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Études  Métapolitique Sommaire

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Capitalisme socialisé et société des fonctions

Philippe FORGET

La société capitalisée et son parasitage fonctionnel

        Bien loin est l’époque du capitalisme libéral, en Europe et plus encore en France. Un nouveau mode de production du Capital lui a succédé, qui s’étend progressivement au monde entier, notamment par le truchement des organisations internationales, l’influence de la technocratie européenne et l’hégémonisme aveugle des Etats-Unis. Il a pris forme depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et encore plus de consistance depuis la fin du système des blocs. Il s’est cristallisé par synthèse du dirigisme étatique, de l’affairisme spéculateur et du socialisme bureaucratique et larmoyant. Par son idéologie, ses pratiques normatives, ses techniques de contrôle et ses stratégies clientélistes, la technocratie européenne en exerce un magistère exemplaire (elle doit d’ailleurs énormément à l’étatisme français). Ce capitalisme qui s’est assimilé la vie intrinsèque des peuples depuis qu’ils mutent en sociétés de consommation, prospère par sa symbiose avec la gestion sociale et multimédiatique qu’elles réclament. En investissant l’individu des besoins, le capitalisme d’entreprise est né ; en investissant la société massive des fonctions, il s’est métamorphosé en capitalisme socialisé, dont le pendant symétrique se concrétise dans la société capitalisée. Il s’agit ici d’en saisir le dispositif et d’en évaluer le sens moral et politique.

            Cette évolution du capitalisme repose sur le calibrage réticulaire des sociétés par les matrices de la finance, du conditionnement médiatique et de l’administration sécuritaire et fiscaliste. L’entrepreneur de puissance matérielle et intellectuelle qu’incarna la figure du Bourgeois lui est devenu étranger. Loin de favoriser l’individu entreprenant, la socialisation du capital s’alimente à la consommation des masses grégaires. Le monde pour ce type de capitalisme est moins un champ à explorer et travailler qu’un dispositif de fonctions qui tournent en boucle. Au fond, un tel dispositif proscrit toute ambition individuelle ou commune, car son impératif est de conserver le jeu spéculaire des fonctions par lesquelles la vie humaine est méthodiquement massifiée et découpée : fonction financière, fonction sécuritaire, fonction sanitaire, fonction spectaculaire, fonction humanitaire, etc. A chaque fonction, correspond une ingénierie « compétente » qui étend ses réseaux sur l’étendue sociale. La connexion circulaire des fonctions garantit la connivence dominatrice des technocrates. La classe parasitaire qu’ils forment épuise, en outre, les richesses concrètes des producteurs pour mieux capitaliser ces derniers sous forme de ressources fonctionnelles.

 Naïvement, on pourrait penser que ces fonctions exercent un intérêt général ; c’est pourtant là mal connaître comment fonctionnent leurs organisateurs et exécutants. On remarquera d’abord qu’aucun dessein unitaire n’harmonise et ne règle le jeu de ces fonctions. Comme elles sont source de pouvoir social et de financements, elles sont régies par le souci de la quantité et non de la qualité. Leurs promoteurs n’agissent pas pour remplir une charge, remplir un office (officium), mais pour obtenir du rendement : il s’agit pour eux de capter l’attention matérielle du consommateur quel qu’il soit (l’assisté est un consommateur d’assistance).

 En deçà de leurs connexions, les dispositifs fonctionnels s’agitent par concurrence. Chacun gère en effet un capital de fonctions qu’il faut faire fructifier. Dans les rapports de force sociaux qu’actionnent la classe parasitaire et ses innombrables clientèles, il faut savoir peser par le nombre, la monopolisation d’un « service » ou d’une technique, la manipulation des émotions publiques et, bien entendu, par la médiatisation spectaculaire de son appareil fonctionnel. Il est ainsi parfaitement admis qu’un ministre « monte au créneau » pour défendre son ministère, l’augmentation de ses crédits, la clientèle de ses agents, sans que l’on ne sache jamais la raison générale d’une telle nécessité. Dans la société des fonctions, les ministres exercent  leur responsabilité au service de leurs fonctions et fonctionnaires, comme si le magistère de l’intérêt général n’existait pas ! Autrement dit, le service unitaire du Peuple est une pure fiction. Il en est de même d’ailleurs pour les appareils privés dont les postes organisationnels prospèrent sur l’exploitation des talents innovateurs et le conditionnement des clientèles. Songeons, par exemple, à l’enflure récente de la fonction de communication : combien d’emplois stipendiés, combien de budgets dépensés, que les systèmes publics et privés consacrent à se mettre en vue, à débiter du flux signalétique : gigantesque mascarade servant à masquer la misère politique des uns et l’indigence productive des autres.

 

L’inflation du manque : la domination par la crise 

 

 Le capitalisme socialisé repose moins sur la production de véritables richesses que sur le quadrillage fonctionnel de la consommation sociale. Alors que l’économie libérale traditionnelle visait à satisfaire des besoins limités à la nature individuelle, l’économie fonctionnelle prospère sur le traitement des situations humaines et sociales.  Ce traitement est perpétuel puisqu’il fait fonds sur le manque généralisé, la pénurie orchestrée. Manque de production et des travaux corrélatifs, manque d’instruction et d’éducation, manque d’Etat, manque de sûreté, manque d’environnement, manque de culture, manque de reconnaissance, manque d’égalité, manque de lien social, manque d’informations, manque de santé, manque de stabilité (par exemple, psychologique ou sociale), manque de forme et performances, manque de crédits et en général manque de moyens, etc. : à chaque fois, le consommateur social est requis de digérer des méthodes, des recettes, des « parcours », et de contribuer par sa dépense vitale, mentale et fiscale à la quantification des appareils technocratiques (publics, para-publics, associatifs et privés) qui pansent les champs de sa misère. Chaque manque est un capital qui, exploité comme champ fonctionnel, produit de la valeur financière (par l’hypertrophie du crédit) et de la valeur sociale pour les appareils du « développement » et leurs directions. Valorisée par la demande de la multitude, la technocratie sait qu’elle tient là le moteur de sa domination politique. Aussi a-t-elle tout intérêt à entretenir des rapports de production collectifs qui reposent sur la prolétarisation des existences. Aujourd’hui, ce ne sont plus seulement les forces du travail qui sont exploitées, mais les fondements anthropologiques du lien humain.

 La masse sociale se trouve mise sous tension par secteurs fonctionnels, afin que tendue par ses manques, elle dévore avec avidité les techniques et services, signes et signaux, procédés et procédures, que lui débitent les réseaux organisateurs. Le système fonctionne par un incessant déséquilibre des situations humaines. Il institue des groupes sociaux en tant que situations à traiter, en leur révélant puis en excitant leur manque. Comme ces mêmes sujets ne comblent jamais leur manque ou s’en découvrent d’autres, ils assurent la connexion bouclée de leurs matrices nourricières. Ainsi jouées, les masses consommatrices errent de manque en manque pendant qu’elles alimentent de leurs valeurs (maigres pour chacun, énormes pour l’ensemble) les dispositifs qui leur proposent des services, des crédits, de l’aide ou de l’assistance.

 C’est pourquoi perdure la crise humaine des sociétés actuelles, dans toutes les dimensions de la vie et tant au niveau national qu’international. Quoiqu’en disent les bonimenteurs du pouvoir, la crise n’est pas extérieure à leur volonté, n’est pas un accident ou une anomalie qu’ils pourraient surmonter. Elle procède par essence de la mécanique des technocraties globalitaires. Elles en tirent leur pérennité et leur légitimité. Leur seule hantise est que la crise ne débouche sur un bouleversement radical. Mais comme les sociétés participent d’elles-mêmes à la crise, qu’elles craignent pareillement tout issue à la crise, que la dynamique des crises engendre sa propre stabilité giratoire (en quelque sorte la force centripète de la crise générale qui conduirait à une révolution finale est toujours équilibré par le jeu centrifuge des crises multiples qui évitent la gravité subitement éprouvée de la crise totale), la crise trouve aussi dans le point de son stade terminal un foyer de sa reproduction illimitée. Pandémonium du manque, le capitalisme socialisé se maintient par le jeu sur-équilibrant de ses déséquilibres. Jouissant de la transformation stationnaire que fournit la crise, il forme le premier système de domination cybernétique de l’histoire. La crise compose le mode même de la « gouvernance » ; et le capitalisme socialisé en fournit le moteur.

        

Droits fonctionnels ou exercice de la liberté

 

 De toutes ces situations de pénurie, jaillit la vocifération des droits que profèrent les consommateurs sociaux. La prolifération des « droits à… » traduit bien l’extranéité des libertés sur laquelle repose l’emprise globalitaire. Ce que l’individu massifié est impuissant à faire de lui-même, il attend qu’une fonction sociale le fasse pour lui. La multitude fonctionnelle est un troupeau qui sollicite continuellement l’assistance des matrices « compétentes » pour soutenir sa vie. Elle n’existe que par ces appareils qui la gavent de reconnaissances et de « réformes », desquelles ceux-ci tirent à leur tour leur régie.

 Elle court sans cesse après ce qu’elle n’est plus, ce qu’elle n’exerce plus : la liberté. Parallèlement, elle en dévore les objets et les signes, émis par le dispositif du Manque. La société des fonctions est  cannibale, de soi-même, des facultés humaines qu’elle a virtualisées dans des droits à consommer. Ainsi, je n’ai pas le droit de me défendre, mais on a le droit à la sécurité ; je n’ai pas le droit de me cultiver, mais on a le droit à la culture ; je n’ai pas le droit de m’éduquer, mais on a le droit à l’éducation ; je n’ai pas le droit d’être propriétaire, mais on a le droit au logement ; je n’ai pas le droit d’être juste, mais on a le droit à la justice, etc. Tous ces droits à constituent des tensions consommatrices, alors que les droits de exercent la liberté de chaque homme.

 Ces derniers droits sont d’ailleurs en nombre limité parce qu’ils expriment les seules conditions essentielles de la liberté créatrice. Ils sont surtout excipés comme tels, de l’unique moment où une politique du ressentiment les oppresse. Sinon, ils correspondent à des pratiques natives, des principes implicites, par lesquels un peuple civilisé croît en commun. Le Législateur, quand ce ne sont pas les mœurs, ordonne leur exercice partagé par la Cité.  Mais avant que d’être ordonné par les Lois, le juste exercice de la liberté ressortit à la culture des vertus individuelles et civiles. Les authentiques droits de l’homme passent par ceux du citoyen, duquel la voix souveraine déclare les conditions constitutives de la civilité commune. Et la raison de cette civilité consiste dans le goût de « s’augmenter », pour reprendre la noble formule romaine. Vertus et lois concourent au déploiement de soi et des siens, du citoyen et de sa République.

 Ce qu’ils ont en propre, les citoyens aiment le faire fructifier : leur liberté active s’origine dans la propriété qu’ils ont d’eux-mêmes. Leur propriété, ils la cultivent par les dons qu’elle reçoit de l’histoire et le paysage futur dont elle est grosse. Ils sont libres d’autant que leur propriété opère un site où séjourner et se grandir. Ils sont aussi souverainement égaux dans le maintien et la croissance de leur propre. Ils se relient comme frères par ce qu’ils opèrent en commun. Liberté, propriété, égalité et fraternité composent l’unité cardinale de tout peuple souverainement fécond de sa figure et de son histoire. Des hommes se constituent en peuple quand une puissance de se faire en commun les inspire et les lie pour affirmer leur génie. Dès ce moment, ils entrent dans l’histoire et la font, traversant ses vicissitudes, pendant qu’ils deviennent les uniques auteurs et moteurs de leur bien public. Seuls les enfants et les esclaves ne jouissent pas de l’autorité pour se gouverner eux-mêmes. Ainsi l’esclave a-t-il remis sa vie dans les mains d’autrui, et celui-ci en dispose-t-il. Le citoyen et le peuple, eux, aucune force extérieure ne les dispose. Ils mûrissent d’eux-mêmes, de leurs luttes et expériences. Le peuple n’est peuple qu’autant qu’il se fait, non pas qu’il fonctionne. Le citoyen n’est citoyen qu’autant qu’il se forme, non pas qu’il est agencé par le dispositif social.

 

Le sens suspendu et ses totems

 

Pour sa part, la multitude ignore le soin de s’édifier, elle a choisi d’user des services fonctionnels et de s’y user. Décentrée de ses forces constitutives, elle balance entre apathie et hystérie, sénescence et infantilisme, égocentrisme et sensiblerie altruiste. Certains croient ainsi se parer de bonté et de sainteté quand ils réclament l’invasion par les autres. Pourtant, ils singent seulement le soin que doit porter tout homme à la croissance personnelle et commune. D’autres s’irritent de la prolifération d’intrus : leur chétive protestation électorale cache d’abord le désir sécuritaire de consommer par et dans l’ordre. Nietzsche avait vu juste : si la modernité se met à ignorer l’appel à se surmonter, elle finit sous la tyrannie des petites gens.

 Prendre soin de soi et des siens, cet impératif antique et moderne, auquel se sont toujours ordonnés les tenants des cités libres, est devenu une passion quasiment dangereuse. La logique globalitaire des libérations étouffe l’exercice de la liberté. Les libérations médiatisées consomment toute politique de la liberté. Elles organisent la dépossession de chaque existence et la jettent dans la possession générale. Par la patience du temps, un homme, une cité, un peuple, un empire, se construisent. A l’ère des droits libérateurs, le temps est trop vieux, trop usé, pour travailler : seuls valent les cris du présent. Sans cesse happée par l’actualité des objets et événements consommables, la multitude fonctionnelle n’a plus le temps de faire l’expérience d’une durée politique et historique. D’une génération à l’autre, expériences et savoirs ne se transmettent pas. Faute de points de repère, le jugement sur les situations vécues reste suspendu, et le niveau d’exigence s’affaiblit au fil des générations. Tandis que la culture est considérée comme un divertissement ou une parure sociale, la « haute » culture comme les cultures populaires subsistent à l’état de résidus. On lit des Classiques mais on ne sait pas quoi en faire. On ne sait plus interpréter les choses que ce soit à l’aune des Lettres ou du simple bon sens. L’application d’un jugement partagé, d’un sens commun, aux phénomènes qui se déroulent se trouve paralysée par l’oblitération des horizons. D’un côté, les préjugés de la tradition sont laminés au point de survivre comme de pures conventions sans effet réel ; de l’autre, les préjugés d’un futur sont impossibles, car la multitude du capitalisme final est intimement persuadée qu’elle vit déjà dans le meilleur des mondes.

 Malgré ses spasmes protestataires, elle adhère nécessairement au Système avec lequel elle se co-génère : pour elle, c’est son monde, sa démocratie, sa télévision, ses idoles… Bateleurs et pitres du médium politicien, elle les use comme ils en usent. Une impression d’escroquerie universelle, alliée au sentiment individuel d’être dupé, parcourt la société. Elle s’en irrite quotidiennement, d’où la « judiciarisation », en constante augmentation, des rapports sociaux. L’interpassivité collective se défoule dans la prolifération de multiples petites affaires qui empoisonnent la vie. Partagée entre la vanité égocentrique et la nervosité des foules, la multitude fonctionnelle a oublié la confiance fondatrice du peuple.

 Au total,  société des fonctions et technocraties globalitaires se sont embarquées ensemble vers un monde sans fenêtre ; et sur leur nouvelle nef des fous, tout doit être lu à l’envers. La croyance s’est retournée en crédulités, la raison en idioties. Et le futur en passé : ils ont tous le regard pétrifié en arrière, vers les catastrophes sacralisées qui frappent d’interdit la fulguration d’un avenir commun. Heureusement, de saintes icones publicitaires veillent en outre sur la répétition sociale. On leur prête assez de ressentiment mémoriel pour qu’elles recyclent à jamais les figures maudites des temps anciens et modernes, les brandissant à la vindicte multitudinale qui protège ainsi son paradis. La Femme, le Jeune, le Pauvre et l’Autre ont en garde les champs sociaux du Capital. Totémisées dans leur essence bio-politique ou ethno-politique, ces créatures refoulent l’esprit du Père dont on craint le souffle vertical. Mieux vaut se décomposer sur place que de se risquer à une métamorphose de soi : tel est le principe morbide qui anime la société capitalisée et sa classe parasitaire. Celui qui non seulement ne progresse pas sur un chemin et n’en lit point les signes, mais reste aussi fixé sur l’arrière de ses déchets, n’est-il pas un arriéré ? Par la domestication bestiale de l’homme, l’idolâtrie de ses totems médiatiques et l’idiotisme de ses fonctions, le capitalisme socialisé finit dans l’arriération de l’esprit.

 

Probité politique et palingénésie

 

Entre la société et l’appareillage de sa vie, s’est tissé un cercle vicieux. Une figure, un peuple, un citoyen, peuvent-ils en émerger ? Il appartiendrait à des puissances neuves d’en trancher le nœud gordien. Reprendre certains signes hérités, puis les tramer vers une direction : telle reste la puissance magique de l’Occident qui s’érige à la seule mesure des métamorphoses du Sens qu’il déploie. Ne servent donc à rien les incantations à la République tant que celle-ci n’a pas trouvé son poème, sa théorie, son axe. Un peuple se cristallise dès lors qu’une fiction créatrice l’a investi. L’âme d’un peuple réside dans son travail et ses paroles du Monde.

 Une probité minimale invite à clarifier les héritages et non à les empêtrer. Unir la « droite sociétale » à la « gauche nationale » ? On ne voit guère sur quoi réconcilier les tenants de « l’Ordre naturel des choses » et ceux du Progrès et de l’Histoire, hors qu’une écologie inédite de l’esprit ait dialectiquement dépassé leurs thèses. Derrière les positions politiques, il y a des topologies, voire des ontologies, du Monde qui s’affrontent ; du moins quand elles sont authentiquement assumées. A peine de faire le spectacle, chacun a à reprendre sa tradition, la comprendre et l’exposer. Alors un lien public renaîtrait de la lutte des discours. Les refondations ne sourdent pas d’entre-deux conjoncturels et rassurants. Les visées électoralistes ne sont pas à la hauteur de l’enjeu tout comme la juxtaposition séductrice des interprétations se révélera bientôt être une farce où l’un jouera le dupe. Le numéro des contraires réunis participe aussi de l’évidement général. Si un peuple doit renaître, il se nourrira d’une direction tranchée, non pas d’une faiblesse avide de clameur électorale. Il flaire la tromperie dans la bâtardise des paroles. La petite politique se complaît dans les recettes, la grande s’origine dans un appel. La souveraineté de toute figure politique s’opère par la radicalité des principes, sinon c’est une tartufferie de plus qui apparaît sur le marché des « valeurs ». Ensuite, dès que l’histoire s’apaise, des compromis peuvent avoir lieu car le sens est sereinement tracé.

 Mais à l’heure de la palingénésie, le souffle du Moderne panique les visages flétris. Ce souffle vient-il à manquer, qu’il appartient alors à certains d’en préparer patiemment l’alchimie. On ne saurait confondre urgence de l’heure et urgence d’un succès multimédiatique. L’unique travail de la pensée accueille en sa réserve le souffle régénérateur. Nous ne sommes pas en manque d’une écologie de l’esprit et de son site, du moment que nous l’élaborons. En lieu de l’être et de son manque, il faut déployer une topologie de la Puissance ; à l’anthropologie des besoins, il faut substituer l’anthropologie des forces figuratrices. La décroissance des appareils parasitaires constitue la première marche vers une verticalité commune. La rénovation d’une république-site se prépare dans la liberté du propre.  C’est à ce prix seul que le peuple des producteurs pourra renaître sur le corps putride du capitalisme socialisé.  Tel est le chantier.



 

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