Lectures L'esprit des livres Sommaire
Europe Fédéralisme, ethnies, langues, institutions... Géopolitique Philosophie, idéologie, religions Histoire Récits, biographies, littérature
Histoire
Quatre parutions dans un esprit européen, mars-avril 2009 :
1) Alain de Benoist, "Le guide des prénoms d'Europe"
2) "La patrie, l'Europe et le monde. Éléments pour un débat sur l'identité des Européens"
3) "La voix des peuples. Réflexion sur l'Europe des peuples et la renaissance des nations sans État"
4) "Aux armes de Bruxelles". Portrait romancé de la capitale des ducs de Bourgogne
Jörg Friedrich, L'incendie, L'Allemagne sous les bombes 1940-1945
Michel
Banniard, Genèse
culturelle de l’Europe. Ve-VIIIe
siècle
Pierre Béhar, Vestiges d'empires. La
décomposition de l'Europe centrale et balkanique
Paul
Delsemme, Les écrivains
franc-maçons de Belgique
Jean
Guisnel, Les pires amis du monde. Les relations
franco-américaines à la
fin du XXe siècle
Lothar
Kilian, De l'origine des Indo-Européens
René
Lejeune, Robert Schuman (1886 - 1963). La
politique, chemin de
sainteté
Jean-Claude
Masclet, L’union
politique de
l’Europe
Bino Olivi,
L’Europe difficile. Histoire politique de la
Communauté
européenne
Napoléon,
Comment faire la guerre
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------ Message transféré De : Les Amis d'Alain de Benoist <association@alaindebenoist.com> Date : Wed, 11 Mar 2009 22:08:34 +0000 Objet : Un nouveau livre d'Alain de Benoist UN NOUVEAU LIVRE D’ALAIN DE BENOIST Cher(e) Ami(e), Depuis la première parution en 1979 de son Guide des prénoms, publié par le mensuel Enfants-Magazine,
Alain de Benoist n’a jamais cessé de
s’intéresser à l’histoire et à
l’origine des prénoms. Il nous livre aujourd'hui avec son Dictionnaire des prénoms, une somme sans équivalent sur les origines, l'étymologie et l'histoire de tous les prénoms « d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs » utilisés en Europe. En plus de mille informations inédites, insolites ou inattendues, vous y découvrirez tout ce que vous voulez savoir sur les nouveaux prénoms à la mode, la cote des prénoms au fil des âges, les prénoms régionaux (bretons, normands, corses, alsaciens, provençaux, basques, flamands, occitans, etc.), les prénoms d'origine celtique, germanique, gréco-romaine, mythologique ou biblique, leurs formes dérivées, les usages dans différents pays. Ce dictionnaire mérite une place d'honneur dans votre bibliothèque, que ce soit pour donner un prénom à un enfant ou pour en savoir plus sur votre prénom ou celui de vos proches. Ce volumineux ouvrage de 520 pages est édité par les Editions Jean Picollec. Il vous sera dédicacé par Alain de Benoist en renvoyant à l'Association le bon de commande ci-joint, accompagné d'un chèque de 35 €, le port vous étant offert. En attendant, recevez, cher(e) Ami(e), l'assurance de mes sentiments dévoués et amicaux. Gérard Landry Mars 2009 ------ Fin du message transféré |
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Pierre
Le Vigan et Jacques Marlaud présentent : (publié en avril 2009 chez
, BP 58, 77522 Coulommiers cedex.
Courriel : infos@ dualpha.com)
NB:
Une partie des auteurs (M. Ajoux, A. de Benoist, G.
Feltin-Tracol, P. Forget, P. Le Vigan, J. Marlaud...)
présenteront et signeront l'ouvrage le samedi 25 avril 2009 de 15h00 à 18h00
à la Librairie PRIMATICE, 10 rue Primatice ,
75013 Paris (tout près de la Place
d'Italie.
La
patrie, l'Europe et le monde 
Éléments
pour un débat sur l'identité des Européens
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Sommaire
I) Patrick Keridan : La patrie expliquée à nos petits enfants II) Pierre Le Vigan : La Patrie III) Alain de Benoist : "La citation que fait Pierre Le Vigan..." IV) Pierre Le Vigan, en réponse à Alain de Benoist : Le besoin d'enracinement continue d'avoir une dimension territoriale V) Michel Ajoux : Pour la France charnelle et l'Europe de la volonté VI) Philippe Forget : Culte de la " diversité " et dépècement du peuple souverain VII) Entretien avec Alain de Benoist (extraits) : " Tout le monde se trouve plongé dans un univers tristement monoculturel, celui de la marchandise..." VIII) Pierre Le Vigan : Vive la patrie ! Vive notre patrie française ! Vive l'Europe des patries! IX) Guy Portal : Comment peut-on être Européen ? X) Jacques Delimoges : Qu'est-ce que l'Europe ? Pourquoi la France ? XI) Michel Lhomme : Le mariage forcé de la Méditerrannée ou la convergence du petit projet sarkozien et d'un grand dessein globalisant XII) Patrick Keridan : Sous la France, l'Europe XIII) Jacques Marlaud : Par-delà la nostalgie française, les valeurs de l'Europe XIV) Philippe Forget : Totalitarisme et globalitarisme XV) Jacques Marlaud : Politique de civilisation et politique européenne sont incompatibles XVI) Miodrag Jankovic : L'Europe est un bateau ivre où ne règne pas l'esprit XVII) Yves Argoaz : L'Europe comme troisième voie XVIII) Georges Feltin-Tracol : Patries, État et post-modernité dans le nouvel ordre de la Terrre XIX) Philippe Forget : Le réveil européen : dispositif de subsidiarités ou génie souverain ? XX) Bernard Yack : Le mythe du nationalisme civique XXI) Christophe Gauer : Épilogue : L’Europe que nous voulons. Lettre d’un jeune Européen |

Jörg Friedrich, L'incendie, L'Allemagne sous les bombes 1940-1945, Éditions de Fallois, Paris, 2004 (édition originale en allemand, 2002).
En se
livrant à une étude objective et méthodique de la stratégie de bombardement
systématique et massif sur les cités allemandes par les Alliés, et
principalement par l’Angleterre dès 1940, cet historien a déclenché au-delà
d’une inévitable polémique, l’intérêt passionné de dizaines de milliers de
lecteurs Outre-Rhin sur un aspect essentiel et longtemps soigneusement occulté
de la carbonisation programmée de la plupart des villes allemandes et des
indicibles souffrances endurées par les survivants de 1942 à 1945. La
description précise et sans emphase de la froide détermination des autorités
britanniques, en particulier de Churchill et de l’Air Chief Marshall, Arthur Harris, (surnommé bomber
Harris, personnage haï des Allemands qui se sont opposés à
l’érection d’une statue en son honneur à Londres, voici quelques années) et des
conséquences résultant de leur stratégie anti-cités, éclaire sans fard la plus
grande catastrophe subie par l’Allemagne depuis trois siècles.
L’intention
des Alliés est notamment explicitée dans la directive adressée par Churchill au
Bomber Command le 14 février 1942 qui énonce : « Il a été décidé
que le principal objectif de votre opération sera désormais axé sur le moral de
la population civile ennemie ... il est clair que les cibles doivent être
les zones d’habitation et non, par exemple des chantiers navals ou les
industries d’aviation. ». C’est ainsi qu’avec ses conseillers techniques, le
Premier Ministre britannique inventèrent en toute conscience le « moral
bombing » destiné à saper la confiance des travailleurs et du peuple
allemand en leur Etat, mais aussi à les punir de leur soutien objectif et de
leur caution au régime.
Pour
parvenir à leurs fins, les ingénieurs du feu anglais et leur industrie mirent
au point des méthodes toujours mieux élaborées s’appuyant sur la combinaison de
bombes explosives, les ‘blockbusters’ destinées notamment à éventrer les
canalisations d’eau, des bombes et bâtons électro-thermiques incendiaires, du bombardier
lourd et des escadrilles d’éclaireurs (pathfinders, chargés d’illuminer le
secteur à détruire). Les appareils volant de nuit, en haute altitude et ne
disposant pas encore de système de radio-navigation, les erreurs de secteurs,
voire de villes étaient fréquentes (les fleuves et les cathédrales servant
souvent de seuls repères). Les plans
d’une destruction complète de l’Allemagne par l’inondation (destruction des
barrages) puis par le feu, exprimés en termes bibliques de vengeance divine
furent appliqués. Les militaires et les scientifiques avaient compris qu’il
était plus facile d’incendier une ville que de la faire sauter, mais qu’il
fallait mélanger produits explosifs et incendiaires pour obtenir une immense
boule de feu, laquelle, les vents et la configuration des lieux aidant, se
propageait toute seule, des jours durant.
L’Allemagne échappa de peu à la guerre bactériologique envisagée avec du
charbon américain. Il s’agissait bien de terroriser la population allemande en
portant les bombardements de zone au coeur même des vieilles cités et des
faubourgs ouvriers.
Le 30 mai
1942, la Royal Air Force conduit son premier raid de très grande ampleur avec
le bombardement de Cologne par 1000 appareils, chiffre jamais atteint jusqu’à
là et de nature à provoquer par lui-même l’effroi. Les attaques provoquaient de
gigantesques incendies qui portaient la température à plus de 1000 degrés,
engendrant des vents de 250 km/heure. Les raids sur Hambourg en juillet 1943
firent plus de 50 000 morts, celui de Berlin pour la seule nuit du 3
février 1945, 25 000 morts. Le bombardement sur Dresde, onze jours plus
tard, tuèrent entre 45 000 et 200 000 personnes selon les estimations. On
y dressa avec des poutrelles de fer d’immenses bûchers pour incinérer par
paquets de 500, les corps en surnombre. Peu connu, le bombardement de la ville
moyenne de Pforzheim fit périr 20 000 habitants sur un total de
60 000, soit un sur trois, pourcentage deux fois plus élevé qu’à Nagasaki.
Bientôt, les cercueils faisant défaut, les victimes des bombardements étaient
simplement mises dans des sacs en papier et enterrées dans des fosses
communes.
Lorsque les États-Unis lancèrent leur aviation à l’assaut de l’Allemagne en 1943, ils
refusèrent tout d’abord d’adopter la doctrine britannique. Pour des raisons
tout à la fois de prestige et d’efficacité militaire, ils préférèrent s’en
prendre de jour à des objectifs militaires et industriels. Mais en 1944, ils se
rallièrent à la doctrine anglaise et participèrent avec les Britanniques aux
opérations les plus dantesques. Lors de la marche vers le Rhin, la politique de
bombardement massif des Alliés s’appliquera avec toute la force de l’industrie
américaine, qui ravagea la Normandie ( destruction complète du Havre et de
Caen), une partie de l’Italie (Monte Cassino), puis la vallée du Rhin, avant
d’être abandonnée pour ne pas frapper les troupes alliées elles-mêmes qui
manoeuvraient sur un territoire complètement dévasté.
Quand elles
ne tuaient pas, les bombes occasionnaient chez les civils un traumatisme et une
angoisse permanente, en particulier pour les enfants. Les victimes étaient
brûlées mais le plus souvent gazées dans les bunkers, les caves ou autres abris
de fortune, la mort étant provoquée par l’élévation subite de la température,
l’effet de souffle et les gaz incendiaires. Près de 700 000 civils
trouvèrent ainsi une mort épouvantable, dont 76 000 enfants. A ces drames
s’ajoutent la destruction irrémédiable d’un patrimoine historique d’une
incommensurable richesse (maison de Goethe à Francfort, celle de Beethoven à
Bonn...les cathédrales, les musées, les innombrables cités d’architectures
médiévales. La ville hanséatique de Lübeck disparue en l’espace d’une
nuit...les bibliothèques connurent le plus grand autodafé de l’histoire.).
En dépit des
énormes moyens mis en oeuvre (40%des bombes lancées sur l’Allemagne ont été
destinées aux seules villes), cette stratégie fut un échec. Car si le pays et
ses villes multiséculaires furent détruites, le moral de ses habitants ne fut
pas véritablement atteint. Non seulement la population ne s’est pas révoltée
contrairement à ce qu’espéraient les tenants du bombardement de zones, mais au
contraire, les destructions épouvantables ont galvanisées les énergies dans la
capacité à les endurer et à résister aux raids. Les faits prouvèrent
l’inutilité de cette stratégie qui ne parvint pas à mettre la population à
genoux et qui ne détruisit pas pour autant le potentiel industriel puisque la
production d’armes étaient la plus élevée jusqu’à la veille de la débâcle.
Pourtant, ce fut durant les tous derniers mois du conflit, en 1945, que les
frappes aériennes ont été les plus massives, alors même que l’issue de la
guerre ne faisait plus de doute. La guerre sur deux fronts prenant en tenaille
les armées du Reich, l’épuisement des troupes face aux formidables effectifs
soviétiques, l’entrée en guerre de l’industrie américaine, firent bien plus
pour la victoire alliée.
Dans
l’entre-deux-guerres, un enseignement de la Royal Air Force, considérant la
stratégie anti-cité concluait que ce type d’action est : « moralement
indéfendable, politiquement inutile et militairement inefficace ».
Pourtant, de 1942 à 1945, le Bomber Command britannique et la 8éme US Air Force
réduisirent en cendres la plupart des villes allemandes, dont beaucoup dataient
du Moyen-âge. L’Air Chief Marshall Harris avait déclaré: « Notre but est
la destruction des villes allemandes, le massacre des ouvriers allemands et
l’interruption d’une vie communautaire civilisée dans toute l’Allemagne ».
Churchill était il un ‘criminel de guerre’ ? Le sens critique oblige à
dire que l’argumentation des autorités britanniques visant à gagner le conflit
en pratiquant une politique de terreur destinée à briser le moral de la population
civile est exactement celle des « terroristes » de tous les temps,
quand ils tiennent les civils pour la partie cachée mais consentante d’un
dispositif de guerre.
Le bombardement des villes allemandes durant la seconde guerre mondiale est un fait majeur de l’histoire. Ce fut la plus grande catastrophe qu’ait connue ce pays depuis la guerre de Trente Ans.
Jean-Marie Cojannot
Michel Banniard, Genèse culturelle de l’Europe. Ve-VIIIe siècle, Seuil, coll. Points Histoire, 1989
Les
quatre siècles qui vont de l’an 402
(l’empereur romain d’Occident,
Honorius, quitte Rome pour s’installer à Ravenne)
à l’an 800 (sacre de
Charlemagne à Rome comme empereur d’Occident),
sont décisifs pour la
constitution de l’identité culturelle de
l’Europe. C’est pendant cette période
que le latin écrit des clercs a peu à peu
cédé la place aux langues
vernaculaires, d’oc et d’oïl,
dont les premières floraisons
littéraires, hagiographiques puis épiques,
révélèrent une conception du
monde dont nous demeurons les héritiers.
Michel
Banniard récuse l’idée d’une
coupure radicale entre le christianisme,
d’une part, et le monde romain et les royaumes "barbares" qui
en ont
assumé la succession politique, d’autre part. Bien
entendu, explique-t-il,
“ c’est peu de dire que, même
malgré lui, le christianisme fut à ses
débuts
une religion contre l’État, et
l’Église une institution asociale
”
mais le passage du Haut- au Bas-Empire vit une transformation radicale
: “ le
christianisme a fini par être la religion de
l’État et l’Église une
institution tout à fait officielle ”.
Néanmoins, une “ instabilité
”
persiste, car “ l’Église est chez elle
dans l’Empire; mais elle n’en
est ni un substitut ni un produit. La cité
ecclésiastique est une entité
autonome ”. Notons que cette dualité
fondatrice traverse et agite
l’histoire de l’Europe avec la querelle du Pape et
de l’Empereur, les
guerres de religions, le gallicanisme, l’anglicanisme, le Kulturkampf,
le Concordat-" discordat " qu’est l’institution
laïque...
Cette opposition politique s’est doublée d’une autre querelle opposant les clercs au peuple, mais “ en s’affrontant, culture populaire et culture cléricale ont fini par interagir l’une sur l’autre. La première n’a été à proprement parler que partiellement confisquée par la seconde ” comme en témoigne le triomphe du culte des saints et, dès le VIIIe siècle, “ les inventions fantastiques d’où surgiront les contes et légendes de la tradition orale populaire qui survivra jusqu’au XIXe siècle.” Puis est survenue la grande littérature épique médiévale, témoignant de l’ “ autonomie idéologique ” de l’aristocratie... En conclusion, il ressort que l’héritage culturel de l’Europe est essentiellement un syncrétisme pagano-chrétien.
Pierre
Béhar, Vestiges d’empires. La
décomposition de l’Europe centrale et
balkanique, Editions Desjonquères, 1999,
176 p., 98 F.
La fin
du XXe siècle n’a pas
permis de solder les erreurs criminelles des traités
de paix de 1919, bien au contraire. Depuis l’implosion de
l’empire soviétique,
l’Europe ne finit pas de payer au prix fort
d’exodes, de purifications
sanglantes et soubresauts dramatiques l’aveuglement
géopolitique des
puissances victorieuses de la Grande Guerre.
En
assassinant l’Empire ottoman et surtout
l’Autriche-Hongrie, la Conférence
de la Paix de Versailles a profondément
déstabilisé - peut-être pour des
siècles
- l’Europe centrale et orientale. Dans Vestiges
d’empires, l’auteur,
Pierre Béhar, met en relation
l’actualité récente avec une histoire
plus
lointaine. Sa thèse est fort simple : la disparition de
l’Autriche-Hongrie et
de l’Empire ottoman a favorisé le chaos dans une
région excessivement
instable du fait de la présence d’une
mosaïque de peuples et de religions.
Pierre
Béhar
croit déceler dans l’histoire
européenne une constante contradiction et ce,
depuis Rome. C’est en Europe qu’est apparue entre
le XIVe et le
XIXe siècle
le concept de nation. Pourtant, pendant des siècles,
l’idée nationale ne
mobilisa pas les peuples. Les plus puissants d’entre eux (ou
ceux qui
croyaient l’être) rêvèrent
plutôt de refonder à leur profit
l’Empire
romain. Ainsi, les Byzantins, les Francs, les Germains, les Russes et
même les
Ottomans musulmans se lancèrent dans des aventures
impériales dont la conséquence
immédiate fut l’essor de l’esprit
national chez les peuples dominés.
L’exemple le plus flagrant demeure la tentative de
Napoléon Ier qui voulut
imposer à tout le continent un modèle
centralisateur et qui déchaîna les
nationalités… Tous ces rêves de
grandeur universelle se terminèrent par une
défaite rapide ou par un lent déclin.
Seul,
selon Pierre Béhar, l’État des
Habsbourg rejeta le mirage de l’imperium
pour gouverner avec pragmatisme un ensemble multinational complexe. Les
Habsbourg avaient compris tout l’intérêt
de stabiliser l’Europe
danubienne. Sans la vindicte de Clémenceau et le meurtre de
l’archiduc François-Ferdinand
à Sarajevo, l’auteur pense que
l’Autriche-Hongrie se serait transformée en
“
«
joie
États
monarchiques unis centreuropéens ”. Cela aurait
empêché que les
jeunes nations balkaniques se donnassent tour à tour au IIIe
Reich, à l’Union
soviétique et, maintenant, à l’OTAN
sans que ces allégeances successives ne
réglassent la lancinante question des minorités.
L’atlantisme gèlera-t-il
le problème des nationalités comme le fit pendant
cinquante ans l’URSS ?
En attendant, la fin du bloc soviétique permit aux peuples de retrouver leur liberté et donc leur histoire. Pendant que Slovaques et Tchèques, deux anciennes nations sujettes de l’Autriche-Hongrie, se séparèrent pacifiquement, la Yougoslavie post-titiste tombait dans des guerres d’indépendance atroces, chaque peuple cherchant à éliminer ses voisins par des vendettas parfois vieilles de plusieurs siècles ! Concernant la guerre en Bosnie-Herzégovine et au Kosovo, P. Béhar regrette l’attitude timorée des Européens au début du conflit. Bouleversé par le long siège de Sarajevo, il dénonce le jeu trouble (et pro-serbe) du Président Mitterrand, la nullité du personnel politique ouest-européen et le rôle des États-Unis, trop heureux de montrer à tous qu’ils sont, en l’absence voulue d’une Europe politiquement et militairement intégrée, la seule grande puissance du continent. Pour Pierre Béhar, les Européens conserveront longtemps leurs nations, mais cela n’empêchera pas l’émergence à terme d’une véritable entité européenne, héritière de feue l’Autriche-Hongrie, les Nations-Unis d’Europe.
•
Sous la direction de Serge Bernstein, Jean-Marie Mayeur et Pierre Milza,
Le MRP
et la construction européenne,
Éditions Complexes, coll. "Questions au
XXe siècle", 1993, 366 p., 32,01
€, 210 F.
Sous
la IVe République, le MRP (Mouvement
républicain populaire) est un parti
essentiel pour les majorités parlementaires.
D’émanation
démocrate-chrétienne,
le MRP a longtemps été
considéré comme le représentant en
France du
Vatican. Ses adversaires l’accusaient
d’être un parti clérical à la
solde
du Pape, le rouage d’une “ Internationale
blanche”, le regroupement des
nostalgiques du Saint-Empire et de la Sainte-Alliance !
La
réalité
est bien différente. Issu de la Résistance
chrétienne et de la fusion du
Parti démocrate populaire et de Jeune République,
le mouvement fondé par Marc
Sangnier à partir du Sillon, le MRP regroupe les
sensibilités diverses du
catholicisme français, des catholiques progressistes aux
nationaux-catholiques
influencés par Maurras en passant par les catholiques
néo-sociaux de Jacques
Maritain et les pacifistes chrétiens sans omettre le clivage
fondamental entre
gallicans et ultramontains !
Ce
mélange
composite se retrouve dans le domaine européen.
Jusqu’en 1950, le MRP montre
une réticence certaine envers l’idée
européenne, même si nombre de ses
militants rejoignent à titre personnel le Mouvement
européen, la Fédération
d’André Voisin ou l’Union
paneuropéenne. Bien sûr, le MRP participe en
1947 au lancement d’une autre organisation
européenne fidèle à l’esprit
de la démocratie chrétienne, les Nouvelles
Équipes Internationales. Seulement
les dirigeants du MRP craignent une mainmise de la CDU / CSU ! De leur
côté,
les démocrates-chrétiens allemands se
méfient de leurs homologues français
qu’ils jugent trop à gauche.
L’impulsion
européenne du MRP ne vient qu’avec la
déclaration de Robert Schuman le 9 mai
1950. Dès lors, il peut se targuer
d’être le “ parti de l’Europe
”,
leitmotiv qu’ont repris ses successeurs, les centristes
deJean Lecanuet,
Raymond Barre et François Bayrou.
• Paul
Delsemme, Les Écrivains
francs-maçons de
Belgique, Bibliothèques de
l'Université libre de Bruxelles, 2004, 500
p., 35 €.
Par
delà ce titre apparemment restrictif, l'auteur laisse
dans ce livre comme dans ses ouvrages précédents
sa féconde empreinte
d'historien comparatiste des littératures d'Europe. Les 500
pages
minutieusement documentées ne peuvent se refermer que sur
une légitime
admiration envers l'alerte nonagénaire, “
travailleur infatigable et érudit
à la curiosité toujours en éveil
” (p. 11). Ainsi s'exprime le préfacier
Raymond Trousson, autre spécialiste du cosmopolitisme
littéraire européen.
Né en
1913 à Schaerbeek (Bruxelles), Paul Delsemme
s'intéresse
d'abord à la littérature régionaliste.
En 1956, il publie les meilleures
pages de George Garnir à la Renaissance du Livre
et la qualité de son
apparat critique préfigure déjà le
succès de sa carrière professorale, à
l'Université Libre de Bruxelles, à partir de 1964.
L'auteur ne
renie pas ses premières amours vouées aux
chantres des “ patries charnelles ”. Jusque chez le
prince Charles-Joseph de
Ligne (1735-1814), lié à une demi-douzaine de
cours européennes du “ Siècle
des Lumières
”, il décèle “
un attachement aux hommes et aux choses de la Wallonie ancestrale
”, une “
nostalgie du pays hennuyer ” (p. 59) encore plus sensible
après la
confiscation de son domaine de Beloeil (1794) et son
définitif exil à Vienne.
Le Prince y meurt, tandis que le Congrès s'apprête
à redessiner, dans un
ambiance de fête, la carte de notre continent.
Parmi les
auteurs néerlandophones, Paul Delsemme épingle
Cyriel Buysse (1859 - 1932), qui écrit: “ Ma
patrie, c'est le coin de terre où
je suis né, où j'ai vécu,
aimé, souffert. Un tout petit coin, où je me suis
implanté comme un arbre, avec de profondes
racines ” (p. 473). Journaliste aux Pays-Bas,
Buysse revient chaque été
sur les bords de la Lys gantoise, parmi ses anciens compagnons de Van
Nu en
Straks, mouvement de renouveau littéraire
régional dont le mot d'ordre était
: “ Nous voulons être flamands pour devenir
européens ” (p. 471).
Englober dans
une même étude les littératures des
deux
langues nationales est un exploit rarissime chez les historiens
littéraires
belges. Paul Delsemme n'a que deux lointains précurseurs :
Paul Hamelius,
auteur d'une Introduction à la
littérature française et flamande de
Belgique (1921), et Charles Potvin (1818-1902), à
qui l'on doit le tome IV
de l'encyclopédie Cinquante ans de
liberté. Dans le sillage du
Cinquantenaire de la Belgique (1830-1880), ce volume
spécifiquement littéraire
paraît en 1882.
Le chapitre
liminaire de Paul Delsemme est une “ histoire
condensée de la Maçonnerie ” (pp. 27
à 53) qui dépasse largement le cadre
de la francophonie et de la néerlandophonie
européennes pour nous emmener d'Écossé
au Portugal sur les traces des diverses obédiences
spéculatives.
Connaisseur des
œuvres de Lessing (1729-1781), de Goethe
(1749-1832) et de Kipling (1865-1936), qu'il survole trop
brièvement (p. 55),
Paul Delsemme rappelle qu'il existe “ dans chacune des
grandes littératures
” des écrivains célèbres dont “
l'appartenance maçonnique est solidement attestée
” (p. 54) : l'Italien
Giuseppe Mazzini, l'Espagnol Vicente Blasco Ibanez, le Russe Pouchkine,
le Grec
Kazantzakis et le Néerlandais Douwes Dekker dit Multatuli.
En 1967, Paul
Delsemme publie en deux volumes, aux Presses
Universitaires de Bruxelles, sa thèse de doctorat sur le
critique littéraire
polonais Teodor de Wyzewa. “ Allant à
contre-courant à une époque où la
récente
défaite de 1870 conduisait à un nationalisme
revanchard ” (p. 13), Wyzewa
s'installe à Paris, fait de la capitale française
un carrefour des lettres
européennes et entraîne le public parisien
à la découverte de Tolstoï,
Strindberg, Ibsen, Multatuli, Mickiewicz, Emily Brontë et
François d'Assise.
A Bruxelles, la
revue La Société nouvelle,
dirigée par
Fernand Brouez, joue un rôle analogue entre 1884 et 1897. Les
amateurs belges
de littérature étrangère peuvent ainsi
découvrir Hauptmann, Dostoïevski et
Oscar Wilde. Paul Delsemme le rappelle dans un brillant essai paru en
1995 : Les
grands courants de la littérature européenne et
les écrivains belges de
langue française (Émile Van Balberghe
Librairie).
Chez Paul
Delsemme, l'ouverture d'esprit n'est pas synonyme
de naïveté. Il est conscient des possibles effets
pervers d'une démocratie
mal comprise. En cela, il se montre le fidèle
héritier du Baron Goswin de
Stassart (1780-1854), premier Grand Maître du Grand Orient de
Belgique,
qui écrit : “ Le fanatisme, soit qu'il
allume les bûchers de
l'Inquisition, soit qu'il dresse les échafauds
révolutionnaires, n'en est pas
moins horrible; l'hypocrisie, qu'elle traîne cauteleusement
aux pieds des
autels ou qu'elle flatte les passions populaires, est toujours
également méprisable"
(p. 70).
Dans l'Europe
post-napoléonienne, les Pays-Bas du Nord et
du Sud sont provisoirement réunis (1815-1830) sous la
dynastie des
Orange-Nassau. A partir de 1831, dans la Belgique
indépendante où le français
redevient la langue dominante, le mouvement identitaire flamand
apparaît, non
sans une nostalgie certaine de la “ Grande
Néerlande ” d'avant 1579 et du règne
de Charles-Quint (1500-1558). Julius
De Geyter (1830-1905)
publie en 1855 Keizer Karel een het Riik der Nederlanden.
Karel
August Vervier (1789-1872) implore les Hollandais de ne pas oublier
leurs frères
flamands. Dans son poème Verbroedering (1861),
il écrit : “ Vergeet
ons niet, Bataaf ! en leev ! ”
Paul
Delsemme pose sur le “ flamingantisme ” le
regard sans préjugé de l'authentique penseur
libre, là où de
pseudo-libres-penseurs ne peuvent se débarrasser des
œillères du “
politiquement correct ”. Au milieu du XIXe
siècle, “ on pouvait être, sans
incompatibilité, tout à la fois orangiste,
flamingant, libéral et franc-maçon
” (p. 455). En 1858, Julius De Geyter
déclare en substance que “ le
mouvement flamand, c'est la lutte contre des siècles de
fanatisme religieux et
de soumission à l'arbitraire des princes ”
(p. 458). A propos de l'auteur du Vlaamsche Leeuw,
Paul Delsemme
précise : “ Il adhéra au flamingantisme
en homne d'action, il vit en lui non
seulement un levier culturel, mais aussi une arme dans le combat de la
démocratie
contre l'oppression et de la libre pensée contre
l'obscurantisme ”.
En rappelant les
origines démocratiques, libérales, et
même
maçonniques du mouvement identitaire flamand, Paul Delsemme
interpelle le
francophone de Belgique et lui demande d' “ accommoder
sa vue ”
(p. 454). C'est l'un des nombreux mérites de son passionnant
ouvrage, dans
l'ensemble d'une œuvre non conformiste
dédiée au cosmopolitisme littéraire
européen.
Daniel Cologne
Jean
Guisnel, Les pires amis du monde. Les relations
franco-américaines à la
fin du XXe siècle,
Stock, 1999, 350 p., 21,19 €.
Journaliste, spécialiste des questions de renseignement et de défense au magazine libéral Le Point, Jean Guisnel donne dans cet ouvrage un aperçu de la rivalité entre les États-Unis et la France. Vu sous un angle journalistique, le livre se divise en deux grandes parties de valeur inégale. Les premiers chapitres portent sur la mésentente diplomatique courante entre Washington et Paris qui ne date pas du refus français d’intervenir en Irak ! Relativement modérées sous la présidence de François Mitterrand, les tensions croissent rapidement à l’arrivée de Jacques Chirac à l’Elysée. Les sujets de dispute sont nombreux : Bosnie, Irak, OTAN. Partant de cette rivalité, Jean Guisnel s’intéresse ensuite aux méthodes de la guerre secrète, de l’espionnage industriel et de l’intelligence économique. De nombreuses preuves à l’appui, il montre que les États-Unis orchestrent des campagnes anti-corruption, pratiquent le chantage (ou les pressions) et instrumentalisent la morale afin de s’emparer de nouveaux marchés et d’exclure les rivaux, principalement les entreprises européennes et françaises. Dans cette confrontation, la France arrive à résister et à contre-attaquer bien qu’elle connaisse des échecs. Guisnel s’inquiète néanmoins du retard informatique français, de son incompréhension envers les réseaux de l’information et de la fuite de ses cerveaux vers les États-Unis. Le libéral en lui accuse les pesanteurs bureaucratiques, la routine administrative et l’impéritie des ministères. Malgré ces entraves, la France possède les moyens de tenir tête à l’hyperpuissance. Toutefois, la France devrait se transformer. En effet, l’avénement d’une économie fondée sur les autoroutes de l’information rend caduc l’organisation pyramidale, la recherche exclusive du secret et sa rétention. Aujourd’hui, les nouveaux atouts économiques s’appellent la fluidité de l’information, l’interconnexion en réseau, bref une structure fédérale, ce qui explique le succès des États fédéraux. Il va sans dire que dans ce domaine, la France a un très grand retard !
• Lothar Kilian, De l'origine des Indo-Européens, Le Labyrinthe, 2000, 284 p., 22,71 €. Labyrinthe, 18-24 quai de la Marne, 75164 Paris cedex 19.(www.labyrinthe.fr)
Ce n'est qu'en 1816 que le linguiste Allemand Franz Bopp a, le premier, démontré la parenté des langues indo-européennes. Depuis lors, la question du foyer d'origine des locuteurs indo-européens a passionné des générations de chercheurs. Et le débat n'est pas clos, car plus on remonte dans le temps (jusqu'au paléolithique supérieur), plus les données précises se font rares.
Lothar Kilian, spécialiste de l'archéologie et de l'anthropologie préhistorique, qui a travaillé entre 1950 et 1976 à l'université de Bonn et au Musée de Trêves, fait, dans cet ouvrage paru en allemand en 1983, un état des lieux de toutes les recherches et hypothèses émises sur le foyer originel et les aires d'expansion des ancêtres des Européens.
Comme le signale le Doyen Jean Haudry dans sa préface, Kilian se réfère à une chronologie longue qui accorde aux anciens Européens une origine ethno-linguistique propre datée entre -40000 et -15000 (époque de l'Européen primitif). Mais on ne peut faire remonter l'indo-européen ancien que jusque vers -10 000. Les langues indo-européennes attestées, elles, n'apparaissent que vers -2000.
Après avoir examiné une à une et discuté les diverses thèses (nordique, orientale, occidentale...) à la lumière de la linguistique, de l'archéologie et de l'anthropologie, Kilian situe, avec un large degré de probabilité, l'aire d'expansion des I.-E. au néolithique entre la Mer du Nord et la Mer Noire dans un périmètre bordé par le Rhin et le Danube, entre les ethno-cultures finno-ougrienne au nord-est, avec laquelle de nombreux échanges ont eu lieu, et méditerranéenne au sud.
L'ouvrage comporte de nombreuses cartes et illustrations. En dépit de son sérieux, il est accessible aux novices.
•
René Lejeune, Robert Schuman (1886 -
1963). La politique, chemin de
sainteté,
Éditions Fayard, 2000, 254 p., 16,77 €, 110 F.
Président
de l’Institut Saint-Benoît et ancien enseignant,
René Lejeune fait la
biographie de l’homme dont il fut un collaborateur de 1945
à 1958 : Robert
Schuman. Né au Luxembourg d’un père
lorrain, sujet du Kaiser, et d’une mère
luxembourgeoise, le jeune Schuman est par la force des choses trilingue
: français,
allemand, luxembourgeois, auquel s’ajoute le latin, signe de
la puissante
influence chrétienne qu’exerce sur lui sa
mère. Étudiant en droit, Robert
Schuman suit l’exemple de son père et
déclare qu’il est de “
nationalité
lorraine ”. Cette “ affirmation
d’allégeance à la petite patrie
lorraine
est à la fois signe d’identité native
et rejet d’une légitimité
imposée
par la défaite ”. Cela ne
l’empêche pas de parcourir les centres
universitaires de l’Empire allemand et de nouer des liens
avec les
corporations étudiantes chrétiennes. Brillant
avocat à Metz, il s’engage
aussi à l’Union populaire catholique lorraine
avant d’être remarqué par
l’évêque de Metz. Celui-ci lui confie
des tâches administratives pour le
diocèse et lui fait connaître la doctrine thomiste
alors en plein renouveau.
Pendant
la Grande Guerre et contrairement à une légende
calomnieuse, Robert Schuman ne
porte pas l’uniforme allemand, car il a
été
réformé. En revanche, il est
travailleur auxiliaire dans une caserne. En 1919, Schuman est
élu député afin
de défendre les intérêts de la Lorraine
à
Paris. S’il dénonce le
centralisme parisien et défend le particularisme
alsacien-lorrain (ainsi que
l’Église), il est hostile au mouvement
autonomiste. Pour
lui, “ l’identité
nationale est complémentaire d’autres
identités.
Régionales et locales,
elles sont l’expression de la belle diversité que
manifeste la condition
humaine […]. L’identité
européenne, quant
à elle, ne se substituera
jamais à l’identité
française, anglaise ou
allemande pérennisée par la
réalité
des langues nationales. Elle en sera un heureux complément
forgé par
l’histoire et une civilisation commune ”. En 1939,
après vingt ans de députation,
Schuman devient ministre aux Réfugiés des
gouvernements
Reynaud puis Pétain.
Le 10 juillet 1940, le futur Père de l’Europe fait
partie
des 569 élus qui
votent les pleins pouvoirs au Maréchal. Ancien
résistant,
René Lejeune précise
que “ l’évolution future vers le
régime de
Vichy et l’État français
échappe
à l’emprise et à la
responsabilité de
cette majorité ”. Après avoir
été
mis en résidence surveillée par la Gestapo,
Robert
Schuman plonge dans la
clandestinité, trouvant refuge de monastère en
monastère jusqu’en 1944.
En
1945, Robert Schuman redevient député et
participe à plusieurs gouvernements
de la IVe République dont il sera
même président du Conseil. En 1950,
après
avoir fait la rencontre de Jean Monnet et profitant que deux autres
démocrates-chrétiens
exercent le pouvoir en Allemagne occidentale (Conrad Adenauer) et en
Italie
(Alcide de Gasperi), Schuman prépare le lancement de la
construction européenne.
Ainsi,
“ l’Europe communautaire va
naître de la conjonction de l’imagination
d’un solitaire, qui se meut dans
les hautes sphères de la politique économique
transnationale avec l’aisance
d’un dauphin dans l’eau [Monnet], et du souci
d’un homme d’État
responsable qui cherche une formule capable de “ lier les
pays non plus par
des paroles, mais par leurs intérêts ”
[Schuman]. ” René Lejeune nous
apprend que la déclaration Schuman fut tenue
secrète de tous, y compris du Président
du Conseil Georges Bidault. Seuls Adenauer et quelques proches
collaborateurs du
Lorrain en furent informés ! Le couronnement de la
carrière politique de
Robert Schuman survient en 1958 quand il devient le premier
président de l’Assemblée
des Communautés européennes.
Pour
Robert Schuman, la Russie et les pays du bloc soviétique ont
toute leur place
en Europe, une fois le communisme disparu, car “
édifier l’Europe, c’est
une aventure de cœur plus encore qu’une
affaire économique
”. Le propos reste d’actualité.
•
Jean-Claude Masclet, L’union politique de
l’Europe, PUF, coll. "Que
sais-je ?", 2001, 128 p., 6,4 €, 42
F.
•
Bino Olivi, L’Europe difficile. Histoire
politique de la Communauté
européenne,
Gallimard, coll. "Folio-Histoire", 1998, 800 p., 12,96 €, 85 F.
À
tous ceux qui s’intéressent à
l’histoire de la construction européenne,
on ne peut que suggérer ces deux ouvrages qui
retracent les différentes
étapes de l’union du continent. Ils
présentent l’immense avantage
d’être
complémentaires. Le premier, à
tonalité juridique, est paru à
l’origine en
1973 avant d’être constamment remis à
jour depuis (on en est à la huitième
édition). Plus récent, le second, fortement
historique, entend restituer dans
ses moindres détails, la longue épopée
de la construction européenne.
L’union
de l’Europe a des origines anciennes. Sans remonter aux
empires romain,
byzantin, carolingien ou germanique, les auteurs rappellent que le
sujet intéressa
des esprits aussi divers que le ministre Sully,
l’abbé de Saint-Pierre,
Novalis ou Victor Hugo. La naissance réelle de
l’aventure se situe en 1948
lors du Congrès fédéraliste de La Haye
dont le résultat le plus tangible est
la création du Conseil de l’Europe. En 1951, six
États concluent la première
organisation supranationale européenne : la CECA
(Communauté européenne du
charbon et de l’acier). Ensuite vont se succéder
deux grandes phases. Entre
1952 et 1969, c’est “ le temps des
hésitations ”; depuis 1969, c’est
“ le temps des ambitions ”.
La
première époque se caractérise par
deux importants succès (la CEE et
Euratom: la Communauté européenne de
l’énergie atomique) et par quatre
échecs
magistraux : le rejet de la CED (la Communauté
européenne de défense), le
refus de la Communauté politique en 1952 qui visait
à donner une autorité
politique à la CED, et le torpillage par des Pays-Bas
atlantistes et
pro-britanniques, en 1961 - 1962, des deux plans Fouchet. Voulu par un
ministre
du Général de Gaulle, il s’agissait de
créer une confédération
européenne.
On comprend mieux pourquoi la France gaullienne opta ensuite entre 1965
et 1966
pour la politique de la chaise vide dans les institutions
européennes…
La
seconde phase, qui se poursuit, se marque par une montée en
puissance de l’idée
européenne et par une accélération
à partir des années 1980 de sa
construction avec une conjonction “ europhile ” de
Jacques Delors à la présidence
de la Commission à Bruxelles, du Président
François Mitterrand et du
Chancelier Helmut Kohl. L’Acte unique de 1986, le
traité de Maastricht de
1992 posent des jalons qui seront repris et perfectionnés
par le traité
d’Amsterdam. Il n’en demeure pas moins que
l’Union politique de l’Europe
reste à faire, car l’UE est encore une
entité juridique floue.
•
Napoléon, Comment faire la guerre,
Mille
et une nuits, Paris, 2003, 80 p., 2,5 €
Voici un recueil
de réflexions brèves et de maximes
glanées
en six mois à la Bibliothèque nationale en 1972
par un jeune activiste de
l’ultra-gauche qui le publia en 1973 sous le pseudonyme de
Yann Cloarec. Il
n’était autre que Gérard
Guégan, le fondateur des éditions Champ Libre qui
conseille aujourd’hui encore la lecture de
Napoléon aux jeunes révoltés qui
ne se paient pas de mots et veulent en découdre efficacement
avec l’ennemi
(pour lui, le système mondialiste mercantile).
Et
Napoléon, d’emblée, avait le
même souci:
“ À quoi bon une
maxime qui ne peut jamais être mise en pratique et qui, mise
en
pratique,
serait la perte de l’armée. ” (Il
pensait sans doute
à “ Liberté,
égalité,
fraternité ”). “ Règle
générale
: jamais de révolution
sociale sans terreur... Toutefois une révolution est le plus
grand des maux...
Tous les avantages qu’elle procure ne sauraient
égaler le
trouble dont elle
remplit la vie de leurs auteurs ”. On retrouve-là
le
conservatisme révolutionnaire
du soldat-souverain, convaincu que “ Tout ce qui
n’est que
fantaisie et qui
n’est pas fondé sur le véritable
intérêt ne résiste pas à un
revers ”.
Plus que les
maximes concernant l’efficacité militaire,
ce sont les préceptes “ romains ” du
grand homme, qui retiennent
l’attention :
“
Réunion de forces, activité et ferme
résolution de périr
avec gloire. Ce sont ces trois grands principes de l’art
militaire qui m’ont
rendu la fortune favorable dans toutes mes opérations. La
mort n’est rien;
mais vivre vaincu et sans gloire, c’est mourir tous les
jours. ”
Ceci, au fond, est militairement correct, et si Venus Victrix a cessé de tendre ses bras d’albâtre vers les Européens, c’est parce qu’ils l’oublient trop souvent.
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