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Europe  Fédéralisme,  ethnies, langues, institutions...   Géopolitique   Philosophie, idéologie, religions    Histoire   Récits, biographies, littérature

                                                                                                                                                                                                                                               

Histoire

 

dé animé Quatre parutions dans un esprit européen, mars-avril 2009 : 

1) Alain de Benoist, "Le guide des prénoms d'Europe" 

2) "La patrie, l'Europe et le monde. Éléments pour un débat sur l'identité des Européens"

3) "La voix des peuples. Réflexion sur l'Europe des peuples et la renaissance des nations sans État"

4) "Aux armes de Bruxelles". Portrait romancé de la capitale des ducs de Bourgogne

dé animé  Jörg Friedrich, L'incendie, L'Allemagne sous les bombes 1940-1945

dé animé Michel Banniard, Genèse culturelle de l’Europe. Ve-VIIIe siècle

dé animé Pierre Béhar, Vestiges d'empires. La décomposition de l'Europe centrale et balkanique

dé animé Sous la direction de Serge Bernstein, Jean-Marie Mayeur et Pierre Milza, Le MRP et la construction européenne

dé animé Paul Delsemme, Les écrivains franc-maçons de Belgique

dé animé Jean Guisnel, Les pires amis du monde. Les relations franco-américaines à la fin du XXe siècle

dé animé Lothar Kilian, De l'origine des Indo-Européens

dé animé René Lejeune, Robert Schuman (1886 - 1963). La politique, chemin de sainteté

dé animé Jean-Claude Masclet, L’union politique de l’Europe
Bino Olivi, L’Europe difficile. Histoire politique de la Communauté européenne

dé animé Napoléon, Comment faire la guerre



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De : Les Amis d'Alain de Benoist <association@alaindebenoist.com>
Date : Wed, 11 Mar 2009 22:08:34 +0000
Objet : Un nouveau livre d'Alain de Benoist

 
                           
UN NOUVEAU LIVRE D’ALAIN DE BENOIST

Cher(e) Ami(e),

Depuis la première parution en 1979 de son Guide des prénoms, publié par le mensuel
Enfants-Magazine, Alain de Benoist n’a jamais cessé de s’intéresser à l’histoire et à l’origine des prénoms.

Il nous livre aujourd'hui avec son Dictionnaire des prénoms, une somme sans équivalent sur les origines, l'étymologie et l'histoire de tous les prénoms « d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs » utilisés en Europe.

En plus de mille informations inédites, insolites ou inattendues, vous y découvrirez tout ce que vous voulez savoir sur les nouveaux prénoms à la mode, la cote des prénoms au fil des âges, les prénoms régionaux (bretons, normands, corses, alsaciens, provençaux, basques, flamands, occitans, etc.), les prénoms d'origine celtique, germanique, gréco-romaine, mythologique ou biblique, leurs formes dérivées, les usages dans différents pays.

Ce dictionnaire mérite une place d'honneur dans votre bibliothèque, que ce soit pour donner un prénom à un enfant ou pour en savoir plus sur votre prénom ou celui de vos proches.

Ce volumineux ouvrage de 520 pages est édité par les Editions Jean Picollec. Il vous sera dédicacé par Alain de Benoist en renvoyant à l'Association le bon de commande ci-joint, accompagné d'un chèque de 35 €, le port vous étant  offert.

En attendant, recevez, cher(e) Ami(e), l'assurance de mes sentiments dévoués et amicaux.

                 Gérard Landry
                 Mars 2009



------ Fin du message transféré


Pierre Le Vigan et Jacques Marlaud présentent : (publié en avril 2009 chez , BP 58,  77522 Coulommiers cedex.

Courriel : infos@ dualpha.com)  

NB:  Une partie des auteurs (M. Ajoux, A. de Benoist, G. Feltin-Tracol, P. Forget, P. Le Vigan, J. Marlaud...) présenteront  et signeront l'ouvrage  le samedi 25 avril 2009 de 15h00 à 18h00 à la Librairie PRIMATICE, 10  rue  Primatice ,  75013  Paris  (tout près de  la Place d'Italie.

La patrie, l'Europe et le monde 

Éléments pour un débat sur l'identité des Européens

      Les réflexions proposées ci-dessous ont été publiées en partie dans la revue L’Esprit Européen entre 2000 et 2005, puis reprises et continuées sur les deux sites-frères qui prolongent jusqu’à aujourd’hui les travaux de la revue : esprit-europeen.fr et europemaxima.com. Il s’agit d’un débat sans cesse recommencé et destiné à se poursuivre entre ceux qui ont une sensibilité plutôt fédéraliste et communautarienne et ceux qui se disent plutôt « nationistes » (terme forgé par Yves Lacoste) ou souverainistes. Mais il n’y a en aucun cas, comme on pourra le lire, de divergences insurmontables. Le point de convergence indéniable est l’Europe comme une communauté de destin (celle de l’ « être-Européen »), comme affirmation souveraine de cette Europe, l’Empire en puissance à la réalisation duquel nous convie l’heure historique. Une souveraineté qui, il va sans dire, tirera sa légitimation et  sa force du principe de subsidiarité, au sens où ce qui peut être traité localement doit l’être afin de rendre plus concrète et authentique la démocratie. Principe sur lequel reposeront nécessairement les fonctions régaliennes d’un grand espace ethno-pluraliste et pluri-national.

 Sommaire  
                        
I) Patrick Keridan : La patrie expliquée à nos petits enfants

II) Pierre Le Vigan : La Patrie

III) Alain de Benoist : "La citation que fait Pierre Le Vigan...

IV) Pierre Le Vigan,  en réponse à Alain de Benoist : Le besoin d'enracinement continue d'avoir une dimension territoriale

V) Michel Ajoux : Pour la France charnelle et l'Europe de la volonté

VI) Philippe Forget : Culte de la " diversité "  et dépècement du peuple souverain

VII) Entretien avec Alain de Benoist (extraits) : " Tout le monde se trouve plongé dans un univers tristement monoculturel, celui de la marchandise..."  

VIII) Pierre Le Vigan : Vive la patrie ! Vive notre patrie française ! Vive l'Europe des patries!

IX) Guy Portal : Comment peut-on être Européen ?

X) Jacques Delimoges : Qu'est-ce que l'Europe ?  Pourquoi la France ?

XI) Michel Lhomme : Le mariage  forcé de la Méditerrannée ou la convergence du petit projet sarkozien  et d'un grand dessein globalisant

XII) Patrick Keridan : Sous la France, l'Europe

XIII) Jacques Marlaud : Par-delà la nostalgie française, les valeurs de l'Europe

XIV) Philippe Forget : Totalitarisme et globalitarisme

XV) Jacques Marlaud : Politique de civilisation et politique européenne sont incompatibles

XVI) Miodrag Jankovic : L'Europe est un bateau ivre où ne règne pas l'esprit

XVII) Yves Argoaz : L'Europe comme troisième voie

XVIII)  
Georges Feltin-Tracol : Patries, État et post-modernité dans le nouvel ordre de la Terrre

XIX)  
Philippe Forget : Le réveil européen : dispositif de subsidiarités ou génie souverain ?

XX)  
Bernard Yack : Le mythe du nationalisme civique

XXI)  Christophe Gauer : Épilogue : L’Europe que nous voulons. Lettre d’un jeune Européen












 

Jörg Friedrich, L'incendie, L'Allemagne sous les bombes 1940-1945, Éditions de Fallois, Paris, 2004 (édition originale en allemand, 2002).

       En se livrant à une étude objective et méthodique de la stratégie de bombardement systématique et massif sur les cités allemandes par les Alliés, et principalement par l’Angleterre dès 1940, cet historien a déclenché au-delà d’une inévitable polémique, l’intérêt passionné de dizaines de milliers de lecteurs Outre-Rhin sur un aspect essentiel et longtemps soigneusement occulté de la carbonisation programmée de la plupart des villes allemandes et des indicibles souffrances endurées par les survivants de 1942 à 1945. La description précise et sans emphase de la froide détermination des autorités britanniques, en particulier de Churchill et de l’Air Chief  Marshall, Arthur Harris, (surnommé bomber Harris, personnage haï des Allemands qui se sont opposés à l’érection d’une statue en son honneur à Londres, voici quelques années) et des conséquences résultant de leur stratégie anti-cités, éclaire sans fard la plus grande catastrophe subie par l’Allemagne depuis trois siècles.

       « L’incendie » est celui que les bombardiers alliés déclenchèrent par l’usage de bombes incendiaires conçues pour faire plus de dégâts et de victimes que les bombes classiques et pour frapper prioritairement les civils. Longtemps, nous supposions que les cibles des bombardements alliés visaient surtout des objectifs militaires et industriels. On sait aujourd’hui que cette croyance était fausse. La démonstration par l’auteur de la mise en oeuvre d’une stratégie de destruction massive de mille villes allemandes, assumée sans états d’âmes, est magistralement faite.

 
       L’intention des Alliés est notamment explicitée dans la directive adressée par Churchill au Bomber Command le 14 février 1942 qui énonce : « Il a été décidé que le principal objectif de votre opération sera désormais axé sur le moral de la population civile ennemie ... il est clair que les cibles doivent être les zones d’habitation et non, par exemple des chantiers navals ou les industries d’aviation. ». C’est ainsi qu’avec ses conseillers techniques, le Premier Ministre britannique inventèrent en toute conscience le « moral bombing » destiné à saper la confiance des travailleurs et du peuple allemand en leur Etat, mais aussi à les punir de leur soutien objectif et de leur caution au régime.

 
         Pour parvenir à leurs fins, les ingénieurs du feu anglais et leur industrie mirent au point des méthodes toujours mieux élaborées s’appuyant sur la combinaison de bombes explosives, les ‘blockbusters’ destinées notamment à éventrer les canalisations d’eau, des bombes et bâtons électro-thermiques incendiaires, du bombardier lourd et des escadrilles d’éclaireurs (pathfinders, chargés d’illuminer le secteur à détruire). Les appareils volant de nuit, en haute altitude et ne disposant pas encore de système de radio-navigation, les erreurs de secteurs, voire de villes étaient fréquentes (les fleuves et les cathédrales servant souvent de seuls  repères). Les plans d’une destruction complète de l’Allemagne par l’inondation (destruction des barrages) puis par le feu, exprimés en termes bibliques de vengeance divine furent appliqués. Les militaires et les scientifiques avaient compris qu’il était plus facile d’incendier une ville que de la faire sauter, mais qu’il fallait mélanger produits explosifs et incendiaires pour obtenir une immense boule de feu, laquelle, les vents et la configuration des lieux aidant, se propageait toute seule, des jours durant.  L’Allemagne échappa de peu à la guerre bactériologique envisagée avec du charbon américain. Il s’agissait bien de terroriser la population allemande en portant les bombardements de zone au coeur même des vieilles cités et des faubourgs ouvriers.

 
        
Le 30 mai 1942, la Royal Air Force conduit son premier raid de très grande ampleur avec le bombardement de Cologne par 1000 appareils, chiffre jamais atteint jusqu’à là et de nature à provoquer par lui-même l’effroi. Les attaques provoquaient de gigantesques incendies qui portaient la température à plus de 1000 degrés, engendrant des vents de 250 km/heure. Les raids sur Hambourg en juillet 1943 firent plus de 50 000 morts, celui de Berlin pour la seule nuit du 3 février 1945, 25 000 morts. Le bombardement sur Dresde, onze jours plus tard, tuèrent entre 45 000 et 200 000 personnes selon les estimations. On y dressa avec des poutrelles de fer d’immenses bûchers pour incinérer par paquets de 500, les corps en surnombre. Peu connu, le bombardement de la ville moyenne de Pforzheim fit périr 20 000 habitants sur un total de 60 000, soit un sur trois, pourcentage deux fois plus élevé qu’à Nagasaki. Bientôt, les cercueils faisant défaut, les victimes des bombardements étaient simplement mises dans des sacs en papier et enterrées dans des fosses communes. 

 
         Lorsque les États-Unis lancèrent leur aviation à l’assaut de l’Allemagne en 1943, ils refusèrent tout d’abord d’adopter la doctrine britannique. Pour des raisons tout à la fois de prestige et d’efficacité militaire, ils préférèrent s’en prendre de jour à des objectifs militaires et industriels. Mais en 1944, ils se rallièrent à la doctrine anglaise et participèrent avec les Britanniques aux opérations les plus dantesques. Lors de la marche vers le Rhin, la politique de bombardement massif des Alliés s’appliquera avec toute la force de l’industrie américaine, qui ravagea la Normandie ( destruction complète du Havre et de Caen), une partie de l’Italie (Monte Cassino), puis la vallée du Rhin, avant d’être abandonnée pour ne pas frapper les troupes alliées elles-mêmes qui manoeuvraient sur un territoire complètement dévasté.  

 
         Quand elles ne tuaient pas, les bombes occasionnaient chez les civils un traumatisme et une angoisse permanente, en particulier pour les enfants. Les victimes étaient brûlées mais le plus souvent gazées dans les bunkers, les caves ou autres abris de fortune, la mort étant provoquée par l’élévation subite de la température, l’effet de souffle et les gaz incendiaires. Près de 700 000 civils trouvèrent ainsi une mort épouvantable, dont 76 000 enfants. A ces drames s’ajoutent la destruction irrémédiable d’un patrimoine historique d’une incommensurable richesse (maison de Goethe à Francfort, celle de Beethoven à Bonn...les cathédrales, les musées, les innombrables cités d’architectures médiévales. La ville hanséatique de Lübeck disparue en l’espace d’une nuit...les bibliothèques connurent le plus grand autodafé de l’histoire.).

 
        
En dépit des énormes moyens mis en oeuvre (40%des bombes lancées sur l’Allemagne ont été destinées aux seules villes), cette stratégie fut un échec. Car si le pays et ses villes multiséculaires furent détruites, le moral de ses habitants ne fut pas véritablement atteint. Non seulement la population ne s’est pas révoltée contrairement à ce qu’espéraient les tenants du bombardement de zones, mais au contraire, les destructions épouvantables ont galvanisées les énergies dans la capacité à les endurer et à résister aux raids. Les faits prouvèrent l’inutilité de cette stratégie qui ne parvint pas à mettre la population à genoux et qui ne détruisit pas pour autant le potentiel industriel puisque la production d’armes étaient la plus élevée jusqu’à la veille de la débâcle. Pourtant, ce fut durant les tous derniers mois du conflit, en 1945, que les frappes aériennes ont été les plus massives, alors même que l’issue de la guerre ne faisait plus de doute. La guerre sur deux fronts prenant en tenaille les armées du Reich, l’épuisement des troupes face aux formidables effectifs soviétiques, l’entrée en guerre de l’industrie américaine, firent bien plus pour la victoire alliée.

 
         Dans l’entre-deux-guerres, un enseignement de la Royal Air Force, considérant la stratégie anti-cité concluait que ce type d’action est : « moralement indéfendable, politiquement inutile et militairement inefficace ». Pourtant, de 1942 à 1945, le Bomber Command britannique et la 8éme US Air Force réduisirent en cendres la plupart des villes allemandes, dont beaucoup dataient du Moyen-âge. L’Air Chief Marshall Harris avait déclaré: « Notre but est la destruction des villes allemandes, le massacre des ouvriers allemands et l’interruption d’une vie communautaire civilisée dans toute l’Allemagne ». Churchill était il un ‘criminel de guerre’ ? Le sens critique oblige à dire que l’argumentation des autorités britanniques visant à gagner le conflit en pratiquant une politique de terreur destinée à briser le moral de la population civile est exactement celle des « terroristes » de tous les temps, quand ils tiennent les civils pour la partie cachée mais consentante d’un dispositif de guerre.

        Le bombardement des villes allemandes durant la seconde guerre mondiale est un fait majeur de l’histoire. Ce fut la plus grande catastrophe qu’ait connue ce pays depuis la guerre de Trente Ans.                                

   Jean-Marie Cojannot

 

 

 

 

 

                                                              

 

 

      Michel Banniard, Genèse culturelle de l’Europe. Ve-VIIIe siècle, Seuil, coll. Points Histoire, 1989

Les quatre siècles qui vont de l’an 402 (l’empereur romain d’Occident, Honorius, quitte Rome pour s’installer à Ravenne) à l’an 800 (sacre de Charlemagne à Rome comme empereur d’Occident), sont décisifs pour la constitution de l’identité culturelle de l’Europe. C’est pendant cette période que le latin écrit des clercs a peu à peu cédé la place aux langues vernaculaires, d’oc et d’oïl, dont les premières floraisons littéraires, hagiographiques puis épiques, révélèrent une conception du monde dont nous demeurons les héritiers.

Michel Banniard récuse l’idée d’une coupure radicale entre le christianisme, d’une part, et le monde romain et les royaumes "barbares" qui en ont assumé la succession politique, d’autre part. Bien entendu, explique-t-il, “ c’est peu de dire que, même malgré lui, le christianisme fut à ses débuts une religion contre l’État, et l’Église une institution  asociale ” mais le passage du Haut- au Bas-Empire vit une transformation radicale : “ le christianisme a fini par être la religion de l’État et l’Église une institution tout à fait officielle ”. Néanmoins, une “ instabilité ” persiste, car “ l’Église est chez elle dans l’Empire; mais elle n’en est ni un substitut ni un produit. La cité ecclésiastique est une entité autonome ”. Notons que cette dualité fondatrice  traverse et agite l’histoire de l’Europe avec la querelle du Pape et de l’Empereur, les guerres de religions, le gallicanisme, l’anglicanisme, le Kulturkampf, le Concordat-" discordat " qu’est l’institution laïque...

Cette opposition politique s’est doublée  d’une autre querelle opposant les clercs au peuple, mais  “ en s’affrontant, culture populaire et culture cléricale ont fini par interagir l’une sur l’autre. La première n’a été à proprement parler que partiellement confisquée par la seconde ” comme en témoigne le triomphe du culte des saints et, dès le VIIIe  siècle, “ les inventions fantastiques d’où surgiront les contes et légendes de la tradition orale populaire qui survivra jusqu’au XIXe siècle.” Puis est survenue la grande littérature épique médiévale, témoignant de l’ “ autonomie idéologique ” de l’aristocratie... En conclusion, il ressort que l’héritage culturel de l’Europe est essentiellement un syncrétisme pagano-chrétien.

  Histoire  


 

 Pierre Béhar, Vestiges d’empires. La décomposition de l’Europe centrale et balkanique, Editions Desjonquères, 1999, 176 p., 98 F.

La fin du XXe siècle n’a pas permis de solder les erreurs criminelles des traités de paix de 1919, bien au contraire. Depuis l’implosion de l’empire soviétique, l’Europe ne finit pas de payer au prix fort d’exodes, de purifications sanglantes et soubresauts dramatiques l’aveuglement géopolitique des puissances victorieuses de la Grande Guerre.

En assassinant l’Empire ottoman et surtout l’Autriche-Hongrie, la Conférence de la Paix de Versailles a profondément déstabilisé - peut-être pour des siècles - l’Europe centrale et orientale. Dans Vestiges d’empires, l’auteur, Pierre Béhar, met en relation l’actualité récente avec une histoire plus lointaine. Sa thèse est fort simple : la disparition de l’Autriche-Hongrie et de l’Empire ottoman a favorisé le chaos dans une région excessivement instable du fait de la présence d’une mosaïque de peuples et de religions.

Pierre Béhar croit déceler dans l’histoire européenne une constante contradiction et ce, depuis Rome. C’est en Europe qu’est apparue entre le XIVe et le XIXe siècle le concept de nation. Pourtant, pendant des siècles, l’idée nationale ne mobilisa pas les peuples. Les plus puissants d’entre eux (ou ceux qui croyaient l’être) rêvèrent plutôt de refonder à leur profit l’Empire romain. Ainsi, les Byzantins, les Francs, les Germains, les Russes et même les Ottomans musulmans se lancèrent dans des aventures impériales dont la conséquence immédiate fut l’essor de l’esprit national chez les peuples dominés. L’exemple le plus flagrant demeure la tentative de Napoléon Ier qui voulut imposer à tout le continent un modèle centralisateur et qui déchaîna les nationalités… Tous ces rêves de grandeur universelle se terminèrent par une défaite rapide ou par un lent déclin.

Seul, selon Pierre Béhar, l’État des Habsbourg rejeta le mirage de l’imperium pour gouverner avec pragmatisme un ensemble multinational complexe. Les Habsbourg avaient compris tout l’intérêt de stabiliser l’Europe danubienne. Sans la vindicte de Clémenceau et le meurtre de l’archiduc François-Ferdinand à Sarajevo, l’auteur pense que l’Autriche-Hongrie se serait transformée en “ « joie États monarchiques unis centreuropéens ”. Cela aurait empêché que les jeunes nations balkaniques se donnassent tour à tour au IIIe Reich, à l’Union soviétique et, maintenant, à l’OTAN sans que ces allégeances successives ne réglassent la lancinante question des minorités. L’atlantisme gèlera-t-il le problème des nationalités comme le fit pendant cinquante ans l’URSS ?

En attendant, la fin du bloc soviétique permit aux peuples de retrouver leur liberté et donc leur histoire. Pendant que Slovaques et Tchèques, deux anciennes nations sujettes de l’Autriche-Hongrie, se séparèrent pacifiquement, la Yougoslavie post-titiste tombait dans des guerres d’indépendance atroces, chaque peuple cherchant à éliminer ses voisins par des vendettas parfois vieilles de plusieurs siècles ! Concernant la guerre en Bosnie-Herzégovine et au Kosovo, P. Béhar regrette l’attitude timorée des Européens au début du conflit. Bouleversé par le long siège de Sarajevo, il dénonce le jeu trouble (et pro-serbe) du Président Mitterrand, la nullité du personnel politique ouest-européen et le rôle des États-Unis, trop heureux de montrer à tous qu’ils sont, en l’absence voulue d’une Europe politiquement et militairement intégrée, la seule grande puissance du continent. Pour Pierre Béhar, les Européens conserveront longtemps leurs nations, mais cela n’empêchera pas l’émergence à terme d’une véritable entité européenne, héritière de feue l’Autriche-Hongrie, les Nations-Unis d’Europe.

  Histoire   

 


• Sous la direction de Serge Bernstein, Jean-Marie Mayeur et Pierre Milza, Le MRP et la construction européenne, Éditions Complexes, coll. "Questions au XXe siècle", 1993, 366 p., 32,01 €, 210 F.

Sous la IVe République, le MRP (Mouvement républicain populaire) est un parti essentiel pour les majorités parlementaires. D’émanation démocrate-chrétienne, le MRP a longtemps été considéré comme le représentant en France du Vatican. Ses adversaires l’accusaient d’être un parti clérical à la solde du Pape, le rouage d’une “ Internationale blanche”, le regroupement des nostalgiques du Saint-Empire et de la Sainte-Alliance !

La réalité est bien différente. Issu de la Résistance chrétienne et de la fusion du Parti démocrate populaire et de Jeune République, le mouvement fondé par Marc Sangnier à partir du Sillon, le MRP regroupe les sensibilités diverses du catholicisme français, des catholiques progressistes aux nationaux-catholiques influencés par Maurras en passant par les catholiques néo-sociaux de Jacques Maritain et les pacifistes chrétiens sans omettre le clivage fondamental entre gallicans et ultramontains !

Ce mélange composite se retrouve dans le domaine européen. Jusqu’en 1950, le MRP montre une réticence certaine envers l’idée européenne, même si nombre de ses militants rejoignent à titre personnel le Mouvement européen,  la Fédération d’André Voisin ou l’Union paneuropéenne. Bien sûr, le MRP participe en 1947 au lancement d’une autre organisation européenne fidèle à l’esprit de la démocratie chrétienne, les Nouvelles Équipes Internationales. Seulement les dirigeants du MRP craignent une mainmise de la CDU / CSU ! De leur côté, les démocrates-chrétiens allemands se méfient de leurs homologues français qu’ils jugent trop à gauche.

L’impulsion européenne du MRP ne vient qu’avec la déclaration de Robert Schuman le 9 mai 1950. Dès lors, il peut se targuer d’être le “ parti de l’Europe ”, leitmotiv qu’ont repris ses successeurs, les centristes deJean Lecanuet, Raymond Barre et François Bayrou.  

  Histoire   


• Paul Delsemme, Les Écrivains francs-maçons de Belgique, Bibliothèques de l'Université libre de Bruxelles, 2004, 500 p., 35 €.

Par delà ce titre apparemment restrictif, l'auteur laisse dans ce livre comme dans ses ouvrages précédents sa féconde empreinte d'historien comparatiste des littératures d'Europe. Les 500 pages minutieusement documentées ne peuvent se refermer que sur une légitime admiration envers l'alerte nonagénaire, “ travailleur infatigable et érudit à la curiosité toujours en éveil ” (p. 11). Ainsi s'exprime le préfacier Raymond Trousson, autre spécialiste du cosmopolitisme littéraire européen.

Né en 1913 à Schaerbeek (Bruxelles), Paul Delsemme s'intéresse d'abord à la littérature régionaliste. En 1956, il publie les meilleures pages de George Garnir à la Renaissance du Livre et la qualité de son apparat critique préfigure déjà le succès de sa carrière professorale, à l'Université Libre de Bruxelles, à partir de 1964.

L'auteur ne renie pas ses premières amours vouées aux chantres des “ patries charnelles ”. Jusque chez le prince Charles-Joseph de Ligne (1735-1814), lié à une demi-douzaine de cours européennes du “ Siècle des  Lumières ”, il décèle “ un attachement aux hommes et aux choses de la Wallonie ancestrale ”, une “ nostalgie du pays hennuyer ” (p. 59) encore plus sensible après la confiscation de son domaine de Beloeil (1794) et son définitif exil à Vienne. Le Prince y meurt, tandis que le Congrès s'apprête à redessiner, dans un ambiance de fête, la carte de notre continent.

Parmi les auteurs néerlandophones, Paul Delsemme épingle Cyriel Buysse (1859 - 1932), qui écrit: “ Ma patrie, c'est le coin de terre où je suis né, où j'ai vécu, aimé, souffert. Un tout petit coin, où je me suis implanté comme un arbre, avec de profondes  racines ” (p. 473). Journaliste aux Pays-Bas, Buysse revient chaque été sur les bords de la Lys gantoise, parmi ses anciens compagnons de Van Nu en Straks, mouvement de renouveau littéraire régional dont le mot d'ordre était : “ Nous voulons être flamands pour devenir européens ” (p. 471).

Englober dans une même étude les littératures des deux langues nationales est un exploit rarissime chez les historiens littéraires belges. Paul Delsemme n'a que deux lointains précurseurs : Paul Hamelius, auteur d'une Introduction à la littérature française et flamande de Belgique (1921), et Charles Potvin (1818-1902), à qui l'on doit le tome IV de l'encyclopédie Cinquante ans de liberté. Dans le sillage du Cinquantenaire de la Belgique (1830-1880), ce volume spécifiquement littéraire paraît en 1882.

Le chapitre liminaire de Paul Delsemme est une “ histoire condensée de la Maçonnerie ” (pp. 27 à 53) qui dépasse largement le cadre de la francophonie et de la néerlandophonie européennes pour nous emmener d'Écossé au Portugal sur les traces des diverses obédiences spéculatives.

Connaisseur des œuvres de Lessing (1729-1781), de Goethe (1749-1832) et de Kipling (1865-1936), qu'il survole trop brièvement (p. 55), Paul Delsemme rappelle qu'il existe “ dans chacune des grandes littératures ” des écrivains célèbres dont  “ l'appartenance maçonnique est solidement attestée ” (p. 54) : l'Italien Giuseppe Mazzini, l'Espagnol Vicente Blasco Ibanez, le Russe Pouchkine, le Grec Kazantzakis et le Néerlandais Douwes Dekker dit Multatuli.

En 1967, Paul Delsemme publie en deux volumes, aux Presses Universitaires de Bruxelles, sa thèse de doctorat sur le critique littéraire polonais Teodor de Wyzewa. “ Allant à contre-courant à une époque où la récente défaite de 1870 conduisait à un nationalisme revanchard ” (p. 13), Wyzewa s'installe à Paris, fait de la capitale française un carrefour des lettres européennes et entraîne le public parisien à la découverte de Tolstoï, Strindberg, Ibsen, Multatuli, Mickiewicz, Emily Brontë et François d'Assise.

A Bruxelles, la revue La Société nouvelle, dirigée par Fernand Brouez, joue un rôle analogue entre 1884 et 1897. Les amateurs belges de littérature étrangère peuvent ainsi découvrir Hauptmann, Dostoïevski et Oscar Wilde. Paul Delsemme le rappelle dans un brillant essai paru en 1995 : Les grands courants de la littérature européenne et les écrivains belges de langue française (Émile Van Balberghe Librairie).

Chez Paul Delsemme, l'ouverture d'esprit n'est pas synonyme de naïveté. Il est conscient des possibles effets pervers d'une démocratie mal comprise. En cela, il se montre le fidèle héritier du Baron Goswin de Stassart (1780-1854), premier Grand Maître du Grand Orient de Belgique, qui écrit : “ Le fanatisme, soit qu'il allume les bûchers de l'Inquisition, soit qu'il dresse les échafauds révolutionnaires, n'en est pas moins horrible; l'hypocrisie, qu'elle traîne cauteleusement aux pieds des autels ou qu'elle flatte les passions populaires, est toujours également méprisable" (p. 70).

Dans l'Europe post-napoléonienne, les Pays-Bas du Nord et du Sud sont provisoirement réunis (1815-1830) sous la dynastie des Orange-Nassau. A partir de 1831, dans la Belgique indépendante où le français redevient la langue dominante, le mouvement identitaire flamand apparaît, non sans une nostalgie certaine de la “ Grande Néerlande ” d'avant 1579 et du règne de Charles-Quint (1500-1558). Julius De Geyter (1830-1905) publie en 1855 Keizer Karel een het Riik der Nederlanden. Karel August Vervier (1789-1872) implore les Hollandais de ne pas oublier leurs frères flamands. Dans son poème Verbroedering (1861), il écrit : “ Vergeet ons niet, Bataaf ! en leev !

Paul Delsemme pose sur le “ flamingantisme ” le regard sans préjugé de l'authentique penseur libre, là où de pseudo-libres-penseurs ne peuvent se débarrasser des œillères du “ politiquement correct ”. Au milieu du XIXe siècle, “ on pouvait être, sans incompatibilité, tout à la fois orangiste, flamingant, libéral et franc-maçon ” (p. 455). En 1858, Julius De Geyter déclare en substance que “ le mouvement flamand, c'est la lutte contre des siècles de fanatisme religieux et de soumission à l'arbitraire des princes ”  (p. 458). A propos de l'auteur du Vlaamsche Leeuw, Paul Delsemme    précise : “ Il adhéra au flamingantisme en homne d'action, il vit en lui non seulement un levier culturel, mais aussi une arme dans le combat de la démocratie contre l'oppression et de la libre pensée contre l'obscurantisme ”.

En rappelant les origines démocratiques, libérales, et même maçonniques du mouvement identitaire flamand, Paul Delsemme interpelle le francophone de Belgique et lui demande d' “ accommoder sa vue ” (p. 454). C'est l'un des nombreux mérites de son passionnant ouvrage, dans l'ensemble d'une œuvre non conformiste dédiée au cosmopolitisme littéraire européen.

                                                                                                                                                                                  Daniel Cologne

 Histoire 


 

Jean Guisnel, Les pires amis du monde. Les relations franco-américaines à la fin du XXe siècle, Stock, 1999, 350 p., 21,19 €.

Journaliste, spécialiste des questions de renseignement et de défense au magazine libéral Le Point, Jean Guisnel donne dans cet ouvrage un aperçu de la rivalité entre les États-Unis et la France. Vu sous un angle journalistique, le livre se divise en deux grandes parties de valeur inégale. Les premiers chapitres portent sur la mésentente diplomatique courante entre Washington et Paris qui ne date pas du refus français d’intervenir en Irak ! Relativement modérées sous la présidence de François Mitterrand, les tensions croissent rapidement à l’arrivée de Jacques Chirac à l’Elysée. Les sujets de dispute sont nombreux : Bosnie, Irak, OTAN. Partant de cette rivalité, Jean Guisnel s’intéresse ensuite aux méthodes de la guerre secrète, de l’espionnage industriel et de l’intelligence économique. De nombreuses preuves à l’appui, il montre que les États-Unis orchestrent des campagnes anti-corruption, pratiquent le chantage (ou les pressions) et instrumentalisent la morale afin de s’emparer de nouveaux marchés et d’exclure les rivaux, principalement les entreprises européennes et françaises. Dans cette confrontation, la France arrive à résister et à contre-attaquer bien qu’elle connaisse des échecs. Guisnel s’inquiète néanmoins du retard informatique français, de son incompréhension envers les réseaux de l’information et de la fuite de ses cerveaux vers les États-Unis. Le libéral en lui accuse les pesanteurs bureaucratiques, la routine administrative et l’impéritie des ministères.  Malgré ces entraves, la France possède les moyens de tenir tête à l’hyperpuissance. Toutefois, la France devrait se transformer. En effet, l’avénement d’une économie fondée sur les autoroutes de l’information rend caduc l’organisation pyramidale, la recherche exclusive du secret et sa rétention. Aujourd’hui, les nouveaux atouts économiques s’appellent la fluidité de l’information, l’interconnexion en réseau, bref une structure fédérale, ce qui explique le succès des États fédéraux. Il va sans dire que dans ce domaine, la France a un très grand retard !

  Histoire 


 

• Lothar Kilian, De l'origine des Indo-Européens, Le Labyrinthe,  2000,  284 p., 22,71 €. Labyrinthe, 18-24 quai de la Marne, 75164 Paris cedex 19.(www.labyrinthe.fr)

Ce n'est qu'en 1816 que le linguiste Allemand Franz Bopp a, le premier, démontré la parenté des langues indo-européennes. Depuis lors, la question du foyer d'origine des locuteurs indo-européens a passionné des générations de chercheurs. Et le débat n'est pas clos, car plus on remonte dans le temps (jusqu'au paléolithique supérieur), plus les données précises se font rares.

Lothar Kilian, spécialiste de l'archéologie et de l'anthropologie préhistorique, qui a travaillé entre 1950 et 1976 à l'université de Bonn et au Musée de Trêves, fait, dans cet ouvrage paru en allemand en 1983, un état des lieux de toutes les recherches et hypothèses émises sur le foyer originel et les aires d'expansion des ancêtres des Européens.

Comme le signale le Doyen Jean Haudry dans sa préface, Kilian se réfère à une chronologie longue qui accorde aux anciens Européens une origine ethno-linguistique propre datée entre  -40000 et -15000 (époque de l'Européen primitif). Mais on ne peut faire remonter l'indo-européen ancien que jusque vers -10 000. Les langues indo-européennes attestées,  elles,  n'apparaissent que vers -2000.

Après avoir examiné une à une et discuté les diverses thèses (nordique, orientale, occidentale...) à la lumière de la linguistique, de l'archéologie et de l'anthropologie, Kilian situe, avec un large degré de probabilité,  l'aire d'expansion des I.-E. au néolithique entre la Mer du Nord et la Mer Noire dans un périmètre bordé par le Rhin et le Danube, entre les ethno-cultures finno-ougrienne au nord-est, avec laquelle de nombreux échanges ont eu lieu, et méditerranéenne au sud. 

L'ouvrage comporte de nombreuses cartes et illustrations. En dépit de son sérieux, il est accessible aux  novices.

 Histoire  

 

• René Lejeune, Robert Schuman (1886 - 1963). La politique, chemin de sainteté, Éditions Fayard, 2000, 254 p., 16,77 €, 110 F.

 

Président de l’Institut Saint-Benoît et ancien enseignant, René Lejeune fait la biographie de l’homme dont il fut un collaborateur de 1945 à 1958 : Robert Schuman. Né au Luxembourg d’un père lorrain, sujet du Kaiser, et d’une mère luxembourgeoise, le jeune Schuman est par la force des choses trilingue : français, allemand, luxembourgeois, auquel s’ajoute le latin, signe de la puissante influence chrétienne qu’exerce sur lui sa mère. Étudiant en droit, Robert Schuman suit l’exemple de son père et déclare qu’il est de “ nationalité lorraine ”. Cette “ affirmation d’allégeance à la petite patrie lorraine est à la fois signe d’identité native et rejet d’une légitimité imposée par la défaite ”. Cela ne l’empêche pas de parcourir les centres universitaires de l’Empire allemand et de nouer des liens avec les corporations étudiantes chrétiennes. Brillant avocat à Metz, il s’engage aussi à l’Union populaire catholique lorraine avant d’être remarqué par l’évêque de Metz. Celui-ci lui confie des tâches administratives pour le diocèse et lui fait connaître la doctrine thomiste alors en plein renouveau.

Pendant la Grande Guerre et contrairement à une légende calomnieuse, Robert Schuman ne porte pas l’uniforme allemand, car il a été réformé. En revanche, il est travailleur auxiliaire dans une caserne. En 1919, Schuman est élu député afin de défendre les intérêts de la Lorraine à Paris. S’il dénonce le centralisme parisien et défend le particularisme alsacien-lorrain (ainsi que l’Église), il est hostile au mouvement autonomiste. Pour lui, “ l’identité nationale est complémentaire d’autres identités. Régionales et locales, elles sont l’expression de la belle diversité que manifeste la condition humaine […]. L’identité européenne, quant à elle, ne se substituera jamais à l’identité française, anglaise ou allemande pérennisée par la réalité des langues nationales. Elle en sera un heureux complément forgé par l’histoire et une civilisation commune ”. En 1939, après vingt ans de députation, Schuman devient ministre aux Réfugiés des gouvernements Reynaud puis Pétain. Le 10 juillet 1940, le futur Père de l’Europe fait partie des 569 élus qui votent les pleins pouvoirs au Maréchal. Ancien résistant, René Lejeune précise que “ l’évolution future vers le régime de Vichy et l’État français échappe à l’emprise et à la responsabilité de cette  majorité ”. Après avoir été mis en résidence surveillée par la Gestapo, Robert Schuman plonge dans la clandestinité, trouvant refuge de monastère en monastère jusqu’en 1944.

En 1945, Robert Schuman redevient député et participe à plusieurs gouvernements de la IVe République dont il sera même président du Conseil. En 1950, après avoir fait la rencontre de Jean Monnet et profitant que deux autres démocrates-chrétiens exercent le pouvoir en Allemagne occidentale (Conrad Adenauer) et en Italie (Alcide de Gasperi), Schuman prépare le lancement de la construction européenne. Ainsi,         “ l’Europe communautaire va naître de la conjonction de l’imagination d’un solitaire, qui se meut dans les hautes sphères de la politique économique transnationale avec l’aisance d’un dauphin dans l’eau [Monnet], et du souci d’un homme d’État responsable qui cherche une formule capable de “ lier les pays non plus par des paroles, mais par leurs intérêts ” [Schuman]. ” René Lejeune nous apprend que la déclaration Schuman fut tenue secrète de tous, y compris du Président du Conseil Georges Bidault. Seuls Adenauer et quelques proches collaborateurs du Lorrain en furent informés ! Le couronnement de la carrière politique de Robert Schuman survient en 1958 quand il devient le premier président de l’Assemblée des Communautés européennes.

Pour Robert Schuman, la Russie et les pays du bloc soviétique ont toute leur place en Europe, une fois le communisme disparu, car “ édifier l’Europe, c’est une aventure de cœur plus encore qu’une affaire économique ”. Le propos reste d’actualité.  

 Histoire 


 

• Jean-Claude Masclet, L’union politique de l’Europe, PUF, coll. "Que sais-je ?", 2001, 128 p., 6,4 €,   42 F. 

• Bino Olivi, L’Europe difficile. Histoire politique de la Communauté européenne, Gallimard, coll. "Folio-Histoire", 1998, 800 p., 12,96 €, 85 F.

 

À tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de la construction européenne, on ne peut que  suggérer ces deux ouvrages qui retracent les différentes étapes de l’union du continent. Ils présentent l’immense avantage d’être complémentaires. Le premier, à tonalité juridique, est paru à l’origine en 1973 avant d’être constamment remis à jour depuis (on en est à la huitième édition). Plus récent, le second, fortement historique, entend restituer dans ses moindres détails, la longue épopée de la construction européenne. 

L’union de l’Europe a des origines anciennes. Sans remonter aux empires romain, byzantin, carolingien ou germanique, les auteurs rappellent que le sujet intéressa des esprits aussi divers que le ministre Sully, l’abbé de Saint-Pierre, Novalis ou Victor Hugo. La naissance réelle de l’aventure se situe en 1948 lors du Congrès fédéraliste de La Haye dont le résultat le plus tangible est la création du Conseil de l’Europe. En 1951, six États concluent la première organisation supranationale européenne : la CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier). Ensuite vont se succéder deux grandes phases. Entre 1952 et 1969, c’est “ le temps des hésitations ”; depuis 1969, c’est “ le temps des ambitions ”.

La première époque se caractérise par deux importants succès (la CEE et Euratom: la Communauté européenne de l’énergie atomique) et par quatre échecs magistraux : le rejet de la CED (la Communauté européenne de défense), le refus de la Communauté politique en 1952 qui visait à donner une autorité politique à la CED, et le torpillage par des Pays-Bas atlantistes et pro-britanniques, en 1961 - 1962, des deux plans Fouchet. Voulu par un ministre du Général de Gaulle, il s’agissait de créer une confédération européenne. On comprend mieux pourquoi la France gaullienne opta ensuite entre 1965 et 1966 pour la politique de la chaise vide dans les institutions européennes…

La seconde phase, qui se poursuit, se marque par une montée en puissance de l’idée européenne et par une accélération à partir des années 1980 de sa construction avec une conjonction “ europhile ” de Jacques Delors à la présidence de la Commission à Bruxelles, du Président François Mitterrand et du Chancelier Helmut Kohl. L’Acte unique de 1986, le traité de Maastricht de 1992 posent des jalons qui seront repris et perfectionnés par le traité d’Amsterdam. Il n’en demeure pas moins que l’Union politique de l’Europe reste à faire, car l’UE est encore une entité juridique floue.  

  Histoire 


 

• Napoléon, Comment faire la guerre, Mille et une nuits, Paris, 2003, 80 p., 2,5 €

 

Voici un recueil de réflexions brèves et de maximes glanées en six mois à la Bibliothèque nationale en 1972 par un jeune activiste de l’ultra-gauche qui le publia en 1973 sous le pseudonyme de Yann Cloarec. Il n’était autre que Gérard Guégan, le fondateur des éditions Champ Libre qui conseille aujourd’hui encore la lecture de Napoléon aux jeunes révoltés qui ne se paient pas de mots et veulent en découdre efficacement avec l’ennemi (pour lui, le système mondialiste mercantile).

   Et Napoléon, d’emblée, avait le même souci: “ À quoi bon une maxime qui ne peut jamais être mise en pratique et qui, mise en pratique, serait la perte de l’armée. ” (Il pensait sans doute à  “ Liberté, égalité, fraternité ”). “ Règle générale : jamais de révolution sociale sans terreur... Toutefois une révolution est le plus grand des maux... Tous les avantages qu’elle procure ne sauraient égaler le trouble dont elle remplit la vie de leurs auteurs ”. On retrouve-là le conservatisme révolutionnaire du soldat-souverain, convaincu que “ Tout ce qui n’est que fantaisie et qui n’est pas fondé sur le véritable intérêt ne résiste pas à un revers ”.

Plus que les maximes concernant l’efficacité militaire, ce sont les préceptes “ romains ” du grand homme, qui retiennent l’attention :

“ Réunion de forces, activité et ferme résolution de périr avec gloire. Ce sont ces trois grands principes de l’art militaire qui m’ont rendu la fortune favorable dans toutes mes opérations. La mort n’est rien; mais vivre vaincu et sans gloire, c’est mourir tous les jours. ”

Ceci, au fond, est militairement correct, et si Venus Victrix a cessé de tendre ses bras d’albâtre vers les Européens, c’est parce qu’ils l’oublient trop souvent.

 

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