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Études  Métapolitique Sommaire

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Présence du symbolisme dans l'œuvre d'Hergé

Daniel Cologne

                               L'actuelle décennie verra le centenaire de la naissance d'Hergé (1907-1983) et, à court terme, le vingtième anniversaire de sa mort. On peut prévoir une floraison d'exégèses des aventures de Tintin, dont les meilleures auront toutefois du mal à égaler l'ouvrage de Pierre-Louis Augereau1.

                                Le titre de ce livre (Hergé au pays des tarots) donne la trompeuse apparence d'une enquête limitée au symbolisme de la cartomancie. En réalité, l'auteur va beaucoup plus loin. Il scrute aussi les arcanes de l'alchimie, de l'astrologie et de l'arithmosophie pour proposer in fine une lecture ésotérique globale des albums du célèbre dessinateur bruxellois.

                                Ceux-ci sont au nombre de vingt-deux, comme les lames du Tarot et les chapitres de l'Apocalypse. Saint-Jean l'Évangéliste est d'ailleurs la figure centrale de l'épilogue du Trésor de Rackham le Rouge.

                                Après les avoir vainement cherchées dans une île des Mers du Sud, Tintin découvre les pierres précieuses dans une mappemonde surmontée d'une statue de l'apôtre, au fond de la crypte du château de Moulinsart.

                                L'île, le château, le souterrain : voilà des symboles qui parcourent toute l'œuvre d'Hergé.

                                L'aérolithe de L'Étoile Mystérieuse, que Tintin prend d'abord pour la huitième étoile de la Grande Ourse, s'abîme finalement dans la mer Arctique et devient ainsi une sorte d"'île au trésor". Le bloc de pierre tombé du ciel recèle en effet un métal inconnu. Tintin doit y planter le drapeau de la science européenne après une course navale contre un concurrent américain pour qui tous les coups sont permis. L'option métapolitique est aussi claire que le symbolisme hyperboréen.

                                L’“ île blanche ” chère aux mythologies d'origine nordique trouve, chez Hergé, sa contrefaçon dans L'Ile Noire, un des premiers chefs-d'œuvre de l'artiste belge. Protégée par le gorille Ranko, sorte de Bête apocalyptique, cette île abrite une symbolique bande de faux monnayeurs travaillant dans les ruines d'un château. Les vestiges de Ben More sont le négatif de Moulinsart ou de Kropow, le palais royal renfermant Le Sceptre d'Ottokar.

                                Au cœur de ce même royaume de Syldavie, dans les contreforts d'une montagne d'accès difficile, se cache la cité des savants d'où part l'expédition d'Objectif Lune. On retrouve ce symbolisme de l'utopie souterraine dans Le Temple du Soleil, où le repaire des Incas n'est atteint qu'au prix de multiples épreuves.

                                Hergé a certes tort de méconnaître le savoir astronomique des anciens Péruviens, qui auraient été capables de prévoir l'éclipse de leur Dieu-Soleil. Mais Tintin partage avec eux les vertus chevaleresques qui le rendent digne de contempler le fameux trésor dérobé aux regards rapaces des conquistadores.

                                Je n'ai cité que quelques exemples tirés du corpus hergéen d'avant 1960, que je connais le mieux et qui a enchanté mes jeunes années. Je laisse aux lecteurs le plaisir de découvrir, par l'intermédiaire de Pierre-Louis Augereau, la dimension initiatique d'albums plus tardifs, comme Tintin au Tibet, auquel l'auteur consacre les plus belles pages de son exégèse.

                                Au fil des années, l'imagination d'Hergé semble se tarir quelque peu. Cet essoufflement de l'inspiration aboutit au très faible Tintin et les Picaros, où le désenchantement idéologique renvoie dos à dos le vieil ami Alcazar (rencontré par Tintin dans L'Oreille cassée) et son rival Tapioca.

                                Mais parmi les mérites qu'il faut néanmoins reconnaître aux derniers albums, outre l'examen de l'hypothèse des visiteurs extra-terrestres (Vol 747 pour Sidney), il y a le définitif évanouissement de la légende d'un Hergé raciste.

                                Tintin vole au secours des Noirs vendus comme esclaves (Coke en stock). Par une douce soirée de printemps, il goûte les charmes des guitares et des chants tziganes qui montent des clairières proches de Moulinsart (Les Bijoux de la Castafiore). Ce Tintin-là est fidèle à celui qui, dès 1935, dans Le Lotus bleu, défend un tireur de pousse-pousse chinois contre la brutalité d'un Anglo-Saxon de Shanghaî, membre de l'Occidental Private Club.  

                                                                                                                                                                                                     Daniel Cologne

*1 Hergé au pays des tarots, Editions "Cheminements", 1999

Études  Métapolitique Sommaire

Capturé par MemoWeb à partir de http://esprit-europeen.fr/etudes_metapo_herge.htm.htm le 16/11/2005