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Études  Géopolitique Sommaire


        2010 : MEILLEURS VŒUX À L’ALLEMAGNE
Michel Lhomme



Sarkozy sifflé à Berlin

    À côté de la profusion des événements relatés, l’un des effets d’internet est la rapidité de l’information qui, à peine exposée, est aussitôt remballée et jetée aux orties1. Elle permet d’esquiver ce qui dérange. Par exemple, du discours de Sarkozy, à Berlin, le 9 novembre 2009, on retiendra la gaffe du « je suis partout donc j’y étais » mais on perdra trace dans les archives du fait majeur : Sarkozy fut sifflé par la jeunesse berlinoise, lors des commémorations du vingtième anniversaire de la destruction du Mur. Pour les mêmes raisons, lors du premier match contre l’Irlande, lorsque l’écran géant du stade de France passa subrepticement le visage de Sarkozy dans les tribunes, les gradins s’agitèrent  mais on se garda de tout commentaire et surtout de repasser l’image du Président de la République conspué. A Paris comme à Berlin, la presse aux ordres ne revient pas sur les incidents de parcours et les coups de sifflets malfaisants 2 !

     À Berlin, le 9 novembre, la presse française évoqua un discours inaudible, une faille technique inexplicable, liée à la traduction simultanée alors qu’en réalité, cette faille visait à couvrir les quolibets qui accompagnaient le discours du Président et qui mirent mal à l’aise, tous les jeunes participants français aux cérémonies officielles au point que certains, en rentrant de la « fête », n’osaient plus parler la langue de Voltaire, dans les couloirs du métro berlinois. Mais en quoi le discours de Sarkozy était-il si « répugnant » pour la jeunesse allemande ?

    Ce n’était qu’un texte prétentieux et vide, sans contenu politique. Trois jours plus tard au Vercors, Sarkozy aura le culot de relire à nos agriculteurs, un discours qu’il leur avait tenu, au mois de février, sans y changer mot, avec la même intonation, des gestes identiques, sans compter les promesses financières toujours attendues3 ! A Berlin, l’ «appel à faire tomber les barrières » était ridicule parce que n’importe quel lycéen de Terminale un peu bavard aurait pu l’improviser. De fait, il aurait été indécent mais pourtant courageux, pour un chef d’État libre, d’appeler à la destruction du mur d’encerclement palestinien construit par le gouvernement de Tel Aviv, vrai avatar contemporain et politique - s’il fallait en chercher un ! - du Mur de la Honte4 . Or, Sarkozy n’utilisa que des phrases stéréotypées, téléguidées et convenues, avec l’outrecuidance de se croire en pleine guerre froide et de se prendre pour Kennedy : « Wir sind Brüder, wir sind Berliner »… C’était du moins ce qui devait être griffonné sur le papier car, inepte en langue germanique et n’ayant pas eu la délicatesse ni la politesse de relire son texte, il prononça : « Wir sind brüher, wir sind Berlin » (nous sommes un bouillon, nous sommes Berlin). Face à la faconde du niais et du fat, les jeunes allemands rirent aux éclats, comme devant un film de Louis de Funès5 mais ils rirent jaune car contrairement, à ce qui fut écrit le lendemain dans Vingt Minutes, le public allemand n’a pas applaudi la prestation de Sarkozy mais l’a fièrement sifflée. Sifflée pour inculture, sifflée pour maladresse mais sifflée aussi pour la « petitesse » d’un Président m’as-tu vu qui croyait refaire, dans la capitale allemande, le coup d’un jeune politicien de la guerre froide, prenant sans doute Carla Bruni pour Jackie Onassis ! Or, on n’attendait pas, à Berlin, un « wir sind Berliner », un « wir sind brüder », un énième « nous sommes tous des juifs allemands » (on l’a frôlé de peu !). On attendait de Berlin un wir sind alles europäer», « nous sommes tous des Européens ». On attendait un sursaut et un appel continental6. Si l’incident de Berlin souligne l’image négative de Sarkozy à l’étranger (voir ses visites en Suisse, en Espagne ou en Italie), il pointe aussi son absence de vision historique, d’orientation pour l’avenir, tissant dans ses interventions successives, une espèce de rafistolage historique entre devoir de mémoire, hystérique identité nationale et soumission atlantiste.

Le vieux patriotisme de Mitterrand 

    Ces dernières semaines, les commémorations de Berlin ont fait l’objet de nombreux commentaires. On a parlé de la cécité de François Mitterrand, réagissant avec retard à la « destruction » du mur, rechignant à se rendre dans la nouvelle capitale allemande, freinant le processus, signant même, début décembre 2009, un rocambolesque accord bilatéral de cinq ans avec la RDA mais on ne s’est pas demandé au juste pourquoi ? Homme de la Seconde Guerre Mondiale, l’attitude de Mitterrand demeure rétrospectivement celle d’un patriote, le dernier, peut-être, des patriotes français !  En novembre 1989, aux premiers instants des brèches dans le mur, Mitterrand ne réagit pas en Européen mais en Français, il comprenait qu’en de telles circonstances, son devoir était la prudence et le retrait opportun. Il s’agissait de défendre les intérêts de la France qu’il voyait menacés par la renaissance possible d’une grande Allemagne7, la remise en question probable de la ligne Oder-Neisse. On ne lui reprochera pas cette prudence politique élémentaire, cette lubie d’avoir raisonné en « nationaliste » tandis qu’on imagine - et qu’importe la date finalement8 ! – Nicolas Sarkozy, un piolet à la main, s’empressant de faire la fête dans un squat de Berlin et de ramasser un morceau du mur pour pouvoir, demain, le vendre aux enchères ou dire à ses copains de Neuilly qu’il était un « moderne », dans le vent de l’histoire forcément américain ! On en voudra à Mitterrand de ne pas avoir sauté sur l’occasion, de manquer le réveil  européen qui aurait pu et dû l’amener à profiter de la réunification pour dissocier l’Europe des Etats-Unis, proposer un nouvel axe paneuropéen Paris / Berlin / Moscou, voire engager carrément avec Helmut Kohl un projet de fusion fédérale franco-allemand, projet que certains géopoliticiens avanceront un peu plus tard9. Mais au moins, l’ex-Président socialiste raisonnait-il en chef d’État responsable, en patron de la « maison France » même si, replié sur ses faiblesses et pétri de trahisons, il n’avait guère la figure d’un conquérant et demeura, toute sa carrière, moyennement européen et piètre visionnaire.
   
    Or, peut-on, en tant que Français, commémorer Berlin sans s’inquiéter un tout petit peu ? Vingt ans après et contrairement aux promesses tenues10, la réunification n’est toujours pas achevée, l’Europe reste sous hégémonie américaine, la fin du monde bipolaire n’a pas permis l’émergence d’une multipolarisation politique, l’Allemagne n’est toujours pas membre du Conseil de Sécurité11 et l’Union ne s’est trouvée qu’un piètre président belge de compromis12! A qui la faute si ce n’est au manque d’ambition des chefs d’État qui nous gouvernent, à leur tiédeur, à leur soumission. Sans projet européen impérial, sans envergure fédéraliste européenne, l’ouverture du Mur de Berlin n’aura été pour la France qu’un épiphénomène historique. En pleine crise financière, à la fin de l’année 2008, Angela Merkel, irritée par les gesticulations françaises avait, d’ailleurs, remis fermement à sa place le petit Sarkozy en lui glissant froidement à l’oreille : « Chacun sa merde »13 !

    Par la réunification, la France a perdu beaucoup d’intérêts en Europe.  L’Allemagne a pivoté à l’Est, vers la Russie et est devenu le premier grand État Européen. 1989, malgré toute la mystique médiatique du couple franco-allemand, la mythologie de la réconciliation, la poignée de main Helmut Kohl-François Mitterrand de 1983, 1989 marque le début d’une distance de plus en plus grande entre les deux nations même si de part et d’autre, on ne cesse de multiplier les gestes symboliques, les gadgets ou les fuites en avant institutionnelles pour solidifier cet attachement. L’été dernier, Jack Lang, toujours en quête de strapontins dorés pour arrondir ses dépenses somptuaires, s’inscrivait au Goethe Institute pour perfectionner la langue de Hegel et de Fassbinder, rêvant de devenir un ministre ou un secrétaire d’état franco-allemand14 !

France-Allemagne, un match inégal

    Sur le plan économique, les modèles allemands et français divergent le plus. Même si elle est très affectée par la crise, l’Allemagne reste, selon la formule consacrée, « un géant économique et un nain politique ». Elle demeure le premier exportateur mondial mais elle ne dispose ni de la bombe nucléaire ni d’une réelle défense nationale. Les choix économiques de l’Allemagne furent, dans les années 80-90, différents de ceux de la France. Celle-ci choisit la déspécialisation, la désindustrialisation qu’elle est, vingt ans plus tard, avec l’aubaine, pourrait-on dire, de la crise, en train d’achever ; elle liquida, par la PAC, son agriculture pour s’orienter vers une économie de service, une économie touristique, une économie de la consommation, faible en capacité d’emplois et particulièrement friande de bas salaires ou de stagiaires15. Le résultat est connu de tous : un déficit impressionnant, une trésorerie à genoux, des réserves à sec et qui tous les jours, se voient contraintes d’emprunter un milliard d’euros sur les places financières pour assurer les dépenses de l’État16, une part industrielle ramenée à 14 % du PIB alors qu’elle est encore de 21 % pour l’Allemagne, un chômage massif bref, le pacte de stabilité et de croissance qui vole en éclats. A l’opposé, dans la mondialisation des années 90 et l’irruption des pays émergents, l’Allemagne industrielle s’est trouvée en bonne position et en a profité, vendant ses machines outils aux ateliers chinois, indiens ou latino-américains. Jusqu’en 2008, l’Allemagne disposait d’un excédent commercial impressionnant, de fortes réserves monétaires, d’un déficit budgétaire maîtrisé qui, malgré la crise, devrait atteindre cette année 3,5 % alors qu’il est de plus 8% pour la France. Contrairement à la France qui demeure à la traîne, l’Allemagne n’a cessé de gagner des parts de marché, elle a su rester concurrentielle par une plus grande flexibilité du travail (lois de mars 2003 du plan de réformes structurelles du gouvernement Schröder, connues sous le nom d’ « Agenda 2010 » ou « plans Harz »), le développement de la formation permanente et de l’éducation par l’apprentissage, des projets d’investissement qu’attestent l’installation récente dans les Länders de l’Est, de petites unités spécialisées en nanotechnologies, en technologies solaires ou en biotechnologies17. Les Allemands ont une mentalité d’entrepreneur convaincante qui renvoie au « capitalisme rhénan », capitalisme à visage humain dans sa pratique d’un management de compromis, reposant sur des structures familiales solides et la garantie d’une intervention modérée de l’État. Prenons un cas significatif : avant de vendre ses machines, dans un pays tiers, l’Allemagne commence par y implanter ses entreprises de maintenance et de pièces détachées afin qu’en cas de panne, le client soit satisfait et la machine réparée immédiatement18 alors qu’exemple concret, la France dépensera, en frais de bouche et de représentation, pour vendre des robinetteries industrielles mais se rendra compte, un peu tard de la nécessité d’un service local de réparation, demeuré en Ile de France !

    Certes, la réunification fut coûteuse et même budgétivore : 1 300 milliards d’euros qui n’ont pas jugulé les inégalités criantes, les disparités, l’absence de parité entre les territoires de l’ex-RFA et de l’ex-RDA, ni gommer le décalage de productivité entre la partie occidentale et la partie orientale de l’Allemagne unifiée, l’Est se réduisant le plus souvent à un paysage sordide de friches industrielles abandonnées, de barres d’immeubles délabrées. L’absorption d’une RDA à bout de souffle, aux charges toujours croissantes, a pesé et pèse sur l’économie la plus florissante d’Europe, par une hausse sans précédent des prélèvements obligatoires (réservés au paiement des retraites et du chômage des Allemands de l’Est) et un recours accru à l’endettement public19. Mais, par comparaison avec l’hexagone, l’Allemagne demeure compétitive (plus 8 points) et comme nous l’évoquions plus haut, il y eut outre-Rhin, des réformes économiques qui ont permis de mieux encaisser la réévaluation de l’euro, de disposer d’une maîtrise des dépenses de santé et même d’inscrire le principe de l’équilibre budgétaire dans la constitution alors que la France laisse filer son déficit dans des proportions qui frisent l’aventure ou la future banqueroute. Aujourd’hui, la dérégulation et la flexibilité du travail allemand (par exemple, les fameux Mini-Jobs ou les très discutés Ein-Euros-Jobs, réservés aux chômeurs de longue durée et payés un euro de l’heure20) expliquent la baisse du pouvoir d’achat des ménages et le ralentissement général de la consommation intérieure. L’Allemagne apparaît plus touchée par la crise. En France, le système complexe des aides sociales (Rmi, Rsa, Rsta, Smic et autres allocations d’assistance) joue un rôle d’amortisseur mais n’est-ce pas une image un peu fausse21 ? En fait, l’Allemagne ne résiste pas mal et semble déjà prête pour la reprise22. Par exemple, l’augmentation de son taux de chômage n’est que de 7% alors qu’il est de plus 25 % pour la France et ce, même si l’on tient compte du chômage partiel non comptabilisé outre-Rhin23. Certes, le produit intérieur brut de l’Allemagne a baissé de 5 % en 2009 (contre - 2,25 % pour la France) mais cet effondrement s’explique facilement : notre voisin, ayant une économie fortement dépendante des échanges extérieurs, il se trouve naturellement plus affecté par une chute de la demande mondiale. Du coup, la reprise du troisième trimestre (0,7%) n’est que légèrement plus élevée qu’en France24,  l’Allemagne peine mais, les exportations étant le moteur de sa croissance, sa compétitivité lui permettra de rebondir sur la durée alors que chez nous, les déficits publics, le chômage de masse, la crise de l’éducation et de la formation25, les problèmes de qualification repoussent, voire interdisent une sortie bienheureuse du tunnel. Contrairement à l’optimisme affiché, ces derniers jours, par nos dirigeants26, il est bon de rappeler qu’une nation entrant très affaiblie dans une crise majeure ne peut en sortir devant les autres. Ainsi, notre voisin tire déjà profit de la fin de la récession mondiale (vente accrue, ce dernier trimestre, de machines outils à l’industrie automobile chinoise27) alors que chez nous, sans marchés publics, sans politique industrielle de rechange, les carnets de commande de nos entreprises restent vides28. Il y a trente ans, toute l’industrie allemande exportait vers la France ; ces dix dernières années, elle s’était tournée vers les pays de l’Est et la Russie mais ces derniers mois, c’est clairement vers la Chine qu’elle déploie toute sa stratégie d’export.

    Reste le problème de l’Allemagne de demain : la démographie. En effet, on peut parler, chez notre voisin, d’une démographie de dépeuplement. En 2050, l’Allemagne ne comptera plus que 60 millions d’habitants si aucun « afflux migratoire » ne vient l’enrayer (euphémisme malicieux souvent utilisé par les eurocrates pour manifester le souhait suicidaire de voir s’ouvrir toutes les frontières c’est-à-dire dans la novlangue européenne, de s’élargir à tout va !)29. Dans les Mac Do des villes de l’Est, comme Schwerin ou Wismar et totalement à l’encontre de la politique managériale de l’enseigne américaine, on voit des vieilles ou des vieux servir les hamburgers, les bigmacs et les milkshakes. Des villages, des régions entières ont sombré dans la pauvreté, le vieillissement, la solitude et l’alcoolisme. L’Allemagne de l’Est a perdu un tiers de ses habitants et parmi eux, ses diplômés universitaires et sa main d’œuvre qualifiée qui ont quitté les nouveaux Länders de l’Est pour ceux de l’Ouest voire même, les Etats-Unis, le Canada ou l’Australie. Un péril démographique que compense une certaine cohésion nationale, sans rapport avec la France aux oriflammes  algériennes déployées en liesse sur les Champs Élysées, après la sélection de l’équipe de Faouzi Chaouchi30 pour l’Afrique du Sud !

    Dans les attributs de la puissance, on saisit les « choix » français : la démographie pour la consommation au prix de l’identité nationale, le sacrifice d’une économie de production pour une immigration de masse, obérant de manière irresponsable le coût social et économique d’un tel apport allogène dans un système social dispendieux d’assistanat généralisé. État fédéral et non jacobin, la politique migratoire de l’Allemagne se décide au niveau de chaque Länder et par ses traditions juridiques différentes (droit du sol et droit du sang), elle est moins laxiste qu’en France. L’Allemagne présente le visage d’une vigueur économique menacée par le péril du vieillissement tandis que la France, forte aussi de sa population d’outre-mer, maintiendrait l’ardeur relative d’une croissance démographique dynamique. Nous ne portons pas de jugements de valeur sur ces « choix ». Nous les exposons et posons la question : suffira-t-il à la France d’être forte démographiquement pour l’être politiquement, économiquement et culturellement ? Ne sera-t-elle pas tellement rabaissée financièrement et sociologiquement parlant que lors, son « excédent » de population ne lui sera d’aucune utilité dans une économie sous perfusion permanente et en situation d’effondrement des personnes et des entreprises31 ? Dés lors, la France qui n’a plus les moyens de ses ambitions, n’entretient-elle pas inutilement la fiction de sa puissance, l’illusion de l’État-Providence ? Exemple révélateur : étranglée par sa dette, la France décida, au début de l’année 2009, de baisser de 30% ses postes culturels à l’étranger, de fermer un nombre important de ses centres linguistiques alors que le Goethe Institute relançait, au même moment, son budget de 12,4 % en 2008, de + 7,5 % en 2009, l’Allemagne sachant bien, par expérience, que les marchés se conquièrent, d’abord, par l’arme douce de la culture et de l’apprentissage des langues.

    Aujourd’hui, la France semble avoir besoin de l’Allemagne pour s’arrimer à l’Europe et sortir de la crise. Il est fini le temps où, en début de mandat, Nicolas Sarkozy lorgnait sur l’utopie du « socialisme libéral » de Tony Blair ! Mais, l’Allemagne a-t-elle besoin maintenant de la France ? En dehors de la crise conjoncturelle présente, ne fera-t-elle pas demain, cavalier seul ? Par exemple, prenant conscience de la fin programmée du pétrole mondial, l’Allemagne décida une renucléarisation de sa politique énergétique mais contrairement aux tractations en cours, en 2009, la compagnie germanique Siemens ne se tourna pas vers le groupe français Areva : elle rejoignit un partenariat économique, technologique et stratégique avec la Russie32 ! Liberty Global, l’opérateur de câble américain vient de racheter Unitymedia, le deuxième plus gros câblo-opérateur d’Allemagne ! Drôle de couple franco-allemand où l’Allemagne cherche un débouché pour ses produits, en réponse à la faiblesse de sa consommation intérieure tandis que la France piétine de ne pouvoir trouver en face, la bouée de sauvetage qui lui fait tant défaut ! D’ailleurs, il faudrait en finir, avec ce fantasme des couples politiques, Nicolas et Angela, qui se devraient d’être amis, de se taper sur l’épaule, presque de se marier ou de coucher ensemble. En politique extérieure comme en politique intérieure, il n’y a que des intérêts qui divergent ou convergent : pour l’Allemagne, la France n’est qu’un marché intéressant, de par sa croissance démographique et l’Allemagne, pour la France, un ultime rempart contre la mondialisation. Pour notre pays, contrairement à la logique transatlantique prédominante, la sortie de crise ne peut être qu’européenne à défaut d’être asiatique, méditerranéenne33 ou africaine. Or, l’Allemagne pourrait  être la zone économique continentale qui se retrouvera en meilleure posture, pour sortir de la récession la première alors que sans contrôle des importations, sans réel protectionnisme, le « paquebot » France ne peut que couler. Mais quel intérêt l’Allemagne, pays avant tout exportateur, a-t-il à prôner un protectionnisme européen ? Comment, vieux pays colonial, la France peut-elle se redéployer en Méditerranée ou en Afrique, en étant incapable pour des raisons budgétaires, d’intensifier l’aide au développement ou de doper sa politique de coopération34 ?

Ranimer la flamme franco-allemande

    Deux jours après son voyage à Berlin, Sarkozy accueillait Angela Merkel sous l’Arc de Triomphe, à l’occasion des commémorations de l’armistice de 1918. Puisque le dernier poilu avait été enterré, on pouvait maintenant se permettre de faire défiler le « boche » un 11 novembre sur les Champs-Elysées ! Pour ranimer la flamme franco-allemande, deux discours furent respectivement prononcés par nos chefs d’état. Alors que Sarkozy se plongeait dans l’histoire de la Première et de la Seconde Guerre mondiale et déclinait, sur fond d’images de poilus dans les tranchées de la Grande Guerre, la relation franco-allemande, en évoquant « l’amitié historique franco-allemande comme un trésor », le discours de la Chancelière contrastait par des paroles d’avenir, parlant de la « liberté du continent européen comme d’un cadeau et d’un miracle », d’ « un avenir à tracer », d’ « un projet de modernisation ». Certes, comme toujours en ces occasions, les deux discours furent éminemment consensuels et bien pensants mais ce qui frappait toutefois le plus, chez Sarkozy, ce matin là, c’est un sempiternel rappel de l’histoire et du passé, l’incapacité à se projeter et à proposer, a contrario d’un certain volontarisme germanique, résolument tourné, lui, vers le futur et le projet. Certes, nous aimerions pour l’avenir de l’Europe que ces deux rencontres successives d’Angela Merkel et de Nicolas Sarkozy ouvrent cette troisième étape de la réconciliation allemande tant attendue mais nous ne voyons pas poindre un nouveau souffle sur le vieux continent européen.

Rappelons que la première étape de la réconciliation franco-allemande fut représentée symboliquement par le couple Adenauer/De Gaulle et le Traité de l’Elysée de janvier 1963. En gros, on terminait la guerre ensemble. La seconde manche fut illustrée en 1984, par la célèbre poignée de main Kohl/Mitterrand sur le champ de bataille de Verdun : on construisait l’Europe ensemble. Après l’absence européenne d’une réponse collective à la crise financière de 2008, après le « non » allemand à la proposition française d’une banque de régulation et d’investissement européen, nous aurions aimé que le 11 novembre 2009 marque une nouvelle date et que le couple franco-allemand se porte mieux. Moteur et cœur de l’identité européenne, c’est lorsque l’axe franco-allemand fonctionne vraiment que l’Europe avance car, contrairement aux  illusions sarkozistes, l’Europe ne sera jamais la France en plus grand. Sans l’Allemagne, la France en Europe n’est rien. Nous espérions, en 1989 comme en 2009, quelque chose de plus significatif, nous espérions l’indépendance européenne, nous espérions la conjonction d’une puissance économique (l’Allemagne) et d’une puissance militaire, culturelle et politique (la France), une rédemption qualitative, étatique au service d’une Europe souveraine. Ainsi, nous souhaitions en sous-main que la politique de l’Allemagne nous donne des signes d’inquiétude car nous avons besoin d’une Allemagne qui inquiète.

L’occupation et l’annexion allemande

    De ce côté du Rhin, on le sait peu mais les jeunes Allemands de l’Est, les jeunes berlinois de 2009 emploient rarement le terme de « réunification ». En discutant avec eux dans les cafés, dans les auberges de jeunesse, on entend au lieu de la « réunification », de l’ « unification », de la « libération », le terme d’annexion, voire même d’occupation c’est-à-dire une certaine distance avec la vision enchantée de l’événement qui demeure dominante à l’Ouest.  L’Allemagne de l’Est ne fut pas libérée en 1989 mais annexée par une RFA qui s’empressa de la dépecer par de juteuses opérations immobilières. Si l’on rappelle les faits du processus d’unification, il se déroula en deux étapes : d’abord, le Traité d’Union Économique et Monétaire du 1er juillet 1990 puis l’adhésion « constitutionnelle » de la RDA à la RFA, le 3 octobre suivant, seule date aujourd’hui fériée en Allemagne pour célébrer l’événement. Ce processus n’est guère anodin car on voit bien que c’est autour de la monnaie et par la guerre économique que Bonn annexa Berlin35. On oublie que les partis politiques de l’Allemagne de l’Ouest ne voulaient pas de la réunification et que même la CDU partait du principe qu’il devrait y avoir deux Etats allemands36. Pourtant, on osa parler de générosité et de sacrifices de la République Fédérale  mais on dilapida, on extorqua, on pilla… Combien de comptes en banque wessies ont-ils vu, leur solde quadruplé, quintuplé par les extorsions de biens, d’immeubles, de rénovations, de ventes de bâtiments publics et administratifs de l’ex-RDA ? En deux ou trois ans, l’Allemagne de l’Est se retrouva sous tutelle, en proie à la spéculation sauvage des banquiers, des agents immobiliers de l’Ouest, sous le leitmotiv rassurant du ein deutschmark für alles et de la bonne conscience de l’Antifaschistischer Grundkonsens (l’ « antifascisme de base »). On s’attendait à un « peuple allemand réuni » en Assemblée constituante, conformément à l’article 146 de la Loi Fondamentale, un peuple rassemblé qui serait capable de définir et d’écrire ensemble son destin, de rédiger une nouvelle Constitution mais on assista à une intégration forcée au modèle ultralibéral de l’Ouest, sans aucun débat ni discussion, un modèle qui se trouvait paré de toutes les vertus cathartiques et de toutes les amnésies historiques. La Constitution, la Loi Fondamentale, les structures de la République Fédérale ont été imposées aux nouveaux Länders sans aucune révision politique comme s’il s’agissait de vieilles provinces arriérées ou apeurées, incapables de débattre et de choisir leur destin. Surtout, il ne vint à l’esprit de personne de rappeler l’illégitimité de la ligne Oder-Neisse37.

    La « démocratie » était tellement mal à l’aise qu’en 1998, lors de l’inauguration à Berlin, du nouveau Reichstag, on discuta avec embarras de l’inscription « Dem Deutschen Volke » ou « Der Bevölkerung »  (du « Peuple allemand » ou de « la Population allemande »). On ne trancha pas. On laissa, sur le fronton du bâtiment, le problématique « Dem deutschen Volke » et on fit graver, discrètement, sur les murs de la cour intérieure, le consensuel « Der Bevölkerung » ! En effet, Il fallait éviter tout débat sur l’identité allemande, sur la culture allemande, sur les valeurs allemandes et surtout, abandonner toute tradition allemande communautaire, toute ambition légitime à reprendre la question des frontières ou de la nation. L’Allemagne nouvelle sera une Allemagne châtrée par les droits de l’homme, chloroformée par les « libertés individuelles », unifiée par les supermarchés et les centres commerciaux, l’Allemagne étoilée du drapeau européen et non l’Allemagne de l’Aigle ou du drapeau Rouge, la réforme monétaire devant doucereusement faire passer la pilule aux quelques illuminés néoprussiens qui oseraient encore manifester le désir de garder quelque chose des institutions politiques de la RDA.

     Annexion, intégration, absorption, extension d’un modèle politique, économique et social étranger à l’ensemble du territoire allemand, au peuple germanique tout entier, dépecé de toute légitimité, démantelé, délibérément détruit, l’Allemagne « réunifiée » était rassurante : les Allemands de l’Est se faisaient avaler c’est-à-dire américanisés, libéralisés… ! L’Allemagne n’inquiétait plus.

    Au passage, on se félicitait de la position commune Schröder/ Chirac dans la guerre contre l’Irak ou de l’extension à cinq mille hommes de la brigade franco-allemande, mise en place depuis 1987. Aujourd’hui, on applaudit qu’elle soit engagée en Afghanistan, dans des opérations de « maintien de la paix », sous mandat de l’Otan. Dans les relations internationales, l’Allemagne est restée la même c’est-à-dire dans un statut quo d’impuissance politique parce qu’en grande partie, la France n’a pas voulu en modifier la donne. Aussi, à moins d’un retournement spectaculaire, nous savons déjà, malgré l’espérance que nous évoquions plus haut, qu’il n’y aura pas de troisième étape des relations franco-allemandes parce qu’une troisième étape impliquerait non pas des États soucieux de défendre, à courte vue, un intérêt dit « national »  mais des États ayant une réelle volonté de s’unir dans une nouvelle donne géopolitique, sans aucune compromission étrangère c’est-à-dire sans aucune dépendance atlantiste. Elle supposerait une vision impériale de l’Europe, un projet politique européen, la constitution d’une Europe politique autonome dans un monde multipolaire. Elle imposerait que l’Allemagne recouvre sa pleine et entière souveraineté par delà un super État-européen à la structure potentiellement dictatoriale. Elle supposerait de délivrer l’Allemagne de son statut colonial, parachevé par cette réunification-annexion. Elle impliquerait une identité française et une identité allemande pleinement assumée et recouvrée dans la perspective d’une hégémonie continentale. Or l’Allemagne réunifiée a perdu au change - c’est le cas de le dire ! - en passant de la Bundesbank aux taux directeurs de la Banque Centrale Européenne ! Elle a été sacrifiée en freinant son investissement par la politique de l’élargissement illimité alors que sa politique antérieure de rigueur monétaire lui permettait de disposer, sur le marché, de taux d’intérêt particulièrement bas. Sans une Allemagne forte et autonome, l’Europe perd tout poids économique mais surtout politique et stratégique. L’Allemagne n’inquiète pas. On voit bien que ce qui a été perçu ici, 1989, comme un tournant historique, un événement structurant, le mythe fondateur de la réunification du continent, l’année symbole de la rupture avec le communisme et la guerre froide est vécu et pensé en Europe centrale et orientale comme une belle trahison et une lâche liquidation. La levée du Mur de Berlin, l’ « événement 1989 » est loin de faire consensus à l’Est38. Avec la chute du Mur de Berlin et la réunification-annexion, il n’y a pas eu de « crise hégémonique » ou de « catastrophe », pour nous exprimer en termes gramsciens39
L’Allemagne sans inquiétude

    Se balader aujourd’hui en Allemagne de l’Est, c’est mélancoliquement rechercher les vestiges architecturaux de la RDA, recueillir les témoignages nostalgiques des habitants de la ville sous la dictature communiste c’est-à-dire  les dissidents, les gêneurs, les contestataires, les agités, tous ceux qui continuèrent de penser avec leur tête plutôt qu’avec leur carte du Parti puis c’est plancher sur les notions de démocratie, d’utopie et de réunification ratée. Les célébrations du vingtième anniversaire de la chute du Mur ont été l’occasion de rappeler, ici ou là, dans les musées provinciaux de l’horreur40, les méthodes de la Stasi, les écoutes téléphoniques et les rapports obscurs, raconter la propagande mensongère du stalinisme, le climat de méfiance omniprésent, les opposants qui disparaissent du jour au lendemain, le gris et l’oppressive quotidienneté de l’ex-RDA41 mais aussi le moyen d’idéaliser l’irrésistible envie de changer les choses d’une poignée de rêveurs, réunis d’abord sous les toits des églises puis suivis par des centaines de milliers d’autres qui, à la fin, s’égarèrent dans l’humanisme délétère et récupéré du Neues Forum des années 80. Berlin était cet automne, the Platz to be, curieux anglicisme pour célébrer le retour à la souveraineté européenne, la perte d’une identité politique sur fond de musique d’U2. Pluie glaciale de Check Point Charly à l’Alexanderstrasse. Pour les jeunes « Wessies » branchés –les jeunes originaires d’Allemagne de l’Ouest - l’Ostalgie, c’était rouler dans de vieilles Trabant bleu ciel – oh ! Himmelblau ! Mein himmelblauer Trabant ! - même si c’est forcément effroyablement polluant ! C’est maintenant en vidéobus et l’I-Pod au cou qu’on suit le trajet des vestiges de l’histoire du Mur, une histoire racontée devant les chefs d’état étrangers à coup de dominos spectaculaires42.

    Après les célébrations de Berlin, il règne sur l’Europe un froid polaire : l’art de rester dépendant sans en avoir l’air. Il règne sur l’Europe une menace glaciale : dans la mondialisation et l’émergence chinoise, le risque de passer aux oubliettes de l’Histoire, de devenir la banlieue de l’Histoire. L’horizon de l’ « Empire » avait motivé la dynamique historique qu’hier les néoconservateurs américains ont voulu imprimer à la politique étrangère des États-Unis et la restauration de l’Empire anime actuellement les groupes des intellectuels et activistes russes qui, se réclamant d’une grande politique « eurasienne », tentent d’influencer les relations internationales du Kremlin avec son « étranger proche »43. Par contraste, l’impuissance mécontemporaine de l’Union Européenne tient au refoulement de toute tournure impériale au profit de la technocratie globalitaire, cette incapacité à construire, par exemple, une nouvelle alliance franco-allemande à la Metternich44. Au fond, l’Europe subit la passivité théologico-politique de l’esprit guelfe45. On est autant l’esclave de ses silences que de ses mots et de ses actes. L’Europe s’éteint d’une Allemagne qui, avec les Français, n’inquiète plus. Pour l’amitié franco-allemande, 2009 aura-t-elle été une année décevante mais ce bilan est aussi une manière de présenter nos espérances et de souhaiter nos vœux de renouveau et de renaissance à nos amis teutons parce que si l’on ne peut oublier nos cauchemars communs, on peut au moins ensemble partager nos rêves.

     M.L.

Notes et références

 1) C’est l’infirmité congénitale des démocraties postmodernes : la préférence pour le présent, le court termisme et la falsification. Voir Pierre Rosanvallon, « De la myopie des démocraties » dans Le Monde du 7 décembre 2009. Rappelons, ici, les Commentaires sur la société du spectacle de Guy Debord : « l’incessant passage circulaire de l’information, revenant à tout instant sur une liste très succincte des mêmes vétilles, annoncées passionnément comme d’importantes nouvelles alors que ne passent que rarement, et par brèves saccades, les nouvelles véritablement importantes, sur ce qui change effectivement », éd. G. Lebovici, Paris 1988.

2)  Sarkozy n’est pas le seul Président à se voir régulièrement sifflé lors de ses visites publiques. On se souvient d’un certain 14 juillet des années 80 – nous y étions ! - où la voiture présidentielle de François Mitterrand, à peine arrivé sur l’Arc de Triomphe pour descendre l’avenue des Champs-Elysées déclencha sur tous les trottoirs des sifflets outrageants. Par contre, on sait que Sarkozy n’aime pas cela ! Voir l’affaire de St-Lô où sifflé par des enseignants en colère, il limogea immédiatement le préfet Jean Charbonniaud, ancien chef de cabinet de Dominique de Villepin (la vraie raison peut-être !?) et Philippe Bourgade, directeur de la sécurité publique de la Manche. Comme le soulignait celui-ci : « Qu’est-ce qui s’est passé de grave ? Pas grand-chose, si ce n’est que le Président a entendu les manifestants le siffler. » (Cf. Le Monde, 31 janvier 2009, p.12). Chirac, lors d’un match France-Tunisie, s’était retiré de la tribune officielle lorsque la Marseillaise avait été sifflée. Le sifflet est donc devenu une expression de l’opposition politique et ce curieusement, au moment où il a quasiment disparu de nos habitudes et de notre vie quotidienne puisqu’au départ, le sifflet est plutôt quelque chose de sympathique ! On siffle dans sa salle de bain, en travaillant (aujourd’hui : interdit !), on siffle ses copains au bas de la porte, sa petite amie au balcon, on siffle sur la colline, on siffle la jolie fille qui passe en bas du chantier, on chante même « j’entends siffler le train ». .. En Afrique, en Amérique latine, aux Comores, siffler est naturel. Pourtant, on n’entend plus siffler dans les rues de Paris ni dans ses cours d’immeuble ! Imaginez faire la queue au Pôle Emploi en sifflant c’est, pour le coup, risquer de perdre ses allocations ! Siffler une belle gonzesse de sa voiture, c’est se faire traiter de vulgaire, de beauf, de relou. La grande tristesse : on ne siffle plus d’admiration ! Dans les bonnes familles, on disait autrefois qu’ « on ne siffle que dans une écurie ». Il n’y a plus d’écuries - ou les « écuries » sont partout - : on ne siffle plus ! Même nos policiers sifflent peu et dans les écoles primaires, on ne siffle plus la fin de la récré sauf lorsqu’il y a coupure de courant pour cause de délestage, de tempête ou de grève à EDF! On « siffle » toujours  son verre de whisky, on ne siffle plus un joli coup mais on siffle régulièrement, rageusement le Président de la République et le Premier Ministre ! Effet de la politique-spectacle ? Pourtant, les habitudes dans les salles de concert et de spectacle, changent : on siffle positivement son chanteur préféré ou une bonne mise en scène. Cette mode nous vient d’Amérique car aux USA, comme en Amérique latine, siffler n’est pas huer, siffler n’est pas conspuer. Huer c’est crier, gueuler « Ouh ! Ouh ! Ouh ! », faire des bras d’honneur, entartrer ou lancer sa chaussure sur la tête de l’homme politique qui ne nous revient pas. Siffler au spectacle c’est, au contraire, montrer à la personne qui vient de se produire, qu’on est content de la voir. Alors si ironie du sort, Sarko oubliait l’américanité, si… au fond…  Sarko se faisait siffler parce qu’on l’aimait bien !!!....

3) Depuis deux ans, toutes les promesses financières et catégorielles que le Président Sarkozy a tenues dans sa litanie de discours provinciaux n’ont jamais été exaucées. Les sommes, souvent stupéfiantes, les revalorisations annoncées, ici ou là, devant des invités triés sur le volet ne sont jamais arrivées ! Sérieusement, le pouvoir peut-il croire, un instant, que les Français ne s’en rendent pas compte et ne se parlent pas ?!...Concernant les plans d’aide à l’agriculture annoncés, le gouvernement attend toujours le feu vert de Bruxelles !

4) La presse s’est bien gardée de trop évoquer ce qu’on pourrait appeler le Mur de la Haine du Grand Israël et ce, malgré la percée symbolique effectuée par quelques militants palestiniens, aidée d’activistes étrangers pro-palestiniens, au petit matin du 9 novembre 2009. Cette poignée de résistants réussit à abattre, au point de passage de Qalandiya, une petite partie du mur érigée par l’Etat d’Israël, partie qui fut aussitôt colmatée par Tsahal, l’armée d’occupation. En parallèle, avec le mur, la presse a préféré évoquer dans le style Sarkozy, non pas les murs géopolitiques à déconstruire (par exemple, les deux Corées) mais les murs économiques c’est-à-dire profiter de Berlin pour - gratifiant au passage les intérêts de l’ « armée de réserve » du grand capitalisme !  – appeler à la régularisation des sans-papiers et dénoncer les « murs » anti-migratoires, par exemple, la palissade électrifiée de la frontière mexicaine, les mesures de sécurité du gouvernement Berlusconi, voire le renforcement de la police allemande aux frontières comparée avec culot aux méthodes de l’ancienne Stasi ! Cf. à ce titre : l’article éloquent de Peter Andreas « The Walls after the Wall » dans International Herald Tribune du 13/14 novembre 2009. Peter Andreas, professeur de sciences-politique, est l’auteur de Border Games : Policing the Us-Mexico Divide, Brown University, 2008, livre référence sur la frontière américano-mexicaine, baptisée par les Chicanos : le « New Iron Curtain » (« le Nouveau Rideau de Fer) et qui effectivement tue beaucoup plus que ce que faisait le vieux Mur de Berlin, à savoir des centaines d’illégaux latinos chaque année.

5) On raconte qu’après la bourde du  « Mr Merkel », faite par Sarkozy, lors d’une réunion internationale, le mari d’Angela pour éclairer sa femme qui ne comprenait pas grand-chose aux manières déplacées de Nicolas Sarkozy offrit, à son épouse, l’intégrale des films de Louis de Funès en Dvd. Drôle de destin : on rêve d’être un Napoléon européen et on finit gendarme à St Tropez, en pleine grande vadrouille !

6) De même, on n’attend pas un énième débat sur l’identité nationale forcément faussé et piégé mais un débat sur l’identité européenne qui passe en Europe par celui, forcément, des identités régionales, par la réunification et l’autonomie de régions divisées et séparées comme la Normandie ou le Pays Basque.

7) Nous renvoyons, ici, à l’article de Virginie Malingre et Marie-Pierre Subtil, « Entente cordiale contre l’histoire » dans Le Monde du 11 novembre 2009, rédigé à l’occasion de la déclassification de 600 pages de correspondance et comptes rendus des archives diplomatiques britanniques relatives à la période. Rappelons que contrairement à l’avis de ses ambassadeurs, Margaret Thatcher, « germanophobe » était fermement opposée à la réunification de l’Allemagne et ainsi, s’entendit, dans un premier temps, avec François Mitterrand  qui lui susurrait à l’oreille que « l’Allemagne n’a jamais trouvé ses frontières » (on lui a rogné !), que « le peuple allemand a constamment été en mouvement » bref, un Mitterrand visiblement obsédé par l’ « hégémonie allemande ». Les réflexions passéistes de François Mitterrand, se rappelant Munich en plein 1989 avaient déjà été rapportées par son conseiller spécial à l’époque, Jacques Attali dans Verbatim éd. Fayard, Paris, 1995 et par Hubert Védrine alors porte-parole de l’Elysée dans Les Mondes de François Mitterrand, éd. Fayard, Paris, 1996.

8) Sauf pour cette tendance présidentielle maladive de toujours essayer de faire croire qu’il y était ! (et ce, sur Facebook puisque là aussi, il faut y être !). Savante confusion du virtuel et du réel dans l’arrangement médiatique de l’histoire et du non-événement mais pire, procédé orwellien typique de falsification comme signe du mépris absolu de la réalité et des faits. Dés cette annonce, des gens ont commencé à trafiquer leurs blogs ou leurs interviews pour coller avec la version du Président puis les internautes accusèrent Sarkozy de mensonge, à coup de caricatures, le mettant en scène dans des situations historiques comme la Conférence de Yalta ou les premiers pas de l’homme sur la Lune. Grâce à un logiciel comme Photoshop, la falsification à travers les photomontages est non seulement le propre de la communication politique instantanée sur internet mais à la portée de tous.

9) C’était à l’époque de Gerhard Schröder, du Commissaire européen Pascal Lamy et de Dominique de Villepin, Ministre des Affaires étrangères qui esquissaient avec l’appui des chrétiens-démocrates allemands comme Edmund Stoiber, Wolfgang Schaüble et Karl Lamers, l’idée d’un Bund germano-français, base d’un « noyau dur », capable de devenir le moteur politique de toute l’Europe. Les « petits pays » européens, parmi lesquels la Pologne « conduite » par Washington, allaient fermement s’opposer à cette idée d’un « directoire » franco-allemand. Pour de nouveaux arguments pour un axe Paris/Berlin/Moscou qui viendraient compléter ceux déjà connus de Henri de Grossouvre et dans une moindre mesure de Pierre Béhar, voir le gros livre récent de Marc Rousset, La nouvelle Europe. Paris-Berlin-Moscou. Le continent paneuropéen face au choc des civilisations, Godefroy de Bouillon, Paris 2009.

10)  En fait, l’importance donnée, en 2009, au vingtième anniversaire de la commémoration du Mur tient à la promesse faite par Helmut Kohl aux Allemands de l’Est : «  Dans vingt ans, nous célèbrerons ensemble la réunification allemande ».

11) Cf. Pascal Boniface, « La chute du Mur de Berlin, symbole de la fin du monde bipolaire », Le Monde du 1O novembre 2009.

12) « Die EU tastet sich ins Lissabon-Zeitalter mit Ashton und Van Rompuy » dans Frankfurter Allgemeine Zeitung du 21 novembre 2009, pp.1, 4 et 5.

13) L’Allemagne s’est opposée, avec force, à la création d’une agence d’émission de la dette publique que suggérait fin 2008, le président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker. Le dispositif aurait pourtant permis de consolider la zone euro, à l’heure où les écarts de taux sur les emprunts d’Etat n’ont cessé de croître, au détriment des pays les plus fragiles comme la Grèce (actuellement dans la pire situation économique et sociale), le Portugal ou l’Irlande.

14) Projet de Ministère proposé par Sarkozy cet été puis, relancé cet automne par Pierre Lellouche, secrétaire d’Etat chargé des Affaires européennes mais que l’Ambassade d’Allemagne en France a récemment démenti.

15) La consommation représente, en France, 70 % de l’activité économique globale.

16) Le 23 décembre 2009, le chiffre de 188 milliards d’emprunts prévus pour l’année 2010 (grand emprunt compris) a été annoncé par les services du budget de l’Etat et Nicolas Sarkozy prévoit une conférence sur les déficits publics, en janvier 2010. La dette française serait proche de 80 % du PIB fin 2010 et dépasserait les 22 000 euros par Français (Figaro Economie du 4 mars 2009). Bruxelles a déjà enclenché une procédure pour déficit excessif à l’encontre de la France.

17) L’Allemagne a pris la tête cette année du classement des pays les plus attractifs dans le domaine des énergies renouvelables, classement établi par Ernst and Young, baromètre en la matière. L’Allemagne a, en particulier été porté par le projet de construction de 33 fermes éoliennes offshores en Mer Baltique. La France, dans ce même baromètre, se situe à la huitième place, derrière l’Espagne et l’Italie. Source : baromètre Ernst and Young 2008.

18) Le Japon, souvent comparé à l’Allemagne mais en plus mauvaise santé économique, en fait autant. Par exemple, tout le réseau Nippon Services aux Caraïbes assure la maintenance de l’ensemble des produits japonais en vente dans les îles (de la voiture à l’appareil photo).

19) La nouvelle coalition de centre-droit au pouvoir, accusée de négliger ce déficit, vient de subir de fortes critiques de la part du rapport annuel du Conseil Economique des Sages (quatre hommes et une femme) suite à la décision gouvernementale de geler, jusqu’en 2O11, le recouvrement des taxes d’entreprise qui avait été l’une des principales mesures du programme électoral du Parti Libéral, actuellement au pouvoir avec la CDU. Les membres officiels de ce parti ont d’ailleurs accusé Angela Merkel de faire passer ses intérêts politiques avant les intérêts économiques du pays, d’importantes élections régionales devant se tenir, l’année prochaine, dans le Nord-Rhin Westphalie, Länder le plus important, tenu aujourd’hui par la CDU. Selon ce même rapport, le déficit public de l’Allemagne atteindrait 5,1 % en 2010 avec une croissance attendue de 1,6%, insuffisante pour répondre au problème actuel du chômage et confirmant, malgré le rebond, la fragilité et la faiblesse de la reprise outre-rhin. Le rapport parle de quatre millions de chômeurs pour 2010 soit l’équivalent de 9,4% de la population active. On compte actuellement plus de 3,4 millions de chômeurs en Allemagne, 8,2% de la population active selon les statistiques fédérales. (Source : International Herald Tribune  du 13 et 14 novembre 2009). 

20) Il faut noter qu’en plus, ces emplois précaires ne rentrent pas dans la comptabilisation des chiffres officiels du chômage allemand !

21) En 2010,  le déficit de la Sécurité Sociale française atteindra 30,6 milliards d’euros !

22) Ceci étant, le point de vue comparatif que nous développons ici s’inscrit dans la perspective économique du « système » car les résultats des dernières élections législatives allemandes ont montré clairement la souffrance sociale de l’Allemagne et une contestation larvée des politiques actuelles. Angela Merkel n’a retrouvée son fauteuil de chancelière que de justesse, son parti la CDU ayant reculé de 1,4%, tombant à son niveau de 1949 ! La CDU ne doit son maintien au pouvoir qu’à la progression de 4,7% du Parti Libéral FDP (14,6% aux dernières élections) avec lequel le gouvernement actuel forme une « petite coalition » tandis que, de son côté, le Parti Social-Démocrate (SPD) subissait un véritable camouflet électoral avec un effondrement de -11,2 % (23% des votants). Il s’agit du plus mauvais score du SPD depuis la création de la RFA, les sociaux-démocrates payant là, au prix fort, leurs compromissions de quatre années au sein de la « grande coalition » où ils ont en particulier partagés et assumés avec la CDU les mesures antisociales les plus brutales et radicales que l’Allemagne ait connues. Depuis les élections de 1998 qui virent la victoire de M. Gerhard Schröder, le Parti Social Démocrate a perdu dix millions d’électeurs. Il faut savoir que ce sont les plans « sociaux-démocrates » Harz et Agenda 2010 qui ont complètement dérégulés en Allemagne le marché du travail avec des réformes ultralibérales telles que des « mini-jobs » à 637 euros et 345 euros pour les chômeurs en fin de droit,  régression énorme pour l’Allemagne qui avait jusqu’alors, par rapport à la France, des salaires et un niveau de vie beaucoup plus élevé, un jeune professeur allemand gagnant, par exemple, en début de carrière le triple d’un jeune enseignant français. La Linke quant à elle accroît son score de plus d’un tiers, atteignant 11,9% mais comme le soulignait Dominique Vidal dans Le Monde Diplomatique d’octobre 2009 « la gauche de la gauche est surtout parvenue à nationaliser son électorat » (le Linke rassemblant globalement 26,4 % des voix en ex RDA). Les Verts ont, pour leur part, progressé de 2,6 % obtenant 10,7%. Chez nos voisins, ces résultats électoraux sont le signe d’un mécontentement grandissant mais, il faut en souligner les raisons. En effet, la « grande coalition » avait anticipé la libéralisation de tous les secteurs publics (postes, trains etc.), la flexibilité totale du travail, la baisse des remboursements santé, l’allongement de la date de départ en retraite, tous ces programmes néolibéraux, sortis tout droit de la Commission européenne et qui demeurent, ne l’oublions pas, le cadre de travail de l’Elysée même si la « crise » retarde quelque peu les échéances du programme fixé ! Enfin, 70% des Allemands pensent aujourd’hui qu’ils ne peuvent pas compter sur leurs dirigeants (Welt am  Sonntag) et plus important ou plus inquiétant pour certains, 50% des personnes interrogées par ce sondage de la Fondation Berstelsmann ont déclaré avoir des réserves sur la démocratie représentative en tant que système ! (Source : www.fr.novopress.info datée du 02/2010 dans « Monde »).

23) Le chômage partiel a augmenté, de septembre 2008 à septembre 2009, de trois points en Allemagne pour un point en France, par rapport à la population active. (Cf. Libération du 14-15 novembre 2009, Christophe Alix et Luc Peillon « La croissance française « un exploit » à l’épreuve des chiffres », p.13). Pour l’année 2009, le taux de chômage français atteint 22,1 % soit un total de 2 634 400 demandeurs d’emploi recensés (trois millions  seraient attendus pour 2010)  avec une forte proportion de chômeurs en fin de droit (+ 4,50 %).

24)  Reprise, en France, au troisième trimestre de 0,3% mais plus modérée que celle espérée par les économistes. Certains, aux États-Unis, prédisent même un retour à la récession pour la France, en 2010, de par l’augmentation du chômage, la dégradation de la consommation interne et l’arrêt des mesures 2009 de stimulation de la croissance, primes à la casse et autres bonus écologiques. Cf., Marcus Walker et Brian Blackstone, « Euro-Zone Economy returns to Expansion » dans le Wall Street Journal du 14/15 Novembre 2009. 

25) Il faut reconnaître que le gouvernement Sarkozy est totalement conscient de la nécessité d’une grande réforme de la Formation en France et il parlait en 2009 de « corriger les lacunes inacceptables du système » où « moins vous êtes qualifié, moins vous bénéficiez de la formation professionnelle » (discours de Sarkozy à Valence du 3 mars 2009). Une réforme a donc été lancée dont on attend les effets. (Le Figaro Economie du 4 mars 2009, p.18).

26) Dans sa conférence de presse sur le grand emprunt du 14 décembre 2009, Nicolas Sarkozy a multiplié les allusions à l’Allemagne, « notre plus grand ami et concurrent », par un montage habile d’erreurs et d’approximations sur les chiffres, favorable à la France mais qui ne résiste pas à une analyse plus fouillée de la réalité économique des différences entre les deux pays.

27) BMW vient de lancer la construction d’une nouvelle usine en Chine avec l’ambition de doubler, à partir de 2012, ses capacités de production dans le premier marché automobile mondial. (Cf. Les Échos du 13-14 novembre 2009) et Mercedes, face à la baisse du dollar, a annoncé une délocalisation d’entreprises aux États-Unis, pour l‘instant avec la promesse d’aucune perte d’emplois allemands.

28) De quoi souffre donc la France en dehors de sa dette ? Pour nous, d’abord et avant tout de l’absence de politique industrielle, d’un État surdimensionné et peu performant, d’un secteur privé faible, éclaté et souvent archaïque dans ses rapports de management, d’une nation délitée (d’où ce retour du refoulé avec le débat sur l’ « identité nationale »), d’une carence de la formation permanente et de l’éducation en général, de l’accroissement préoccupant du chômage des jeunes (parmi les plus élevés d’Europe) et du chômage de longue durée mais ce qui surprend aussi, c’est la perte de compétitivité de secteurs, hier, florissants comme l’automobile, l’aéronautique, le luxe, la banque, l’assurance, la distribution et la paupérisation croissante et inquiétante des classes moyennes. Avec l’enfoncement dans la progression du chômage et l’absence de perspectives d’emploi à court terme, le fond du problème français devient plus que jamais économique et social avec l’urgence de redéfinir un modèle industriel et productif : soit en effet, la France revient à un niveau de compétitivité mondiale, soit elle verra disparaître dans des délais malheureusement brefs une large partie de son système économique. Là encore, le problème français demeure un problème identitaire : quelle identité économique pour un pays devenu moyen pour ne pas dire médiocre en terme industriel, qui accuse un retard déconcertant dans la nouvelle économie de la connaissance et l’innovation technologique ? Déjà pénètrent, sur le marché français, des panneaux solaires fabriqués en Chine, deux fois moins chers que ceux réalisés dans nos entreprises dites « innovantes », 90 % des jouets vendus en décembre étaient made in China alors qu’autrefois, tout le Jura vivait, par exemple, de la hotte du père Noël ! C’est sans doute pour cela que les Français soucieux de leur emploi, s’inquiètent plus gravement encore des derniers symptômes annonciateurs d’une décadence de leur nation.

29) L’Allemagne aurait besoin de 500 000 nouveaux arrivants chaque année pour maintenir son taux de fécondité et les Nations Unies projettent l’entrée, en Espagne et en Allemagne, de dix millions d’étrangers  d’ici 2050, (seize millions pour l’Italie).

30) Excellent gardien de but des Fennecs, l’équipe algérienne de football, sélectionnée à la Coupe du Monde 2010.

31) En 2009, près de la moitié des entreprises françaises ont perdu 30, voire 50 % de leur chiffre d’affaire. La décomposition française n’est pas seulement économico-sociale mais, à notre avis, aussi politique. C’est la conséquence de la sélection à rebours que systématisent nos pseudo-élites (voir les réformes de recrutement à Sciences-po, les mesures larvées de discrimination positive, d’ouverture et de promotion de la diversité promues ici ou là, la suppression des épreuves de culture générale dans les concours administratifs, les pédagogies de la compétence dans le secondaire, la suppression de l’histoire dans les terminales scientifiques). Toute cette sélection négative produit un personnel politique plus médiocre, une incompétence administrative déjà de plus en plus visible. Nous pensons qu’elle conduira, tôt ou tard, à la paralysie de la machine étatique elle-même et à l’incapacité d’agir. Le fiasco de la campagne vaccinale contre le virus H1N1 (pays européen le moins vacciné, 94 millions de doses achetées pour 5 millions de doses utilisées !) nous apparaît comme un signe avant-coureur de l’incurie publique et d’une corruption d’intérêts privés et de lobbies (ici, les grands groupes pharmaceutiques) qui profitent justement du vide sidérant de la machine administrative. (Sur la grippe H1N1 voir Présent, n°7002, du 5 janvier 2010 et « Grippe A, le grand mensonge », Santé revue, hors-série, enquête originale de Frédéric Benoit, Lafont Presse, Paris 2009). À terme, un tel gouvernement se révèlera incapable de maîtriser les crises qui surviendront, de résoudre les conflits sociaux ou de piloter les contradictions de la société sans un ultime recours à la violence d’état ou au contrôle totalitaire comme réponse alternative à la résistance citoyenne, à une désobéissance civile diffuse qui se généralisera devant l’inaction fatale de l’État. Plus profondément et plus philosophiquement, cette incapacité renvoie aux « ravages de l’impouvoir » évoqués par Marcel Gauchet dans La démocratie d’une crise à l’autre, éd. Cécile Défaut, Nantes, 2007 et remarquablement analysés dans Alain de Benoist, « Pourquoi la démocratie doit être réinventée ? », Éléments, n°132, juillet-septembre 2009, pp.45-51.

32) Jean-Michel Bezat, « Les difficultés s’accumulent pour Anne Lauvergeon, la présidente d’Areva » dans Le Monde du 31 janvier 2009, p.15. Dans cet article, on apprend que la décision allemande sanctionne le refus de Paris de laisser les Allemands devenir des partenaires à part entière. Or, comme le prédit Jean-Michel Bezat « le conglomérat de Munich était, par sa puissance et son image dans le monde, une force d’entraînement commerciale ; il deviendra à terme un puissant concurrent ». Cf aussi « Nucléaire : un géant germano-russe se dresse face à Areva » dans Le Figaro Économie du 4 mars 2008 p.17.

33) Où en est donc l’Union pour la Méditerranée, seule solution pourtant face au désespoir de la jeunesse maghrébine ? Sur celle-ci, lire Lettres à un jeune marocain, éd. Seuil, Paris 2009, textes collectifs rassemblés et préfacés par le courageux écrivain marocain Abdellah Taïa.

34) « La politique n’a plus aucune marge de manœuvre financière. Il ne peut tout simplement plus, matériellement, nous sauver (…) Il n’y avait plus d’argent, comment en trouver encore ? » écrit Mathieu Laine dans Post-politique éd. J-C Lattès, Paris, 2009.

35) Annick Steta, « Allemagne 2009 : wie geht’s ? » dans Revue des Deux Mondes, octobre-novembre 2009, pp.138-143.

36) A ce sujet, Bernd Rabehl rappelle que la réunification fut proposée à Helmut Kohl, clef en main par les conseillers de Gorbatchev avec l’accord de Bush senior, deux ans avant la chute du mur de Berlin. Pour les soviétiques, sans la réunification allemande, l’inévitable implosion de l’Europe de l’Est aurait débouché sur la guerre ; cf. Bernd Rabehl, interviewé par Bernhard Tomaschitz dans Zur Zeit, n°46, Vienne, 2009. Lire aussi, à ce propos, l’article du Colonel Igor Prelin, « La chute du Mur de Berlin et la réunification de l’Allemagne. Réflexions et conclusions du KGB » dans Tribune Libre, n°5, décembre 2009.

37) Faut-il rappeler que 16 millions d’Allemands furent expulsés de leurs foyers en Europe de l’Est et que cela constitue le plus grand nettoyage ethnique de l’Histoire, jamais égalé et jamais dénoncé !

38) A ce sujet lire Jérôme Heurtaux et Cédric Pellen, 1989 À l’Est de l’Europe : une mémoire controversée, éd. de l’Aube, Paris, 2009. A titre d’exemple récent, la « polémique » allemande sur le nom du futur aéroport de Berlin qui devrait être opérationnel en 2011 et auquel on donnera le nom d’Aéroport Willy Brandt. Pour certains, il s’agit une fois de plus d’oublier le passé puisque ce nom fait encore l’impasse sur l’ancienne partition de Berlin, pourtant à l’origine de cette construction (Berlin est une des rares capitales européennes à ne pas disposer d’un grand aéroport). En effet, Willy Brandt ne fut maire que de Berlin Ouest et chancelier que d’une partie de l’Allemagne, la République Fédérale ! (cf Die Welt et Frankfurter Allgemeine Zeitung du 12 décembre 2009). 

39) Antonio Gramsci, Notas sobre Maquiavelo, sobre la politica y sobre el Estado moderno, Ed. Nueva Vision, Buenos Aires, 1972, pp 71-75. (En français, ce texte correspond au Cahier 13 de Gramsci, traduit, à notre bon souvenir, dans le tome 3 de ses Cahiers de Prison, éd. Gallimard, Paris 1978).

40) Nous pensons, en particulier, au mémorial de l’ancienne prison de Schwerin, sur la mer Baltique, dirigé actuellement par Martin Klähn, co-fondateur en septembre 1989 du Neues Forum, premier parti politique d’opposition de la RDA.

41) Sur la vie en ex-RDA, nous renvoyons cinématographiquement à Good Bye Lenin ! de Wolfgang Becker et à La vie des Autres, dirigée par l’Allemand Florian Henckel von Donnersmarck, qui remporta en 2006, l’Oscar du Meilleur film étranger. Le révisionnisme des deux films est évident. Dans "Good bye Lénine", sorti en 2003, malgré la pauvreté de l’appartement, on ressent très vite, larmes à l’œil, l’humanité perdue de la vie communautaire et la fraternité du temps des pionniers des Jeunesses Communistes. Dans "La vie des Autres", l’agent de la Stasi assume son rôle pervers mais il le joue, petit à petit, avec indignation, rejet, curiosité voyeuriste, désir protecteur, admiration pour l’intelligence et le charisme de ceux qu’il espionne, antihéros fasciné par leurs penchants et ému par leur vie privée. Certes, malgré sa maniaquerie professionnelle de fonctionnaire zélé, il est vite rattrapé par le côté sombre de sa personnalité et travaillé de l’intérieur par un érotisme trouble qui le lie à ses espionnés. Le côté indulgent du regard du réalisateur – qui se manifeste surtout dans l’épilogue du film – s’avère pourtant moins convainquant que l’appréciation froide et distante du fonctionnaire qui accomplit sans préjugé et sans intention humaniste les devoirs de son métier. La beauté du film réside alors dans la manière où l’on voit s’installer, dans les situations les plus quotidiennes, le sentiment de paranoïa et le silence forcé, le dessus de l’Etat et la parole rare. A force de montrer la monotonie des actions, le mécanicisme de la vie, le monochromatisme des vêtements, des manteaux et des pardessus, le côté tragicomique des écoutes téléphoniques, le réalisateur parvient par l’économie expressive de la caméra réduite à quelques rares mouvements fonctionnels, au chromatisme mat d’une photographie aride et sèche. Il réussit à transcrire la routine insupportable de la vie des fonctionnaires et le malaise permanent des citoyens du régime, convertis en hypothétiques sujets d’enquête et d’expédients, de dossiers et de fiches de police dans une société anonyme de surveillance généralisée. Sur la vie en RDA du temps de la Stasi, lire le témoignage de l’universitaire et ancien correspondant du Figaro en RDA, Jean-Paul Picaper, Berlin Stasi, éd. des Syrtes, Paris, 2009.

42) On parle même de l’ouverture d’un parc d’attraction reconstituant la vie dans l’ex-RDA. Sur l’Ostalgie, quand tu nous tiens, lire Patrick Cousteau et Valérie Gariot, « Il y a vingt ans, le mur tombait… » dans Le Choc du mois, n°34, octobre 2009, pp.5-7.

43) Didier Chaudet, Florent Parmentier, Benoît Pélopidas, L’empire au miroir. Stratégies de puissance aux États-Unis et en Russie, Genève, Droz, 2007.

44) Charles Zorgbibe, Metternich, le séducteur diplomate, éditions de Fallois, Paris, 2009 et bien sûr, Francis Parker Yockey, Imperium, ouvrage américain à la réputation sulfureuse, enfin traduit en Français, éd. Avatar, Paris, 2008.

45) Nous empruntons cette expression  à Philippe Forget : L’Art du Comprendre n°17,  « Recensions » par Forget de l’ouvrage L’empire au miroir, cité plus haut.


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