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Le capitalisme,
un système économique condamné par la science
Gilles Bonafi*
Lorsque l’on parle de la crise actuelle, on entend tout et n’importe
quoi, mais de nombreuses voix s’élèvent et commencent à soulever le
problème posé par un système économique qui conduit l’humanité à la
catastrophe, un système économique structurellement irrécupérable.
J’avais déjà affirmé que ce système n’était que le reflet de nous-mêmes
illustré par la loi de puissance (loi de Pareto) et les fractales. Les
pires d'entre nous (et non les meilleurs) réussissant donc, ceux qui
sont sans scrupules et dont l'ego est le plus développé, de supers
prédateurs en quelque sorte. Quel que soit le système mis en place, la
loi de puissance et les fractales s'appliquent (communisme ou
capitalisme), or, ne l’oublions pas, la loi de Pareto est une
exponentielle, c’est à dire une courbe tendant vers l’infini ce qui est
impossible dans un monde fini, notre biosphère.
Pourtant, ce fonctionnement de notre système ne peut échapper à l’un
des principes fondamentaux de la science : l’entropie.
Principe d’équilibre
Pour comprendre, il faut reprendre tout dès le début et bien comprendre
ce que l’on nomme le principe d’équilibre, un principe qui s’applique
aussi à notre système économique.
Les mathématiques sont la clé, mais malheureusement nos chers
professeurs oublient l’essentiel, la spiritualité ou plutôt la
conscience et l’on finit par être dégoûté d’une matière qui est la clé
de tout.
Commençons par le zéro et
observons-le : 0. Le mot chiffre nous vient de l’arabe « sifr » qui
veut dire le vide. Il représente le vide délimité par un cercle, le
serpent qui se mord la queue (Ouroboros) symbole de l’équilibre que
l’on retrouve partout dans l’univers à l’exemple de l’atome, la
cellule, l’œuf, la terre, et dans toutes les religions.
Une exponentielle tend vers l’infini à l’exemple de la droite. Vous
voyez où je veux en venir, tracer une droite à l’intérieur d’un cercle
est impossible, on finit par se heurter à la limite de ce cercle. Pour
l’anecdote, ce rapport de l’infini, le chaos (l’exponentielle, la
droite) et du fini, l’ordo (le cercle) se nomme pi.
Les sages anciens l’avaient très bien compris et définissaient le
principe d’équilibre par la succession des phases de désordre,
d’expansion et de contraction, d’ordo ab chao illustré par la théorie
du Tsimtsoum.
En effet, rien ne peut se
développer à l’infini, et la contraction (le tsimtsoum) finit toujours
par se produire. On le retrouve au niveau de l’homme avec la
respiration, des étoiles qui deviennent géantes rouges (expansion)
puis naines blanches (contraction) mais aussi dans la fameuse
histoire de la grenouille qui voulait devenir aussi grosse que le bœuf,
un conte qui s’applique à merveille à nos « élites » et à ce qu’il se
passe aujourd’hui.
La crise économique
actuelle doit être analysée sous cet angle. Notre économie est en phase
de destruction, de repli sur elle même, le principe fondamental
d’équilibre et surtout d’entropie.
Entropie et crise économique
Einstein expliquait sans cesse qu’à ses yeux la loi la plus importante
de la physique était « le second principe de la thermodynamique »,
c’est à dire la notion d’entropie.
Pour
comprendre, ce qu’est la notion d’entropie il faut se référer aux lois
de la thermodynamique. Etudier l’entropie d’un système revient en fait
à mesurer le degré de désordre d’un système. Selon ces lois, lorsque
l’entropie d’un système augmente, il finit par produire du désordre (le
chaos) et finit par gaspiller de façon incohérente son énergie, ce qui
s’applique à merveille à nous mêmes et donc à notre système économique.
En effet, l’homme, en consommant de l’énergie de façon incohérente
(nourriture, énergies fossiles) augmente le désordre, le chaos (la
pollution, la destruction des autres espèces).
D’ailleurs, les mathématiciens Arnaud Chéritat et Xavier Buff viennent
de démontrer que le chaos est omniprésent dans les systèmes dynamiques,
ce qui s’applique à notre système économique.
Or,
ceci est une révolution majeure car ils prouvent mathématiquement
l’impossibilité de prédire à long terme le comportement de notre
système économique.
Pour ceux qui veulent
approfondir il s’agit de l’affirmation par ces deux remarquables
mathématiciens qu’« il existe des ensembles de Julia d’aire strictement
positive ».
L’argumentaire de Paul
Jorion sur la nécessaire mise en place d’une interdiction des paris sur
les fluctuations de prix vient de trouver un allié de poids, la science
!
Vous comprenez donc les implications
majeures de cette découverte. La finance ne devrait tout simplement
plus exister car elle introduit du chaos dans le système.
Les solutions
Jusqu’à présent, peu de solutions ont été proposées pour résoudre ce
dysfonctionnement profond, ce hiatus fondamental entre le
fonctionnement de l’homme (microcosme) qui fonctionne en circuit ouvert
dans un monde fini (le macrocosme). Or, la vie sur le long terme ne
peut perdurer sans l’union des deux, le principe d’équilibre et
d’harmonie qui est notre base spirituelle (conscience) commune et qui
était la base de la vie chez les peuples dits primitifs.
Frédéric Lordon chercheur au CNRS critiquait l’idéologie néolibérale en affirmant :
« Alain Minc n'est pas capable de bâtir un « argument » économique sans invoquer la loi de la pesanteur. »
Et pourtant, sur le fond Alain Minc a raison, mais seulement il a
choisi le pire (loi de la jungle) et non le meilleur (loi de Pareto,
entropie et fractales) pour justifier un système économique qui ne
résiste pas à trois minutes d’analyse et désormais aux mathématiques.
Car pour l’idéologie néolibérale tout est résumé par la loi de la
jungle, la loi du plus fort qui devient la loi de puissance (loi de
Pareto). « Le côté obscur de la force » donc.
Cependant, Frédéric Lordon ne fait pas que critiquer et il nous laisse
une proposition qu’aucun média ne relaie : fermer la bourse. Voilà une
idée intéressante car la finance est au cœur du système et c’est elle
qui favorise l’évolution exponentielle des dettes et le chaos. De plus,
on sait aujourd’hui que 5 banques US contrôlent près de la moitié des
produits dérivés (plus de 200 000 milliards de dollars) et ont instauré
un gigantesque délit d’initié à l’aide d’algorithmes financiers qui
permet de gagner à chaque fois et, bien sûr, ceci déconnecté de
toute réalité économique.J’affirmais dans mon article «Pourquoi
l'économie mondiale ne s'est pas effondrée en 2009 ? » :
« Il faut bien comprendre que la bourse n'a qu'une seule utilité
sociale, celle de fournir des capitaux aux entreprises. Or, c'est
l'inverse qui se produit actuellement et c'est l'ensemble de la société
qui est prise en otage et se dépouille de ses richesses au profit de
quelques-uns. »
Nous sommes de plus en
plus nombreux à le crier haut et fort comme Omar Aktouf professeur à
HEC Montréal[ ou Paul Jorion.
Désormais, Frédéric Lordon enfonce le clou sur le vrai fonctionnement de la finance :
«
les entreprises vont moins s'approvisionner en capital à la Bourse
qu'elles n'y vont s'en faire dépouiller, puisque ce que les
actionnaires leur extorquent (en dividendes et en rachat d'actions)
finit par l'emporter sur ce qu'ils leur apportent, de sorte que ce
n'est plus la Bourse qui finance les entreprises mais les entreprises
qui financent la Bourse ».
La finance
est donc l’endroit où se concentrent « les métastases » d’un corps
malade qu’il faut amputer avant qu’elles ne se propagent.
Cependant, il faut être clair, cela ne serait qu’une étape, la
nécessaire remise en cause du capitalisme devant être au cœur des
débats. Imaginer un système économique fonctionnant en circuit fermé et
dont l’homme et non l’argent serait le cœur. Criminaliser l'excès de
richesses en plafonnant le patrimoine personnel. Un système distributif
(et non redistributif) qui remette la connaissance à sa juste place et
qui élève l’homme au lieu de le transformer en animal (mythe de Circé),
en esclave, une constitution pour l’économie.
« Pour comprendre, apprenons à rêver! » August Kekulé.
*Gilles Bonafi est professeur et analyste économique.

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