, puis El Chapo fait son entrée solennelle, saluant tour à tour et amicalement ses convives de hasard, pris involontairement en « otage ». Ensuite, fair-play, il se retire pour manger dans une arrière-salle et repartir par la porte de derrière, non sans avoir généreusement payé l’addition de tout le monde ! A chaque fois, lorsque la police arrive en retard ( !), le propriétaire comme tous les clients présents, jurent devant la vierge de Guadalupe qu’ils n’ont rien vu ! El Chapo dans le vieux style des bandits zapatistes mexicains, fait vivre des milliers de familles de sa région, Sinaloa, où il « arrose » tout le monde. Les États-Unis ont mis sa tête à prix pour 5 millions de dollars. Nonobstant, comment Joaquin Guzman aurait-il pu « survivre » sans le support de l’Etat mexicain, des institutions, de la police et de l’armée ? Voir, par exemple, le Miami Herald du 8 novembre 2008.
[4] Sur le crime organisé russe : « Russian Organized Crime » dans Center for Strategic and International Studies (CSIS), Washington D.C. : CSIS, 1997 ; Bruce Michael Bagley, « Globalisation et crime organisé transnational : la mafia russe en Amérique latine et dans les Caraïbes », School of International Studies, University of Miami, Coral Gables, Floride, 2001.
[5]Non sans ambiguïtés puisque le Venezuela reste un fidèle fournisseur de pétrole des États-Unis et un bon partenaire économique !
[6] En fait, le gouvernement Bush a réduit sa politique sud-américaine à la négociation de traités commerciaux de libre-échange (voir le traité ratifié avec le Pérou), à une coopération militaire avec les pays luttant contre le trafic de stupéfiants (la Colombie) et à la contention des flux migratoires, venus du Mexique. Il n’a absolument pas su se donner une vision à long terme de l’Amérique latine, il n’a pas su réaffirmer une « grande politique » continentale, il n’a même pas su poser des limites fermes à certaines contestations outrancières (voir le problème de la Bolivie ou certaines attitudes argentines ou équatoriennes comme le non-renouvellement du bail de la base militaire de Manta, proche de la frontière colombienne). Il va de soi que dans un tel fiasco diplomatique, l’Asie et en particulier la Chine et la Russie ont su engranger un bonus diplomatique, commercial et parfois militaire incontestable, même si depuis quelques mois, les États-Unis ont renforcé leur 4ème flotte dans la mer des Caraïbes et l’Atlantique Sud.
[7] Notons que le prochain Sommet des Brics devrait se tenir à Moscou, en 2009 !
[8] On ne pourra s’empêcher de déplorer l’absence de politique latino-américaine de l’Europe, empêtrée dans sa politique erronée d’élargissement vers l’Est ou le Proche-Orient (la Turquie et Israël) ! Contrairement au forum de l’APEC de Lima, le sommet Europe-Amérique Latine du mois de mai 2008, qui eût lieu dans la même capitale, fut un échec. Pour la France, Nicolas Sarkozy ne crut même pas bon de se déplacer, laissant le champ libre aux Allemands pour la vision des échanges commerciaux bilatéraux. (Voir Jean-Pierre Langellier, « L’absence de M. Sarkozy au sommet de Lima irrite les Latino-Américains » dans Le Monde du 17 mai 2008, p.7). Fidèle à sa marque de fabrique (gesticulation frénétique et promesses sans lendemain), Sarkozy préférait, au printemps dernier, le show médiatique et indécent de l’affaire Ingrid Betancourt ou cet hiver, le cliché people d’un réveillon brésilien passé en famille !
[9] Cette union de défense semble se construire petit à petit, sous l’égide du Brésil (en rivalité sur ce point avec le Venezuela) par la constitution, en mai 2008, d’une organisation de prévention des conflits sud-américains, le Conseil de défense sud-américain, intégré à l’UNASUR (l’Union des nations sud-américaines). Le Brésil envisagerait une association avec la Russie pour produire des avions de combat et des plates-formes lance-missiles, tout en veillant à diversifier ses commandes militaires (voir les contrats de Défense signés avec la France, en décembre 2008).
[10] En 2001, par exemple, sous la pression américaine, Moscou avait fermé, sans consultation ni préavis, la base de surveillance électronique de Lourdes où travaillaient 1500 ingénieurs et techniciens russes. Les coupes budgétaires sombres opérées par la Russie à l’égard de Cuba ont laissé des traces profondes chez les dirigeants de La Havane, convaincus d’un cynisme et d’un manque total de fiabilité des Russes.
[11] La solvabilité en pleine tourmente financière reste un des problèmes des nombreux pays de la région. Ainsi, l’entreprise canadienne Sherritt international, liée au groupe pétrolier canadien Pebercan, se retrouve en sérieuses difficultés, suite à un contrat de 393 millions de dollars, non honoré par Cuba qui a été atteinte récemment par deux cyclones dévastateurs. Cette entreprise canadienne a dû revoir tout son programme d’extraction pétrolière sur l’île et même la construction d’une raffinerie du pétrole cubain, prévue en 2009 au Canada. Sherritt était en partenariat avec Cuba Petroleo (Cupet) pour l’exploitation de gisements dans une zone d’exclusion économique du Golfe du Mexique et elle a aussi acheté des terrains riches en nickel et en cobalt au sud de La Havane. Au Brésil, le concurrent brésilien Petrobras qui vient de signer un engagement d’exploitation de pétrole a été un peu « refroidi » par cette annonce malgré un accord officiel d’exploration de 7 ans d’un site d’exploitation prévue pour 25 ans au nord de la célèbre plage de Varadero. L’accord d’un montant provisoire de 8 millions de dollars a été signé au plus haut niveau entre Raul Castro et Luiz Inacio Lula. Cuba a établi une liste potentielle de 60 sites de forage offshore dans le Golfe du Mexique. Les gisements sont évalués à 20 milliards de barils et ont doublé les prévisions escomptées auparavant. Le Brésil est le second partenaire latino-américain de Cuba, après le Venezuela. Voir Miami Herald du 1er novembre 2008.
[12]La Chine a déclaré officiellement l’Amérique latine comme « objectif stratégique », « nouvelle opportunité ». Au sommet de l’APEC (Forum du Pacifique) qui s’est tenu au Pérou, fin 2008, elle a présenté son « livre blanc pour l’Amérique latine » ! En 2000, le volume d’affaires chinois en Amérique latine représentait 10 milliards de dollars, il avoisinait en 2007 les 103 milliards ! En fait, sur le continent latino-américain, la Chine reste le concurrent le plus sérieux de la Russie, le plus menaçant, même si pour remporter des marchés face aux États-Unis, des projets conjoints russo-chinois ont récemment été montés !
[13] Pérou, Chili, Colombie, Mexique et Equateur, ouverts au commerce global, aux relations étroites avec la Chine, le Japon, l’Australie, la Nouvelle Zélande, en somme à la géopolitique de l’aire Pacifique tandis que l’Argentine, la Bolivie, le Venezuela seraient plus protectionnistes, repliés sur une « économie administrative », plus ouverte vers la Russie et l’Europe atlantique ; le Brésil, pays continent, en concurrence hégémonique avec le Venezuela, essaie d’opérer quant à lui, une synthèse entre les deux courants, une sorte de voie continentale tournée vers l’Afrique et l’Europe pour tenter d’émerger sans doute comme puissance thalassocratique.
[14] Il faut rappeler que la victoire du démocrate Obama repose en partie sur la mobilisation exceptionnelle de l’électorat issu des minorités hispaniques. En effet, près de dix millions d’Hispaniques se sont rendus aux urnes et 60% d’entre eux ont voté pour le candidat démocrate, un changement radical (lié, par exemple, chez les Cubains de Miami à un retournement électoral démocrate de la nouvelle génération) par rapport à la présidentielle de 2004. Les jeunes, les Blancs, les classes ouvrières et même moyennes, ont voté pour Barack Obama mais les Hispaniques, de façon majoritaire, sont venus accentuer cette tendance.
[15]Lors des débats télévisés sur la politique étrangère américaine, que ce soit entre Mc Cain et Obama ou les candidats à la vice-présidence Biden et Palin, pas une seule fois (et c’est nous qui soulignons), il ne fut question de l’Amérique latine. Certes, dans tous ces débats, les différents candidats ne disposaient que d’un temps de parole limité à dix minutes chacun mais pas une fois, il ne fut question du sous-continent ! Toutes les interventions étant centrées sur l’Irak, l’Iran, l’Afghanistan, le Proche-Orient, la Russie et le terrorisme. On notera aussi qu’on ne parla ni de la crise du Darfour, ni de l’Afrique ! Or, pour l’Amérique latine, en tout cas, les deux candidats auraient pu se prononcer sur la montée, par exemple, des gouvernements de gauche, voire d’ultragauche (Venezuela, Bolivie, Equateur), sur la lutte anti-drogue, sur le problème migratoire aux conséquences déstabilisatrices en Amérique du Nord, sur l’énergie et les douanes, tous ces thèmes étant vitaux pour la sécurité propre des États-Unis.
[16] Le discours le plus clair d’Obama sur l’Amérique latine reste celui donné au Sénat en mars 2008. Bien sûr, y fleurissent les bons mots que les latinos souhaitaient entendre : « resserrer les liens », « partenariat », « coopération », « convergence », « proximité croissante », « liens profonds », « renouveau » mais Obama se livra aussi à une critique acerbe de l’administration Bush, évoquant « six ans de négligence et de relations malmenées » pour parler du retour sur le sous-continent du « rôle historique de leader dans les Amériques ». Obama n’écartait pas une coopération avec Hugo Chavez ou des gouvernements de gauche modérée en Amérique latine. Il faut cependant noter le retour remarqué de la IVe Flotte, réinstallée dans les Caraïbes, l’été dernier sous la houlette de la seconde administration Bush (Robert Gates), un retour administratif plus que strictement militaire : de nouveaux moyens, de nouveaux navires n’ont pas, en réalité, été déployés. La IVe Flotte est constitué d’un réseau de bases ou d’installations militaires qui permettent aux Américains d’intervenir rapidement dans l’ensemble du sous-continent contre des groupes qu’ils considèrent comme « terroristes » ou pour empêcher le trafic de drogue, pour maintenir l’ « ordre établi » et la « paix sociale ». Elle dispose bien sûr d’un vaste programme de renseignement. C’est le Honduras et la Colombie, qui suite au déménagement de Panama, constituent les relais les plus importants du système de défense américain sur le sous-continent. Il dispose aussi de bases au Costa Rica, au Salvador, à Porto Rico, dans les îles néerlandaises Aruba et Curaçao (actuellement non membres de l’UE or, un changement de statut de ces îles est en cours !) et des enclaves militaires en Argentine. L’Équateur a souligné sa volonté de ne pas renouveler la base aérienne de Manta (dont la location prend fin en 2009), qui est aussi le principal centre d’espionnage électronique de l’Amérique du Sud, base qui peut accueillir les plus grands avions de surveillance Awacs de l’US Air Force. Pour pallier cette fermeture, les USA souhaitent renforcer leur base aérienne du Paraguay, proche des gisements gaziers de la Bolivie en colère et envisageraient la création d’une base amazonienne, près d’Iquitos, une base navale-aérienne en remplacement de Manta à Salaverry, au nord du Pérou. La crise économique facilitera sans doute l’installation de ses bases, souvent contestée par les nationalistes indigénistes locaux car elles apportent souvent une aide non négligeable aux régions environnantes. Suite au plan anti-drogue, il y aurait, en Colombie, près de 8OO militaires américains, 6OO conseillers et trois bases recensées (Arauca, Larandia, Las Tres Esquinas). Selon les données de l’Institut international de recherches sur la paix (SIPRI), les dépenses militaires américaines en Amérique latine ont augmenté de façon constante depuis le début des années 1990 passant de 16,9 milliards de dollars en 1991 à 36 milliards de dollars en 2007. Les USA envisagent le réarmement de la Colombie et du Pérou. Ce n’est en effet pas parce que le Pérou rénove son armée par des achats militaires russes que cette rénovation n’est pas « décidée » en sous-mains par les États-Unis ! Business Is business.
[17] Les Russes utiliseront bientôt la base française de Kourou, en Guyane, pour lancer leurs satellites et leurs navettes spatiales. Dans un entretien au Figaro du 13 novembre 2008, Medvedev parle d’un « rapprochement immédiat avec l’Europe » et conçoit ce rapprochement comme un véritable accord tripartite entre les États-Unis, l’Europe et la Russie. Le camp atlantiste a développé un triple axe transatlantique USA-UE-Union de la Méditerranée qui semble en contradiction avec l’axe Washington-Paris-Berlin-Moscou dont parlent les officiels russes. C’est donc par souci de l’indépendance et de la puissance européenne que nous parlons ici d’un axe transversal Amérique latine-UE-Moscou que viendrait compléter pour nous les relations avec Téhéran et Delhi. Nous ne saurions exposer ici cette « théorie » métapolitique mais nous voudrions par contre revenir brièvement sur le rapprochement nécessaire de la Russie avec l’Europe et ce, en pleine crise économique où la Russie a vu s’effondrer les trois quarts des cours de sa bourse, baisser de moitié le prix de ses hydrocarbures et des matières premières métalliques et où même pour rester solvables, les grandes banques russes ont dû absorber ce qui restait du fonds de stabilité de 100 milliards de dollars, constitué à l’apogée de la rente pétrolière ! Les pays de la zone Euro, quant à eux, s’endettent actuellement, selon les chiffres officiels, de quelque 20 milliards d’euros par semaine ! Le bon sens dicte donc un schéma géopolitique de contrat d’association entre l’UE et la Russie. Un tel schéma achèverait l’édification du nouvel ordre européen, issu de 1989. Ce contrat passe par la mise à distance ferme des USA et l’organisation commune d’un accord russo-européen d’échange et de coopération entre d’une part, les immenses richesses énergétiques et minières de la Russie et d’autre part, les capacités d’innovation, de recherche et d’investissement de l’Europe. On pourrait alors presque envisager une croissance « à la chinoise » de toute l’Europe de l’Est et de la Russie jusqu’à Vladivostok, dopant la reprise économique de demain. Il est clair qu’en aucun cas, nous ne parlons ici d’un élargissement de l’UE mais d’un accord bilatéral UE-Russie, sorte de politique énergétique commune, sur le modèle de l’ancienne communauté franco-allemande du charbon et de l’acier de 48. Le projet pourrait être ambitieux et envisager une entente stratégique en matière de fabrication d’armements, une politique commune face à l’Islam, à l’immigration, au Proche-Orient, en Arctique, à l’Extrême-Orient russe et bien entendu, puisque c’est l’objet de cet article, en Amérique latine. Paris, de par sa tradition diplomatique russophile, pourrait y jouer un rôle clef à condition bien entendu de ne pas être gouverné par des French doctors corrompus, des généraux néo-cons et coachés par la CIA (voir l’affaire Chauprade). Sur la notion d’Euro-Amérique, voir Antoine Compagnon, « L’Euro-Amérique en question » dans Nuevo Mundo Mundo Nuevos, Debates, 2008, en ligne sur www.nuevomundo.revues.org et www.revues.org.
Les accords russo-latinos américains
ARGENTINE : -Les relations commerciales entre les deux
pays ont atteint 1,5 milliards de dollars, chiffre qui a quintuplé depuis 2004.
Avant tout, la Russie importe des produits agricoles et exporte pour 30% du
carburant et des engrais.
-Signature d’un mémorandum triennal entre Lukoil, la compagnie russe pétrolière et Enarsa, l’entreprise argentine qui laisse, à la disposition de Lukoil, ses installations de stockage de carburant.
BOLIVIE : - Moscou se dit prête à participer pour un
montant de 1,5 milliards de dollars à la construction d’un gazoduc qui unirait
l’Argentine et la Bolivie.
- Signature par Gazprom d’un contrat de prospection de gaz.
BRESIL : -Premier
partenaire commercial de la Russie en Amérique latine. En 2008, le volume des échanges
russo-brésiliens a dépassé les 5 milliards de dollars. La Russie pense le
doubler d’ici 2012 ! Fin octobre 2008, il atteignait 7,3 milliards de dollars. La Russie appuie,
comme la France, l’entrée du Brésil comme membre permanent du Conseil de
Sécurité des Nations Unies alors que Brasilia appuie, de son côté, l’entrée de
la Russie à l’Organisation Mondiale du Commerce (l’OMC).
-Projet
d’un cosmodrome à proximité de l’équateur et renforcement de la coopération
spatiale (système russe de navigation globale par satellite, appelé Glonass).
- Achat de 12 hélicoptères russes d’attaque Mi-35M et renforcement de la coopération
aéronautique entre les deux pays, tous deux grands constructeurs dans ce
domaine.
-Rio de Janeiro accueillera, en 2009,
le siège de Gazprom en Amérique latine
et négociera avec Petrobras pour la
prospection et l’exploitation au Brésil de gisements de gaz et de pétrole.
-Achat d’équipements russes pour les nouvelles usines hydroélectriques en construction, développement de la coopération russe dans le domaine ferroviaire.
CUBA : -Accords
d’investissements majeurs dans les domaines du pétrole (il y a d’importantes
réserves sous-marines dans les eaux cubaines du Golfe du Mexique où un forage
d’essai vient d’être organisé).
-Exploitation du nickel présent dans le sous-sol cubain.
-Prêt
de 335 millions de dollars pour l’achat de produits, de services et
d’équipement dans les transports (bus de La Havane).
-Installation d’un centre spatial (sans doute l’ex
base de Lourdes) pour l’utilisation commune de systèmes spatiaux de
communication.
NICARAGUA : - Aide de 200 000 dollars en
équipements médicaux et appareils technologiques.
PEROU : -Accord pour
l’installation d’un centre de maintenance et de réparation de 6O hélicoptères
russes de l’armée péruvienne. Ce centre sera le premier de ce type en Amérique
latine et le gouvernement péruvien a beaucoup communiqué sur cette annonce,
espérant faire de ce centre un pôle de maintenance régional c’est-à-dire un
pôle lui permettant à l’avenir de vendre ses services à d’autres pays de la
région dont la défense repose partiellement sur des appareils d’équipements
russes.
-Coopération
accrue pour la prospection et la mise en valeur de gisements pétroliers et
différents accords de coopération scientifique et culturelle ainsi que sur la
lutte anti-drogue (!) ;
promotion du commerce extérieur.
VENEZUELA : -Vente de 4,4 milliards de dollars d’armement divers : 24 avions de chasse Sukhoï, 53 hélicoptères, 100 000 fusils kalachnikov, chars T-90, voitures de transport blindées entre 2005 et 2007 (le Venezuela est devenu, en 2008, le premier client de l’industrie militaire russe dans la région).
-Crédit
supplémentaire de 1 milliard de dollars pour l’achat d’un système intégral de
défense anti-aérienne, à longue portée, pouvant frapper des cibles jusqu’à 200
km (en cours d’installation). Notons aussi que Chavez a manifesté publiquement
son souhait d’acheter des sous-marins et des navires russes pour moderniser les
forces navales « bolivariennes ».
-Création d’un pôle de production
d’hydrocarbures entre Pdvsa, la
compagnie vénézuélienne et la compagnie russe Lukoil/Gazprom pour l’exploitation,
dans la ceinture de l’Orénoque,
d’une production de 1 million de barils par jour (le Venezuela, membre de l’OPEP est 5ème exportateur
mondial et extrait actuellement entre 2,5
et 3 millions de barils quotidiens).
-Coopération sur le nucléaire civil qui devrait
s’achever par la construction d’une centrale atomique vénézuélienne, destinée à
la production d’énergie électrique. En Amérique latine, seuls, le Brésil et l’Argentine disposent
actuellement de réacteurs nucléaires.
-Création
d’une banque binationale commune au capital de 4 milliards de dollars pour
financer la construction de raffineries de pétrole, d’une usine d’aluminium par
Russal, projet de construction de
sites automobiles par Vaz.
-Moscou a établi, à la
demande de Chavez une « coopération stratégique » et définit le
Venezuela comme « le premier parmi les égaux ».
Sources : Ria
Novosti Press ; Corriere della Sera du 10 janvier 2009, p.7 ; Latin Reporters ; El Comercio
Peru ; Miami Herald.
Annexe n°2
Liste des interventions militaires américaines en
Amérique latine et aux Caraïbes depuis 1898 :
1898-1902 : Cuba.
Occupation militaire qui suivit la guerre hispano-américaine.
1898 :
Nicaragua. Pour protéger des vies et des propriétés américaines.
1899 :
Nicaragua. Pour protéger les intérêts des États-Unis pendant une insurrection.
1901 :
Colombie (État de Panama). Pour protéger les propriétés des États-Unis durant
des troubles révolutionnaires.
1902 :
Colombie (État de Panama). Pour maintenir ouvertes les lignes ferroviaires à
travers l’isthme.
1903 :
Honduras. Pour protéger le Consulat des États-Unis et les infrastructures
portuaires durant des troubles révolutionnaires.
1903 :
République Dominicaine. Pour protéger les intérêts des États-Unis durant un
coup d’état révolutionnaire.
1903-1914 :
Panama. Pour protéger les intérêts des États-Unis durant le processus
d’indépendance, manipulé par les USA pour défendre et construire le
Canal.
1904 :
République Dominicaine. Pour protéger les intérêts des États-Unis durant le
processus révolutionnaire.
1905 :
Honduras. Des marines débarquent à Puerto
Cortez.
1906-1909 :
Cuba. Pour rétablir l’ordre après une « révolution ».
1907 :
Honduras. Pour protéger les intérêts des États-Unis durant une guerre entre le
Honduras et le Nicaragua.
1910 :
Nicaragua. Par trois fois, durant une guerre civile.
1911 :
Honduras. Pour protéger les intérêts des États-Unis durant une guerre civile.
1912 :
Honduras. Pour éviter que le gouvernement des Honduras prenne la ligne de
chemin de fer de propriété américaine.
1912 :
Panama. Pour superviser les élections en dehors de la zone du canal.
1912 :
Cuba. Pour protéger des intérêts américains dans la province Oriente et La Havane.
1912-1925 :
Nicaragua. Pour protéger les intérêts américains durant un soulèvement
révolutionnaire.
1914 :
Haïti. Pour protéger les citoyens nord-américains de troubles violents.
1914 :
République Dominicaine. Des navires de guerre débarquent durant un mouvement
révolutionnaire.
1915-1934 :
Haïti. Pour maintenir l’ordre durant une période d’insurrections chroniques.
1916-1924 :
République Dominicaine. Pour maintenir l’ordre durant une période
d’insurrections chroniques.
1917-1923 :
Cuba. Pour protéger les intérêts des États-Unis durant une insurrection et
maintenir l’ordre.
1919 :
Honduras. Pour maintenir l’ordre durant une tentative révolutionnaire.
1920 :
Guatemala. Pour protéger les intérêts des États-Unis durant une lutte entre
ouvriers syndicalistes et gouvernement central.
1921 :
Panama-Costa Rica. Des escadrons de la marine américaine débarquent sur les
deux rives de l’isthme pour prévenir un conflit frontalier.
1924 :
Honduras. Pour protéger les intérêts des États-Unis durant les élections.
1925 :
Honduras. Pour protéger les étrangers durant les troubles politiques.
1926-1933 :
Nicaragua. Pour supprimer les activités révolutionnaires d’Augusto Sandino
après le coup d’état militaire. Installation d’Anastasio Somoza comme
Président.
1932 :
El Salvador. Des navires de guerre américains débarquent pour
« mater » une rébellion paysanne. Massacre de 30 000 paysans.
1933 :
Cuba. Forces navales déployées durant une révolution mais pas de débarquement.
1954 :
Guatemala. Coup d’état militaire planifié, organisé et financé par la CIA.
1961 :
Cuba. Invasion de la baie des Cochons. Crise des missiles.
1965 :
République Dominicaine. 20 OOO soldats débarquent pour « mater » une rébellion.
1979-1987 :
Nicaragua. Gouvernement sandiniste et guerre contre les Contras, soutenus par les Américains qui organisent un blocus économique du pays de 1984 à 1990.
1981 :
Ronald Reagan entre à la Maison Blanche. Le Président et son administration développent
une politique très active en Amérique centrale. Les troupes américaines
occupent le Honduras, désormais élément essentiel du dispositif de défense des États-Unis qui soutiennent l’armée du Salvador dans sa lutte contre les
guérilleros.
1983-1990 :
Panama. Noriega au pouvoir. Accusé de trafic de drogue par les américains, il
leur déclare la guerre le 15 décembre 1989. Quatre jours plus tard :
intervention américaine. Noriega est emprisonné aux USA. Au Nicaragua, les
Américains soutiennent financièrement le combat antisandiniste. Ils reformulent
totalement leur politique en Amérique centrale comme en témoigne l’initiative
du bassin des Caraïbes, annoncée en juillet 1983 et suivie du Kissinger Report de janvier 1984.
1992 :
El Salvador. Fin de la guerre civile où des agents de la CIA étaient impliqués.
1996 :
Guatemala. Après plus de 30 ans de conflit, accords entre le gouvernement du
Guatemala et la guérilla.
1985-1990 :
Les Américains diminuent peu à peu leurs aides aux dictatures de la région et aux
Contras.
2003 :
Signature du traité de libre-échange entre les États-Unis et le Guatemala, le
Honduras, le Nicaragua et le Salvador puis avec le Costa-Rica en 2004. 80% des
exportations de biens industriels et de consommation américains pourront
pénétrer librement sur les marchés des pays de l’isthme après une abolition
progressive des barrières douanières, étalée sur dix ans.
2008 :
Recréation de la IVe Flotte des Caraïbes et de l’Amérique latine avec un
porte-avion nucléaire, chargé d’assurer la sécurité maritime des eaux des
Caraïbes, face aux nouvelles menaces (terrorisme, trafic de drogue, gangs de maras en Amérique centrale, et montée en puissance des
« gouvernements de gauche » dans la région). Projet d’installer une
base militaire américaine au Paraguay, à proximité de la Bolivie d’Evo Morales
mais aussi d’un pays riche en gisements gaziers.
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L’Égypte ou le symptôme de l’éléphantiasis diplomatique
par René Naba *
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Source : Mondialisation.ca, Le 6 février 2009
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Paris, 5 février 2009 – L’escadre de l’Otan dépêchée en renfort de l’Egypte pour lutter contre le trafic des armes au large de Gaza, de même que l’activisme diplomatique tardif déployé par le Caire avec l’hébergement des pourparlers inter palestiniens et la conférence des pays donateurs pour la reconstruction de l’enclave palestinienne détruite par Israël, ne modifieront en rien la cruauté du constat: Misr Oum ad Dounia, l’Egypte, Mère du Monde, l’Egypte, dont l’histoire s’est longtemps confondue avec l’épopée, n’est plus que l’ombre d’elle-même, un pays qui a intériorisé sa défaite, voué au rôle peu glorieux de sous traitant de la diplomatie américaine sur le plan régional, de factotum des impératifs de sécurité d’Israël, le ventre mou du Monde arabe, son grand corps malade.
Placé au centre géographique du Monde arabe, à l’articulation de sa rive asiatique et de sa rive africaine, abritant la plus forte concentration industrielle dans une zone allant du sud de la Méditerranée aux confins de l’Inde, contrôlant de surcroît, de manière exclusive, les deux principaux axes de communication du Monde arabe, le Nil vers le continent africain, le Canal de Suez vers le Golfe pétrolier, l’Egypte a longtemps été le fer
Mais l’artisan de la première nationalisation
victorieuse du tiers monde, la nationalisation du Canal de Suez, en
1956, qui sonna le glas de la présence coloniale franco-britannique en
terre arabe, la base arrière des principaux mouvements de Libération du
Monde arabe, de l’Algérie au Sud Yémen, le destructeur de la ligne Bar
Lev, en 1973, qui exorcisa le complexe d’infériorité militaire arabe
vis à vis d’Israël, parait comme atteint d’éléphantiasis diplomatique,
à en juger par son comportement honteusement frileux durant les deux
dernières confrontations israélo-arabes, la guerre de destruction
israélienne du Liban, en juin 2006, et la guerre de destruction
israélienne de Gaza, deux ans plus tard, en décembre 2008. Premier exportateur de vidéocassettes, de films et de téléfilms dans le Monde arabe, l’Egypte disposait d’un magistère culturel sans égal, s’articulant sur trois piliers: Le charisme de son chef, Nasser, sa brochette prestigieuse de vedettes de grand talent, Oum Kalsoum et Abdel Wahab, ses grands écrivains Taha Hussein, Naguib Mahfouz et le poète contestataire Cheikh Imam, Tahia Karioka et Nadia Gamal, sur le plan de l’industrie du divertissement et du spectacle, le tandem formé, enfin, sur le plan de la communication, par le journal Al-Ahram, le plus important quotidien arabe, et Radio le Caire, la doyenne des stations arabes. Septième diffuseur international par l’importance de sa programmation radiophonique hebdomadaire, Radio le Caire émet en 32 langues couvrant un large spectre linguistique (Afar, Bambara, pachtoune, albanais). Il constituait un puissant vecteur de promotion des vues égyptiennes aux confins du quart monde. Mais son primat culturel pâtit désormais de la renaissance de Beyrouth, le point de fixation traumatique d’Israël, capitale culturelle frondeuse du Monde arabe, et de la fulgurante percée des chaînes transfrontières arabes, en particulier Al-Jazira, désormais indétrônable par son professionnalisme. Son primat diplomatique, aussi, est remis en question par l’émergence des deux puissances musulmanes régionales non arabes, l’Iran et la Turquie, dans la suppléance de la défaillance diplomatique arabe, principalement de l’Egypte et surtout de l’Arabie saoudite, mutique pendant les trois semaines de la destruction israélienne de Gaza. De même que son primat militaire est relégué aux oubliettes par la relève rebelle des artisans victorieux de la nouvelle guerre asymétrique contre Israël, le chiite Hezbollah libanais et le sunnite Hamas palestinien, rendant obsolète la fausse querelle que tentent d’impulser l’Arabie Saoudite et l’Egypte entre les deux branches de l’Islam dans l’espace arabe. Le plus grand et le plus peuplé pays du monde arabe avec 80 millions d’habitants, est au bord de l’implosion sociale avec 34 % d’Egyptiens vivant en dessous du seuil de pauvreté, avec moins de deux dollars par jour. Depuis le revirement proaméricain du président Anouar el Sadate, en 1978, et son traité de paix avec Israël, il y a trente ans, l’Egypte fonctionnait sur un mode binôme, par une répartition des tâches entre le pouvoir politique géré par la bureaucratie militaire, alors que la gestion culturelle de la sphère civile était confiée au zèle de l’organisation des Frères Musulmans, dont le prosélytisme s’est matérialisé par le rétablissement du crime d’apostasie. Sous la menace islamiste, l’Egypte navigue ainsi entre corruption, régression économique et répression, avec 1,3 million de flics employés par le ministère de l’Intérieur et plusieurs milliers de prisonniers politiques. La passivité égyptienne devant le bain de sang
israélien à Gaza, sa léthargie diplomatique face à l’activisme des pays
latino-américains, le Venezuela et la Bolivie qui ont expulsé
l’ambassadeur israélien à Caracas et La Paz, a suscité une levée de
boucliers des Frères Musulmans conduisant la confrérie à cesser toute
opposition à la Syrie, rendant caduque sa collaboration avec l’ancien
vice-président syrien Abdel Halim Khaddam, le transfuge baasiste
réfugié à Paris. Par un invraisemblable renversement d’alliance qui
témoigne du strabisme stratégique de l’Egypte, c’est la Syrie, son
ancien partenaire arabe dans la guerre d’indépendance, et non Israël,
qui constitue désormais sa bête noire. L’Egypte bénéficie, il est vrai, d’une rente stratégique matérialisée par une aide américaine de trois milliards de dollars par an. Mais cette obole apparaît à bon nombre d’observateurs comme une sorte de denier de Judas, ne pouvant compenser aux yeux de l’opinion publique du tiers monde, le socle de la puissance diplomatique égyptienne, les effets dévastateurs de ce lymphatisme tant sur le plan du prestige international de l’Egypte qu’au plan de la sécurisation de l’espace national arabe. L’Egypte est frappée du symptôme d’éléphantiasis, à l’image de son vieux Président (80 ans), un personnage au teint cireux, un personnage de cire, en voie de momification par près de trente ans d’un pouvoir autocratique schizophrénique, ultra répressif sur le plan interne, léthargique sur le plan international, cramponné à son siège dans l’attente d’une succession filiale. Nasser a nationalisé le Canal de Suez et résisté à l’agression tripartite franco anglo-israélienne, en 1956. Vaincu en 1967, il a aussitôt déclenché une «guerre d’usure» de 18 mois le long du front de Suez, dans une démonstration de son refus de la résignation et de la capitulation, avant de mettre fin à la guerre civile jordano-palestinienne, la veille de sa mort en septembre 1970. Sadate a récupéré le Sinaï mais marginalisé son pays par sa signature d’un traité de paix solitaire avec Israël. Moubarak, lui, la vache qui rit, selon le sobriquet qui lui colle à la peau depuis le début de son règne pour souligner son cynisme faussement niais, passera dans l’histoire pour avoir été le dirigeant égyptien sans la moindre action d’exploit à son actif, sinon de réintégrer son pays au sein Ligue arabe pour en faire une rente de situation à l’effet de cautionner toutes les interventions militaires américaines contre les pays arabes que cela soit lors de la première guerre du Golfe contre l’Irak, en 1990, ou encore treize ans plus tard, lors de l’invasion américaine de l’Irak, en 2003. Le cessez le feu unilatéral israélien dans la bande
de Gaza conclu à la suite d’un arrangement entre deux gouvernements
moribonds, le revanchard israélien Ehud Olmert mal remis de défaite
face au Hezbollah libanais, en 2006, et le pantin américain George
Bush, a retenti comme un cinglant camouflet tant pour le nouveau
président américain Barack Obama que pour le médiateur égyptien Hosni
Moubarak que pour son alter ego français, Nicolas Sarkozy, le
vibrionnant et inopérant co-président de l’Union pour la Méditerranée. Que l’on ne s’y trompe donc pas: L’hébergement de la
conférence des pays donateurs pour la reconstruction de Gaza, de même
que l’escadre de l’Otan dépêchée en renfort de l’Egypte pour lutter
contre le trafic des armes au large de l’enclave palestinienne sont
principalement destinés à renflouer le président Hosni Moubarak, en
plein naufrage diplomatique, de même que son compère palestinien
discrédité Mahmoud Abbas. Ils visent en outre à maintenir un rôle
européen même ténu au Moyen orient, dans la nouvelle configuration
diplomatique de l’ère Obama. Le Pharaon d’Egypte est nu, dénudé par ses nouveaux alliés: le Primus inter pares (3) des Arabes est désormais «le passeur des plats» officiel de la diplomatie israélo américaine. Triste destin pour Le Caire, Al-Kahira, la victorieuse dans sa signification arabe, ravalée désormais au rang de chef de file de «l’axe de la modération arabe». L’ancien chef de file du combat indépendantiste arabe, amorphe et atone, assume désormais sans vergogne le rôle de chef de file de l’axe de la soumission et de la corruption….l’axe de la résignation et de la capitulation…l’axe de la trahison des idéaux du sursaut nassérien. Notes 1- cf. à ce propos le site
«Bakchich» Bernard Kouchner, ministre des factures
étrangères (15 janvier 2009) - http://www.bakchich.info/article6462.html 2- Depuis sa prise de fonction à la direction de l’audiovisuel extérieur, en 2007, Christine Ockrent a procédé, sous de prétextes fallacieux, au licenciement des journalistes réputés pour leur connaissance du Monde arabe, notamment le journaliste et écrivain Richard Labèvière, grand spécialiste de la zone et auteur d’un interview du président syrien Bachar al-Assad, ainsi que Wahib Abou Wassel, représentant syndical et unique journaliste palestinien de l’audiovisuel extérieur français. 3- Primus inter pares : le premier parmi ses pairs.
René Naba est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca. Articles de René Naba publiés par Mondialisation.ca |
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Quel but fondamental poursuivent les Israéliens à Gaza? Pour parler en termes militaires, puisque certains prétendent qu’il s’agit d’une “guerre”, quelle est leur stratégie? Une réponse abrupte nous vient d’un expert US fameux, représentant une tendance centrale de l’establishment stratégique washingtonien, avec toutes les références de crédit et d’honorabilité qui importent. Sur le site du CSIS de Georgetown University, où il tient une place de choix, Anthony H. Cordesman donne, le 9 janvier, son analyse de l’attaque israélienne contre Gaza.
On lit notamment une reprise du texte de Cordesman, sous la plume de Bernd Debusmann, sur Reuters, le 15 janvier, – Debusmann qui nous dit ceci: « Il n’est pas fréquent qu’un membre éminent du cabinet de politique étrangère de Washington, habituellement prudent et conservateur, compare les dirigeants politiques israéliens à des ânes et doute de leur compétence. Mais les combats de Gaza ont justement poussé Anthony Cordesman du Center for Strategic and International Studies à le faire . »
Dans son étude, Cordesman analyse d’abord les circonstances tactiques et reconnaît divers succès de l’IDF (Israel Defense Force) dans la “campagne” militaire en cours. Ce constat fait, que reste-t-il; ou, mieux dit, à quoi tout cela sert-il?
« Ce qui nous pousse à nous poser la question qui intéresse tous les Israéliens et leurs partisans : quel objectif stratégique sous-tend les combats actuels ? Au bout de deux semaines de combats, Olmert, Livni et Barak n’ont pas dit un seul mot indiquant les bénéfices stratégiques, à moyen ou long terme, escomptés en frappant des installations clé du Hamas au début de la guerre. En fait, leur silence soulève d’ inquiétantes interrogations : répéterons-ils les erreurs massives imputables aux dirigeants israéliens pendant la guerre de 2006 entre Israël et le Hezbollah ? Israël s’est-il laissé entraîner dans un conflit d’intensité progressivement croissante sans but stratégique clairement défini, du moins sans un objectif que l’on peut estimer à sa portée en restant réaliste ?Israël va-t-il au bout du compte renforcer politiquement un ennemi qu’il a vaincu tactiquement ? Les initiatives israéliennes vont-elles nuire gravement à la position étasunienne dans la région, éliminer tout espoir de paix en même temps que, accessoirement, les opinions et les régimes arabes modérés ?
Pour être franc, la réponse jusqu’à présent semble être
« oui ». Pour paraphraser un commentaire sur la direction de l’armée
britannique par le gouvernement du Royaume Uni pendant la 1ère
Guerre mondiale, les lions semblent être dirigés par des ânes. Si Israël
dispose d’un plan de cessez-le-feu susceptible de sécuriser Gaza, ce n’est pas
apparent. Si Israël formule le dessein crédible de détruire et de remplacer le
Hamas, ce n’est pas apparent. Si Israël prévoit d’apporter une aide aux
habitants de Gaza pour les encourager à nouveau à rechercher la paix, ça ne se
voit pas. Si Israël cherche à utiliser l’influence des Etats-Unis et de ses
autres amis à travers le monde, ça ne se voit pas non plus.
En observant les erreurs étasuniennes, on sait que n’importe quel dirigeant peut adopter une posture ferme et prétendre que des gains tactiques constituent une victoire significative. Si c’est tout ce que Olmert, Livni et Barak ont pour réponse ils se seront ridiculisés tout en nuisant à leur pays et à ses amis. S’ils ont autre chose à proposer, il est temps de faire connaître leurs objectifs et de montrer comment on peut y arriver. La question n’est pas de savoir si l’IDF a appris la leçon des combats de 2006, mais de savoir si les responsables politiques israéliens ont le minimum de compétence requis pour la diriger. »
Cette analyse est largement partagée par la communauté des experts US, et on la trouvait déjà esquissée dans les commentaires furieux de Zbigniew Brzezinski. Si le jugement de Brzezinski concernait les Israéliens et les Palestiniens, il concerne en fait principalement les Israéliens parce que ce sont eux qui, aujourd’hui, ont pris l’initiative, parce qu’ils ont la puissance, et qu’ils exercent l’une et l’autre de façon massive, d’une façon qui met d’autant en évidence l’absence de stratégie de leur action.
Ces appréciations américanistes rendent compte, pour l'immédiat et le plus pressant, du malaise grandissant dans les relations entre les USA et Israël. Certains, comme Justin Raimondo, transcrivent ces signes de malaise en termes politiques, comme la marque d’une grave détérioration de ces relations entre les deux pays.
Ce “vide stratégique” de l’attaque contre Gaza est largement rencontré par le jugement étonnamment contradictoire des Israéliens, tel qu’il est rapporté par l’Observer du 11 janvier, notamment au travers de déclarations d’un militant israélien pour la paix. On y voit que, dans cette guerre suscitée essentiellement par la peur («Why Israel's war is driven by fear»), les Israéliens affirment être prêts pour la paix, ils sont partisans de la paix et d’une solution avec un Etat palestinien indépendant, mais par ailleurs ils assimilent les Palestiniens à des terroristes, avec lesquels on ne peut par définition faire la paix. A “l’enfermement stratégique”, à l’absence de stratégie, correspond un “enfermement psychologique” interdisant le développement rationnel à la pensée; interdisant d’établir un rapport entre le désir et la nécessité de la paix, et la possibilité de la paix. Il est absurde de vouloir la paix avec un interlocuteur dont on affirme parallèlement qu’il ne peut lui-même, par sa nature même, faire la paix. Lorsque Jeff Halper juge que les Israéliens sont “les otages de leur propre direction”, on serait plutôt tenté de les voir otages de leur propre psychologie, éventuellement à l’image de leurs dirigeants, eux-mêmes avec une pensé construite selon la même psychologie.
« Jeff Halper, un militant pacifiste de longue date, estime que nous avons-là une preuve supplémentaire que l’opinion publique israélienne est principalement motivée par la peur. “Le public israélien est tenu en hôtage par ses propres dirigeants”, estime-t-il.“L’idée qu’il n’y a pas de partenaire pour la paix a été intériorisée par les Israéliens. Tout a été réduit au terrorisme parce qu’Israël a éliminé le contexte de l’occupation en prétendant qu’il ne désire que la paix et qu’il a fait des offres généreuses que les Arabes ont toujours rejetées. Or, 70% des juifs israéliens se déclarent opposés à l’occupation et disposés à se satisfaire d’une solution à deux Etats. Néanmoins on s’entend dire : ‘Pas besoin de me parler de paix, Je veux la paix. Mais les Arabes nous rejettent parce qu’ils ne sont que des terroristes.’ Il y a chez les Israéliens un préjugé très ancré selon lequel les Arabes sont nos ennemis permanents.” »
Effectivement, il importe de mettre en parallèle cette attitude psychologique avec les conditions de l’offensive militaire. Si l’on s’en tient aux affirmations que nous rapporte Jeff Halper, l’impossibilité pour les Palestiniens de faire la paix transcrit au niveau psychologique cette impuissance stratégique de l’IDF dans l’affrontement de Gaza. Le problème n’est pas ici de savoir ce que l’action entreprise réalise et va réaliser (discuter de savoir si l’action va conduire à la paix, ou si elle n’a aucune chance, etc.) mais bien d’observer que l’action est entreprise comme s’il n’y avait aucune chance par définition d’aboutir à la paix, quoi qu’il se passe. C’est pourquoi nous refusons le dénomination de “guerre” à cet événement, malgré son ampleur, le nombre de victimes, etc., parce que cet événement semble nier la fonction implicite de la guerre (“la poursuite de la politique par un autre moyen”, pour arriver à une situation nouvelle qui permettrait d’envisager de nouvelles solutions politiques). A ce stade et dans ces conditions, l’événement est violence pure, c’est-à-dire, effectivement, comme nous l’avons déjà désignée, une “opération de police” dont le but n’est que de rétablie l’ordre, ou d’imposer le rétablissement de l’ordre, éventuellement après l’avoir troublé elle-même.
Voilà pour la réalité. Il y a aussi quelque chose du côté de la fiction, c’est-à-dire notre description virtualiste des événements. Pour comble d’avanie, les Israéliens sont là aussi perdants.
S’il n’y a pas de stratégie, ou s’il n’y a de “stratégie” dans cette affaire que dans la volonté des Israéliens d’arriver à une paix à faire avec une population dont ils disent qu’elle est incapable elle-même d’arriver à la paix, il est vrai alors que nous nous trouvons devant l’archétype, – archétype pour des raisons passionnelles diverses tenant à cette querelle israélo-palestinienne, – du conflit de la “grande guerre contre la terreur” (GWOT en acronyme du Pentagone). Nous nous trouvons dans une situation proche par cet aspect de la situation à l’irakienne (attaque de l’Irak par les USA, pour imposer à l’Irak une démocratie dont la plupart des dirigeants US pensaient que les Arabes, – les Irakiens, – sont incapables de l’appliquer d’une façon acceptable), dans une situation où, pour vaincre le terrorisme mythique, on expédie la stratégie de la réalité au mythe. De cette façon et sans surprise excessive, les Israéliens prolongent la période neocon des USA, mais en l’enfermant dans l’exiguïté territoriale et dans l’impasse militaire démontrée de Gaza, – en la privant de l’ampleur utopique des plans néo-conservateurs (l’Iran, la Syrie, le Liban, le Soudan, etc., bref les sept guerres victorieuses prévues en 2001) qui eurent l’avantage de ne pas être confrontés dans leur totalité à la réalité.
Les Israéliens retardent non d’une guerre mais d’une époque; ils ne se sont pas aperçus qu’une crise systémique générale s’était déclarée le 15 septembre 2008. Nous nous trouvons dans la description virtualiste de la situation, héritée des huit années précédentes mais qui, elle aussi, progresse au rythme fou de la crise générale.
La réaction anti-israélienne, qu’on sent de plus en plus forte et profonde, paradoxalement chez ceux (les Anglo-Saxons) qui ont été les plus fidèles soutiens d’Israël depuis 2001 pour la phase actuelle, ressemble à une sorte de transfert psychologique. L’accusation de Cordesman pourrait s’exercer contre l’effort US en Irak et en Afghanistan; d’ailleurs, cela s’est vu et cela s’est lu chez lui. Mais, dans les conditions de tensions nouvelles (USA-Israël) qu’on est en train de découvrir, cette critique d’Israël prend une dimension révolutionnaire. Un transfert, effectivement, comme pour se débarrasser sur un autre de la fatigue du poids de tant d’erreurs qu’on commit soi-même. (Nous aurions là une des raisons supplémentaires de cette “alliance privilégiée” entre les USA et Israël, ou encore Israël comme bouc émissaire conceptuel des erreurs US, comme il est par ailleurs la base avancée du Pentagone et l’expérimentateur de ses bombes et de ses missiles.)
Dans de telles conditions, il est difficile de ne pas placer cette critique dans la même logique que celle qui conduit le secrétaire au Foreign Office Miliband à dénoncer la GWOT, comme nous l’avons vu hier. Les Britanniques, eux, ont senti qu’une sacrée crise éclatait le 15 septembre 2008, comme les Américains finalement. Il est temps de songer à se débarrasser de ses boulets encombrants que sont GWOT et tout le toutim ; le problème est, pour Israël, qu’il fait partie de ces boulets…
Source : dedefensa.org (15/01/09)
Titre original : “La crise nous révèle
et nous contraint”
Sans nul doute, au niveau du symbole et de la communication dont on sait l’importance dans l’élaboration de la politique aujourd’hui, l’intervention du secrétaire au Foreign Office britannique David Miliband a une réelle importance. On ne manquera pas, dans son aspect révisionniste de la politique générale occidentale suivie depuis 2001-2002, de la mettre en parallèle avec l’évolution constatée par ailleurs, ce même jour, dans les relations de l’UE avec l’Europe de l’Est activiste et anti-russe. Il s’agit d’une révision, ou plutôt d’une dynamique de répudiation générale des concepts qui ont guidé l’action de l’Occident depuis 2001.
On cite ici un article de Miliband ce 15 janvier dans le Guardian, et un article de commentaire (Julian Borger) ce même jour dans le même Guardian. Le quotidien britannique annonce un discours officiel de Miliband, aujourd’hui à Mumbai, dans un des hôtels visés par l’attaque terroriste, et ce discours sera sur le même thème: “la ‘guerre contre la terreur’ est (était) une erreur”. (Le “était” est peut-être nécessaire, dans la mesure où il suppose que cette “guerre contre la terreur”, ou GWOT pour Great War On the Terror selon l’acronyme US, est déjà fortement discréditée, sinon directement mis en question dans son principe conceptuel et sa philosophie.)
Extraits de l’article de commentaire du Guardian… (trad. J. Marlaud)
« Le secrétaire aux affaires étrangères, David Miliband, affirme aujourd’hui
que l’utilisation de la “guerre au terrorisme” comme un cri de ralliement
depuis les attaques du 11 septembre fut une erreur qui a causé plus de mal que
de bien. Dans un article du Guardian d’aujourd’hui (15/01/09), cinq
jours avant le départ du gouvernement Bush de la Maison Blanche, Miliband livre
une critique générale de la mission que ce dernier s’était donnée, estimant que
la guerre à la terreur était mal inspirée et que l’Occident ne pouvait balayer
sous le tapis les vraies menaces auxquelles il doit faire face.
Les responsables politiques britanniques ont peu à peu cessé d’utiliser la phrase “guerre au terrorisme” depuis 2006, mais c’est la première fois qu’elle se voit totalement invalidée dans le cadre des remarques les plus franches à propos de la stratégie US de contre-terrorisme jamais entendues dans la bouche d’un ministre britannique. Des remarques qui seront répétées aujourd’hui à Mumbai, dans l’un des hôtels qui fut la proie d’une attaque terroriste en novembre dernier. Selon le secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, “ non seulement le concept de guerre au terrorisme est erroné, mais il nous induit en erreur ” .
“Les historiens jugeront s’il a fait plus de mal que de bien” estime
Miliband, en ajoutant qu’il pense personnellement que toute cette stratégie fut
dangereusement contre-productive, incitant des groupes qui avaient des
objectifs divergents à faire cause commune contre l’Occident. “ Plus nous
amalgamons les groupements terroristes entre eux en traçant la ligne de front
comme un simple conflit binaire entre modérés et extrémistes, plus nous faisons
le jeu de ceux qui cherchent à unifier des groupes ayant très peu en commun ”
argue Miliband en se référant clairement à la rhétorique en usage pendant la
période Bush. “Il nous faut dénoncer la prétention de telles affirmations et
narrations au statut d’explication
générale et absolue et les montrer comme les mensonges qu’elles sont. ”
Le terrorisme, selon lui, est une tactique pour donner la mort, non une
institution ni une idéologie.
Il juge que “la guerre au terrorisme implique la croyance selon laquelle la bonne réplique à la menace terroriste est essentiellement militaire – pister et tuer un noyau dur d’extrémistes”. Mais il cite un chef de guerre étasunien, le général David Petraeus, estimant que la coalition occidentale “ne peut indéfiniment se voiler la face devant les problèmes d’insurrection et de guerre civile”. »
Qu’on ne s’y trompe pas une seconde… Ce n’est pas essentiellement le départ de Bush, avec une sorte de mouvement de libération qui ferait soudain dire ce qui fut contenu longtemps, qui s’exprime ici. (Et l’on pense à Millibrand autant que ce qui se passe à l’UE aujourd’hui. Les deux événements indiquent qu’il y a un mouvement diablement sérieux en cours.) Le départ de Bush est une opportunité, qui a l’avantage de se libérer de la tutelle d’une conception US, dans des milieux où la tutelle US est ce que l’on sait, – des fers pour le jugement courant et un abaissement constant du libre-arbitre politique. Le départ de Bush n’est pas plus qu’une opportunité. L’essentiel est la crise systémique qui secoue notre monde depuis le 15 septembre 2008, qui est une sorte de Grande Révolution que nous imposent les événements, qui nous conduit, qui nous force à un réalignement fondamental et très pressant de nos priorités.
À cet égard, le pragmatisme britannique fonce à très grande vitesse. Les Britanniques ont épousé emphatiquement le concept de GWOT* de 2002 à 2006, dans une mesure presque grotesque et obscène (merci, Tony Blair), en même temps qu’ils s’alignaient sur Bush d’une façon également grotesque et obscène (quelle vista, Tony Blair). Aujourd’hui, sans la moindre gêne ni s’embarrasser du poids inutile d’un scrupule, ils mettent à l’index ce concept d’une façon radicale, presque méprisante, du type “mais comment des gens (dont nous-mêmes, mais bah…) ont-ils pu épouser ce grotesque concept?”. Mais bah (bis), les Britanniques sont les Britanniques et ce qui est objectivement une excellente chose doit être pris pour du comptant, sans faire la fine bouche.
Sur le fond de la chose, que dire sinon agiter l’évidence… Comment cette civilisation si éclairée, si puissante, si sûre d’elle et de son intelligence, – la civilisation occidentale et anglo-saxonne en particulier, – a-t-elle pu danser pompeusement au son d’un argument si grotesque et obscène (les qualificatifs se répètent) d’une lutte politique et militaire concrète contre “une tactique”, contre un fait conceptuel objectif de la politique du monde? «Terrorism is a deadly tactic, not an institution or an ideology», dit Millibrand, dans un vaste mouvement de réinvention de la roue.
Quoi qu’il en soit, la chose est enfin dite, et GWOT* ridiculisée pour ce qu’elle est. GWOT* est un slogan utopique et subversif de la pensée, un “concept” accouché par une pathologie de la psychologie, construit dans un univers virtualiste imposé par une communication utilisée sans vergogne pour subvertir toute une pensée politique de la civilisation occidentale, un avatar d’une conception utopique quand l’utopie devient effectivement une pathologie.
…“La chose est enfin dite” et elle l’est par une autorité officielle d’un grand pays, qui plus est l’adepte longtemps le plus zélé de GWOT*, à la fois pour complaire aux USA et pour répondre à l’excès sentimental et exalté que la psychologie britannique peut parfois épouser quand l’ivresse envahit son esprit (d’accord, Tony Blair?). (Surtout, cela, quand l’illusion rencontre certains rêves d’un rétablissement d’un empire anglo-saxon où les Britanniques ont été jusqu’à voir la résurrection de leur Empire d’avant; où va se nicher l’exaltation fiévreux de leur psychologie, curieux revers antagoniste du pragmatisme britannique si souvent célébré?) …“La chose est enfin dite” et elle va entraîner des conséquences importantes, concourant à un réalignement des pays occidentaux, d’une époque dépassée (GWOT*) à l’époque nouvelle (la crise systémique). Cela vaut quelques remarques.
• Bien sûr, la chronologie est respectée. Dans 5 jours, Bush s’en va, Obama arrive. Le message à Obama est clair: finie la folie 2001-2008, passons aux choses sérieuses (la crise systémique générale). Il est possible, sinon probable, qu’Obama entende loud and clear ce message, d’autant que l’hypothèse selon laquelle il serait secrètement assez proche de cette analyse (à mesure de son intérêt presque exclusif pour la lutte contre la crise) est assez acceptable.
• L’Afghanistan dans tout cela? Cette guerre-là ne fait-elle pas partie du concept de GWOT* dans sa façon d’être menée? N’est-elle pas l’archétype de l’excès extravagant et destructeur de l’emploi de la force militaire dans le cas du terrorisme? N’est-il pas tant de chercher sérieusement une façon de s’en débarrasser? Toutes ces questions vont faire leur chemin, et l’on ne serait pas étonné qu’elles soient dans l’esprit du gouvernement britannique, – avec des réponses déjà formulées, car les Britanniques sont las de l’Afghanistan depuis un certain temps…
• Certains pays devraient voir leur position renforcée. C’est le cas de la Russie, en corrélation avec le mouvement européen à son égard. La Russie est favorable à la lutte contre le terrorisme mais elle n’a jamais été adepte du concept de GWOT* et de l’emploi systématique de la force militaire. Pour elle, l’abandon de GWOT*, c’est surtout un début de répudiation des ambitions militaristes des Anglo-Saxons. La France est l’autre pays concerné. Elle n’a jamais été adepte du concept de GWOT* ni de la lutte contre le terrorisme par des moyens militaires. Pourtant, elle s’engage dans le conflit en Afghanistan, dont on a vu qu’il peut être classé sous la rubrique GWOT*. Il serait temps que les Français, Sarkozy en premier, se mettent à réfléchir un peu plus loin que le bout des slogans simplistes et sarkozystes en l’occurrence, qui sont pour ce cas en complète contradiction avec la mesure et la sagesse françaises habituelles. Sinon, la France perd une occasion de compléter sa position particulièrement novatrice et avantageuse dans la lutte contre la crise systémique générale qui est désormais l’ordre du jour.
Quoi qu’il soit, voilà un acte important dans un tournant fondamental auquel les événements (la crise) nous forcent. Contrainte et forcée par les formidables événements depuis l’automne 2008, l’Occident poursuit son réarrangement qui fait des huit années précédentes, rétrospectivement, une période d’aveuglement et de gâchis sans guère de précédent. Il y a en ce moment un grand mouvement modifiant radicalement les grands axes de la politique mondiale. C’est beaucoup moins le produit de notre sagesse (!) que celui de notre faiblesse, une vertu dans ce cas, de notre incapacité bienheureuse à résister à la pression des événements qui nous secouent jusqu’au tréfonds depuis 5 mois. Le petit homme est convié à devenir sérieux et responsable. Il va s’exécuter parce qu’il n’a pas le choix.
* GWOT = Great
War On Terror
Bilan comptable : un
passif de 59 300 milliards de $
Source : Counterpunch 12/01/09
Traduction : Jacques Marlaud
D’après
le bureau des statistiques du travail,
l’emploi non agricole a perdu 3 445 000 postes de décembre
2007 à décembre
2008. La montée du chômage affecte tous les secteurs. La
construction a perdu
520 000 emplois, la production industrielle 806 000, les
transports et services 1 495 000 (dont 1 120 000 pour le
commerce de détail). Le secteur financier a perdu 145 000
emplois, les services économiques et professionnels,
713 000 et le gouvernement lui-même a vu ses effectifs
décroître de 188 000
postes. Seul le secteur de la santé et de l’assistance
sociale a pu créer
quelques emplois pendant cette période.
De nombreux analystes estiment que la poussée du
chômage sera aussi importante ou encore plus grande en 2009.
En outre les pertes d’emploi sont probablement
inférieures à la réalité d’après le statisticien John Williams (shadowstats.com)
qui affirme que les évaluations officielles sous-estiment les pertes réelles de
1 150 000 postes. Selon lui, le taux de chômage actuel évalué comme cela se
faisait en 1980, avant l’adoption des nouvelles méthodes de calcul destinées à
minimiser les résultats, frappe 17,5% de la population active.
Oui, notre gouvernement nous trompe en manipulant
les statistiques économiques, de la
même manière qu’il nous trompe à propos des « terroristes », des
« armes de destruction massive », de notre « contribution à la
liberté et à la démocratie au Moyen-Orient » et du conflit israélo-palestinien.
Un honnête homme aurait bien du mal à trouver une
déclaration fiable dans tout ce qu’affirme le gouvernement des États-Unis.
L’effondrement du marché de l’emploi signifie que
les temps seront encore plus durs pour les étudiants sortis de nos universités
l’an dernier et sortant cette année. La délocalisation des postes professionnels et
l’utilisation généralisée par les multinationales étasuniennes des directives H1B, L1 et autres programmes
de visas pour travailleurs étrangers ont privé beaucoup de nos concitoyens
diplômés de leurs espoirs de carrière professionnelle.
Récemment, le patron de Microsoft, Bill Gates,
demandait au Congrès d’accorder encore plus de permis de travail aux étrangers
car, selon lui, malgré un taux de chômage de 17,5%, nous avons une pénurie de
travailleurs aux États-Unis. Alors que je connais personnellement des
ingénieurs en informatique, nouvellement diplômés ou ayant une longue
expérience, qui ne trouvent pas d’emploi.
Ce que veulent M. Gates et les multinationales c’est
du travail à bon marché, des serviteurs sous contrat, non protégés, qui
n’exigent pas de niveau de vie comparable à celui des étasuniens et qui n’ont
pas d’emprunts étudiants à rembourser. Si le Congrès augmente les visas de
travail alors que le chômage est en progression, nous tenons la preuve que
« nos » représentants n’ont aucune sympathie pour leurs concitoyens.
Où étaient nos dirigeants lorsque notre économie
s’effondrait ? Ils étaient en train de nous abreuver de mensonges au nom
des intérêts particuliers auxquels Washington transférait l’argent des
contribuables. Nos dirigeants ont fabriqué des guerres qui ont mis des
milliards de dollars dans les poches aussi peu respectables que celles
d’Halliburton, la firme du hors-la-loi Dick Cheney, et dans celles de
Blackwater, le fournisseur des mercenaires surpayés du régime Bush pour épauler
ses forces militaires en Irak. D’autres milliards ont été recyclés dans les
fonds de campagne pour la réélection de « nos » représentants.
Nos dirigeants étaient trop occupés à faire des
voyages en Israël pour réaffirmer leur soutien à la spoliation permanent de la
Palestine et aux guerres qui permettent
cette spoliation.
Nos dirigeants étaient trop occupés à servir des
intérêts financiers en éliminant toutes les barrières restreignant l’appétit de
ceux qui se construisent des fortunes en exploitant le surendettement. Le niveau extraordinaire
de surendettement et d’instruments financiers frauduleux apportait des
compensations exceptionnelles aux dirigeants de fonds spéculatifs et aux
banques d’investissements, et lorsque les hypothèques spéculatives ont explosé,
les banksters ont décrété que nous étions en crise, poussant le Congrès à
réagir en arrachant trois mille milliards de dollars supplémentaires aux
contribuables étasuniens.
Mais le pire est à venir. L’endettement des cartes
de crédit, les emprunts pour l’achat d’une automobile et les hypothèques
immobilières ont également été titrisés. Qui peut encore croire que cet énorme
amoncellement de dettes ne profite pas à ceux qui l’ont encouragé ? Chaque
« crise » qui se présente signifie encore plus de dédommagements
compensatoires pour les escrocs qui ont ruiné l’économie étasunienne.
Il n’est pas invraisemblable que vers la fin de cette année, le taux
de chômage, évalué par des statistiques honnêtes, atteigne les sommets de la
Grande Dépression.
Pourtant, peu sont ceux qui
pensent à Washington qu’il y a des raisons
de s’inquiéter. Obama déclare que la situation est
« sérieuse », non
parce qu’il le pense, mais pour obtenir une autre enveloppe de
« stimulants » sur l’ardoise des
contribuables. Les stimulants feront
l’affaire d’après les économistes, et en
outre, la Réserve Fédérale a avancé
2000 milliards de prêts sans préciser à qui cet
argent a été prêté.

Les économistes pensent que cet accroissement massif de nouvelles
dettes redressera l’économie et remettra les gens au travail. Ils pensent que
la solution à un problème d’endettement excessif est de faire encore plus de
dettes.
Le déficit
budgétaire pour l’exercice fiscal 2009 sera au moins de
2000
milliards de dollars, soit cinq fois plus élevé que pour
2008. Comment le Trésor
public peut-il financer un déficit aussi
énorme ?
Il y a trois sources de financement. Il est probable que la plupart des
gens évitent les actions, les comptes en banque et les fonds d’investissement
pour leur préférer les obligations émises par le Trésor public. Mais ceci ne
peut se faire sans « illusion de l’argent » de la part du peuple. Les
gens devront croire que les investissements peuvent être imprimés et que
l’impression de tant de nouveaux bonds du Trésor ne diluera pas la valeur des bons
existants ni ne réduira les possibilités de récupérer son capital. Il faudra
leur faire croire que les bons seront remboursés avec de l’argent honnête, pas
en faisant fonctionner la planche à billet.
Une seconde source de financement pourrait provenir de nos créditeurs
étrangers. Jusqu’à présent ceux-ci ont payé l’addition de notre endettement
toujours plus important, et ils détiennent des quantités très importantes de
crédits étasuniens et autres titres en dollars. Il est donc probable que
l’augmentation de 2000 milliards de dollars de déficit budgétaire attendue
cette année les fasse reculer. Le plus probable est qu’ils réagissent en
commençant à vendre les titres qu’ils
détiennent.
Qui les achètera ? La
seule façon pour le Trésor de rembourser les
bons qui viennent à échéance chaque année
est de vendre de nouveaux bons.
Le Trésor public doit non seulement trouver des acheteurs
pour les 2000
milliards de $ d’emprunts contractés cette année,
mais il doit aussi trouver
des acheteurs pour les bons destinés à rembourser les
émissions plus anciennes
venant à échéance.
Si les étrangers cessent d’acheter et, au contraire, se mettent à
vendre les investissements qu’ils détiennent – la Chine à elle seule possède
500 milliards de $ en bons du Trésor étasuniens – un déluge s’abattra sur un
marché déjà inondé.
Une troisième source de financement réside dans la capacité de la
Réserve fédérale à monétiser la dette. Autrement dit, le Trésor imprime des
bons et la Fed les achète en imprimant de la monnaie. L’offre d’argent
s’accroît alors dramatiquement par rapport à celle des biens et services, et un
taux d’inflation élevé, voire une hyperinflation, engloutira les États-Unis.
Si le dollar tenait encore, il s’effondrerait alors soudainement et la
population des États-Unis, qui dépend des importations pour ses transports, ses
vêtements et ses produits manufacturés, ne pourra plus s'offrir ces
importations.
Un scénario
effrayant ? Exagéré ? Peut-être,
mais peut-être
que non.
Les États-Unis ont passé 7 ans à faire des guerres inutiles qui n’ont
profité qu’au complexe militaro-industriel et aux agressions d’Israël contre
les Palestiniens et contre le Liban. D’après d’éminents experts l’endettement
direct et indirect résultant des guerres de Bush s’élève à 3 000 milliards de
$.
Le coût des guerres du
régime Bush ajouté au déficit transmis à
Obama
équivaut à la moitié de l’endettement
national.
Il y a quelques années, le contrôleur général des Etats-Unis, David
Walker, informa le Congrès et la Maison Blanche que l’accumulation de l’endettement
public dépassait la capacité de remboursement du gouvernement étasunien. Cela
n’empêcha pas « nos » dirigeants d’ignorer le contrôleur général et
de grever le budget d’autres milliers de milliards de dettes. Résultat :
les États-Unis sont en faillite dès à présent. D’après les principes comptables
généralement admis, les comptes du gouvernement fédéral sont dans le rouge de
59 300 milliards de $.
Qui va prêter de
l’argent à un gouvernement en faillite dirigé par
des
escrocs financiers, le complexe militaro-industriel et le lobby
israélien ? Combien de temps le monde va-t-il financer
l’agression
étasunienne qui perturbe les prix des
ressources énergétiques, tient le monde en haleine et fait des créditeurs des États-Unis des complices de leurs crimes de guerre ?
* Paul Craig Roberts fut le secrétaire adjoint du Trésor sous le gouvernement Reagan. Il est le co-auteur de La tyrannie des bonnes intentions. On peut lui écrire à : PaulCraigRoberts@yahoo.com

Avant
sa prise de fonction du 20 janvier, Obama
affrontera une crise intérieure (la faillite généralisée, dans le
sillage de Madoff, des fonds de pension américains) et extérieure (l’embrasement
du Proche-Orient et la situation de plus en plus hors contrôle du Pakistan et
de l’Inde). Comment s’en sortira-t il ? Quelle politique le messie
« métis » développera-t-il ?
Nous
ne reviendrons pas ici sur l’obomania
française et sa lecture partisane et ethnique de l’élection présidentielle
américaine (augurant par ricochets que, qui voudra demain faire de la politique
en France, aurait intérêt à être basané !) mais elle est un obstacle à
toute prévision rationnelle. Car enfin que s’est-il réellement passé le 4
novembre 2008 ?
La
réduction scandaleuse de l’analyse électorale française des élections
américaines, sous le seul angle de la diversité, a empêché de voir
l’élémentaire. Loin d’être le candidat du renouveau ou du rassemblement, Obama
est le Président américain élu qui, à notre avis, dès le début de son mandat,
part enchaîné, pieds et poings liés. Car à qui doit-il son score plus qu’honorable ?
À
trois composantes de son électorat : les Démocrates, c’est-à-dire dans son
parti, aux Clintoniens qui sur le tard mais à fond, ont décidé de le
soutenir ; les Républicains qui, plus nombreux qu’on ne le croit, à
l’image de Colin Powell ont voté pour un candidat noir, signe de renouveau et
de jeunesse, à la fois contre Bush et contre la campagne désastreuse du vétéran
McCain ; et enfin, aux Hispaniques. Soyons, en effet, sérieux : sans
l’apport important de ces trois électorats (les Clintoniens, les Républicains
dissidents, les Hispaniques), Obama ne serait pas aujourd’hui à La Maison
Blanche. C’est logiquement à ses trois
électorats qu’il a et aura des comptes à rendre.
Nous
n’avons jamais pris Obama pour un homme de paille. Il vient tout simplement de
l’aile gauche minoritaire du parti Démocrate. Il était à Chicago, son fief
électoral, le candidat des quartiers et des minorités. Brillant et avec un
évident charisme oratoire, il n’aurait normalement jamais dû passer les
Primaires mais les nombreuses dissensions internes du parti Démocrate - aussi
déchiré en somme que le Parti Socialiste français - en ont décidé autrement.
Une fois passé les Primaires, seul le soutien du camp fort d’Hillary Clinton,
des caciques du parti pouvait lui permettre d’envisager l’impossible
c’est-à-dire de gagner les élections comme premier candidat
« noir » des Etats-Unis. Après une certaine hésitation, le camp
d’Hillary Clinton décida de le soutenir à fond, financièrement et
logistiquement, et dès lors, Barrack Obama savait qu’une fois élu, il serait
nécessairement redevable à l’aile droite et majoritaire du parti. Il nomma comme Vice-président un vieux
cacique du parti en la personne de Joe Bidden pour rassurer son aile centriste
et Hillary Clinton fut chaleureusement remerciée, en novembre, par sa nomination
au poste de Secrétaire d’État de son prochain gouvernement.
Les
Républicains quant à eux, ont très vite senti, dès janvier 2008, que la
campagne serait difficile et que le vent allait tourner. Mais là encore, les
Républicains ne sont pas uniformes. Aux élections 2008, ils se présentèrent
plus divisés que jamais. Souvenons-nous : aux Primaires républicaines, la
liste de leurs présidentiables ne cessait de s’allonger, au fur et à mesure des
consultations : Mike Huckabee, Duncan Hunter, John McCain, Ron Paul, Mitt
Romney, Fred Thompson, Rudolph Giulianni... Si les tours des primaires servent
normalement à éliminer les candidats les plus faibles, ils n’eurent pas, cette
année là, l’effet escompté ! Le Grand
Old Party, devenu totalement hétéroclite, ne savait à quel saint se
vouer ! Rappelons que ce fut la victoire de Ronald Reagan (1981-1989) qui
avait redonné sa dignité à un parti dont l’image avait été ternie par la
défaite vietnamienne et l’affaire du Watergate. L’ancien acteur l’avait emporté
en créant une triple alliance qui rassemblait des
« néo-conservateurs » soucieux de défendre le rang des États-Unis sur
la scène internationale, les « théo-conservateurs » préoccupés par
les questions morales et les « pro-business » ou
« anti-taxes », partisans d’une politique économique ultra-libérale.
En 2008, aucun candidat républicain n’était capable de réunir ces différentes
composantes. John McCain avait les faveurs des patriotes mais il s’était
prononcé contre les baisses d’impôts de Georges Bush et avait même proposé une
amnistie pour les millions d’immigrés clandestins. Ennemi juré de G.W. Bush qui
avait tout fait pour le déstabiliser aux Primaires de 2004, il était considéré
non seulement comme trop âgé mais comme laxiste par les néo-conservateurs et ne
dut sa sélection qu’au vote des Indépendants. Dès le début, il était donc peu
vraisemblable de le voir élu par le parti Républicain en sa totalité. McCain
avait, dès sa désignation de candidat officiel du Parti, des boulets aux
chevilles. C’était le candidat type qu’on appellerait « par défaut »
(comme Ségolène Royal le fut pour le Parti Socialiste lors des élections
présidentielles françaises de 2007). Aujourd’hui, la victoire de Barack Obama
plonge le Old Party dans une vraie
crise. Incapable de définir une stratégie pour « l’après Bush », il
est comme dépecé. C’est un parti laminé par le « désastre »
Bush, partagé et clivé entre conservateurs, libéraux et religieux, sans réel
chef capable de rassembler toutes ses tendances et ses visions. Une question se
pose d’ailleurs : comment le Parti conciliera-t-il, à l’avenir, les
attentes de ses trois tendances en un seul homme (McCain, par sa défaite, sa
campagne maladroite et son âge ne pouvant plus envisager de diriger le
Parti) ?
Dans
un tel contexte de crise interne, quelques « bushiens » malins,
pressentirent, très tôt la défaite. Il importa très vite, pour eux, de rester
au pouvoir d’une manière ou d’une autre, quitte à se retrouver aux côtés d’un
Démocrate. Persuadés que sans le soutien indirect de certains Républicains,
Obama ne pourrait jamais être élu parce que lui ferait toujours défaut une
partie du vote blanc, on peut considérer, sans trop se risquer qu’au printemps
2008, fut décidé une allégeance d’une certaine partie des Républicains (les
néo-conservateurs les plus soft) à
Obama afin de pouvoir conserver une marge de manœuvre sur les événements, en
particulier internationaux. Pour tous les observateurs de la
« chose » américaine, Robert Gates, Secrétaire d’Etat à la Défense de
G.W. Bush était assuré, dès juillet 2008, de conserver son poste, ce qui fut
bien entendu confirmé après l’élection d’Obama en novembre ! Les 43% de
« blancs » qui votèrent Obama ne pouvaient être tous d’anciens
démocrates fidèles ! (Rappelons que McCaïn totalisa 55% du vote
« blanc », ce qui signifie aussi que des « noirs » votent
républicains – une lecture purement ethnique des élections américaines ne peut, bien sûr,
jamais en esquisser les raisons !).
On
perçoit d’emblée le paradoxe : Hillary Clinton, une Démocrate pur jus aux
Affaires Etrangères et Robert Gates, un faucon Républicain à la Défense ?
Or, pris dans l’euphorie du vote ethnique, très peu de commentateurs ont relevé
le défi de cette double nomination, apparemment contradictoire, sauf pour
tomber dans le « panneau » féminisant d’un ticket
« pacifiste » aux Affaires étrangères ou d’une « ouverture » à la Sarkozy. En
réalité, il n’en est rien et même on pourrait presque dire que s’il y a un
garde fou anti-belliciste à la Maison Blanche, il serait cette fois-ci plutôt
du côté du Pentagone que du Secrétariat d’État ! Expliquons-nous.
Il
est facile de se moquer aujourd’hui de Georges W. Bush, par des formules à
l’emporte pièces, du style « le plus mauvais président des États-Unis » mais peut-on vraiment réduire huit ans de politique
américaine à des formules à l‘emporte-pièces ? Georges W. Bush n’a-t-il
pas fait ce qu’il pouvait, n’a-t-il pas défendu jusqu’au bout la puissance
américaine, ce qui est son premier devoir en tant que président américain (les
Présidents français, eux, ont renoncé depuis près de vingt ans, à parler de
« puissance » française !) ? Dans une interview télévisée,
il résumait récemment son passage à la Maison Blanche par une de ses formules
simplistes dont il a le secret : « Events, Boys, Events ». La formule a pour nous le mérite de
bien classer les mandats de Bush en trois périodes :
-avant
le 11 septembre 2001,
-
du 11 septembre 2001 à novembre 2006, date où les élections donnèrent la
majorité au Congrès.
-
puis de novembre 2006 à novembre 2008.
Elle
classifie, en effet, sommairement trois périodes qui correspondent à trois influences
divergentes de la politique internationale américaine que nous désignerons,
pour notre part, par trois mots : « Réalisme, Néo-cons, Réalisme ». En effet, avant 2001, c’est
une politique réaliste classique d’un mackinderisme soft (celui de Brzezinski)
qui est développé en politique étrangère. Le 11 septembre 2001, avec toutes ses
interrogations légitimes, amène le « coup d’État » administratif des
nouveaux conservateurs, des théories de Huntington et du soutien inconditionnel
aux exigences israéliennes qui, après le bourbier irakien, seront, peu à peu,
mises au rancart pour ramener, dans le giron du pouvoir, une politique plus
modérée (par exemple de négociation avec l’Iran) de type réaliste (la troisième
et dernière période).
Robert Gates, ami personnel de Georges Bush
père et fidèle de Brzezinski, a représenté ce dernier courant de la politique
étrangère américaine. Autrement dit, sur les problèmes actuels, il ne
représente pas à notre avis une ligne dure mais plutôt modérée, il est, plutôt
partisan, par exemple, d’une négociation avec l’Iran et enfin, il n’a jamais
été, contrairement à Hillary Clinton, pour un alignement complet de la politique
américaine sur Israël. Brzezinski a toujours manifesté sur ce point des
réserves, critiquant même ouvertement l’American
Israël Public Affairs Commitee (l’AIPAC), principal lobby pro-israélien. Aux États-Unis, les convictions personnelles du Président (Bush, protestant
méthodiste « born again »,
prêt à se convertir au catholicisme) doivent d’abord se ranger sur le staff bureaucratique installé au
pouvoir. Après l’échec des néo-conservateurs, Bush est revenu en fin de mandat
à des positions plus souples que celle de la « nouvelle Jérusalem »
terrestre à construire. Sa perception des conflits internationaux se voulait plus
multilatéraliste et le Secrétaire à la Défense américain, Robert Gates
représente, selon nous, cette aile modérée de l’hyperpuissance américaine.
Certes,
Gates n’est pas un tendre. C’est même un personnage réellement sulfureux ,
impliqué dans l’affaire de l’Iran-Contra,
un pur produit de la CIA dont il est l’un des seuls, d’ailleurs, à avoir
gravi tous les échelons internes. Il est le spécialiste des manipulations en
tous genres, réel initiateur du piège afghan dans lequel se perdit l’U.R.S.S
mais en même temps, il n’est pas obsédé par Israël. Diplômé de russe, qu’il
parle couramment, ce ne sont pas les civilisations qui l’obsèdent mais bien la
Russie. Poutine l’a très bien compris : Gates, à la Défense, c’est en
somme presque le retour à la Guerre froide, disons à cette constante
géostratégique américaine de contention de la Russie, seul garant de
l’hégémonie américaine. Disciple de Mackinder et de Spykman, la clef de la
puissance américaine réside, pour Robert Gates, dans le contrôle du Heartland et du Rimland qui passe par celui de la mer Noire et de la Mer Caspienne,
de l’Iran et de l’Afghanistan, bref le contrôle total de l’Eurasie. Nonobstant,
on négocie avec la Russie, on ne soutient pas forcément sans conditions la
politique israélienne, on définit une politique arabe, etc.…
Ce
n’est sas doute pas le cas d’Hillary Clinton et de tous ses conseillers. Pour
eux, la guerre contre l’Iran est toujours sur la table parce que la priorité est de laisser Israël contrôler de
manière exclusive tout le Proche-Orient, de ne permettre à aucune puissance
régionale (Syrie, Iran) d’émerger. Pour les clintoniens que l’on retrouve
autour d’Obama (Madeleine Albright, Warren Christopher, tous anciens
secrétaires d’État de Bill Clinton), il n’y a pas de partage possible du
Moyen-Orient. Le Heartland et la Mer
Noire doivent être totalement sous contrôle américain, même au prix
d’interventions militaires fortes et unilatérales. En ce sens, on pourrait
presque dire que l’équipe de Hillary Clinton représenterait l’aile dure de la
tendance Brzezinski tandis que l’équipe
Gates représenterait, toutes proportions gardées, son aile soft, peut-être d’ailleurs la plus proche des réelles positions du
« maître ».
Lors,
on pressent les tensions à venir entre le Secrétariat d’État et le Pentagone.
Gates s’y est préparé. Il a, au printemps dernier, opéré un véritable coup
d’État administratif à la CIA et une purge au Ministère de la Défense,
anticipant sa reconduction certaine au poste, marchandée de toutes façons en
coulisses, comme nous l’avons dit plus haut. Tous les postes clefs de la
Défense et du Renseignement sont maintenant sous le contrôle direct de Robert
Gates. La mise à l’écart de l’équipe Cheney/ Bush, l’installation clandestine
de la nouvelle équipe Gates était déjà effectuée en juin 2008 et Hillary
Clinton ne pourra rien faire sans l’aval total du Pentagone. En même temps, il
est vrai qu’elle est assurée par là - si besoin est ! - d’une
collaboration entière des services de renseignement de Gates, véritable chef de
la CIA et spécialiste des manipulations et désinformations à vaste échelle (Al- Quaïda et Ben Laden, c’est lui !).
Soyons
clairs : il ne faut pas exagérer les dissensions réelles entre les deux
équipes (même si le futur Vice-président, Joe Bidden, rappelons-le, fut l’un
des trois sénateurs, qui s’abstint de voter la confirmation de Robert Gates à
la Défense, le 6 décembre 2006). Parmi les conseillers et amis de Gates, on
retrouve des démocrates comme John Hamre et William Perry, Ministre de la
Défense de Clinton, lors de la guerre de Yougoslavie. Mais si de nombreuses
passerelles existent entre les deux camps, les dissensions demeurent
forcément en raison de la configuration polarisée de la politique américaine.
On pourrait peut-être caractériser sommairement ces dissensions de la manière
suivante : pour l’équipe Gates, l’objectif numéro un reste la Russie, avec
la mise sous tutelle de l’Europe de l’Est et son encerclement par l’Afghanistan
alors que l’équipe Clinton serait plus obsédée par la défense de l’État Hébreu
et la contention de l’Islam. Gates soutient la fermeture de Guantanamo, un
retrait gradué mais réel en Irak et un
redéploiement total vers l’Afghanistan, une négociation de contrôle de la Mer
Caspienne avec l’Iran ; Hillary Clinton serait vis-à-vis de l’Iran plus
intransigeante et ferait d’Israël et de
la Turquie une tête de pont américaine pour toute l’Eurasie. De toute façon
pour des raisons de politique partisane propres aux États-Unis (la division
Démocrate-Républicain), les oppositions existent.
Dès
les premiers jours qui ont suivi l’élection d’Obama, on a vu, dans les médias,
le nouveau président élu se réunir avec un « conseil de
renseignement », le fameux « Comité
des Directeurs » de tous les services de renseignement américain. Tous
les membres du « Comité »
ont été choisis, nommés par Robert Gates depuis début 2008. Ce conseil, c’est
donc l’équipe Gates au complet, un véritable gouvernement de fait. Dans les
jours d’après, on vit les « clintoniens » (Warren Christopher,
Madeleine Albright, Anthony Lake) riposter et faire pression en coulisses sur
Obama pour réclamer leur part du gâteau et tenter d’influer directement ses
« conseillers ». Fort du soutien sans défaillance des clintoniens à
son élection, Obama dut céder et nommer Hillary Clinton et toute son équipe au
Secrétariat d’État pour contrebalancer le poids de Gates dans sa politique
étrangère. Il se forma alors un autre gouvernement bis, celui du « Groupe de Travail sur la Sécurité
Nationale ». Madeleine Albright était présente à la réunion du G20. Il y a donc bien des rivalités
internes et Obama sera de toute façon coincé entre les deux.
La
question se pose alors de savoir si l’on peut réellement appliquer sa vision
internationale, ses propres idées dans un tel contexte. Obama sera-t-il vraiment
libre ? L’équivoque Obama n’est-il pas pris entre deux feux, concurrents
certes mais bellicistes tous les deux ? La politique étrangère d’Obama
dans ses intentions affichées publiquement et la réalité des couloirs ne
sera-t-elle pas à proprement parler schizophrène et du coup, menaçante et
dangereuse pour le monde ? Telles sont nos interrogations et nos doutes.
Or,
le Proche-Orient sera forcément l’enjeu numéro un de la politique
internationale à venir. Israël le sait bien qui, avant même l’investiture du
nouveau président des États-Unis, met cartes sur table par son intervention
disproportionnée à Gaza (l’Iran était sans doute, à l’heure actuelle, encore
trop risqué !). Le jeu d’échecs qui se déroule au Proche-Orient avait été
gelé par la campagne électorale américaine. Croyant en l’a priori que
l’avantage est toujours pour celui qui attaque en premier, Israël a décidé
d’avancer le premier pion pour faire évoluer la partie, après son revers au
Liban. Elle sait que les USA suivront nécessairement. Rappelons qu’Israël sera
en élections générales en février et l’Iran en mars. Il importe pour Israël de
précipiter les choses dès maintenant, de bouleverser toute la donne du problème
proche-oriental. Israël, pour l’instant, bénéficie d’un rapport de forces qui
lui est favorable. On aura noté au passage qu’Israël se sera replié sur
l’Europe de Sarkozy et de Kouchner, pour envisager une médiation éventuelle
avec les Palestiniens plutôt que sur l’administration américaine. Elle sait
qu’ici, elle peut compter sur des amis loyaux, Sarkozy ferait plus facilement
–on s’en doute ! - ce que les Américains rechigneraient à faire ! De
plus, Israël n’était pas jusqu’alors, parmi les trois priorités internationales
d’Obama. Ces trois priorités restent avant tout :
1°)
Le retrait d’Irak et le redéploiement en Afghanistan avec en marge, le problème
pakistanais.
2°)
L’Iran (la question de sa nucléarisation civile et sa dénucléarisation
militaire).
3°) Les relations avec la Russie (dans le
Caucase et en Amérique du Sud).
En
attaquant Gaza, Israël se rappelle au
bon souvenir des États-Unis et à leurs vieilles promesses de soutien
inconditionnel. Que ce soit Israël, l’Europe ou la Ligue Arabe divisée, chacun
attend d’une certaine manière la réaction d’Obama, ce qui laisse, dans les
faits, à Israël, un mois devant elle pour maîtriser ou affaiblir le Hamas.
Mais
que ce soit autour de Robert Gates ou d’Hillary Clinton, tous des disciples
directs de Brzezinski, il va s’agir pour l’Amérique de saisir sa Seconde Chance (titre du dernier
opuscule de Brzezinsky) puisque la
victoire d’Obama, c’est sans doute avant tout celle de Brzezinski, assuré par
la Défense et les Affaires étrangères d’avoir partout des hommes fidèles à ses
idées. Seuls les moyens et la manière divergeront peut-être mais l’objectif
reste le même et est prioritaire : renouveler l’hégémonie globale
américaine pour un siècle. Chacun ira jusqu’au bout : la seconde chance
avant le déclin risque pourtant, pour eux, d’être, selon nous, la
dernière !
Il
faut noter enfin qu’à côté de Brzezinski, l’autre éminence grise d’Obama se
trouve Joseph Nye, père du néo-libéralisme qui fut le principal conseiller
autrefois du démocrate John Kerry en 2004. Nye assure sans doute le lien entre
les deux groupes. Il est ami de Robert Gates et d’Hillary Clinton mais aussi le
« théoricien » d’une nouvelle pratique de l’hégémonie qu’il appelle
lui-même le smart power. Or, Obama
n’est-il pas physiquement le candidat smart
idéal, à l’heure où tous les magazines de mode ne recrutent pratiquement que des
modèles métis ? En somme, la division entre le Département d’État et le
Pentagone ne serait pas seulement de circonstances mais la mise en place
presque idéale de ce smart power qui
saura alterner la carotte et le bâton,
l’offensive et la séduction dans la politique internationale.
Reste,
cependant, la troisième tenaille d’Obama : le vote hispanique, sa marge de
manœuvre à l’intérieur du pays. 67 % d’Hispanos américains ont voté Obama, lors
du dernier scrutin américain. Pour la première fois, les Hispaniques ont voté
en quelque sorte démocrate ! C’est sans doute l’un des grands échecs de
McCain et du camp républicain : avoir perdu l’électorat hispano (les
Cubains, seuls, seraient dans leur grande majorité, restés fidèles à G.W Bush,
à cause des mesures de renforcement de l’embargo sur l’île qu’il avait prises)
puisqu’on sait qu’en sociologie électorale, il est toujours difficile de
reconquérir un électorat qui a basculé dans l’autre camp. Rappelons que les
Hispaniques représentent aux États-Unis, 9 millions d’électeurs, que le chiffre
est croissant et que près de 45 millions de Latinos y vivent.
Pourquoi
les Hispanos américains ont-ils voté démocrate ? Les raisons sont
diverses : la « catastrophe » G.W.Bush bien sûr, la crise des subprimes qui a touché, en priorité,
cette communauté surendettée dans l’achat de biens immobiliers, la guerre en
Irak où les soldats américains ne sont plus en majorité noirs mais latinos… A cela s’est ajouté le
durcissement des lois migratoires et les campagnes maladroites de répression
aux frontières, en été 2008, le long du mur « mexicain. Obama devra donc
tenir ses promesses : il assouplira les lois migratoires, il régularisera
en masse les sans-papiers latinos, il gèlera la construction du mur… Mais, les latinos réclament plus : un
recensement ethnique en 2010, une sécurité médicale pour les immigrants,
particulièrement le long de la frontière mexicaine, une augmentation des quotas
d’hispaniques dans les administrations américaines, la scolarisation de tous
les enfants latinos dans les États
qui bordent la frontière mexicaine et surtout : plus de guerre extérieure.
Pieds et poings liés au niveau de la politique internationale, Obama sera-t-il
finalement le Président des Latinos ?
On sent bien en effet que ce sera pour
lui, le seul moyen de sauver la face d’une présidence qui risque de décevoir.
Or, ne peut-on pas parler du point de vue américain d’une sorte de
« chantage » latino ?
Personnellement, si nous nous réjouissons d’un tel chantage (tout ce qui
affaiblit les États-Unis, nous renforce d’une certaine manière !) nous
sommes alors bien sceptiques sur l’avenir des USA en tant que puissance. Pour satisfaire les exigences des
communautés hispaniques, l’Amérique devra s’endetter et s’appauvrir encore
plus. Il n’est pas certain qu’elle recevra un retour sur investissement !
De plus, les États-Unis ont presque déjà perdu leur leadership en Amérique
Latine où un antiaméricanisme fort est souvent au pouvoir (le Venezuela de
Chavez, la Bolivie de Morales, le Nicaragua). La Russie – imitant le Dakar ! - a redéployé récemment et
à juste titre, toute sa stratégie d’influence vers l’Amérique latine. Pour la
première fois depuis 1991, des navires de guerre russe ont mouillé dans le port
de la Havane. Medvedev a très bien compris, contrairement aux Européens, où
était le talon d’Achille de l’Amérique ! Disons le clairement ici :
le talon d’Achille de l’Amérique, c’est l’Amérique latine !
En
2009, le grand rendez-vous pour les USA avec l’Amérique latine sera Trinidad et
Tobago et son Sommet des Amériques en
avril. Il est fort à parier que déjà, Obama s’y présentera affaibli mais de
toute façon, il ne pourra pas trahir les intérêts hispaniques à cause des
conditions de son élection. Ce sera pour lui comme une question de survie
idéologique au sein de son propre parti.
En
somme, coincé dans sa politique étrangère par les partisans démocrates et
républicains de Brzezinski, Obama l’est en politique intérieure par les
Latinos. Si Obama fait chavirer le cœur ethnicisé des Français en mal de diversité,
c’est qu’ils ont caricaturé à outrance la coloration nègre de son électorat
sans jamais réfléchir à ceux qui ont pourtant rendu ce rêve possible. En
ressortant les vielles lunes de la discrimination raciale, ils s’interdisent
d’analyser ce qui risque de travailler plus profondément la politique
américaine de ces prochaines années comme si un président élu n’était pas
redevable d’une manière ou d’une autre à ceux qui, ouvertement et secrètement,
l’ont porté au pouvoir (Sarkozy, à ce titre, devrait se méfier des
« nationaux » naïfs qui ont voté pour lui en 2007 et s’attendre
sans doute à un retour de bâton des identitaires).
Enfin,
il y a pire. On peut supposer qu’Obama, 44ème président des États-Unis, sera un grand homme politique, une figure historique et qu’il
imprimera contre toutes les influences néfastes qui pourraient l’entourer sa
propre marque politique. Il faut rêver en politique et Obama est bien une sorte
de personnage de rêve, un immense espoir qui se lève dans le monde. Mais même à
supposer cela, n’a-t-il pas une sacrée épée de Damoclès sur la tête :
Obama est-il, en effet, vraiment américain ?
Il
faut savoir que jusqu’à ce jour, Obama n’a jamais fourni l’original de son acte
de naissance et qu’un doute subsiste : il ne serait pas né à Hawaï,
territoire américain mais à Mombassa au Kenya ! Il aurait ensuite adopté
la nationalité indonésienne par le second mari de sa mère, un indonésien
musulman comme son père biologique qui était comme on le sait, lui, de
nationalité kényane. La Cour Suprême a déjà été saisi d’un recours le 5
décembre 2008, remis le 8 décembre 2008 et qu’elle a bien sûr rejeté dans le
contexte de crise actuelle. D’autres procédures sont en cours qui peuvent
s’activer après l’investiture. On a parlé subrepticement de fortes pressions
sur les très hauts magistrats, y compris sur le très conservateur juge noir
Clarence Thomas, ennemi farouche d’Obama qu’il considère comme
« gauchiste ». D’autres recours suivront. Il faut noter qu’ils
viennent du camp démocrate lui-même, d’une pointure même du parti, proche
d’Hillary Clinton, Philipp Berg. La presse américaine comme française n’ont
soufflé mot de cette « petite » affaire qu’entre les lignes, façon de
parler ! Aux États-Unis, on ne peut prétendre, en effet, à la magistrature
suprême, si l’on n’est pas né sur le sol américain, c’est la fameuse clause du natural born citizen. L’autrichien Schwarzenegger en sait quelque
chose, lui qui a dû limiter ses ambitions politiques à celle de Gouverneur de
Californie ! Si le doute sur le lieu de naissance d’Obama s’avérait réel -
et l’on imagine bien que des gens comme Gates ou Hillary Clinton en savent
définitivement quelque chose -, n’est-ce pas le meilleur moyen de tenir un
président métis qui deviendrait trop indépendant ? Obama ne serait-il pas
sous chantage permanent ? Nous avons vécu personnellement un chantage
similaire autour de Fujimori, l’ex-président péruvien qui en raison d’un acte
de naissance falsifié fut, durant tous ses mandats, sous la coupe et à la solde
de ses services secrets, eux-mêmes manipulés par la CIA. Si réellement, Obama
n’était pas né aux États-Unis, s’il n’était finalement qu’un « sans papiers » habilement infiltré,
tout son mandat risque de n’être alors qu’une grande manipulation ou alors last but not least, Obama ne sera qu’un civil servant, un zélé fonctionnaire aux
mains de gouvernements bis. D’ailleurs, curieusement, dans un entretien, publié
le 7 août 2008, par l’Entertainment
Weekly, concernant ses goûts en matière de culture populaire, le candidat
démocrate à la Maison Blanche, répondit qu’il préférait, avant tout, le film Manipulations (2001), interprété par
Jeff Bridges. Prémonitoire ou lapsus ? Le film, on le sait, raconte
l’histoire d’une candidate démocrate vice-présidente contrainte à la démission
par des révélations gênantes sur sa vie d’étudiante.
Nonobstant, avec Barack Hussein Obama, les États-Unis vont être à un véritable tournant de leur histoire : la compétition entre les grandes puissances (Russie, Chine, Inde) va reprendre, accompagnée de batailles pour les ressources, de nationalismes virulents (Inde, Pakistan, Iran), de luttes de sphère d’influence et de territoire et même de l’utilisation du pouvoir militaire pour atteindre des objectifs géopolitiques clairs et précis (Afghanistan, Iran, Mer Noire, Afrique, Arctique).
Un
président lié de toutes parts par un électorat ambigu et sur lequel pèserait
une menace permanente de destitution pourra-t-il réellement préserver les États-Unis de tendances hégémoniques bellicistes et peu claires, du « despotisme
universel » dont parlait le grand poète palestinien Mahmoud Darwich ?
Comme lui, nous n’avons plus qu’à soupirer, murmurer avec les martyrs
palestiniens de Gaza, « Inch
Allah » pour Barack Hussein
Obama et le monde et surtout pour l’Europe, vraie puissance du futur.
M.L.
Et si Castro mourait en
2009 ?........
Michel Lhomme
« Mon
souhait a toujours été de remplir mon devoir jusqu’à mon dernier
souffle », écrit le Lider Maximo, dans
l’une de ses nombreuses réflexions, publiée dans l’édition électronique du
quotidien officiel du Parti Communiste cubain, Gramma.
Fidel Castro, quatre-vingt deux ans, cinquante années de pouvoir, s’est fixé
comme objectif de mener à bien une mission révolutionnaire avec, selon lui, le
soutien de la grande majorité de la population. Cependant, Cuba, archipel
principal des Grandes Antilles, connaît, depuis
de nombreuses années, des troubles sociopolitiques et économiques. En 2006,
face à des problèmes de santé, Fidel délègue provisoirement ses pouvoirs à son
frère, Raul Castro, soixante dix-sept ans, général et ministre de la Défense.
C’est le début d’un flou total dans l’esprit des Cubains, mais aussi à
l’extérieur. Une vraie question se pose sur les enjeux du retrait de Fidel
Castro lorsque celui-ci annonce le 18 février 2008, son renoncement définitif
au pouvoir. Nous reviendrons, dans ce texte, sur les événements cubains de 2008 pour terminer par
un commentaire sur le retour remarqué de la Russie à la Havane.
Dés
le début de l’année dernière, une forte incertitude régnait sur Cuba. En effet, après
avoir vu, malgré ses problèmes de santé, Fidel,
réélu au poste de député au Parlement, tous voulaient connaître ses intentions
concernant ses fonctions au Conseil d’Etat ainsi qu’au Conseil des Ministres.
Le doute sur l’exercice au pouvoir du Commandante,
notablement absent lors des cérémonies d’anniversaire de la révolution
cubaine du 1er janvier 2009, est pratiquement totalement levé. Fidel
ne serait sans doute plus qu’« un légume » et on lui souhaite, sans cœur et sans remords, de belles souffrances. Nonobstant, avec ou sans
Fidel, on reste mitigé sur les éventuelles transformations politiques de l’île.
En
février 2008, les cubanologues et les polémistes de l’exil avaient été
surpris par une vidéo diffusée largement sur Internet, relatant une rencontre
entre des étudiants de Santiago et, Ricardo Alarcon, le Président de
l’Assemblée Nationale cubaine. De jeunes étudiants débordant de ténacité
assaillaient le député-président de nombreuses questions sur des thèmes divers
comme l’économie, la politique, les conditions de vie des Cubains… Des
questions auxquels Ricardo Alarcon ne sut répondre. Il se retrouva désemparé,
ridiculisé devant une foule d’étudiants, à la
recherche de solutions à leurs nombreux soucis quotidiens. Cette scène avait
lieu lors de la période des élections de l’Assemblée Nationale. Quel était
l’objectif réel de la diffusion de cette vidéo ? Serait-ce le fruit
d’étudiants, voulant faire partager cette confrontation, ou
simplement – ce qui est le plus probable – une volonté du gouvernement, à
l’approche des élections, de
déstabiliser un candidat, bon connaisseur des Etats-Unis, susceptible d’être
élu ?
En
tout cas, nous ne pouvons nier que, depuis quelque temps, il y a une certaine
libération de la parole à la Havane. Les Cubains sont appelés à exprimer leurs
vœux. Ils n’hésitent plus à revendiquer, même si
les murs cubains ont été, ces derniers jours, repeints par des slogans des plus
classiques comme « 50 años y
seguirimos para siempre » !
Le
19 février 2008, Castro annonça au monde entier son retrait définitif de la
Présidence. Beaucoup de pays donnèrent alors leur avis sur l’avenir de Cuba et
la plupart d’entre eux réclamèrent une démocratie pour l’île, Etats-Unis,
France, Grande-Bretagne en tête. La Commission Européenne, toujours prompte à
répandre la bonne parole, se déclara prête à mener Cuba vers une transition
démocratique. Quant à l’Espagne, la « madre
patria », elle décida de normaliser ses relations avec Cuba, décision
partagée par d’autres pays comme la Grèce, Chypre, l’Italie et le Portugal,
considérant qu’il fallait tenter l’ouverture et ne pas pénaliser le peuple
cubain. La Chine souhaita consolider et développer « ses relations
amicales » avec l’île des Caraïbes. Quant à la Russie, elle qualifia la
décision de Fidel Castro de « courageuse ». Castro était alors, selon
les autorités russes, qualifié de « responsable politique génial qui a hissé
haut le drapeau de la liberté ».
Par
sa démission du 19 février 2008, l’incertitude qui planait par rapport aux
intentions de Fidel pour la Présidence était définitivement levée. Le Commandante abandonnait le pouvoir. Dans
son message, le Lider Maximo fit un
rappel de sa convalescence, durant laquelle il délégua provisoirement son
autorité à son frère. Une décision hésitante, selon lui, due à la présence des
autorités américaines. Dans son communiqué, il admit son incapacité d’être à la
tête du gouvernement, avec un état de santé aussi contraignant. Il
mentionna également le souhait de certains personnages politiques, comme Hugo
Chavez et le brésilien Lula, de son retour à la présidence mais prétendit
vouloir préparer les Cubains à son absence, affirmant avoir la conscience
tranquille pour l’avenir du socialisme, en faisant allusion à la combinaison
des différentes générations présentes au gouvernement ainsi qu’à leurs
différentes expériences. Et enfin, le Commandante finit par avertir ses compatriotes de l’effort, de la prudence, de la fermeté
et de la force dont ils devront faire preuve sur ce chemin qu’il déclara
« difficile », tout en promettant sa présence par des réflexions
régulières publiées dans Gramma, en
bon « soldat des idées », selon ses propres paroles !
Comment ne pas être dubitatif après ce
dernier discours de Fidel ? Depuis la maladie de Castro, il n’y a eu
aucune évolution notable dans le régime cubain. Même si son frère, Raul a
évoqué son désir de « changements structurels et conceptuels » (sic),
aucune réforme n’a encore jamais été appliquée. De plus, Raul Castro semble se
retrouver quelque peu confronté à une partie du gouvernement, qui le paralyse
dans ses souhaits. Apparemment, tant que Fidel Castro vivra, il exercera une
forte influence sur le gouvernent cubain.
Mais
en dehors de Raul Castro, l’héritier légitimé, qui peut vraiment prendre la
relève à Cuba? Le déstabilisé, Ricardo Alarcon ? Improbable. Ou, parmi les
plus jeunes, Felipe Perez Roque, le Ministre des Affaires étrangères, âgé de
quarante six-ans ; Carlos Lage Davila, le Vice-Président, cinquante
six-ans ? L’élection d’un nouveau successeur ne peut faire oublier, en
2009, la difficulté du remplacement du Commandante.
Tout d’abord par sa légitimité mais aussi par la constitution de l’Assemblée
nationale qui n’a jamais élaborée jusqu’à ce jour, de projet de loi. Cette
Assemblée, il faut le rappeler, diffère des autres car elle ne tient pas
exactement toutes les fonctions qu’elles devraient : aucun député n’y a
jamais présenté de projet de loi ! A Cuba, l’armée reste l’institution la
plus solide du pays. Le Parti Communiste cubain n’a même pas tenu de Congrès
depuis plus de dix ans ! Les militaires détiennent l’ensemble des
activités rentables (tourisme, agriculture, industrie télécommunications). Or,
l’économie de Cuba ne peut se baser sur ce seul point. La succession de Fidel
ne réclame pas uniquement un nouveau chef, mais également le renouvellement des
institutions et des leviers économiques du pays, tout en préservant les
principaux acquis sociaux des années Fidel (la santé et l’éducation).
Face
au retrait officiel de Castro, quelle fut la réaction des Etats-Unis ?
Georges W. Bush exprima un certain mécontentement devant le remplacement de
Fidel par son frère. Il qualifia même cette situation de
« complot », de « mise en scène que les frères Castro essaient
de faire passer pour de la démocratie » et réitéra son souhait d’aider les
Cubains à démocratiser leur pays, qu’il
qualifia ironiquement de « goulag
tropical ». Pour John Negroponte, le numéro deux du département
d’Etat, la levée de l’embargo est peu probable. On sait que les sanctions ont
été durcies par Bush en 2004, en introduisant de nouvelles restrictions,
limitant les possibilités de se rendre à Cuba et les transferts d’argent aux familles. Cet embargo avait été inscrit dans une loi, signée par Bill Clinton en 1996, qui stipulaient les conditions draconiennes de sa
levée : élections libres, libération des prisonniers politiques,
dissolution de la police secrète, disparition des frères Castro du pouvoir. Les
Cubains furent les rares latinos
américains à continuer de voter républicain, le 4
novembre 2008, même si la nouvelle génération des exilés de Miami
n’a, elle, pas hésité à voter Obama. Contrairement aux rumeurs circulant et
désignant les Etats-Unis comme responsables de la situation de Cuba (il est
vrai que l’embargo est contradictoire puisqu’il pénalise les familles civiles
et nourrit le nationalisme et l’antiaméricanisme de l’île), les autorités
américaines maintiennent le statut quo. La qualité de la relation existante
entre ces deux pays date d’une histoire de toute façon tumultueuse (Batista, la
baie des Cochons, la crise des missiles, Guantanamo, les exilés de Miami). Pour
avoir un changement de relations, il faudra sans doute attendre Obama mais
comme on l’a dit plus haut, les cubanos
n’ont, en général, pas voté pour lui et Hillary Clinton a toujours clairement
manifesté une très grande fermeté à l’égard de la Havane. Obama se
contentera-t-il des sempiternels discours sur la nécessaire démocratisation du
pays ? Hillary Clinton, vraie maîtresse de sa future politique étrangère, a voté deux fois, au Sénat, en faveur du financement de TV Marti, pourtant brouillée par les autorités cubaines mais grand
média de la propagande anti-castriste (Obama, lui, avait voté contre ces fonds
perdus de TV Marti et dans le débat
parlementaire, avait envisagé d’accroître les possibilités de voyage et de
commerce avec Cuba, d’assouplir l’embargo et il le fera certainement).
L’urgence
reste la réforme économique. Raul Castro, lors de son discours du 1er
janvier 2009, célébrant le cinquantième anniversaire de la révolution cubaine,
a dressé un portait économique catastrophique de son pays. « Es la pura realidad » a-t-il
proclamé, prédisant, au peuple, cinquante
années de sacrifice supplémentaire (!). Comment améliorer, demain,
le
quotidien des Cubains ? C’était pourtant
l’objectif affiché du nouveau
gouvernement en place ! Les célébrations de
l’anniversaire de la
Révolution se sont faites sans liesse populaire, sans faste ni
pompe. Aucun
chef d’Etat étranger n’a été
invité et de plus, Raul n’a rien d’un tribun
qui soulève les foules. L’anniversaire fut
misérabiliste. Le réalisme a donc
prévalu malgré quelques envolées lyriques du style
« La révolution cubaine n’a
pas été un échec, elle est plus forte que
jamais ! ». On constate, à
Cuba, un changement de valeurs entre l’ancienne et la nouvelle
génération.
L’objectif des anciens était de mener une
révolution. Aujourd’hui, les jeunes
cubains n’y porte plus du tout la même attention. Ils
n’ont connu que Fidel
Castro au pouvoir mais ils sont nés à la veille de la
« période spéciale », initiée au début
des années 90, avec la chute de l’Union Soviétique qui avait
provoqué une énorme récession sur l’île. Leur objectif premier est de se
débrouiller pour vivre, c’est la « lucha »,
la débrouille, « la lucha para
sobrevivir » comme ils disent. Ils sont confrontés à une
déqualification de leur emploi et connaissent des conditions de vie misérable
(salaire moyen de 12 dollars par mois). La fameuse libreta, le carnet de rationnement ne permet de se nourrir que
pendant une dizaine de jours ! La dualité monétaire, dollar et peso convertible au taux 24 fois
supérieur au peso traditionnel, avec lequel sont payés les travailleurs d’état, fait
qu’un garçon de café ou un taxi peut, grâce
aux pourboires des touristes, gagner en deux heures l’équivalent de la paye
mensuelle d’un médecin ! Deux millions de cubains sont exilés, un cubain
sur cinq quitte l’île et partir reste le seul rêve des adolescents. Par
milliers, les Cubains prennent le large. La petite amélioration, constatée ces
derniers temps, serait dû au fait que Cuba entretient une relation d’échange
(savoir-faire dans l’éducation et la santé contre avantages financiers dans l’approvisionnement
énergétique) avec le Venezuela qui soutient, par ses pétrodollars, l’économie de Cuba (7 milliards de dollars). Reste que toutes les infrastructures du pays sont
obsolètes, que la Havane paraît une cité dévastée avec des canalisations et des
automobiles d’un autre âge. Les réformes de Raul peinent à donner leurs fruits
même si le nouveau gouvernement a libéralisé, en 2008, le marché du travail,
qu’il a avancé l’âge de la retraite, levé les interdictions sur les achats de
téléphone portable, d’ordinateurs, et de lecteurs de DVD et ouvert les hôtels
aux touristes étrangers. Il y eut aussi une amélioration des transports publics
par l’acquisition de centaines de bus chinois et un plan pour l’agriculture,
cette agriculture cubaine qui est incapable de nourrir la population, malgré la fertilité de l’île ! Raul Castro s’est
engagé à distribuer les terres cultivables aux paysans en usufruit et à leur
ouvrir des lignes de crédit. Mais les Cubains ne peuvent toujours pas voyager,
ni s’acheter un logement ou une voiture ! Fidel ne veut pas d’un marché
libre et Raul doit se plier aux transactions de la « bourse noire », bourse totalement informelle et illégale.
On
parle aujourd’hui d’une lutte très dure entre les réformistes et ceux qu’on
appelle à la Havane « les talibans »,
les durs, les bolchéviques du Parti. Le bras de fer irait s’intensifiant et
pour certains, Raul serait dans le camp des réformistes, en train de retourner
sa veste. Il a manifesté, pourtant, à plusieurs reprises, son souhait d’entamer des négociations directes avec
les Etats-Unis pour améliorer les relations entre les deux pays. Il vient de
proposer à Obama des négociations directes « sans intermédiaires »
sur l’embargo, question qui n’est donc plus devenu tabou, chose impensable il y
deux ans ! Il poursuit des contacts étroits avec les rares entrepreneurs
qui proposent des réformes économiques. Mais Fidel, entouré de ses
apparatchiks, veille sur son frère, que l’on
surnomme, là-bas, le Castro light. L’économie est en berne
mais dans quelle mesure, Raul peut-il rompre avec la politique castriste,
entamer une rupture ? Les Cubains peuvent-ils fonder des espoirs sur
lui ?
La
population cubaine s’est, en fait, déjà forgé des idées sur la succession. On
assiste à une formation de deux camps. L’un veut rester optimiste en croyant à
un avenir meilleur pour Cuba ; l’autre reste très sceptique sur les
améliorations à attendre.
Comme
on l’a dit depuis que Raul Castro a provisoirement repris le pouvoir en 2006,
les Cubains ont perçu quelques modifications par rapport à la politique du Commandante mais bien timides ! Raul Castro avait appelé la population
à exprimer ses doléances, ce qu’elle s’empressa de faire. Parmi les multiples
plaintes, nombre d’entre elles concernaient leurs conditions de vie. Le nouveau
Président s’était alors prononcé sur sa volonté d’introduire ces fameux
« changements structurels et conceptuels ».
Il avait même reconnu l‘insuffisance du salaire des Cubains. Raul Castro
paraissait, et paraît encore aujourd’hui (mais le temps passe !), plus
pragmatique que son frère. Il garantit une étude des problèmes évoqués, soit
une solution aux nombreuses difficultés de l’île. Mais, l’absence maintenant
réelle de Fidel au pouvoir, aurait pu constituer le début d’une évolution du
régime cubain or, on ne la voit pas venir ! Dans la droite ligne de la
politique castriste, le gouvernement maintient des relations étroites avec les
alliés latinos anti-américains (Venezuela, Nicaragua, Bolivie, Brésil) et ne
transige pas sur la censure et la répression alors que Cuba devrait repenser
ses relations avec l’extérieur. Il y a bien la volonté affirmée d’engager l’île
sur des traités internationaux ratifiés aux Nations Unies, notamment ceux
concernant le respect des Droits de l’Homme mais peu d’évolution pour les
prisonniers politiques. On a même l’impression que le régime se cabre comme
lors de l’arrestation récente du rocker
cubain, Gorki Aguila, trente neuf ans, leader du groupe Porno Para Ricardo, groupe très connu dans la jeunesse cubaine et qui
dénonce régulièrement, dans ses chansons, la
sénilité ridicule du régime – son dernier album a pour titre Geriatric Central Commitee ! Il y
aurait actuellement, à peu près 300 détenus politiques sur l’île, dans un état
de santé déplorable, des conditions de détention exécrables et il ne faut pas
oublier que le régime castriste compte près de 6 OOO victimes, recensées par les associations de défense des Droits
de l’Homme ! Quoi qu’il en soit, Raul Castro a promis de
fortifier l’économie de l’île et de rendre le gouvernement plus efficace, ce
qui amène une certaine partie de la population à croire à un éventuel
changement. Mais, ces changements se concrétiseront-ils vraiment ?
En
effet, certains disent que le remplacement d’un Castro par un autre ne peut vraiment
pas être considéré comme étant un changement ou une évolution. On demeure
toujours dans un régime castriste, à la
lettre et dans le fond, c’est-à-dire dans un régime d’inspiration marxiste et
autoritaire, un régime – et on ne le remarque pas assez ! – « blanc » alors que la plupart des
cubains, (11 millions d’habitants) aujourd’hui sont métis ou
noirs. Les liens étroits entre les deux frères sont connus. Car, c’est à l’aide de son frère Raul que Fidel renversa
le régime de Batista, rappelons-le, sans combattre – Batista ayant préféré se
faire la malle avec ses valises, pleines de
dollars ! Raul a toujours maintenu l’objectif de mener Cuba vers une
révolution. Il l’a répété le 1er janvier 2009, le peuple cubain
poursuivra « l’œuvre de Fidel Castro c’est-à-dire, la Révolution ».
Il affirma sur ce point qu’avec ou sans Fidel, ce sera « toujours la même
chose ». Rappelons que le 24 février 2008, lors de son
investiture, il demanda d’ailleurs, à l’Assemblée,
l’autorisation de consulter son frère lorsqu’il s’agira de prendre des
décisions importantes. La demande fut évidemment acceptée et cela reste une
aberration pour n’importe quel état démocratique. Cela montre que Raul ne tient
pas à se détacher de Fidel et que celui-ci exercera toujours une influence sur
le gouvernement cubain tant qu’il vivra. Outre l’élection de Raul Castro comme
Président, il existe une forte présence de la vieille garde à l’Assemblée. En
effet, âgé de soixante-dix huit ans, celui qui est considéré comme le numéro
deux du régime se nomme José Ramon Machado Ventura et seuls deux des hommes
entourant Raul Castro font partie de la nouvelle génération. Il s’agit de
Felipe Perez Roque, le ministre des Affaires extérieures et de Ferdinand
Remirez de Estenoz, chef du Département des Relations Internationales du Parti
Communiste cubain, âgé de cinquante six-ans. Même dans la constitution de
l’Assemblée nationale, il n’y a pas eu de changements. Les anciens ont gardé
leur place et la volonté de Fidel Castro, pourtant maintes fois réitérées, de laisser
une chance à « la jeune garde », ne s’est pas réellement exprimée. Or, l’histoire des
dernières décennies a souvent montré que le vieillissement et le non
remplacement des cadres politiques étaient des signes alarmants de
dégénérescence des pouvoirs en place. « Com andante los comatosos que marchan » est l’hymne
aujourd’hui de toute la jeunesse cubaine, ironisant sur les
« comateux » au pouvoir ! L’ensemble de ces éléments explique
donc le scepticisme de nombreux cubains qui,
quotidiennement, depuis 2006, ne
voient rien venir. C’est d’ailleurs la position réitérée des dissidents. Oscar
Espinosa Chepe (ancien prisonnier politique), affirme : « Tant qu’il
vivra, Fidel sera influent ».
Et
si Fidel alors mourait en 2009 ?... Sans révolte et rébellion populaire,
tout porte à croire que Cuba ne connaîtra pas de réels changements dans l’ordre
politique. Pourtant, le gouvernement qui va subir aussi les effets de la crise
financière internationale, sera bien contraint d’agir pour améliorer les
conditions de vie des Cubains, sauf à risquer justement une crise sociale
majeure et un soulèvement populaire. Il en sera de même dans le domaine des
échanges économiques où l’enjeu va être d’intégrer Cuba dans les réseaux de
l’espace mondialisé (Alena, Alba).
Ces changements ne signifieront pas la fin du régime castriste. Alors ne reste-t-il qu’à Cuba, le retour de la Russie ?
C’est,
en effet, par un florilège de commentaires élogieux sur la révolution cubaine
que les médias russes ont couvert la dernière étape, en novembre 2008, de la
tournée de Medvedev en Amérique latine
qui le conduisit au Brésil, au Pérou, au Venezuela et dans la grande île des
Caraïbes. La Russie a tout fait pour réchauffer ses relations avec Cuba, ceci
afin de secouer les Etats-Unis sur son terrain d’élection, l’Amérique latine.
En se redéployant en Amérique latine, la Russie riposte aux attaques
américaines sur son flanc ouest (missiles de Pologne et de Tchécoslovaquie,
indépendance du Kosovo, affaire de Géorgie). Pourtant, selon les observateurs
de Cuba, alors que Raul, pragmatique et organisateur, est impatient de trouver
des donateurs étrangers pour sauver l’économie cubaine de la déroute, il serait
improbable qu’il renoue des liens forts avec la Russie parce qu’il aurait, d’un
point de vue cubain, trop à y perdre. Ce que souhaiterait avant tout Raul
Castro serait l’amélioration de ses relations avec les États-Unis et les
immigrés cubains et dans ce cadre, intensifier trop de liens avec Moscou serait
plus gênant qu’autre chose. Cuba n’a jamais oublié la manière peu aimable avec
lequel la Russie coupa toute aide extérieure à Cuba, lors de la chute de l’U.R.S.S. En fait, la vraie
demande émane bien de Moscou qui annonça, par exemple, en juillet 2008, de
manière unilatérale, son intention d’installer des armements sur l’île, sorte
de coup médiatique face au système de bouclier anti-missile que les États-Unis
envisageaient alors d’installer – et ont installé ! – en Europe de l’Est.
On sait que Fidel Castro lui-même répondit dans Gramma à cette proposition : il conseilla à son frère, Raul,
de répondre par un « un silencio
digno » ! Un diplomate cubain ajouta, dans un journal russe,
que les cubains n’étaient pas intéressés par «le tourisme des
bombes » et ce, même s’ils étaient consultés. Pourtant, avant même le
voyage officiel de novembre, les hauts dignitaires russes ne cessèrent de se
déplacer, et même firent tout pour rencontrer le malade Fidel Castro. Il y a,
aujourd’hui, une réelle volonté de Moscou de changer la nature de ses relations
avec la Havane et de revenir à la grande coopération d’antan. Moscou semble
intéresser par les ports cubains et ses aéroports et envisagerait avec le
consentement cubain de rouvrir sa base militaire de surveillance de Lourdes, au sud de la Havane, que Poutine ferma en 2001. La Russie lorgne aussi sur
l’exploration à venir de puits de pétrole offshores
dans les eaux cubaines, l’exploitation du nickel, premier produit cubain
d’exportation et elle aurait déjà concédé à Cuba une ligne de crédit de 335
millions de dollars pour l’achat d’équipements russes par La Havane ainsi que
le versement d’une aide « alimentaire » de
5 millions de dollars par an.
Cuba
a soutenu l’intervention russe en Géorgie mais contrairement au Nicaragua et à
la Bolivie, elle n’a pas reconnu l’indépendance des deux Républiques
dissidentes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie (c’est d’ailleurs aussi le cas
d’Hugo Chavez !). Le tour de l’Amérique latine que la diplomatie russe
vient d’engager en Amérique latine avait pour but de taquiner Washington, de
tester la nouvelle administration qui va se mettre en place, sur son maillon le
plus fragile. Elle continuera sans doute de le faire, de plus en plus fortement, au fur et à mesure de l’accroissement des pressions
américaines sur la Russie qui ne manqueront pas d’arriver, avec l’arrivée des hommes de Brzezinsky, à la Maison Blanche. La Russie
reprend dans le contexte actuel des nouvelles menaces américaines sa politique
internationale « offensive » et ses ambitions légitimes. « Cette
fois, nous revenons pour toujours en Amérique latine » avait déclaré
Alexeï Sazonov, le porte parole de la diplomatie russe, la presse moscovite
parlant pour sa part de « seconde découverte de l’Amérique ».
Alors,
Cuba peut-elle oublier la Russie, qui fut son partenaire privilégié pendant
plus de trente ans, où les soviets étaient
alors partout dans les ports, sur les plages, dans les couloirs ministériels
comme dans les bouges de la Havane ? Aujourd’hui, il n’y a pratiquement
plus de présence russe à Cuba, sauf leur hideuse Ambassade et la première
cathédrale russe orthodoxe qui vient d’être inaugurée. C’est, selon les visiteurs,
presque comme s’ils n’avaient jamais été là ! Or, comme nous le disions,
les Cubains n’ont au fond d’eux-mêmes jamais oublié ce retrait sans état d’âme.
Les Russes devront réellement mettre la main à leur porte monnaie, s’ils
veulent renouer avec la Havane d’hier ! Franchement, nous ne croyons pas
que les Cubains souhaitent de réels liens militaires avec la Russie. Que
pourraient-ils réellement en tirer si ce n’est,
plus d’ennuis avec les USA et la communauté des exilés de Miami ? Mais ce qui est parfaitement clair, oui, c’est que
la Russie, elle a d’autres plans et que sa présence dans les Caraïbes redevient
un enjeu stratégique de taille.
La
Russie et Cuba sont naturellement liés par une tradition d’amitié et de
coopération réciproques qui ne peut qu’amener à un renforcement des liens
politiques bilatéraux. Ceux-ci ne passeront pas forcément par les militaires
mais par les nouveaux hommes d’affaires russes. C’est par la nouvelle Russie
économique, celle de la puissance énergétique de Gazprom, celle des transports, de
l’informatique, de la bio-technologie que les Russes risquent de reconquérir le
cœur des Cubains.
Raul
Castro y sera poussé par la vieille garde. Pour tous les cubanologues, le
discours de celui-ci, le 26 juillet 2008, lors de la dernière fête nationale, fit l’effet d’une douche froide : relance de la
coopération avec la Russie, coup de frein aux réformes et renforcement de la
Défense. Mais là encore que peut-il faire, lorsque
l’on sait que l’administration Bush a refusé par trois fois ( !) ses
offres de dialogue ? Si Fidel venait à mourir, la transition pacifique est
compromise mais, n’ayons crainte, Moscou veillera à des funérailles nationales
qui ne seront pas celles du régime ! Alors, le socialisme cubain peut-il
être réformé à la chinoise, à la vietnamienne comme l’espèrent des dissidents
modérés ? Peut-il tendre vers une social-démocratie à la cubaine qui
préserverait les « acquis de la Révolution éternelle » et de
l’ « unité du peuple » ? Ou deviendra-t-il la jungle des
nouveaux maffieux russes, une terre bénie du nouveau capitalisme russe ? Fidel Castro n’est pas encore mort et n’enterrons
pas la bête sans l’avoir tuée, malgré le ravage intérieur
du pays et son malaise national. Les Cubains agressifs de Miami se préparent
sans doute au soulèvement mais la nouvelle génération ne les suivra pas
forcément. En Floride comme à la Havane., elle veut en finir avec les vieilles
histoires. Le goulag tropical a
encore de beaux jours devant lui puisque la peur règne à la Havane mais trompé
depuis cinquante ans, bafoué par ses anciens alliés, le peuple cubain est
énergique, il n’a pas peut-être pas encore dit son dernier mot et on trinque
toujours le rhum sur le malecon du
vieux port en criant Cuba Libre.
janvier 2009
ANNEXE : LES CUBAINS FACE AU CHANGEMENT
Nous voudrions compléter notre texte sur Cuba par le compte-rendu d’un rapport sociologique qui, par hasard, nous est tombé sur la main. Il s’agit d’un texte, publié en septembre 2008, par Freedom House à Miami et intitulé Change in Cuba : How Citizens View Their Country’s Future. Il est basé sur une série d’entretiens de cubains réalisés par cinq chercheurs en avril 2008, à La Havane, Villa Clara, Holguin, Camagüey et Santiago, et dont les trente cinq questions se répartissaient sur trois thèmes :
- Qui conduit ou qui pourrait conduire le changement à Cuba ?
- Les réformes récentes, entreprises par Raul Castro, ont-elles produit des effets sur la vie ordinaire des Cubains ?
-
Comment les citoyens répondront demain à la situation si leurs
attentes n’étaient pas exaucées ?
Comme on pouvait s’y attendre, le profil général des réponses est morose. De manière générale, la perspective d’un changement politique génère plus d’anxiété que d’espérance. On note la crainte nouvelle d’une augmentation des crimes et du niveau d’insécurité, crainte inconnue jusqu’alors à Cuba, en comparaison avec d’autres pays d’Amérique latine ou des Caraïbes. Le scepticisme est général concernant l’ouverture politique du régime et la fin de la répression. La plupart sont désinformés ou mal informés sur les mouvements démocratiques. Pourtant, certains notent que des changements existent à l’intérieur même du Parti Communiste Cubain. Mais la moitié des interviewés notent que les leaders sont plus intéressés par la préservation du pouvoir que par l’amélioration de l’ordinaire des Cubains.
Tous espèrent la liberté de
mouvement –pouvoir voyager et visiter les familles d’émigrés à Miami ou
ailleurs – et la fin de la double monnaie. Sortir du pays est, en effet, placé
en premier même si la majorité des sondés souhaitent revenir au pays. La
liberté d’expression est bien sûr réclamée mais au second plan.
Rien en tout cas ne semble plus irriter les Cubains que l’absence
de valeur de leurs pesos c’est-à-dire
le problème que nous évoquions de la double monnaie, des nombreux biens,
souvent « modernes »,
proposés à la vente en pesos
convertibles et donc inaccessibles au salarié officiel. Or, sur ce point, il
faut être clair : si la monnaie cubaine ne vaut rien, c’est que son économie ne
produit plus rien ! L’unification du peso
paraît une chimère, sans
réforme totale de l’économie et de l’État cubain.
La centralisation du régime,
autour de La Havane est fortement critiquée. Les Habaneros semblent les plus informés. Tous savent que Raul Castro
souhaite « réformer » le régime,
en débattant « démocratiquement » des problèmes nationaux mais ceux
qui ont participé à ces discussions, à cette démocratie participative dans les
comités de quartier et les cellules de la capitale, remarquent que les
questions et les réponses avaient toutes été préparées à l’avance. La
spontanéité fait peur aux dirigeants cubains, même dans la capitale, pourtant
plus docile. Nonobstant, les provinciaux croient, à l’inverse, à l’efficacité
de ces débats internes même si beaucoup craignent que les autorités ne sachent
répondre à leurs problèmes. Dans leur majorité, la plupart ignorent le contenu
des réformes engagées, sauf en ce qui concerne peut-être, l’agriculture où les
changements restent les plus significatifs. Pourtant, les paysans de la région
de Camagüey ne savent rien de la déréglementation de la vente des matériels
agricoles. Les agriculteurs de la région ne paraissent pas avoir été dans les
magasins spécialement ouverts à leur intention, affirmant même ignorer que ces
magasins aient été ouverts récemment !
Sans surprise, ce sont les jeunes cubains qui restent les plus pessimistes sur la situation, les plus désappointés. Beaucoup ne voient aucune raison de travailler dans l’économie légale et officielle ou d’étudier à l’université. Leurs parents, après tout, n’ont rien récolté de leurs études ou de leurs investissements passés ! La plupart des jeunes sont désœuvrés et dépolitisés, totalement indifférents aux discours politiques et l’on note une augmentation inquiétante des problèmes mentaux et psychologiques, des suicides chez les jeunes.
« Rien à faire ». C’est
ce que dit une femme interrogée sur ce qu’elle ferait si elle était répudiée ou
évincée. Il faut savoir qu’à Cuba, la répudiation est courante contre les
opposantes actives du régime et les expulsions touchent de plus en plus de
citoyens. Avec le déclin de l’agriculture, la société cubaine a vu grimper le
nombre de ses migrants ruraux sans papiers,
c’est-à-dire le nombre de citoyens ruraux qui n’ont pas le permis requis pour
vivre en zone urbaine. Il y a quelques années, le gouvernement rasa au
bulldozer une zone de peuplement rural à la périphérie de La Havane qui laissa
5OO familles sans domicile fixe et apparemment aucune de ces familles n’a pu
protester officiellement et judiciairement.
En fait, la seule arme face à la situation reste l’humour.
Sur les trottoirs, la plainte ou la colère s’expriment, en argot et sur fond de
rock ou de rap, par la dérision. Pour vivre sans problème, on soutient
officiellement le gouvernement et le dos tourné, on lance un bras d’honneur au
représentant du parti !
Bref, le rapport confirme ce que
nous relevions précédemment : Cuba reste une véritable poudrière. Raul
Castro, dans son dernier discours du 1er janvier, a parlé de « réformes lentes », d’une
« période de sacrifice de 5O ans ». On a comme l‘impression qu’en
s’accordant un tel délai, le pouvoir cherche à se rassurer mais ce n’est, pour
nous, qu’un leurre. Accélérer les changements ne feraient qu’appauvrir encore
plus les Cubains et entraîner rapidement une perte de contrôle de la situation
mais les ralentir placeraient le pays au bord de l’implosion sociale. Les
forces vives sont épuisées, l’idéal de la révolution est perdu. Trop vite ou
trop peu : Cuba n’échappera pas au grand chambardement d’une anxiété
tragique qui appelle au changement.
MICHEL LHOMME.
L’affaire afghane est une étrange aventure, une énigme stratégique quand on en vient à examiner le comportement occidental. Personne ne sait exactement ce que l’OTAN, et les pays occidentaux avec elle, y font sinon s’exposer à des revers militaires peu flatteurs, coûteux, politiquement pénalisants et ainsi de suite. On y comprend encore moins quand on voit que la lourdeur de l’appareil occidental, sa boulimie extraordinaire de logistique et de ravitaillement pour accoucher d’une campagne inepte et self-defeating, conduit cette même OTAN et ces similaires pays occidentaux à se placer en obligés des Russes, voire à la merci des Russes en certaines circonstances.
(Mais trêve d'hypocrisie: si on examine l'affaire du point de vue de la communication et de l'idéologie virtualiste de l'Occident, tout s'explique. Ils y sont partis pour satisfaire aux mots d'ordre, aux incantations des groupes d'influence de la communication, de la nécessité de l'apparence de la solidarité otanienne, pour ne pas froisser Washington. Nous y sommes, nous y restons.)
Après les raclées infligées ces derniers jours aux lignes de ravitaillement occidentales passant par le Pakistan, aussitôt minimisées par l’establishment militaire occidental comme sans importance, on apprend que l’OTAN négocie ferme avec les Russes pour obtenir très rapidement une voie de communication terrestre centrale vers l’Afghanistan, passant par la Russie. L’OTAN négocie une autre voie, plus au Sud, passant par la Géorgie et quelques pays “stan”, explicitement pour ne pas dépendre complètement des Russes; cela n’empêche pas de constater que cette voie plus au Sud est beaucoup plus longue et risquée, beaucoup plus coûteuse, passant par des pays instables politiquement et accentuant ainsi cette instabilité. Cette deuxième voie “pour ne pas dépendre des Russes” a donc tout pour faire une initiative contre-productive de plus, puisqu’elle sera perçue avec méfiance par les Russes et les poussera au soupçon anti-OTAN, attisera l’activisme de l’un ou l’autre félé anti-russe, type-Saakachvili bien sûr, accroîtra l’instabilité dans la zone et ainsi de suite, – pour retrouver l’OTAN encore plus dépendante de la nouvelle ligne de communication établie en Russie.
Le Times de ce matin développe la nouvelle qui sonne la réconciliation obligée de l’OTAN avec les Russes.
«Nato plans to open a new supply route to Afghanistan through Russia and Central Asia in the next eight weeks following a spate of attacks on its main lifeline through Pakistan this year, Nato and Russian sources have told The Times. Kazakhstan and Uzbekistan, the former Soviet Central Asian states that lie between Russia and Afghanistan, have agreed in principle to the railway route and are working out the small print with Nato, the sources said. “It'll be weeks rather than months,” said one Nato official. “Two months max.”
»The “Northern Corridor” is expected to be discussed at an informal meeting next week between Dmitri Rogozin, Russia's ambassador to Nato, and Jaap de Hoop Scheffer, Nato's Secretary-General.
»The breakthrough reflects Nato and US commanders' growing concern about the attacks on their main supply line, which runs from the Pakistani port of Karachi via the Khyber Pass to Kabul and brings in 70 per cent of their supplies. The rest is either driven from Karachi via the border town of Chaman to southern Afghanistan – the Taleban's heartland – or flown in at enormous expense in transport planes that are in short supply. […]
»However, Nato and the United States are simultaneously in talks on opening a third supply route through the secretive Central Asian state of Turkmenistan to prevent Russia from gaining a stranglehold on supplies to Afghanistan, the sources said. Non-lethal supplies, including fuel, would be shipped across the Black Sea to Georgia, driven to neighbouring Azerbaijan, shipped across the Caspian Sea to Turkmenistan and then driven to the Afghan border. The week-long journey along this “central route” would be longer and more expensive than those through Pakistan or Russia and would leave supplies vulnerable to political volatility in the Caucasus and Turkmenistan.»
Cette affaire de coopération entre l’OTAN et la Russie pour le soutien de la guerre otanienne en Afghanistan est pendante depuis plusieurs mois. Mise en place pour être négociée au sommet de Bucarest en avril dernier, freinée ou même gelée, c’est selon, en août dernier, au moment de la crise géorgienne, elle reprend toute sa vigueur aujourd’hui. La semaine dernière, divers émissaires russes se sont précipités à l’OTAN pour s’exclamer: “Nous vous l’avions bien dit !”, commentant ainsi les attaques des talibans contre les voies de communication de l’OTAN passant par le Pakistan. Ils ont rencontré des interlocuteurs otaniens effectivement paniqués, derrière l'apparence publique de la tranquillité et de la vertu occidentaless, et prêts à accélérer les négociations avec la Russie.
Les talibans ont fait, pour les Russes, la démonstration ultime de la validité de leurs conceptions stratégiques selon lesquelles la seule voie d’accès sécurisée vers l’Afghanistan passe par la Russie. Même la voie du Sud, qui passe par la Géorgie et les pays-“stan”, n’offre guère de garantie de stabilité. Les Russes se placent ainsi dans une position idéale, qui n’a vraiment plus grand’chose à voir avec la position qu’ils occupaient, dans tous les cas dans l’esprit des analystes atlantistes, en août 2008 lors de la crise géorgienne. (A cette lumière, c’est plutôt l’attitude de l’OTAN qui doit faire l’objet d’observations étonnées; quelle logique soutient la mobilisation anti-russe d’août-septembre 2008 à l'OTAN, pour découvrir quatre mois plus tard l’indispensabilité stratégique de l’entente avec les Russes et obtenir cette entente en acceptant une situation où les Russes tiennent un atout stratégique de première importance? Mais trêve d'hypocrisie [bis repetitat], on sait bien que nombre des positions nationales anti-russes manifestées à l'OTAN répondent à des consignes de communication, de l'idéologie virtualiste, de l'alignement sur Washington, et bla bla bla...)
Quelques observations sur la position russe:
• Les Russes ont objectivement intérêt à soutenir l’OTAN dans sa guerre en Afghanistan. Pour deux raisons: d’une part, cette guerre “fixe” les talibans et leurs alliés islamistes dans cette zone, et réduit la pression islamiste sur la frontière russe; d’autre part, cette guerre “fixe” l’OTAN dans ce bourbier, dans la mesure où les Russes sont persuadés que l’OTAN ne peut l’emporter et qu’il importe alors de la soutenir pour qu’elles ne subissent pas de revers trop vifs qui pourraient déclencher un abandon de ce théâtre, – dans un moment de faiblesse du caractère comme l'OTAN montre parfois.
• Comme on l’a vu plus haut, cet accord place la Russie dans une position de force vis-à-vis de l’OTAN, en lui donnant un rôle d’“indispensable allié de circonstance” . Les Russes ont désormais une carte maîtresse dans leurs négociations avec l’OTAN, et une carte avec laquelle ils peuvent exercer une pression supplémentaire dans plusieurs cas. On imagine aisément les Russes en bien meilleure posture pour exiger des concessions décisives dans l’affaire du BMDE (anti-missiles).
• Dans la logique de ce qui précède, l’accord sur la voie de communication vers l'Afghanistan renforce la position russe vis-à-vis des USA de l’administration Obama. Les Russes ont compris que l’administration Obama veut faire un effort maximum en Afghanistan; ils aident donc cet effort maximum, tout en comprenant aisément que cet effort a, comme dans le cas de l’OTAN, la vertu, de leur point de vue, de “fixer” les USA dans le bourbier afghan. Les Russes ont également compris que l’administration Obama recherche des arrangements avec les Russes en Europe pour se concentrer sur l’Afghanistan, et toute cette affaire y concourt également. Là encore, ils retrouvent la position déjà mentionnée d’être en meilleure position pour obtenir des concessions en Europe de la part des USA, notamment sur la question des anti-missiles dont le projet de déploiement n’enchante pas vraiment l’administration Obama.
On observera enfin combien cette affaire contribue à renforcer la réorientation de la crise afghane, du Sud vers le Nord; en en faisant le bout oriental d'un “arc de crise” désormais orienté vers le Nord, vers la Russie (avec la Géorgie), vers la Pologne (BMDE), vers l'OTAN, au lieu de l'“arc de crise” classique, vers le Sud, vers l'Iran, l'Irak et les rives de l'Océan Indien.
Alain de Benoist à Moscou : la quatrième théorie
Suite à la venue de Alain de Benoit à Moscou fin novembre dans le cadre de conférences à l'université MGU, nous retranscrivons ici un texte intéressant de Léonid SAVIN sur la conférence du leader du courant de pensée "nouvelle droite".
On peut lire l'article original ici. Il a été publié sur le site Géopolitica.ru Martin Heidegger a affirmé que la Russie était de façon ontologique la terre du futur. La Russie n'a pas connue le fascisme, le libéralisme et le socialisme sous leurs variantes Occidentales. Le Marxisme est arrivé en Russie par le bolchevisme et s'est exprimé sous cette forme de marasme que la Russie a connue lors des dernières années de l'union soviétique. Le libéralisme a fait irruption sous l'époque Eltsine, détruisant notre économie, nos traditions et les liens séculaires au coeur du plus grand empire du monde.
C'est à partir de ce moment que, pour Alain de Benoit, nous sommes entrés dans la mondialisation unipolaire. L'effondrement de l'Union soviétique, l'émergence et la diffusion des nouvelles technologies, et tout d'abord de l'information, mais aussi le règne du marché financier ont été les locomotives de la globalisation, globalisation qui est elle même la source des conflits (ouverts ou larvés), de chutes de régimes ou d'états, de crises financières ou encore de nombreux évènements sociaux-politiques.
Aujourd'hui est peut être en train de naitre en Russie une nouvelle idée, une "quatrième" théorie politique, présente dans le discours de Alexandre Douguine, professeur à l'université d'état de Moscou (MGU). Mais pour que naisse quelque chose de nouveau, il doit mourir quelque chose d'ancien. La mondialisation pour alain de benoit est un pont transfrontalier et intemporel (inter-époque) qui comprend cinq composantes essentielles.
L'individualisme émergeant au détriment de la communauté ; l'effacement des différences ; la
désacralisation qui va main dans la main avec la rationnalisation à
outrance, ces deux processus étants nés à l'époque des lumières et
ayant coisuit à l'état actuel del'humanité,
axant sa 'foi' dans le progrès et les sciences
appliquées.
Ces phénomènes ont déjà été
traités par une variété d'écoles de pensées, des traditionalistes aux sociologues (les derniers appartenants malgré tout à la science) ; enfin le dernier, à savoir l'universalisation des façons de penser.
Tout cela a conduit à l'apparition de
l'homo economicus, pur produit du libéralisme et du
marché. Le libéralisme placant le marché au
"coeur" de son système, régentant tout, jusqu'au relations entre les hommes. Ces processus ne pouvaient pas ne pas toucher la 'politique' en donnant lieu a de nouveaux phénomènes : des réseaux virtuels, les mutations des "états nations" en de nouvelles formes d'états, des nouvelles méthodes de gestions etc etc, tous ces changements suivaient par inertie les concepts profonds du libéralisme.
La biopolitique peut être considerée comme la suite logique de
la théorie libérale lorsque les groupes sociaux et les individus sont
considérés en tant qu'organismes biologiques ,avec des comportements
définis, que l'on peut manipuler ou gouverner (le terme, qui a été
utilisé par de Benoit pour la description de ce modèle de gestion politique), en gros quand les gens sont considerés comme des objets.
Toutefois cette théorie touche a sa fin, il faut désormais se pencher sur les valeurs fondamentales de l'humanité. Des
valeurs non pas unifiées mais uniques pour chaque peuple, chaque
personne, prenant en compte toutes les composantes religieuses,
historiques et culturelles. Ces valeurs ressortent d'ailleurs parfois
meme de l'inconscient collectif des peuples qui sont les plus fortement touchés par la globalisation.
Le deuxième jour de son séjour à l'Université d'Etat de Moscou, M. Benoit a parlé de la nécessité du don et du contredon.
Cette théorie anti-libérale a été
examinée par rapport aux techniques traditionelles et modernes
par l'école sociologique de « moss et bataille ». Aujourd'hui, la mise a jour de cette théorie est nécessaire.
Le « don » est lié a l'abondance d'énergie qui est produite par l'organisme (ou le système).
Ce surplus d'énergie aboutit a un « don », sorte de cadeau involontaire qui aboutit lui, ultérieurement a des catastrophes et des bouleversements sociaux massifs.
La Russie fait progresser l' "Europe européenne"
Jeu,
set et match pour Moscou. A l’occasion du sommet Union
européenne/Russie, qui a eu lieu le 14 novembre à Nice, la Russie a
obtenu la réouverture, dès le 2 décembre, des négociations de «
l’accord de partenariat et de coopération (APC) » - « suspendues » le
1er septembre afin de sanctionner sa guerre contre la Géorgie –, alors
même que son président, Dmitri Medvedev, n’a pas caché qu’il
considérait que le dossier géorgien était désormais clôt.|
Ce n’est pas une crise, c’est une guerre contre la Chine et l’Euro ! |
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La crise financière n’en finit pas de surprendre les économistes, elle défie les règles comptables, il y a une bonne raison à cela : ce n’est pas une crise due à une mauvaise gestion des banques, des erreurs ou un disfonctionnement du libéralisme, la fin d’un système, mais une guerre menée par Washington contre l’ensemble de ses adversaires et concurrents. Et comme toutes les guerres, la victoire appartient à celui qui gagne du terrain. La crise a commencé avec les annonces de déficit voire d’une possible faillite de Freddie Mac et Fannie Mae, deux organismes américains de financement d’hypothèques qui fonctionnent grâce aux emprunts d’Etat ou obligations (bonds) qui sont des placements financiers très sûrs. La Chine a été en première ligne des victimes potentielles après ces annonces car elle possède 397 milliards de dollars d’obligations de ces deux institutions. Suite aux annonces, le 7 septembre, le gouvernement américain a pris l’engagement d’injecter 200 milliards de dollars dans les deux organismes pour combler leur déficit, et les a placés sous sa tutelle [1]. Un interventionnisme bien généreux, cousin germain du plan Paulson. Les Chinois ont félicité Washington pour avoir sauvé leurs investissements, mais dans le même temps, les obligations qu’ils détiennent n’ont désormais plus leur valeur initiale et ils ne peuvent plus les revendre. Les banques qui détenaient ces obligations ont donc également perdu de leur valeur : leurs actions ont baissé. Dans l’opération, l’Amérique n’est pas devenue plus riche (bien que la valeur de sa dette soit diminuée), mais ses créanciers sont devenus nettement moins riches car ils sont en possession de titres en chute libre et doivent puiser dans leurs trésoreries (leurs réserves en devises) pour combler leurs pertes ainsi que garantir les avoirs des clients des institutions financières touchées. Il n’y avait pas que les chinois : tous les pays ainsi que toutes les banques privées ont été touchés à diverses hauteurs selon le niveau de leurs investissements sur ces titres de créances américains qui ne valent plus rien dans l’immédiat. Cependant ce ne sont pas les banques chinoises ou japonaises ou encore britanniques très touchées par la chute des obligations américaines qui ont fait état de pertes et de faillite, mais trois autres importantes institutions financières américaines, Lehman Brothers, Merrill Lynch et AIG. Leurs annonces publiques de faillite suivies des plusieurs appels au calme ou d’annonces de plans successifs de sauvetage ont servi de facteurs déclencheurs. La panique a gagné tous les pays et les bourses ont chuté. Avant ces annonces anxiogènes, véritables bombes, la plus grande discrétion régnait et règne encore dans tous les pays concernés. Les principaux intéressés n’ébruitent pas leurs pertes plus particulièrement les Russes et les Chinois. On peut établir une estimation de leurs pertes sur la base de l’onde de choc chez les Européens où les règles démocratiques imposent plus de transparence. Le pays indicatif pourrait être l’Allemagne qui avec 41 milliards de dollars d’investissements est le 14e dans le palmarès des Etats détenant des obligations américaines. Pour renflouer Hypo Real Estate, la 4e banque du pays, Merkel a dû dépenser 50 milliards d’euros, soit 68 milliards de dollars, c’est-à-dire une somme bien supérieure aux investissements allemands sur la dette américaine. On n’ose imaginer les dégâts provoqués chez les champions de placement sur les titres de créances américaines. A quelques exceptions près, tous avaient augmenté leurs investissements au cours de l’été dernier en raison d’une baisse anormale des cours de l’ensemble des obligations américaines à partir du mois d’avril 2008, qui est également la date du début des spéculations boursières américaines qui ont fait exploser le prix du baril. Les deux manipulations sont sans doute liées : A partir d’avril 2008 et la baisse des cours des obligations, chacun voulait attraper le pus possible de ces titres qui devenaient de plus en plus rentables. La hausse artificielle du baril a servi de locomotive pour relancer les achats des obligations bon marché : La hausse artificielle du baril a boosté les revenus des Arabes de l’OPEP et leurs investissements ont augmenté au rythme incroyable de 15% par mois à partir du mois d’avril 2008. Au dernier pointage en juillet 2008, le Japon détenait 593 milliards de dollars (G$) d’obligations aujourd’hui sans valeur, la Chine détenait 519 G$, La Grande-Bretagne : 291 G$, les Arabes du Golfe : 174 G$, le Brésil : 148 G$, les banques off-shore où repose l’argent blanchi des mollahs et des mafieux : 133,5 G$, le Luxembourg : 75 G$, la Russie :74 G$ ; Hong Kong :61 G$, la Suisse :45 G$... Les banques off-shore sont dans une situation grave. Les boursicoteurs particuliers sont rétamés. Et les Etats doivent injecter de colossales quantités de devises prises dans leurs réserves pour sauver les banques touchées afin de garantir les avoirs de leurs citoyens et leurs industriels. Ces derniers sont touchés : leurs actions se cassent la gueule. Chaque Etat intervient pour sauver ses secteurs financier et industriel afin qu’ils ne soient rachetés par des investisseurs étrangers parmi lesquels certaines banques américaines qui ont fait de juteuses affaires dans les premiers jours de la crise et les américains qui peuvent compter sur l’apport de nouveaux investissements sur les obligations américaines, investissements nécessaires pour renflouer les Freddie Mac, Fannie Mae et consoeurs si chacun veut récupérer ses billes à la fin. Parmi les Etats concernés, la Chine est particulièrement touchée car au cours de cette année de grandes dépenses dues à l’organisation des JO (les plus chers de l’histoire) [2], elle a dû puiser dans ses réserves pour payer ce baril cher et pourrait se retrouver à court de devises pour financer l’ensemble de ses pertes. En somme, par une stratégie très avisée, les Américains ont financé leurs dettes et crédits avec les moyens de leurs concurrents chinois, arabes et européens, avant de trouver un moyen subtil de semer la panique en simulant des déficits successifs de 5 (2+3) des plus importantes d’entre elles. Ainsi les Américains ne sont pas devenus plus riches, mais leurs adversaires sont devenus moins riches. Dans une guerre, quand les pertes de l’ennemi sont supérieures aux vôtres, c’est la victoire. Mais ce n’est qu’un début ! Les Etats qui sont ces jours-ci obligés d’intervenir pour sauver leurs industries en puisant dans leurs réserves en devises ne sont qu’au début de leurs peines. Ils doivent restructurer les industries et les banques touchées : leur taux de chômage augmente ainsi que leurs charges. Ils ont injecté des capitaux : leur inflation augmentera et la valeur de leur monnaie baissera. L’euro est déjà en recul face au dollar : c’est une autre conséquence de cette guerre économique. Finalement, pour compenser ces hausses ou pertes sèches, ils doivent décréter des plans de rigueur et augmenter leurs impôts ce qui va influer sur la rentabilité de leurs industries. C’est une victoire par KO pour les Américains qui n’auront pas ces problèmes car rappelons-le, ils ne sont pas devenus plus riches, c’est nous qui sommes devenus moins riches. Enjeux géopolitiques : Cette guerre qui relance le dollar (et fait baisser le pétrole) a été en fait une guerre géopolitique contre d’une part l’Euro et d’autre part la Chine et les économies asiatiques (l’OPEP y a perdu aussi des plumes, Dubaï est ruiné). Pendant longtemps, l’Amérique a essayé de prendre le contrôle de l’ensemble du marché pétrolier par la guerre, dont plus particulièrement celle de l’Afghanistan qui devait lui donner un couloir d’accès à l’Asie Centrale, région actuellement enclavée qui pour cette raison est devenue un réservoir en hydrocarbures exclusivement contrôlé par la Chine et la Russie. Cette dernière achète du gaz en Asie Centrale au prix de 170 dollars les milles mètres cuves et les revend 400 dollars aux Européens, alors que la Chine achète une partie de ses besoins gaziers à 170 dollars directement aux producteurs nationaux d’Asie Centrale, ce qui la rend plus compétitive face aux Américains et aux Européens. Si l’accès vers cette région est rétabli (par des gazoducs sécurisés), les majors pétroliers américains (qui financent les candidats présidentiels américains) pourront contrôler les prix et donc la croissance de la Chine et en même temps priver la Russie de la moitié de ses revenus gaziers ! La guerre en Afghanistan n’a pas permis de réaliser cet objectif majeur pour assurer l’hégémonie mondiale des Etats-Unis sur leurs concurrents directs. L’Amérique s’est alors tournée vers les mollahs en menant une petite guerre économique (sanctions) pour les forcer à composer avec elle pour lui donner un couloir d’accès à l’Asie Centrale. Cette autre guerre avait pour objectif de priver l’Iran d’investissements étrangers et ne ciblait que les partenaires commerciaux non-américains de l’Iran. C’est le même modèle de raisonnement : l’appauvrissement des concurrents des entreprises américaines. Ceci a également échoué (jusqu’à aujourd’hui). Le parti républicain au pouvoir a dû opter pour un plan plus radical qui va priver les adversaires de l’Amérique de leurs avoirs (obligations invendables) et aussi qui va les lancer dans des dépenses incontournables, à la fois pour sauver leurs propres industries, mais aussi pour sauver leurs obligations américaines de la faillite (efforts collectifs demandés par Paulson). Tout le monde attendait une guerre contre l’Iran, l’Amérique surprend le monde par cette incroyable guerre d’un genre nouveau, sans bombe ni victime par balle, une crise qui rétame tous ses adversaires et provoque un nivellement. Ce nivellement et aussi l’embrigadement de force (efforts collectifs) dans le plan du financement des dettes américaines (passées et présentes) lui permettent aussi de maintenir et même renforcer le processus de sanctions contre l’Iran (qui épuisera aussi bien les mollahs que les Européens). In fine, les Américains pourraient atteindre leur objectif d’une entente avec les mollahs, grâce et au détriment des actuels partenaires de l’Iran ! Cette entente (ou sa variante avec les Talibans) permettra alors aux Etats-Unis d’accéder à l’Asie Centrale pour contrôler beaucoup de réservoirs et les prix avec un dollar qui aura entre temps retrouvé sa santé. Ce sera le jackpot permanent ! En attendant, nous paierons la facture. © WWW.IRAN-RESIST.ORG | Mots Clefs | Décideurs : Bush | | Mots Clefs | Zone géopolitique / Sphère d’influence : USA | | Mots Clefs | Zone géopolitique / Sphère d’influence : Chine | | Mots Clefs | Enjeux : Gazoduc, Oléoduc & pipelines (vers l’Asie Centrale) | | Mots Clefs | Zone géopolitique / Sphère d’influence : Asie Centrale | [1] En plaçant les organismes soi-disant déficitaires sous leur tutelle, les Etats-Unis ont aussi pris le contrôle des livres de compte ce qui ne permet plus de savoir si les annonces étaient ou pas simulées. [2] Les Chinois ont oublié leur propres leçons : 2008 est l’année du RAT | |

Comme
il fallait s'y attendre, la présence massive de soldats
étrangers (près de 8000 entre Venise et Vérone sur
la seule base italienne de Vicenza, lorsque les travaux d'extension
seront terminés) suscite une opposition croissante dans les
pays-hôtes. L'équateur fait savoir qu'il ne
renouvellera pas le contrat de l'Ayacucho, lorsque son
échéance se présentera en 2009. Les Japonais,
comme les Philippins et les Italiens, protestent
régulièrement contre cette occupation injustifiée
de leur sol, et en Allemagne les "Amies"
de la guerre froide sont de plus en plus mal supportés. Il en va
de même en Pologne et en Tchéquie où les 2/3 de la
population se déclarent hostiles à l'installation de bases
de radars et de missiles soi-disant pour contrer une menace iranienne
(inexistante) que les Russes perçoivent non sans raison comme
une possible atteinte à leur sécurité. En
Corée du Sud, des protestations massives ont récemment eu
lieu contre le plan de construction d'un nouveau
Quartier-Général destiné à superviser les
43 000 soldats et civils employés localement par Washington.
Le mariage forcé de la Méditerranée
Ou la convergence du petit projet sarkozien et d'un grand dessein globalisant
Michel Lhomme
Le
3 mars 2008, un rendez-vous, prévu de longue date, entre Nicolas Sarkozy et
Angela Merkel fut en partie annulé, pour cause – et ce furent les raisons
invoquées par Paris – d’ « agenda africain » (Sarkozy rentrait d’Afrique
du Sud). Néanmoins, sous le prétexte de l’inauguration du Salon des Nouvelles Technologies de Hanovre, une petite rencontre
fut organisée. Devant une chancelière allemande sceptique, Sarkozy se félicita
des relations franco-allemandes et, en particulier, de la gouvernance commune
de Eads qui venait juste de remporter
le marché public juteux des ravitailleurs en vol de l’armée américaine qu’un
recours à la Cour Suprême est en passe d’annuler. Cette courte visite ne trompa
personne. Pourtant, on apprit qu’en marge de l’inauguration de Hanovre, un
compromis avait été trouvé sur une pomme de discorde franco-allemande, à savoir
l’Union de la Méditerranée, cet
« espace de solidarité et de coopération » que le Président français,
Nicolas Sarkozy, rêve de construire. Le compromis fut scellé le 13 mars en
revoyant largement à la baisse, à la demande de l’Allemagne, le projet
sarkozien. En effet, depuis mai 2007 où, dans un discours enflammé de victoire
électorale, Sarkozy se fit passer pour un grand géopoliticien aux yeux du monde
en souhaitant marier tous les pays du Bassin Méditerranéen, le projet
présidentiel était source de mésentente
avec notre voisin rhénan1.
Alors,
ce projet est-il un véritable projet géopolitique, viable et réaliste ?
N’est-il pas de la poudre aux yeux, un calcul électoral de plus, visant, par
exemple, à flatter les électeurs français maghrébins, de plus en plus
nombreux ? D’ailleurs, peut-on construire un projet géopolitique sur des
réflexes défensifs, une obsession sécuritaire, l’idée généreuse de construire
une sorte de mur « soft » d’aide économique, entre le sud de l’Europe
et le nord de l’Afrique pour contenir, en fait, l’immigration de peuplement qui
affaiblit la France, l’Espagne et l’Italie ? Que cache donc en réalité ce
projet plus géoéconomique que géostratégique ?
Les
difficiles fiançailles de Barcelone
Pour
en comprendre la source, il faut, bien sûr, remonter au Processus de Barcelone, processus de négociations et d’inquiétudes qui avait débouché à
la Conférence de Barcelone du 27 et 28 novembre 1995, l’Union de la Méditerranée de Sarkozy pouvant être perçu comme une
tentative volontariste de relancer ce processus d’Euro Med de 1995, mis à mal par des échecs successifs et en
particulier, par l’offensive israélienne au Liban de juillet-août 2006 et
l’enlisement américain en Irak. Alors que l’Europe se déchirait sur fond de
crise yougoslave et que la guerre du Golfe pourrissait les espoirs d’une
solution durable du conflit israélo-palestinien, les bords de la Méditerranée devenaient
une zone de risque, un carrefour instable de plaques tectoniques en fusion sur
fond de « crise de la civilisation » à la Huntington. De 1991 à 1994,
l’Union Européenne, impulsée par l’entrée de la Grèce, de l’Espagne et du
Portugal dans l’UE, commença à intégrer la dimension méditerranéenne dans sa
géopolitique, dans une perspective double de sécurité intérieure (immigration
et menace de l’islamisme radical) et de coopération économique (ouverture
d’unions douanières libérales). La Conférence de Barcelone marqua, alors, pour
la première fois dans l’histoire moderne de la Méditerranée, la rencontre
autour d’une table de la quasi-totalité des pays riverains et des membres de
l’UE. Il s’ensuivit une déclaration, symptomatique des conceptions géopolitiques
défensives de l’Europe : un concept de sécurité globale qui se proposait
d’échanger le développement économique contre la sécurité intérieure2. On connaît la suite de ce processus.
L’échec du dialogue israélo-palestinien avec la radicalisation des deux camps,
l’impossibilité de solutionner les crises secondaires (Sahara Occidental,
Chypre, Algérie, Libye, Grèce et Turquie), la question turque avec le risque
d’un état religieux et les dissensions internes sur son entrée dans l’UE,
l’échec du référendum sur la Constitution européenne, tous ces facteurs
brisèrent la dynamique de coopération libérale, amorcée en Espagne. De plus, l’Euro Med de Barcelone faisait souvent
double emploi avec des institutions déjà mises en place auparavant par l’UE,
comme le Dialogue 5+5 (réunissant les
pays dits de l’Arc latin et ceux du Maghreb) qui a été relancé en 2001, le Dialogue Méditerranéen, créé en 1994 et
lui aussi réactivé lors du Sommet de l’Alliance d’Istanbul en 2004, la Coopération des îles méditerranéennes
(sorte de lobby actif des îles méditerranéennes qui profite des mannes
financières issues du statut de « région ultra-périphérique »), la PEV (Politique Européenne de Voisinage)
lancée en mai 2004, le programme financier MEDA3, et toutes sortes de micro-projets d’unions
douanières, d’accords bilatéraux, par exemple avec le Maroc, la Tunisie ou
Israël. Ces ajustements structurels ont d’ailleurs aggravé plus qu’estompé les
inégalités sud-méditerranéennes4. En
plus, très souvent, c’est l’échec des tentatives d’union des soi-disant
intéressés eux-mêmes (ce qu’on appelle le rapprochement Sud-Sud) qui est à
l’origine des blocages ; par exemple, l’Union du Maghreb Arabe - UMA –
lancée en grande pompe, en février 1989 à Marrakech, est restée lettre
morte !). Ses échecs tiennent à la fois du clanisme, du clientélisme et de
la corruption, très présentes dans la région, de la spécificité locale des
gouvernements en place et en particulier, des méthodes obsolètes de leurs
administrations, seules et toutes puissantes devant une opposition la plupart
du temps muselée et sévèrement contrôlée. Que vient donc faire le projet
Sarkozy dans tout ce fatras ?
Son
originalité est de vouloir définir politiquement un
espace commun de paix, de
stabilité et de prospérité dans ce qui
n’était, pour l’instant, qu’une
velléité
de partenariat économique5. Les
réticences germaniques qu’il a pu rencontrées, viennent de ce renforcement du
dialogue politique qu’il souhaite insuffler à une union économique que les
Allemands considèrent comme difficile et menacée par un projet politique,
social, culturel et humain, incluant forcément, par ricochet, la question
délicate de la démocratisation des pays concernés. Car, sur le plan économique,
depuis Barcelone, les choses ont tout de même bien progressées : de nombreux
fonds structurels ont été créés ; le FEMIP
devrait se transformer sous peu en Banque
Euro-méditerranéenne de
Développement, l’idée d’une Communauté
de la Méditerranée, dotée d’un Conseil
exécutif du Bassin méditerranéen, dans le cadre de
l’objectif improbable, en
2010, d’une zone de libre échange en
Méditerranée (le MEDA) fait son chemin
même si, dans l’ensemble, tous reconnaissent que ses
programmes méditerranéens,
à l’échelle de l’UE, ne marchent pas et y
préfèrent, en fait, des accords
bilatéraux classiques d’État à État. 30
à 35 % seulement des ressources
européennes des programmes européens votés
auraient été dépensés et les
inégalités économiques demeurent
élevées, surtout après l’extension de
l’euro.
Aussi, à côté de l’Allemagne de Merkel,
l’Italie de Prodi ou l’Espagne de
Zapaterro ne manifestent pas plus d’enthousiasme pour le projet
sarkozien
qu’ils jugent fantomatique ou coûteux ou se surajoutant aux
difficultés déjà
présentes. Alors pourquoi de tels blocages dans un espace qui
fut, après tout,
celui de croisements millénaires ?
Désunions
méditerranéennes
Il
y a les obstacles culturels : « le déficit de connaissance du Sud par
le Nord comme du Nord par le Sud »6 et
le décalage administratif entre la rationalité de l’Union et les habitudes
traditionnelles du Sud. Il y a les pesanteurs historiques que l’on songe aux
rapports enflammés de Paris avec Alger, toujours en attente d’un Traité
d’Amitié, sur fond de repentance7. Il y a
enfin l’absence de vraie politique méditerranéenne de l’UE dont le centre de
gravité se trouve naturellement à l’Est. Justement, on peut reconnaître au
projet Sarkozy le mérite de mettre sur la table cette question méditerranéenne
de l’Europe, la tentative de penser une vision stratégique de l’espace
méditerranéen. Mais, cette priorité diplomatique du premier mandat - l’« Union Méditerranéenne » de 16 pays
d’Europe du Sud, du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (8 sur 8)8 -, programmée pour le second semestre
2008, date où la France présidera l’Union européenne –est-elle vraiment
réaliste ?
En
fait, un rapide coup d’œil sur la carte nous laisse sceptique. Comment
concilier des intérêts aussi contradictoires que ceux du Maroc et de l’Algérie,
du Liban ou d’Israël, de la Grèce et de la Turquie, sans parler de Monaco et de
Malte ? Pour résoudre cette union, il faudrait d’abord résoudre les
conflits existants. Or, ils sont légion.
Il
faudrait, par exemple, résoudre les micro-conflits du Sahara occidental et de
Chypre. L’ancienne colonie espagnole empoisonne, depuis des décennies, les relations entre le Maroc et l’Algérie9. La Turquie et Chypre n’ont toujours
pas signé de traité de paix. L’autre grande source de division, où la France
d’ailleurs est plus qu’impliquée, c’est le Liban, avec la Syrie, qui devrait
être membre de l’Union, en
arrière-plan. Pour l’instant, depuis la guerre avec Israël de l’été 2006 et la
démission en novembre de la même année des ministres d’opposition prosyriens du
gouvernement de Fouad Siniora, le dialogue interlibanais, malgré tous les
efforts de la diplomatie française, reste au point mort. Les affrontements
entre chiites et sunnites ont repris au Nord Liban, fin juillet 2008,
nécessitant à Tripoli l’intervention de l’armée régulière libanaise. La
question de la présence du Hezbollah
prosyrien et pro-iranien n’est toujours pas tranchée : Israël ne voulant
pas en entendre parler. La récente opération israélienne sur le territoire de
Gaza, énième tentative début mars 2008 de mise au pas du Hamas, ne doit pas faire oublier les velléités de conflits d’Israël
avec l’Iran mais aussi, même si l’on en parle beaucoup moins, avec la Syrie.
Pour les militaires israéliens, en effet, il faudra un jour ou l’autre
s’attaquer à Damas, faute de perspectives diplomatiques sur le statut du Golan.
Il est clair que pour Israël, l’Union
Méditerranéenne demeure un projet vague et assez utopique, qui les laisse
pantois malgré les garanties présidentielles10.
Ceci étant, la rencontre indirecte à Paris, aidée par la Turquie et l’émir du
Qatar, entre le Président syrien, Hafez el Assad et le premier ministre
israélien, Ehud Olmert, la déclaration télévisée du Président syrien11 proposant des négociations entre six
mois et deux ans où « tout sera discuté : l’eau, la sécurité, les
frontières » et prenant Sarkozy comme parrain, les changements prévisibles
de l’administration américaine, voire la victoire du démocrate Obama en
novembre, ont décrispé l’atmosphère alors que concrètement sur le terrain rien
ne change et qu’on peut même parler de renforcement des provocations israéliennes
(construction du mur, bouclage du territoire palestinien et implantation de
nouvelles colonies, soutenues par Tsahal,
sans parler des provocations militaires dont même certaines officines
israéliennes des Droits de l’Homme se sont émues, mitraillage de balles de
caoutchouc de suspects palestinien lors de banaux contrôles d’identité).
De
plus, la légitimité de tous les pouvoirs en place affecte
le pourtour
méditerranéen, qu’on songe à l’Egypte
de Moubarak, à l’Algérie de Bouteflika,
régulièrement secoué par des attentats meurtriers,
à l’Israël d’Ehoud Olmert, à
la Palestine de Mahmoud Abbas et j’en passe, tout cela sur fond
de bourbier
irakien et afghan. Il est certain que l’opinion arabe
sud-méditerranéenne est
de plus en plus anti-occidentale et que la présence
renforcée des militaires
français en Afghanistan, de plus en plus dénoncée.
On ne pourra pas évacuer
facilement sur la Méditerranée l’ombre
proche-orientale, même par le rêve d’un
« petit Napoléon » qui croit voir planer,
en se promenant sur la Cannebière,
une amitié des peuples multiséculaire,.
L’armée turque est, depuis le début de
l’année, fortement déployée, en mission
offensive sur sa frontière Est, contre
le Kurdistan irakien. En fait, toute la région
sud-méditerranéenne est en
ébullition.
Enfin,
même si dans le projet sarkozien, la Libye ne reste qu’un simple observateur de
l’UM la question de l’imprévisible
Kadhafi demeure. Lors de la Conférence Euro-Afrique de Lisbonne du 8 et 9
décembre 2007 que la Grande-Bretagne boycotta, l’intervention libyenne fut
vivement remarquée. Kadhafi, dans un discours sévère à la tribune, posa ses
conditions au dialogue euro-africain. Il exigea des compensations
financières mirobolantes comme l’indemnisation des effets négatifs de la
colonisation, il ordonna la défense du nucléaire militaire pour tout état
faible. C’est d’ailleurs, lors de ce sommet que la mésentente diplomatique
franco-allemande, se fit le plus sentir d’autant que cette intervention de
Lisbonne précédait le voyage d’Etat rocambolesque de cinq jours, à Paris, du
dictateur libyen et de sa tente saharienne, sur fond d’espoir de vente de Rafales, et d’une juteuse centrale
nucléaire civile d’Areva12. La presse allemande ironisait, par
exemple, sur une France si endettée et vidée financièrement qu’elle était prête
à s’allier avec le Diable pour signer n’importe quel contrat commercial !
Enfin, récemment, suite à l’attentat contre l’école talmudique de Jérusalem du
6 mars 2008, Israël accusa directement la Libye d’être un « terroriste
infiltré » lorsque celle-ci réussit à empêcher une condamnation de
l’attentat par le Conseil de Sécurité.
Alors,
comment pourrait-il y avoir d’Union
méditerranéenne, sans règlement préalable des conflits de la mare nostrum, sans règlement durable de
la guerre qui oppose le monde arabe et Israël ? Comment perdurer et
fonctionner dans tant de divergences si, en plus, comme le précise le projet,
l’Union Européenne et la Ligue Arabe seront des membres de plein droit de la
nouvelle Union ?
Nonobstant,
la diplomatie française s’enflamme : « L’Union méditerranéenne, c’est
une union de projets entre des pays d’intérêts convergents » déclarait,
par exemple, Alain Le Roy, ambassadeur français chargé du projet d’Union pour la Méditerranée, avant le
départ en Égypte du Président Français pour les fêtes du nouvel an.13 Les médias turcs – n’oublions pas que
Sarkozy est officiellement14 opposé à l’entrée de la Turquie dans
l’UE – ironisent sur l’UM en parlant
du « Club Med » de la
politique étrangère française ! En fait, Ankara y voit une manœuvre de
plus, une « adhésion au rabais » envisagée par Paris, pour l’empêcher
d’entrer dans l’Union européenne15. En
offrant à la Turquie, le rôle de « pilier central » de l’Union Méditerranéenne, Ankara
disposerait d’une voie alternative où elle pourrait espérer jouer un rôle de
puissance régionale dominante comme si ses voisins souhaitaient le retour de
l’Empire Ottoman en Asie Mineure ou comme si la Turquie pouvait renoncer aussi
vite à une intégration pure et simple dans l’UE, réclamée depuis 1959 et
préparée de longue date ! Que ce
soit donc à l’Est ou au Sud de la Méditerranée, il n’y a pas d’unité, ni de
convergence d’intérêts. Même, de vieux contentieux frontaliers classiques
sont actifs. Les différences culturelles sont bien plus profondes qu’elles n’y
paraissent, les divergences structurelles profondes, les enjeux de chacun
singulièrement antagonistes. Alors peut-il vraiment y avoir « union », fut-elle simplement
économique, entre des États qui s’affrontent en coulisses tout en s’échangeant
des sourires à la télévision ?
La
promesse d’une grande famille de Tamanrasset à San Francisco
En
réalité, dans le landerneau fermé de la diplomatie, l’UM a été moqué. Néanmoins, ne faut-il pas aller plus loin et
chercher à déceler derrière le projet Sarkozy une évolution générale type – en
réalité, libérale et américaine – qui, sous les traits de la bonne gouvernance
ou de la sacro-sainte défense de l’environnement, engage comme d’habitude, un
processus géostratégique et géopolitique du monde bien précis16 ?
Cela
commence d’abord par l’effet d’annonce « humaniste » et
« écologique » : la Méditerranée menacée de devenir une Mer
Morte17. L’opinion publique, toujours bon
enfant et qu’une éducation à l’environnement a préparé dès la maternelle,
acquiesce. Ensuite, il y a l’évidence économique : la politique ne sert
pas le peuple mais les commerçants. L’Union
Méditerranéenne, c’est encourager d’abord le développement du libre
échange, dans le cadre bien défini de la mondialisation néolibérale dont
l’Union Européenne est une tête de pont. Pour préparer l’Euro Med de Barcelone, la France, l’Italie et l’Espagne s’étaient
engagés, dès 1995, dans le développement d’accords commerciaux bilatéraux, avec
le Maghreb mais aussi Israël18. Que
ce soit en Amérique latine (Alena et TLC), en Afrique (les APE) ou autour de notre mer commune, il
s’agit de créer de grands ensembles commerciaux, sortes d’hypermarchés
périphériques, appelés à se fondre à la mégapole centrale, petit à petit. En
fait, dans de tels ensembles et conglomérats financiers, les limites, au sens
géographique et géopolitique, ne comptent pas19.
Pour l’UE, on peut -