par Justin Raimondo
on Antiwar.com, 3 septembre 2008
http://www.antiwar.com/justin/?articleid=13401
traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier
Justin Raimondo
(libertarien de droite américain)
Selon cet article, les Hollandais avaient infiltré le projet d'armement
allégué des Iraniens, et ils étaient fermement installés dans la place
lorsqu'ils ont eu vent que les Américains s'apprêtaient à lancer une
attaque par missiles contre des installations nucléaires iraniennes.
Prudemment, ils ont alors décidé de renoncer à leur opération, et ils
se sont retirés.
Vous vous en souvenez sans doute :
cela fait des mois que les Israéliens menacent de frapper l'Iran de
leur propre chef : ce qui a changé, c'est le fait que maintenant,
apparemment, les Etats-Unis ont cédé devant ce qui n'est qu'un cas de
chantage éhonté, et qu'ils ont accepter de faire le boulot à leur
place.
Nous n'avons pas beaucoup entendu
parler de l'Iran, ces jours derniers, tout du moins, en comparaison des
titres menaçants d'il y a quelques mois, où les rumeurs de guerre
tournoyaient, rapides et véhémentes. La « menace » russe
semble avoir supplanté la « menace » iranienne, dans la parodie de
choix opéré par le Parti de la Guerre. Ce que nous ignorons encore,
toutefois, c'est si ces deux points focaux de tension sont intimement
reliés entre eux.
D'après un article du vétéran
correspondant du Washington Times Arnaud de Borchgrave, l'intime
coopération des Israéliens avec l'armée géorgienne dans la mise au
point du blitz contre l'Ossétie du Sud déclenché par le président
Saakashvili avait eu pour origine une promesse des Géorgiens de
permettre aux Israéliens d'utiliser les terrains d'aviation de la
Géorgie afin de concocter leur frappe contre l'Iran.
Le principal problème auquel Tel Aviv
était confronté, pour rendre ses menaces contre l'Iran ne serait-ce que
crédibles, était la distance à couvrir pour les avions de combat
israéliens, qui auraient eu une grande difficulté à parvenir sur leurs
cibles et à en revenir sans se réapprovisionner en carburant. Grâce à
l'accès aux aéroports de l' « Israël du Caucase », comme Borchgrave
appelle la Géorgie – en citant Saakashvili – la probabilité d'une
attaque israélienne entra dans le monde des possibilités réalistes. De
Borchgrave affirme :
«
Aux termes d'un accord secret conclu entre Israël et la Géorgie , deux
aérodromes du Sud de la Géorgie ont été désignés pour le décollage de
bombardiers israéliens, dans l'éventualité d'attaques préemptives
(israéliennes) contre des installations nucléaires iraniennes.. Cela
aurait la vertu de réduire considérablement la distance que les
bombardiers israéliens auraient eu à couvrir avant de pouvoir frapper
leur cible en Iran. Ajoutons que, pour atteindre l'espace aérien
géorgien, l'armée de l'air israélienne survolerait la Turquie.
« L'attaque contre l'Ossétie du Sud
ordonnée par Saakashvili dans la nuit du 7 août a donné aux Russes un
prétexte qui leur a permis d'ordonner aux Forces Spéciales (russes)
d'investir ces installations israéliennes, dans lesquelles un certain
nombre de drones israéliennes auraient été saisis. »
Des rapports faisant état d'un nombre indéterminé de « conseillers »
israéliens en Géorgie (allant de cent à mille) ne dit rien de bon, en
ce qui concerne la situation sur le terrain. Les Israéliens étant
d'ores et déjà installés dans ce pays, c'est toute la logistique d'une
telle attaque par le revers qui serait grandement simplifiée. Les
pilotes israéliens n'auraient plus qu'à survoler l'Azerbaïdjan, et ils
se retrouveraient dans l'espace aérien iranien – avec Téhéran sous leur
feu.
Confrontés à ce fait accompli – si
l'on doit en croire les Hollandais – les Américains semblent avoir
capitulé. Si tel est effectivement le cas, il ne nous reste plus
beaucoup de temps. Bien que de Borchgrave écrive que i[« le fait que
l'aviation israélienne puisse toujours compter sur ces bases aériennes
[en Géorgie, ndt] pour lancer des raids de bombardement contre les
installations nucléaires iraniennes est désormais [après l'intervention
défensive russe, ndt] remis en doute »]i, je ne vois pas,
personnellement, pour quelle raison la défaite des Géorgiens dans la
guerre de Saakashivili contre les Ossètes devrait nécessairement
signifier que le projet [israélien, ndt] de frapper l'Iran via la
Géorgie aurait été ajourné. De fait, à la lecture du compte-rendu
sidérant que fait de Borchgrave de l'ampleur de la collaboration Tel
Aviv-Tbilissi, on ne peut trouver des raisons supplémentaires, pour
tous ceux que cette
question préoccupent, de continuer à se faire des cheveux blancs :
« Saakashvili était convaincu qu'en envoyant 2 000 de ses soldats en
Irak (lesquels soldats furent immédiatement rapatriés par la voie des
airs par les Etats-Unis après que la Russie ait lancé une
contre-attaque massive contre la Géorgie ), il serait récompensé de sa
loyauté. Il ne pouvait imaginer que le président Bush, un ami
personnel, l'aurait laissé dans la merde. La Géorgie , selon la vision
que Saakashvili avait de son pays, était l' « Israël du Caucase ».
Saakashvili, un homme brouillon et
imbu de lui-même, a désormais encore plus de raisons de passer derrière
le dos de Tonton Sam et de donner aux Israéliens une position de tir
imprenable sur Téhéran. Avec cette épée de Damoclès suspendue au-dessus
de la tête des Américains, les arguments en faveur d'une frappe des
Etats-Unis bien plus limitée n'en deviennent que par trop évidents.
En définitive, si les Israéliens
passaient à l'attaque, c'est la totalité du monde musulman qui se
rangerait, uni, derrière les Iraniens. Si, d'un autre côté, les
Etats-Unis faisaient le sale boulot d'Israël, Tel Aviv s'agitant dans
l'ombre, cela serait vraisemblablement bien moins provocateur, et cela
pourrait même générer un soutien implicite chez les dirigeants sunnites
des alliés arabes de l'Amérique. C'est ce qui va se passer, quoi qu'il
en soit, selon ce raisonnement, aussi, nous pourrions tout aussi bien
faire le boulot directement, plutôt que de le sous-traiter aux
Israéliens, qui ont menacé – via des commentateurs « indépendants »
comme l'historien et super-faucon israélien Benny Morris – d'utiliser
des armes nucléaires contre des villes iraniennes.
En termes de politique intérieure
américaine, la route de la guerre contre Téhéran avait été pavée depuis
bien longtemps : les deux principaux partis et leurs candidats à la
présidence ont donné au Parti de la Guerre le feu vert pour frapper
Téhéran – explicitement pour McCain, tacitement, dans le cas d'Obama –
mais non moins fermement l'un que l'autre.
Le décor est planté, les répétitions
sont terminées, et les acteurs connaissent leur texte : tandis que le
rideau se lève sur l'Acte I de la tragédie « La Troisième Guerre
Mondiale », respirez un bon coup, et priez tous les dieux que vous
voudrez que ce drame mortel sera avorté.
Justin Raimondo