Perspectives ÉDITORIAL Sommaire
1er janvier 2011 : Avec Stéphane Hessel et Jacqueline de Romilly : L'esprit de quelques vœux pour l'Europe
9 Novembre 1989
: Liberté recouvrée ou confisquée ? (Jacques Marlaud)
25
mai 2009 : De quoi Dieudonné est-il le signe ? (Pierre Le Vigan)
1er
mai 2009 : L’immigration n’est pas un
« à-côté » de la logique du
Capital (Pierre Le Vigan)
29
mars 2009 : Une révolte contre l'argent (Alain de Benoist)
11
février 2009 : Une nouvelle alliance.
Soumission à la gouvernance atlantiste ou libertés européennes : il faut choisir son camp !
1er
janvier
2009 : Bonne année à l'Europe
européenne !
20
octobre 2008 : Le
capitalisme et sa morale
(Olivier Rabache)
19
août 2008 : Nos hommes en
Afghanistan : Morts pour la France ?
Morts pour l'Europe ou pour l'Oncle Sam ? (Yves Argoaz)
12
août 2008:
La fermeté des Russes face aux valets de Washington
sur leur pourtour est une bonne nouvelle pour l'Europe ! (Patrick Keridan)
14
juin 2008:
À quelle Europe les Irlandais ont-ils dit non ?
(Patrick Keridan)
9
avril 2008 :
La société d'immigration de masse et de
croissance infinie et indéfinie n'est pas viable (Pierre
Le Vigan)
22 février
2008 :
Kosovo : une pseudo-indépendance contre
l'Europe (Jacques
Marlaud)
7 novembe 2007 : Sarkoland,
la BD (Patrick Keridan)
18 septembre 2007 : Faut-il mourir pour
Téhéran ? (Yves Argoaz)
6 mai 2007 :
élections présidentielles françaises :Il a gagné ! (Patrick Keridan)
19 mars 2007 : Contre
le libre échange mondial, vive la démocratie
nationale et européenne
!
(Pierre Le Vigan)
13 janvier 2007
:Vieux dogmatismes et nouvelles
frontières politiques (Pierre Le Vigan)
9 janvier
2007 : Ségo,
Sarko : deux plans com, une seule politique ? (Pierre
Le Vigan)
30
décembre 2006 : Saddam
pendu, Bush court
toujours ! (Patrick
Keridan)
2
octobre 2006
: Pour Madame
Royal " Souche", " origine", appartenance, identité,
racines...= racisme ? (Jacques Marlaud)
3 mars 2006 : Le
fondamentalisme américain (Jean Bricmont)
15 octobre 2005 :
Contre-édito
: Dans
la grisaille de l'indécision européenne,
à quoi bon
s'énerver contre les têtes
de Turcs ?
3 octobre 2005 : Turquie : une
décision non-européenne !
4
juillet 2005 : Kaliningrad ou "Base Alliance"
L'Europe
à la recherche d'une souveraineté perdue
des langues étrangères et leur chauvinisme souvent excessif.


De
quoi Dieudonné est-il le signe
Pierre Le Vigan
Éditorial repris, avec la permission de l'auteur, de Flash, le "journal gentil et intelligent", n°14, 21 Mai 2009
Chacun
connait la figure du « fou du roi ». On
l’appelait encore le « bouffon ». Il
divertissait en disant
souvent des vérités
dérangeantes, exprimées sous forme de plaisanterie,
d’humour décalé, de satire. En Irlande, le fou
s’appelait « druil », un mot venant de
druide. Au jeu de tarot, le fou est un voyageur en haillon,
accompagné d’un petit chien qui sautille. Il
représente la folie, dont on sait qu’elle a quelque chose
à voir avec une certaine forme de sagesse dans la mesure
où le fond du monde est précisément une certaine
forme de folie. « Le premier mouvement devant le
bouffon, explique
le Dictionnaire des
symboles, c'est de s'en
désolidariser. Mais il ne s'élimine pas par la violence,
ni par un ridicule accru.
Dieudonné représente t-il ce
« fou du roi » ? Voire. Tout d’abord,
il n’aura échappé à personne que Nicolas
Sarkozy n’a rien de royal. Même s’il dirige un
appareil d’État tentaculaire, ce qui est tout autre chose. En
outre, Dieudonné est un comique d’un genre particulier,
dont chacun est libre d’apprécier ou non le talent et le
genre, mais engageant clairement quelque chose de lui-même
dans ses sketches. Un homme sincère dans ses choix et ses
colères le cas échéant. Son récent passage
en politique à l’occasion des élections
européennes a des précédents, tel celui de Coluche
en 1981, ou les tentations de Yves Montand d’incarner dans les
années 80 un thatchérisme à la française
(voir l’émission « Vive la crise »
qu’il animait), Coluche avait eu la sympathie de bien des
personnalités tout au long de sa carrière, dont Jacques
Attali. Ce dernier ne s’est pas manifesté pour soutenir
Dieudonné et il est plus qu’improbable qu’il le
fasse.
La
nature de la candidature de Dieudonné est en effet d’un
autre ordre. Elle s’inscrit dans une évolution
complète de la vie politique où les communicants ont
remplacé les politiques, qu’ils soient des rigides comme
Lionel Jospin ou Pierre Messmer ou des personnalités plus
sinueuses ou en tout cas plus insaisissables tels François
Mitterrand ou d’ailleurs Jacques Chirac. Les communicants,
représentés par un Xavier Bertrand ou plus encore par un
Frédéric Lefebvre, ou, à gauche, par un Benoit
Hamon, ont amené la politique à un stade où elle
ne peut plus guère intéresser le peuple. Alors que la
demande d’une vraie politique qui prime sur
l’économique reste forte.
La politique devient
virtuelle ; les
hommes politiques se « positionnent » plus
qu’ils ne gouvernent. Le phénomène Dieudonné est en quelque sorte
le retour du réel, le
retour du refoulé, le choc du non-dit. Il creuse la limite entre
l’admissible et l’inadmissible. Il appuie là
où ça fait mal et teste les limites. C’est
pourquoi
la question est avant tout de comprendre que ce moment s’inscrit
dans une évolution dialectique qui était
inévitable même si ses formes tiennent bien sûr
à la personnalité et aux idées de Dieudonné.
Dans une
société de censure, de surveillance et de dictature de la
pensée correcte, de l’histoire correcte, de
l’hygiène de vie correcte, etc, qui ose se dire encore une
société de liberté, le moment Dieudonné
était inévitable dans le mouvement réel donc
dialectique du politique. Le moment Dieudonné est
l’antithèse de la thèse – cette thèse
qui est la politique réduite à la communication. La vraie
question est celle de la synthèse qui viendra ensuite, cet
« ordre nouveau plus compréhensif » dont
parle la note du dictionnaire cité plus haut. De quoi
Dieudonné est-il le signe ? Voilà donc la question
qui importe. Il est le signe de la faillite de notre vie
politique dégradée en simulacres où le réel
fait retour de manière provocatrice.
Pierre
Le Vigan

| "Certains observateurs prévoient à partir de la fin de cette année une rupture du système monétaire mondial qui entraînera l’effondrement du dollar et pourrait même aboutir à terme à une véritable dislocation géopolitique mondiale." |
Une nouvelle alliance
Soumission à la gouvernance atlantiste ou libertés européennes : il faut choisir son camp !
Claude Bourrinet
Texte
publié originellement sur le site Voxnr
Il est néanmoins des
tournants pratiquement irréversibles, où tout
semble
perdu. Les combats semblent alors
désespérés, et le sang
répandu nourrit les
germes qui attendent patiemment de nouveaux soleils pour surgir
à la lumière.
Les martyrs grecs qui tombèrent à Chios en 1822
préparaient la résurrection
hellène. Plus mythiquement, l’imaginaire des
peuples s’abreuve à la Geste des
héros. Roland annonce l’ascendant franc en Europe.
Tout laisse présager, le cap du deuxième
millénaire passé, l’une de ces
macropériodes ayant pour vocation à perdurer des
siècles. Une erreur mortelle
serait de considérer l’Empire américain
comme agonisant, voire moribond. Celui
des Romains ne valait pas grand-chose lorsque Annibal fit son grand
Tour
italien. Et les affres sanglants de la République ne
donnaient guère d’espérance
à la préservation de
l’autorité latine, si ne fût le
génie de César…
Cela n’empêcha pas
l’expansion et la rude domination des Romains. La crise
actuelle est-elle le début de la fin, ou la fin
d’un début ? Il est possible
qu’une Cassandre contemporaine trouverait aisément
sa place dans le tapage
médiatique, sans pour cela, comme il en fut de son
ancêtre, qu’on
l’écoutât
beaucoup. Un article fort perspicace de Jean-Claude Paye, sur
Voltairenet.org,
nous met en garde : « L’instauration
d’une souveraineté interne de
l’exécutif
états-unien sur les pays de l’ancien continent
conduit à la formation d’une
nouvelle forme d’État, à la mise en
place d’une structure impériale sous
direction américaine. Il s’agit d’une
forme d’organisation stable qui diffère
fortement de la situation antérieure. Dans le cas
où les États-Unis disposaient
de la seule souveraineté extérieure des pays
européens, un retour en arrière
partiel ou plus profond restait possible sans une révolution
sociale, tel que
l’atteste le retrait de la France, effectué par
Charles De Gaulle, du
commandement de l’OTAN. »
Tout indique que la classe dirigeante
européenne a opté depuis quelques
dizaines d’années pour une fusion
économique et
politique entre
les deux côtés
de l’Atlantique, avec une domination américaine
(1). L’insistance de Pompidou,
ancien directeur général de la banque Rothschild,
pour faire entrer le loup
britannique dans la bergerie continentale, devient plus claire
maintenant. Une
enquête approfondie montrerait combien les membres de
l’oligarchie occidentale,
tant dans les milieux politique qu’économique et
médiatique, sont engagés dans
une démarche d’intégration à
la civilisation anglo-saxonne, soit par intérêt,
soit par goût. Les mesures prises au fil des ans, qui visent
à retirer aux
nations l’essentiel des moyens de leur
indépendance, qui organisent
l’adaptation des règlements, des lois (2),
à la logique américaine,
l’alignement de la politique étrangère
sur la vision états-unienne, via l’OTAN,
constituent les éléments d’un puzzle
dont la configuration devient de plus en
plus visible et lisible.
Pourtant, malgré
l’évidence, le
jeu a été longtemps brouillé, surtout
par
naïveté. La lutte contre le « terrorisme
»,
contre l’islamisme, le flou sur les
objectifs et les limites territoriales de la construction
européenne, transmuée
en grand marché à vocation universaliste, le gros
mensonge propagandiste de
valeurs communes entre Européens et Yankees, la confiscation
du
pouvoir central
européen par des groupes de pression, ont occulté
le
véritable enjeu, et,
subsidiairement, ont contribué à creuser
davantage le
fossé entre l’ « élite
»
et les peuples. Il est assez stupéfiant, si
n’était
la profondeur du nihilisme
actuel, et le degré d’engourdissement des
Européens, de voir combien la ruse,
le mensonge, l’intoxication et les mesures sournoises ont
réussi, sans effusion
de sang, à retirer à des centaines de millions de
citoyens les outils de leur
liberté et de leur indépendance.
Il ne faut pas se leurrer toutefois : de
nombreux Européens ont pour l’american
way of life les yeux de Chimène.
D’abord parce que la civilisation américaine,
matérialiste, marchande et grossière, avalise et
encourage les pulsions les
plus répugnantes de l’individu, dont
l’abandon, la paresse, l’avidité et la
recherche de plaisirs bas et frelatés offrent plus de
satisfactions que la
défense de l’honneur, la
fidélité à la Terre, la lutte pour la
liberté,
lesquelles présentent toujours des complications
collatérales parfois
déplaisantes, comme l’inconfort,
l’emprisonnement, la souffrance et la mort. Il
faut compter aussi avec l’endoctrinement journalier des
médias, la trahison des
clercs et l’absence de résistance clairvoyante.
Car il est stupéfiant
qu’une telle situation historique, à tous points
de vue
catastrophique, ne suscite aucune réaction substantielle. Le
désordre, la
confusion règnent chez les récalcitrants au
Nouvel Ordre mondial. Il est vrai
qu’une immigration massive provoquée cyniquement,
la manifestation à l’échelle
planétaire de nouvelles sources de
légitimité idéologique,
l’effondrement des
anciennes lignes politiques, telles que le gaullisme, le communisme, le
nationalisme, ont rendu toute interprétation des faits
aventureuse, et parfois
conflictuelle. Le camp des « identitaires »
ressemble plaisamment à ce bateau
portant, encore provisoirement, les illustres Pince-mi et Pince-moi.
Qui chutera
?
L’imagination, avant
l’intelligence, est sans doute la « reine des
facultés »,
comme dit Baudelaire. Il est certain que beaucoup en manquent, et cette
absence
est non seulement fâcheuse en politique, mais aussi mortelle.
Disons-le brutalement : les partisans de
l’Empire occidental, atlantiste, et
les complices de ses troupes auxiliaires sionistes, sont clairement des
traîtres avec lesquels il n’est pas question de
traiter. Ils ont choisi leur
camp, leurs amis, leurs amours. Ils se battront, tortureront, tueront
pour
l’oncle Sam. Chacun son destin…
Pour les autres, parmi lesquels nous nous plaçons
personnellement, les
positions méritent d’être
clarifiées, approfondies, car l’enjeu concerne une
lutte qui durera longtemps et connaîtra des hauts et des bas.
Il est probable
que la mainmise de l’Amérique sur le continent
européen, entre 2015 et 2020,
après la phase actuelle de préparation, sera
sanctionnée par une répression
brutale et sanglante, et que les décennies prochaines
verront des sursauts, des
combats, parfois clandestins, des insurrections peut-être, en
tout cas beaucoup
de sang et de souffrance. Il n’est pas d’autre
moyen de recouvrer notre
liberté, notre indépendance, notre
dignité.
Or, il est indéniable que la
composition de la société française,
et
européenne, a changé fondamentalement. Si de
nombreux Européens, par veulerie,
bêtise, intérêt, ou par connivence
religieuse ou ethnique, collaborent avec
l’ennemi américain, d’autres, issus de
multiples horizons, et constituant une
minorité très importante, se
présentent comme une force qui peut, le moment
venu, faire la différence.
Il est évident que pour eux,
sauf exceptions, il n’est pas envisageable de
demander une filiation aux ancêtres ni une
référence pieuse aux dieux des
Terres d’Europe. Ils ont leurs propres aïeux et leur
propre sacré, et, au fond,
c’est préférable, la mystique, in fine,
de notre combat, n’étant pas la défense
d’un conglomérat d’imbéciles
amnésiques, mêmes ethniquement « purs
», mais
l’émergence d’un monde où les
relations naturelles, la hiérarchie, l’Ordre
cosmique, la prépondérance du spirituel, seraient
restaurés. Un griot peul peut
nous être plus proche qu’un présentateur
blond de la télévision.
Toute guerre néanmoins
demande que soient explicités les buts finaux, la
stratégie
et la tactique.
Le but est à mon sens
l’Empire, car il
conjugue unité et singularités,
intérêts
humains et sacralité.
La tactique pourrait être
d’encourager toutes les forces de résistance au
système, toutes les tensions visant à le
détruire.
La stratégie viserait
à fonder une vraie alliance, solide et pérenne,
entre les
organisations, quelles qu’elles soient, qui aspirent
à une diversité riche
culturellement, à un renouveau du sacré et de
l’esprit, et à un rapport plus
authentiquement humain avec la nature. Cette nouvelle alliance
transcenderait
des clivages désormais obsolètes, que ce soit la
gauche, la droite, les
Européens de souche et les autres, les païens, les
Chrétiens, les Musulmans et
les autres.
Le débat est ouvert.

L'argument est impolitique, car en disant qu'une guerre aussi durable et d'une telle ampleur ne nous concerne pas (ou si peu), on laisse le champ libre aux autres puissances étrangères s'ingérant aux portes de l'Europe. On leur cède le terrain alors que l'intérêt général européen sur les versant austral et oriental de l'ancien Mare nostrum est en cause, que les peuples, les ressources, les dispositifs militaires et diplomatiques, les affrontements ethniques ou religieux, la bataille pour les les énergies fossiles (notamment le gaz offshore de Gaza) dans ces espaces traditionnellement sous influence européenne depuis la plus haute antiquité, ne sauraient être négligés sans redoutables conséquences pour l'avenir du vieux continent.
Bien entendu, il n'est pas question de plaider ici pour un parti pris sans nuance en faveur de l'un ou l'autre des belligérants. Danx cette région, comme dans les Balkans ou en Asie centrale, le rôle d'une diplomatie européenne bien comprise consiste à peser de tout le poids de notre puissance diplomatique pour un réglement pacifique, autant que faire se peut, des litiges en cours pour le plus grand avantage, à terme, de toutes les parties concernées. Pour ce faire, les Européens devront s'inscrire en faux contre le projet de grand Moyen-Orient à la solde des États-Unis, rétablir un équilibre plus juste à travers une politique arabe (ou arabo-musulmane) digne du grand espace géopolitique que nous représentons.
Conclusion : non seulement la guerre en Palestine doit concerner les Européens tout autant que les batailles en cours à propos de la Bosnie, du Kosovo, de l'Ossétie du Sud, que l'implication injustifiable de troupes françaises et allemandes en Afghanistan, sans se laisser "tailler le costard", qui se voudrait déshonorant, de porteurs de keffieh, de la part de ceux qui préfèrent cultiver leur petit jardin identitaire personnel où l'on affectionne la soupe au cochon (ce que, entre nous, nous ne saurions leur reprocher, car comme le veut la chanson de Juliette Nourredine " tout est bon dans le cochon ", mais que nous nous sommes fondés à trouver tout-à-fait hors de propos !)
L'héroïsme et la dignité des Palestiniens, meutris et sanglants sous le déluge de feu, ne peut laisser insensibles les cœurs courageux. Cette dernière raison, chevaleresque, de s'identifier aux opprimés, me paraît aujourd'hui l'emporter sur toutes les autres, même s'ils sont des Arabes et des musulmans, car le courage et l'honneur, la dignité dans la souffrance, face à l'adversité la plus redoutable, n'ont ni race ni religion particulière. Ils forcent le respect et méritent d'être salués, même de loin, par nos modestes gestes de solidarité.
Nous aurions écrit la même chose à propos des juifs, si la situation avait été inversée.
P.K., 18/01/09
* Cette attitude et ces insinuations sont notamment véhiculées par les milieux "identitaires". Elle viennent d'être reprises par Pierre Vial sur le site de Terre et Peuple dont le texte a été publié sur le site Novopress Info
Un
peuple a toujours
raison de lutter pour sa liberté
Éric Hazan, Pierre Le Vigan
Plusieurs
sites internet publient une tribune du 15 janvier intitulée
« Gaza :
La deuxième mort du judaïsme »,
datée du
jeudi 15 janvier 2009. On la trouve notamment sur le site
de
l’organisation communiste libertaire, OCL, qui publie par
ailleurs
l’intéressante revue Courant
alternatif.
L’auteur de cette tribune est l’éditeur
Éric Hazan. Il écrit notamment :
«
Les millions de juifs qui ont été
exterminés par les nazis dans les plaines de
Pologne avaient des traits communs qui permettent de parler
d’un judaïsme
européen. Ce n’était pas tant le
sentiment d’appartenance à un peuple mythique,
ni la religion car beaucoup d’entre eux s’en
étaient détachés :
c’étaient
des éléments de culture commune. Elle ne se
réduisait pas à des recettes de
cuisine, ni à des histoires véhiculant le fameux
humour juif, ni à une langue,
car tous ne parlaient pas le yiddish. C’était
quelque chose de plus profond,
commun sous des formes diverses aux ouvriers des usines textiles de
Lodz et aux
polisseurs de diamants d¹Anvers, aux talmudistes de Vilna, aux
marchands de
légumes d’Odessa et jusqu’à
certaines familles de banquiers comme celle d’Aby
Warburg.
Ces gens-là n’étaient pas
meilleurs que d’autres, mais ils n’avaient jamais
exercé de souveraineté
étatique et leurs conditions d’existence ne leur
offraient comme issues que
l’argent et l’étude. Ils
méprisaient en tout cas la force brutale, dont ils
avaient souvent eu l’occasion de sentir les effets. Beaucoup
d’entre eux se
sont rangés du côté des
opprimés et ont participé aux mouvements de
résistance
et d’émancipation de la première
moitié du siècle dernier :
c’est cette
culture qui a fourni son terreau au mouvement ouvrier juif, depuis le
Bund
polonais, fer de lance des révolutions de 1905 et 1917 dans
l’empire tsariste,
jusqu’aux syndicats parisiens des fourreurs et des
casquettiers, dont les
drapeaux portaient des devises en yiddish et qui ont donné,
dans la MOI, bien
des combattants contre l’occupant. Et c’est sur ce
terrain qu’ont grandi les
figures emblématiques du judaïsme
européen, Rosa Luxembourg, Franz Kafka,
Hannah Arendt, Albert Einstein. Après guerre, nombre des
survivants et de leurs
enfants soutiendront les luttes d’émancipation
dans le monde, les Noirs
américains, l’ANC en Afrique du Sud, les
Algériens dans leur guerre de
libération.
Tous ces gens sont morts et
on ne les ressuscitera pas. Mais ce qui se passe en ce moment
à Gaza les tue
une seconde fois.
On dira que ce n’est pas la
peine de s’énerver, qu’il y a tant de
précédents, de Deir Yassin à Sabra et
Chatila. Je pense au contraire que l’entrée de
l¹armée israélienne dans le
ghetto de Gaza marque un tournant fatal. D’abord par le
degré de brutalité, le
nombre d’enfants morts brûlés ou
écrasés sous les décombres de leur
maison : un cap est franchi, qui doit amener, qui
amènera un jour le
Premier ministre israélien, le ministre de la
Défense et le chef d’État-major
sur le banc des accusés de la Cour de justice internationale.
Mais le tournant n’est
pas
seulement celui de l’horreur et du massacre de masse des
Palestiniens. Il y a
deux points qui font des événements actuels ce
qui est advenu de plus grave
pour les juifs depuis Auschwitz.
Le premier, c’est le
cynisme, la manière ouverte de traiter les Palestiniens
comme des sous-hommes
les tracts lâchés par des avions
annonçant que les bombardements vont être
encore plus meurtriers, alors que la population de Gaza ne peut pas
s’enfuir,
que toutes les issues sont fermées, qu’il
n’y a plus qu’à attendre la mort dans
le noir. Ce genre de plaisanterie rappelle de façon
glaçante le traitement
réservé aux juifs en Europe de l’Est
pendant la guerre, et sur ce point
j’attends sans crainte les hauts cris des belles
âmes stipendiées.
L’autre nouveauté, c’est le
silence de la majorité des juifs. En Israël,
malgré le courage d’une poignée
d’irréductibles,
les manifestations de masse sont
menées par des Palestiniens. En France, dans les
manifestations du 3 et du 10
janvier, le prolétariat des quartiers populaires
était là, mais des hurlements
de colère d’intellectuels juifs, de syndicalistes,
de politiciens juifs, je
n’en ai pas entendu assez.
Au lieu de se satisfaire des âneries du gouvernement et du CRIF (« ne pas importer le conflit »), il est temps que les juifs viennent en masse manifester avec les « arabo-musulmans » contre l’inacceptable. Sinon, leurs enfants leur demanderont un jour « ce qu’ils faisaient pendant ce temps-là » et je n’aimerais pas être à leur place quand il leur faudra répondre. » Il n’y a pas grand chose à rajouter à ce qu’écrit Éric Hazan. Quand on considère qu’un peuple a droit à sa terre, on ne peut que se trouver en sympathie avec les Palestiniens. Ils étaient chez eux, on les a chassés de chez eux. Gaza est invivable et était en situation de blocus avant la soi-disant rupture de la trêve par le Hamas. Les Palestiniens ont droit à vivre organisés en nation, sur un territoire viable, d’un seul tenant, et dans des frontières sûres et reconnues, à défaut de vivre dans une Palestine laïque, au coté des Juifs, ce qui serait la meilleure solution. Les frontières du 9e siècle avant J-C donnent une idée de ce que pourrait être une Palestine viable à coté d’un Israël viable. Le territoire de la Judée et des Philistins pourrait être celui des Palestiniens, celui d’Israël celui des… Israéliens. En attendant, les Palestiniens n’ont pas d’autre choix que la juste lutte pour la liberté de leur peuple.
Un peuple a toujours raison de lutter pour sa liberté.
Bonne
année à l’Europe
européenne !
Pour que cette Europe devienne enfin une Europe européenne, celle de ses peuples, il faudrait sans doute qu’elle fasse marche arrière, qu’elle se sorte des impasses au fond desquelles des politiciens irresponsables l’ont engagée.
La mondialisation
capitaliste en est une : elle nous promettait hier encore
monts et
merveilles. Nous étions trop contents
d’acquérir des textiles indiens, des
gadgets chinois, des voitures japonaises et des ordinateurs
étasuniens bon
marché, sans voir
venir les fermetures
et les délocalisations d’usines aboutissant
à la
désindustrialisation et au
chômage chez nous. Il n'y a pas 36 solutions, mais un seul
tabou
à briser : celui du protectionnisme. Il ne s'agit pas de
s'enfermer dans une forteresse, comme font semblant de le
croire les
mauvaises langues, mais, comme le préconisent de brillants
économistes tels Maurice Allais et Emmanuel Todd, de
privilégier le marché intérieur sur
l'extérieur, de favoriser l'échange entre
Européens, d'imperméabiliser un peu mieux les
frontières-passoires-à-trafics-de-toutes-sortes
du
continent qui est à la fois, désormais, notre
foyer,
notre patrie et notre espace vital. En outre, nous ne devons plus
hésiter à collaborer avec des pays qui font
l'objet de
blocus de la part de Washington, tels l'Iran et la Syrie, car il y a
là-bas de gros marchés à saisir et des
alliances
géopolitiques fructueuses à nouer pour l'Europe.
L’immigration massive et
continuelle est une autre impasse. S’il y avait jadis quelque
logique économique
justifiant l’importation temporaire de travailleurs
étrangers (autant que
possible européens) comme main d’œuvre
supplétive de l’industrie en pleine
expansion des Trente Glorieuses, la décision du regroupement
familial - prise
dès les années 1970 en France -
ajoutée au refus de toute préférence
nationale
et à une pratique laxiste de naturalisation, fut une
véritable trahison dont
nous subissons les conséquences socio-politiques
catastrophiques aujourd’hui.
Sous le prétexte de remédier à une
pénurie de main d’œuvre, on ouvrait des
vannes qu’il allait être impossible de refermer, on
dénaturait la substance ethnique
et culturelle de la nation et on fabriquait de toute pièce
le lumpenprolétariat
de nos ghettos mal famés qui alimente quotidiennement la
triste chronique des
guerres de banlieues.
Dans
le même temps, nos
gouvernements n’ont rien fait de sérieux pour
encourager
la renaissance
démographique de nos peuples en
rémunérant
véritablement les mères de famille
qui choisissent de travailler moins pour se consacrer un peu plus
à leurs
enfants, comme le requièrent l'exigence d'une bonne
éducation et l’esprit d’une famille
nombreuse
normalement
constituée.
Des
décisions (et des
indécisions) comparables, mais souvent avec une plus grande
prudence, ont été
prises en Allemagne, en Grande Bretagne, en Espagne, en Italie, etc.
avec pour
résultat que nous avons chaque année un peu moins
de substance européenne dans
l’Europe et un peu plus de difficultés
à gérer le chaos ethnique, culturel,
social et économique résultant de ce
laisser-aller irresponsable.
Autre impasse : l’atlantisme systématique d’une certaine élite européenne qui n’a pas vu venir les dangers que pouvait présenter une liaison inégale entre le maître du jeu mondial et ses « alliés » auquel on tente de refiler les sales guerres (Kosovo, Afghanistan, Liban, Palestine…), ainsi que les créances pourries de sa pyramide de dettes, en échange de quelques miettes ridicules et de beaux sermons sur la solidarité civilisationnelle qui ne trompent plus grand monde. À l’heure des comptes on s’aperçoit que les USA gardent le contrôle du robinet à pétrole au Moyen-Orient et en Asie centrale, qu’ils obtiennent toujours les juteux contrats de reconstruction (juste après ceux concédés à leur complexe militaro-industriel pour la destruction) et que les nouveaux alliés (les traîtres ?) en Europe de l’Est, achètent leurs avions de combat de préférence aux nôtres.
Sortir de l’atlantisme économique, diplomatique et militaire devrait être la priorité des hommes d’État européens. Mais encore faut-il en avoir (des hommes d’État).
L'Europe ne peut devenir véritablement européenne qu'en exerçant sa pleine et entière souveraineté, en cessant d’être occupée par un chapelet de bases militaires étrangères qui l’enrégimentent d’office (sous la casquette de l'OTAN) dans les aventures militaires de plus en plus douteuses et dangereuses de l’occupant étasunien. Ramstein en Allemagne, Aviano en Italie ou Bondsteel en Serbie-Kosovo devraient être restituées à leurs propriétaires légitimes sans plus tarder afin d’héberger une force intereuropéenne capable d’assumer seule la défense du vieux continent.
Le neuf novembre 1989, tombait le mur de Berlin, dernier rempart soviétique. Vingt ans après, le neuf novembre 2009, nous pourrions exiger de plein droit que tombe enfin le mur de l’atlantisme, né lui aussi des séquelles de Yalta. Si les Européens convergeaient par milliers vers les bases étrangères en criant « Vive l’Europe libre, US go home ! » et si des pétitions dans ce sens rassemblaient d’innombrables signatures, peut-être M. Obama, trop heureux d’économiser quelques sous en ces temps très durs pour son pays, rappellerait-il les boys à la maison. Même si cette bataille n’est pas gagnée d’avance -- car les américanolâtres pullulant dans les cercles du pouvoir européen n’hésiteront sans doute pas à nous faire payer pour le stationnement indéfini de l’US army sur notre sol -- le jeu vaut la chandelle, ne serait-ce que pour ranimer tant soit peu l'esprit de dissidence contre la tyrannie des médiocres.
Souhaitons que le neuf novembre 2009 soit plus que la fête d’une seule moitié d'Europe libérée !
L’impasse des impasses où s’est fourvoyée l'anti-Europe actuelle qui se pare bien légèrement du nom d’Union Européenne, est celle de la division. Sans fusion véritable entre la France et l’Allemagne et sans alliance ferme avec la Russie, nous ne pèserons pas sur les affaires du monde. Nous nous laisserons diviser par les manipulations étasuniennes. Nous nous laisserons tirailler par les caprices des Polonais, des Baltes, voire des Georgiens dont le cœur balance vers Washington. Nous nous enfoncerons dans de mesquines guerres de paroisses et tout espoir de préférence européenne, de protection de l’intérêt général européen dans tous les domaines, s’évanouira. D’autres nous dicteront leur Grande Politique et nous n'aurons bientôt plus lieu de nous poser la question de savoir ce qu’européen veut dire.
Bonne année à l’Europe-volonté !
Bonne santé à l’Europe-puissance !
Bon anniversaire à l’Europe libre !
Bonne année à l’Europe européenne !
Morts
pour la
France ? Morts pour l’Europe ou pour
l’Oncle Sam ?
Yves Argoaz
Dix jeunes parachutistes français sont tombés la nuit dernière (18/08/08), pris dans une embuscade à une cinquantaine de km au nord-est de Kaboul. Vingt-et-un autres sont blessés.
Ils ont certes accompli leur devoir, obéi au commandement. Mais pour qui ? Pourquoi ?
Voici quelques mois à peine, Nicolas Sarkozy décidait d’augmenter le nombre de nos soldats en appui des forces états-uniennes et brittaniques qui occupent ce pays en toute illégalité depuis que les néo-conservateurs américains ont pris pour cible privilégiée leur régime taliban sous le prétexte qu’il aurait hébergé leurs anciens alliés terroristes (Al Qaïda), présumés responsables des attentats du 11 septembre 2001.
Cette guerre qui a déjà fait des milliers de morts, dont de nombreux civils, victimes de sanglantes « bavures », est un échec. Les Talibans, ces dernières années, n’ont cessé de progresser dans la reconquête du terrain perdu depuis 2001. Les dernières organisations humanitaires chargées officiellement de « civiliser » le pays, victimes de fréquentes attaques, prennent la poudre d’escampette. Les seigneurs de la guerre coiffant tel ou tel district ethnique sont sur le retour, de même que la culture du pavot, principale ressource de l’économie parallèle qui alimente les achats d’armes des diverses factions, y refleurit de plus belle alors que le régime honni des Talibans en était presque venu à bout. Comme pour les forces soviétiques vers la fin des années 1980, l’étau se resserre autour des troupes occidentales qui campent dans une région hostile où elles n’ont rien à faire. Rien à y faire ? Faux, rétorque-t-on, officiellement. Il s’agit d’y combattre le terrorisme qui aurait là-bas des bases puissantes d’où il rayonnerait contre l’Occident et le reste du monde. Il s’agit, aussi, nous assure-t-on, d’empêcher le retour d’une théocratie responsable, entre autres, de la misérable condition des femmes et de la destruction des deux immenses bouddhas qui trônaient à Bâmiyân (L’un des prétextes invoqués par Nicolas Sarkozy lui-même pour y envoyer nos soldats !) .
Tout cela n’est pourtant pas sérieux. Il n’a jamais été démontré que les multiples factions terroristes islamiques qui opèrent en Afrique du nord, notamment en Algérie en ce moment même, au Moyen-Orient, dans le Caucase ou en Asie du Sud-Est, le fassent de manière coordonnée ou aient même des liens entre elles. Al Qaïda n’est qu’un mythe utile pour justifier toute sorte d’interventions illégales à travers le monde (cf. Richard Labévière, Les coulisses de la terreur, Grasset, 2003). Quant aux théocraties et autres tyrannies, elles abondent à travers la planète sans que l’on se préoccupe du sort de leurs populations.
La vraie raison de cette intervention est ailleurs. L’Afghanistan est l’une des principales bases stratégiques de la planète à plus d’un titre : d’abord sa proximité des gigantesques gisements d’hydrocarbures de l’Asie centrale, et surtout sa position stratégique incomparable à l’avant de l’Iran, sur la frontière du Pakistan, principal allié de Washington dans la région, dans le dos de l’Inde et de la Chine, verrouillant l'accès de la Russie à l'Océan Indien. Ces trois dernières puissances étant les principaux rivaux géopolitiques potentiels des États-Unis, il importe de contrer leur possible jonction entre elles et avec l'Europe de l'Ouest, quatrième puissance capable de contester un jour l'hégémonie de l'Oncle Sam.

Le géopolitologue autrichien Jordis von Lohausen (Mut zur Macht, 1979, Les Empires et la puissance, éd. du Labyrinthe, 1996), place l'Afghanistan en plein sur la jonction des deux « ailes de papillon » qui divisent l’immense Eurasie. Il permet, par voie maritime, de s’approcher au plus près du cœur de ce Heartland, tant convoité et redouté par la Thalassocratie, et d'y enfoncer un coin mortel.
Mais cette vraie raison inavouée, celle d’une implantation au cœur du vieux monde pour mieux le contrôler, le dominer, est celle des États-Unis qui, profitant du vide provisoire, se sont affirmés comme l'unique super-puissance mondiale. Elle n’est pas dans l’intérêt général des Européens, pas plus que dans ceux des autres grandes puissances qui aspirent au multilatéralisme géopolitique et à la coexistence sereine des peuples et des civilisations, issue légitime de la chute des deux grands blocs antagonistes ayant si longtemps régné par leur terreur mutuelle et celle qu'ils inspiraient au reste du monde.
Pour mieux compter dans ce nouveau monde multilatéral, les Européens, Russes compris, ont intérêt à ne pas se laisser diviser, à expulser les forces étrangères au continent , à cultiver l’amitié et la paix des grands et puissants voisins eurasiatiques plutôt qu’à chercher à les dominer . Tout le contraire de la stratégie états-unienne dont l’intérêt européen est le dernier des soucis et qui cherche même à éviter à tout prix l’émergence d’une Europe unifiée et souveraine, alliée avec la Russie, traitant amicalement avec l’Inde, la Chine et l’Iran, ayant une politique arabo-musulmane propre, dégagée des diktats émis par l’axe Washington-Tel-Aviv.
Tout cela tombe sous le sens, me direz-vous. Les Français le savent, qui se sont dit, pour les deux tiers d’entre eux, opposés à l’envoi de nos soldats en Afghanistan.
Ne nous laissons pas dire qu’ils se battent et meurent là-bas pour la France et pour l’Europe !
Jacques Chirac et Dominique de Villepin eurent naguère le courage de dire non à Bush. Ce fut bref, mais cinglant, efficace. La France, redevenue le fer de lance d'une volonté européenne, suscita admiration et respect à travers le monde.
Aujourd'hui, Sarkozy, fier d'avouer qu' « on m’appelle l’Américain », n’a plus qu’une phrase à la Bush : « O.K. boss ! ».
C’est à cause d’elle qu’on envoie à la mort nos petits gars.
Y.A.
Le
conflit en Ossétie,
Abkhazie, Géorgie :
La
fermeté
des Russes face aux valets de Washington sur leur pourtour est une
bonne
nouvelle pour l’Europe !
Patrick Keridan
Dans
la nuit du 7 au 8 août le
petit État géorgien attaquait avec des
canons multiples et des chars la capitale de l’enclave
autonome d’Ossétie du
Sud, ,
Tskhinvali, peuplée d’une
majorité de Russophone et d’Ossètes,
qui avait fait sécession
peu après la déclaration unilatérale
d’indépendance de la Georgie afin de
réclamer son rattachement à
l’Ossétie du nord, restée, elle, dans
le giron
russe.
L’agression a sans doute
fait plusieurs milliers de victimes. La Russie, appelée au
secours par le
gouvernement ossète, est intervenue rapidement, massivement
et efficacement.
Les Géorgiens se sont repliés la queue entre les
jambes. Ils s’étonnent après cela de
voir
bombarder leurs villes, Gori et Tbilissi, alors que la capitale
Ossète, Tskhinvali,
n’est plus qu’un champ de ruines suite à
leurs propres bombardements.
Ils posent en victimes,
alors qu’ils ont été les agresseurs.
Ils
s’étonnent que la Russie n’accepte pas
leur demande de trêve, et qu’elle ouvre un second
front en
Abkhazie, autre province sécessioniste (comme
l'était le
Kosovo vis-à-vis de la Serbie) alors
qu’ils ont encore des troupes et de l’artillerie
prêtes à reprendre
l’offensive… Ils découvrent que les
Occidentaux ne
lèvent pas le petit doigt
pour eux quand la Russie montre les dents. Ils se rendent compte, avec
la même amertume que la Pologne,
l’Ukraine et les pays baltes que l’on peut narguer,
humilier un géant assoupi
tant qu’il dort, mais que son sommeil a des limites.
On ne peut que donner raison à la Russie de pousser son
avantage
jusqu’au bout, de faire tomber là
où elle le peut l’engeance libérale
américanolâtre qui s’est
emparée du pouvoir
dans plusieurs républiques post-soviétiques,
à la
faveur des
« révolutions »
oranges ou roses
financées par des lobbies
états-uniens et d’évincer les
forces et
les influences étrangères pour
rétablir la
neutralité sur le pourtour de son
vaste territoire. La Russie n'est plus soviétique, mais elle
n'en demeure pas moins un empire qu'on ne peut encercler
impunément en soudoyant les États-tampons
entre elle et les autres puissances à vocation
impériale.
Ceux qui l'auraient oubliée, se voient aujourd'hui rappeler
cette réalité géopolitique
à leurs
dépens.
L’Europe ferait mieux d’apprendre à respecter et à s’entendre avec son grand voisin. Elle devrait voir que le Mur de Washington , après celui de Berlin, se fissure enfin, et réaliser que se dessine un nouvel ordre international, multilatéral qui ne peut que lui être bénéfique à condition qu’elle cesse de s’aligner sur Washington. L’heure d'une nouvelle conscience de l’intérêt général européen approche. La Russie est notre allié objectif dans cette reconquête politique de nous-mêmes, de nos libertés, de notre souveraineté. Les chefs d’États européens qui tarderont à comprendre la nouvelle donne internationale tomberont inévitablement. Ce ne sera pas le moindre des services rendus par la Russie aux authentiques Européens

RIA Novosti, Mikhail Fomichev : Parade nuptiale à Moscou
À quelle Europe les Irlandais ont-ils dit non ?
Patrick Keridan
Après le refus des Français et des Hollandais en 2005 de cautionner un projet de constitution équivoque et très peu lisible qui ne faisait qu'endormir un peu plus le vieux continent dans les bras de ceux qui décident de son avenir à la place de ses peuples, à savoir l'accouplement monstrueux de la technocratie anonyme de Bruxelles avec les requins de Washington qui prend en otage l'économie mondiale et la politique internationale, les eurocrates ont décidé de baillonner les peuples afin d'obtenir le blanc seing des parlements godillots pour leurs projets inavouables de fusion euratlantique. Mais il restait une faille : l'Irlande qui, plus soucieuse de démocratie que ses associés continentaux, maintint le référendum prévu en dépit des avertissements que les eurosceptiques pourraient, une fois de plus, faire capoter l'Europe "light" que M. Sarkozy voulait lancer en grande pompe en inaugurant sa présidence européenne.
C'est chose faite !
Par 53,4 % des suffrages exprimés les Irlandais ont dit non au Traité de Lisbonne.*1
À quelle Europe ont-ils dit non ?
Sans nous attarder sur la longue liste d'insuffisances des institutions et décisions européennes déjà présentée au fil de nos pages, voici en quelques mots les reproches majeurs que tout un chacun perçoit immédiatement lorsqu'on parle du gouvernement (sic !) de l'Europe.
1) L'Europe n'existe pas parce qu'elle n'exerce pas de
souveraineté propre en politique internationale.
À
l'exception de la brève incartade
Chiraco-Schröderienne de
2003, elle n'a cessé de s'aligner sur Washington dont
l'impérialisme post-11 septembre s'avère un
fiasco et un
danger pour la paix du monde sur tous les fronts où il se
déploie : Irak, Afghanistan, Moyen-Orient...
Or, le traité de Lisbonne ne
prévoit pas la moindre
affirmation de souveraineté qui serait le début
d'un commencement d'une
Europe politique se distinguant nettement du grand frère yankee.
À
l'heure où nous
écrivons, Georges Bush, entre deux hommages à ses
alliés Merkel et Berlusconi, est accueilli
à l'Élysée par son "ami" Sarkozy qui
vient
d'engager les soldats et les deniers du pays dans la guerre douteuse
que les États-Unis
mènent
en Afghanistan malgré l'avis défavorable de deux
Français sur trois, qui pensent que nos (faibles) moyens
seraient mieux employés sur des fronts plus proches
de nos
préoccupations vitales.
2) L'Europe n'existe pas, pas plus avec que sans le Traité de Lisbonne, parce qu'elle ne se donne pas de frontières correpondant à celles de ses peuples, de leur culture, de leur histoire. Après avoir entamé, une fois de plus sous la pression des États-Unis, un processus d'admission de la Turquie, puissance non-européenne, ne voilà-t-il pas qu'elle s'apprête à accueillir Israël à bras ouverts*2, alors que par son comportement agressif et criminel, son surarmement (nucléaire), ce petit pays reste le principal barril de poudre de la planète (infiniment plus que l'Iran et la Syrie régulièrement montrés du doigt, dont la capacité de nuisance est bien moindre).
3) L'Europe n'existe pas, pas plus avec que sans le Traité
de
Lisbonne, parce qu'elle ne se donne pas les moyens militaires de faire
respecter ses décisions, si tant est qu'elle en prenne,
comme le
reconnaissent les responsables directement concernés, mais
surtout parce qu'elle ne se donne pas la souveraineté
stratégique
en sortant du cadre de l'OTAN dont les décision sont
contrôlées et orientées par
l'hyperpuissance
américaine.
Les bases de l'OTAN constellent encore nos vieux pays. Les flottes US
croisent à portée de canon de nos
côtes. Si ce
n'est pas une tutelle, ça en a tout l'air !
4) L'Europe n'existe pas, pas plus avec que sans le Traité de Lisbonne, parce que malgré sa richesse et ses ressouces considérables, elle ne tente de se doter d'une souveraineté économique privilégiant ses peuples, ses sites, ses industries stratégiques. Elle adhère sans esprit critique au système néo-libéral mondialisateur qui réduit les peuples à l'état de marchandise, négotiable, délocalisable, corvéable à merci. Elle n'a même pas eu l'audace d'imposer la référence de sa monnaie symbolique, l'euro, face au dollar et à la livre sterling.
5) L'Europe n'existe pas, pas plus avec que sans le Traité de Lisbonne, in fine, parce qu'elle n'a pas su captiver l'imagination de ses enfants, leur inspirer un généreux rêve de grandeur, leur demander de se surpasser pour l'Empire, l'imperium qu'elle pourrait devenir si elle en avait la volonté. Elle s'abaisse toujours plus vers ses misérables querelles sociales, sa politique de basse-cour, ses mensurations de bananes ou de présevatifs, sa sous-culture télévisuelle et sportive au point de ne plus pouvoir relever la tête.
Conclusion : on ne peut que féliciter les Irlandais d'avoir dit non à cette mauvaise Europe, cette Amérope, cette sous-Europe vendue au plus offrant. "Ne m'appelez plus jamais Europe" pourrait-on dire, en paraphrasant une chanson de Michel Sardou, de ce navire à la dérive pillé par son propre équipage corrompu...
Non, Non et Non ! Pour qu'un jour nous puissions entreprendre une Europe digne de ce nom.
P.K.
*1 DUBLIN
(AFP)
Les Irlandais ont nettement rejeté le traité européen de Lisbonne, > avec53,4% de "non" contre 46,6 % de "oui", plongeant l'Europe dans une nouvelle
crise institutionnelle, selon les résultats définitifs rendus publics vendredi
par la radio-télévision irlandaise RTE.
Trente-trois circonscriptions sur un total de 43 se sont prononcées pour le
"non". Le taux de participation s'établit à 53,13%, selon les chiffres
officiels du gouvernement.
*2 Voir notre article
à ce sujet
: J.-M. Vernochet " Dans quelques jours Israël deviendra un
partenaire privilégié de l'U.E."
La
société d’immigration de masse et
de
croissance
infinie et indéfinie n’est
pas viable
Pierre Le Vigan
Nous sommes immergés dans
une curieuse société : les élites sont
bilingues français-anglais – mais, au
vrai, elles parlent de moins en moins bien le français
(aucun homme politique
ne sait plus écrire comme écrivait Mitterrand,
Edgar Faure, ou comme écrit
encore Jean-Marie Le Pen). Dans le même temps les
travailleurs manuels sont de
plus en plus issus – surtout dans les grandes
métropoles - de l’immigration, ce
qui, pour beaucoup, veut dire des gens illettrés en
français, ne comprenant pas
le langage de base du bâtiment, des corps de
métier de ce secteur, de la
décoration intérieure.
J’ai vu des ouvriers se mettant à peindre du
marbre
( !), d’autres posant une baquette
électrique sur une aquarelle ou une
gravure punaisée au mur alors qu’il suffisait
d’enlever les punaises et de
déplacer le dessin. Conséquence : une
formidable césure culturelle s’est
installée entre les donneurs d’ordre que sont les
clients et les exécutants.
Bien entendu, l’appel à des immigrés
très peu qualifiés se fait sur la base de
la recherche du coût minimum, de prix
« tirés » vers le bas
au
maximum, et de profit maximum pour la superclasse des dirigeants
– qui ne sont
pas les patrons de petites entreprises. Tout ceux qui ont connu le
monde
ouvrier jusque dans les années 1960-70 le savent :
un certain capitalisme
mondialisé et immigrationniste a réussi
à mettre en place un formidable recul
de civilisation, un recul du savoir-faire et de l’amour du
métier. Il n’y a
plus de « monde commun » entre
des « prolos » de moins en
moins français et aussi de moins en moins francophones (il
suffit de pratiquer
les chantiers de bâtiment pour le voir) et des bourgeois
eux-mêmes de plus en
plus cosmopolites pour les grands bourgeois, et de plus en plus
paupérisés et
acculturés pour les petits bourgeois.
Libre à chacun de trouver cela sympathique ou non. Ce
qui est sûr, c’est que cela ne fait pas une
société viable. Ce qui se paiera
inévitablement très cher. La
société d’immigration de masse est
aussi,
indissociablement, la société de
l’obsession de la croissance (cf. Vincent
Cheynet, Le choc de la décroissance,
Seuil, 2008), et la société des
superprofits de groupes multinationaux peu nombreux mais
hyperpuissants. Cette
société est aussi la
société de la superclasse
politico-médiatico-financière, la
nouvelle classe dirigeante. C’est aussi la
société qui tue à la fois la campagne
et la ville (cf. Guy Burgel, Paris meurt-il ?
Perrin, 2008).
Avec son style habituel laissant
entendre qu’il a compris, lui, ce qu’un amas de
parfaits crétins n’ont jamais
compris, Jacques Attali, individu brillant bien entendu mais pas plus
voire
moins diplômé que Claude Cheysson ou Henry de
Lesquen, Attali donc indiquait,
d’ailleurs en contradiction avec ce qu’il
défendait à juste titre trente ans
auparavant : «
Opposer écologie et croissance est une bêtise
intellectuelle
profonde. En réalité on ne peut pas
améliorer l'environnement sans croissance.
Ce n'est pas la croissance qui pollue, c'est la production. Si on veut
changer
la nature de la production il faut évidemment
croître. Croître autrement, pour
transformer la production. » (Jacques
Attali, Europe 1, 24 octobre 2007) .Il
est au contraire bien évident que la recherche de la
croissance à tout prix est
incompatible avec l’écologie. Des
croissances
sont nécessaires : des croissances des
transports en commun, des croissances des infrastructures fluviales,
des
croissances des modes de prises en charge des personnes
dépendantes, mais La croissance est une imposture
– tout comme Le
« Progrès ». La
société d’hypercroissance et
d’immigration massive et désordonnée ne
peut survivre qu’en devenant une
société post-démocratique et
totalitaire. C’est ce qui menace. C’est ce
à quoi
nous devons opposer la liberté des peuples et le
génie créateur des hommes. Plus
que jamais, il faut dire : opposons la démocratie
enracinée et les
identités au nivellement libéral, mondialiste et
totalitaire.
"Comme
hier les Anglais en Inde, au Proche-Orient et à Chypre, les
Américains
cherchent aujourd'hui à diviser l'Europe centrale pour y
régner, et la création
par leurs soins d'un État mahométan au
cœur de notre vieux continent a pour but
principal de nous affaiblir, de nous ronger de l'intérieur."
Gabriel
Matzneff, "Éloge des Serbes", mars 1997, repris dans C'est
la
gloire, Pierre-François! en 2002.
Kosovo, une
pseudo-indépendance contre l'Europe
par Jacques Marlaud*
Dimanche
17 février 2008. Avec la
complicité et les encouragements de ladite "
communauté internationale
" qui rassemble les États inféodés
aux États-Unis,
leurs alliés, leurs clients et ceux qui craignent leur
courroux, la province du
Kosovo et de Métochie, sous administration militaire de
l’OTAN depuis qu’elle a
été arrachée par la force à
la Serbie en 1999, déclare son indépendance.
Ce
geste symbolique est parfaitement
illégal, comme l’étaient
l’agression de la Serbie en 1999, celles de
l’Afghanistan en 2001/2002 et de l’Iraq en 2003.
Mais qu’est-ce que la légalité dans
les affaires internationales sinon le jeu de la force et de
l’intimidation que
se livrent les grandes puissances ? Jeu auquel les
alliés russes des
Serbes ont perdu temporairement des points, alors que les
« amis » de
l’ethnie albanophone et musulmane du Kosovo sont, pour le
moment, gagnants.
Qui paiera pour renflouer
cette ruine percluse
de trafics maffieux ?
Le
geste est symbolique, parce que ce
minuscule "État" enclavé (10 000 km2, 2
millions
d’habitants, un PIB à peine plus de 1000 $/ hab.,
un taux de chômage autour de
60%), qui vit de subventions et de trafics divers (immigration
clandestine vers
l’Europe, prostitution, armes, drogues…),
protégé par les forces d’occupations
de l’OTAN, n’a pas les moyens de son
indépendance. Il restera longtemps sous la
coupe de ses créditeurs
et de ses
protecteurs.
Ce
que ne savent pas la plupart
Européens, que la bonne conscience humanitaire
endossée par le couple
Kouchner-Sarkozy convie
à se réjouir de
l’avènement d’un
nouvel « État
enfin libéré de l’oppression serbe, etc. »,
c’est que le coût prohibitif pour soutenir et
tenter
d’assainir cette économie
maffieuse et ruinée, pour former et encadrer sa police
(composée des
ex-terroristes antiserbes), son ébauche
d’administration
et de justice, sera
financé par les contribuables de l’Union
européenne. L’UE devra payer au moment
où elle peine à combler
l’énorme
déficit généré par son
propre
élargissement
hâtif et irréfléchi. Elle mettra la
main à
la poche alors que les bourbiers
sanglants dans lesquels, peu ou prou, de bon ou de mauvais
gré,
elle s’est
laissée entraîner derrière
l’Oncle Sam, sans
résultat probant, en Iraq, en
Afghanistan, au Liban/Palestine et sans doute, incessamment sous peu,
au
Darfour, ont perdu la faveur de ses opinions publiques.
Ce
que ne savent pas tous ceux dont on
sollicite les bons sentiments à force de battage
médiatique « en
faveur du vaillant petit peuple qui a résisté au
cruel tyran, etc. »,
pendant que le racket fiscal, paré de cette noble cause, se
prépare à lui faire
les poches un peu plus profondément, c’est que,
alors que l’Europe s’engage sur
un chemin perdant-perdant dans cette affaire, les États-Unis
remporteront, eux, toute la mise, et voici pourquoi :
Bondsteel, la nouvelle forteresse
yankee dans les Balkans
Depuis
que Bill Clinton et son éminence
grise, Madeleine Albright, ont mis un pistolet sur la tempe de
Milosevic lors
du « processus de Rambouillet »
en mars 1999 et qu’ils ont décidé de
l’abattre quelques semaines plus tard en bombardant
massivement la Serbie avec
l’appui et la participation active de leur allié
français, le vrai motif de
l’agression états-unienne est apparu en plein
jour, à peine quelques mois après
l’entrée des
« libérateurs » du
Kosovo à Pristina, sous la forme
d’une gigantesque base militaire, le camp Bondsteel,
« La plus grosse
base militaire
américaine construite depuis la guerre du Vietnam, et une
des plus importantes
du monde […]
Elle est
située à proximité de chantiers
de construction d'oléoducs et de corridors
énergétiques d'intérêt
vital, comme
l'oléoduc transbalkanique financé par les
États-Unis, fournissant une manne aux
entreprises qui travaillent pour la défense, et en
particulier à Halliburton Oil
Subsidiary et
Brown & Root Services. […] Le camp compte
25 km de routes et plus de 300
bâtiments, le tout entouré de 14 km d'enceinte en
terre et béton, 84 km de
barbelés et 11 miradors. Il est si grand qu'on y distingue
un centre ville, des
faubourgs et des banlieues ; il y a des secteurs commerciaux, des
salles de
sport ouvertes jour et nuit, une chapelle, une bibliothèque
et l'hôpital le
mieux équipé d'Europe. Présentement,
55 hélicoptères Blackhawk et Apache y sont
basés, il n'y a pas de piste d'aviation mais le lieu a
été choisi en raison de
ses possibilités d'extension. Selon certains, il pourrait
être appelé à
remplacer la base d'Aviano en Italie. » [1]
Cette nouvelle forteresse US en Europe est hermétiquement
close. Personne n’y
pénètre sans autorisation, hormis ses habitants
militaires et civils, et
ceux-ci n’en sortent qu’en
hélicoptère ou sous l’escorte
d’un convoi armé. Elle
dispose de ses prisons qui ont acquis une très mauvaise
réputation lorsque, à
la suite d’une enquête du Commissaire aux droits de
l’homme du Conseil de
l’Europe sur les prisons secrètes de la CIA et la
torture, on sut que des
dizaines de prisonniers de plusieurs nationalités y
étaient incarcérés en
dehors de toute procédure judiciaire normale
et que certains y avaient subi de mauvais traitements sans
que personne
n’ait « une idée de ce qui se
passe
là-bas ».[2]
Mais
le plus surprenant est la rapidité avec
laquelle, l’administration états-unienne,
profitant du
vide juridique et
militaire laissé par le retrait serbe de la province
kosovar,
s’est installée
en maître inexpugnable des lieux, juste avant que le
gouvernement
du territoire
ne soit confié à une mission de l’ONU
(la
MINUK) :
photo
aérienne de la base Bondsteel
« Le
colonel Robert L. McLure
écrit dans le Bulletin
professionnel du génie que "des plans
pour des travaux d'ingénierie
au Kosovo ont été dressés des mois
avant que le première bombe ne soit larguée."
Au début, le génie s'assura la maîtrise
de 320 km de routes et de 75 ponts dans
les environs à des fins militaires, et planifia un projet
comprenant des
logements de troupes, des zones d'atterrissage pour
hélicoptères, des magasins
de munitions, etc. McLure explique que la brigade du génie
reçut pour
instruction "d'imbriquer les infrastructures avec celles du fournisseur
Brown
& Root Services, de construire non pas un mais deux
camps de base
(l'autre étant le camp Monteith) pour recevoir un total de
7.000 hommes."
Toujours selon McLure, "au plus fort de la construction, environ 1.000
expatriés (d'anciens personnels de l'armée)
embauchés par Brown & Root
Services et plus de 7.000 Albanais du Kosovo vinrent
prêter main-forte aux
1.700 hommes du génie. Du début juillet
à octobre 1999, les travaux furent
poursuivis jour et nuit et 7 jours sur 7. Brown &
Root Services assure
la maintenance totale du camp. Soit, entre autres, la fourniture de
2500 m3
d'eau par jour, de l'électricité
nécessaire à une ville de 25.000 habitants, le
lavage de 1.200 sacs
de linge, le
service de 18.000 repas par jour, et 95 % des
services de liaisons ferroviaires et
aériennes. Le
service
incendie relève aussi de cette
société.
Avec 5.000 employés kosovars albanais et 15.000 venus
d'ailleurs, Brown &
Root Services est actuellement le premier employeur du
Kosovo. » [3]
Une chose saute aux yeux, et il faudrait être aveugle pour ne pas l’admettre : l’installation de la nouvelle base était déjà prévue, bien avant le déclenchement des frappes de l’OTAN contre la Serbie. La guerre contre le régime de Milosevic a servi de prétexte, avec tout ce qui l’a précédée. On sait depuis, grâce, entre autres, au chercheur allemand Jürgen Elsässer, que les terroristes albanophones étaient appuyés et armés par les services secrets allemand (le BND) et états-uniens (la CIA). On sait aussi que les terroristes islamistes d’Al Qaïda, mobilisés par leurs employeurs états-uniens, étaient impliqués, d’abord en Bosnie, puis au Kosovo dans les provocations contre les forces serbes orchestrées à Berlin et Washington.[4]
Il suffisait d’ailleurs de jeter un coup d’œil à l’ouvrage du stratège et conseiller présidentiel américain, Zbignew Brzezinski, Le grand échiquier [5] pour savoir que, profitant de l’affaiblissement du grand rival russe, l’empire US allait exploiter, encourager, susciter toutes les divisions nationales et ethniques imaginables (sans trop de difficultés dans le puzzle ethnique et religieux des Balkans) pour intervenir en pacificateur et redéployer ses bases sur le pourtour de l’Eurasie dont il lui faut à tout prix garder le contrôle. La plupart des pays d’Europe centrale et orientale se sont prêtés de bonne grâce, dans un premier temps, à ces implantations militaires du « protecteur », comme l’ont fait avant eux leurs mentors européens de l’Ouest qui hébergent encore bon nombre de bases US, parfois de plus ou moins bonne grâce selon les gouvernements. Mais les plus fanatiques des partisans de Washington sont les États-clients comme le Koweit, le Qatar ou Taiwan qui sont l’objet des convoitises de puissants ennemis potentiels sans avoir les moyens d’assumer leur propre défense. Une base US rapporte gros, et personne ne touchera au protégé sans craindre la riposte du puissant protecteur installé dans la place. Le Kosovo, on le voit, a le profile de l’éternel protégé, ce qui relativise sérieusement le statut de son indépendance.
Que nous importerait, après tout, la pseudo-indépendance, d’un micro-État de plus, musulman de surcroît, sa liberté amputée à la racine, sa « démocratie sous surveillance » qui le sera encore sans doute dans dix ou vingt ans et plus, si ce n’était, en contrepartie, la liberté de l’ancienne et grande nation serbe que l’on est en train de fouler aux pieds, et surtout, la souveraineté de l’ensemble des Européens que l’on bafoue ouvertement avec la collaboration de certains de ses plus grands États ?
Honte au couple franco-allemand qui baisse le froc d’un même mouvement devant le Protecteur ! Gloire aux résistants serbes, russes, grecs, chypriotes, espagnols, slovaques, roumains et bulgares qui, ne serait-ce que pour des raisons personnelles, sauvent l’idée d’une grande Europe libre, dégagée de toute ingérence extérieure !
Pour les
Européens, un seul
impératif : sortir de l’Amérope !
Pour les Européens
de l’Ouest, le prix à payer pour cette
décision irresponsable ne se limitera
pas aux aspects matériels et financiers., car, toute
symbolique qu’elle soit,
cette indépendance ne fera qu’aggraver les
tensions et multiplier les risques
de conflit dans la région et sur son pourtour
européen.
En premier lieu, elle s’impose (ou tente de le faire) au détriment de l’unité européenne en matière de politique étrangère et de sécurité commune, ce qui est le principal critère de souveraineté. Les six membres de l’Union européenne qui ont dit non aux diktats de l’Amérope (ou Euramérique) se retrouvent seuls à défendre aujourd’hui – comme l’étaient en 2003 la France, l’Allemagne et la Belgique face à l’agression anglo-américaine de l’Irak – le principe d’une Europe véritablement libre et souveraine, dégagée de l’emprise états-unienne, soucieuse avant tout de sa propre sécurité et de l’intérêt général de l’ensemble des peuples du continent.
C’est contre cet esprit, cet idéal européen que la décision de soutenir l’indépendance du Kosovo a été prise par quelques-uns des principaux membres de l’UE, suivis d’une cohorte d’États-clients peu désireux de faire de l’ombre à leurs bailleurs de fonds. Il faut souligner au passage le rôle servile de la France sarkozyenne, qui semble abdiquer toute autonomie pour s’aligner systématiquement sur les actuels maîtres du monde, alors que l’actuel discrédit du clan néo-conservateur états-unien eût permis, à peu de frais, une offensive diplomatique plus inspirée en faveur d’un compromis satisfaisant à la fois les modérés, à Pristina comme à Belgrade, et encourageant la réconciliation à long terme dans toute la région divisée des Balkans, plutôt que la voie de l’humiliation (des Serbes et de leurs alliés) et de l’affrontement choisie par ceux qui ont entre les mains le destin de l’Europe.
Loin d’apaiser les tensions, ce geste irresponsable va plonger nos pays dans une longue zone de turbulence. Il nous faudra craindre l’ire des Serbes et des Russes dont nous venons de légitimer la colère et qui ont plus de moyens de troubler notre quiétude que nous ne l’imaginons. La désunion européenne prévaudra au sujet de la note de frais d’un Kosovo isolé et peu viable. Encouragés par les minorités frustrées et par l’application irresponsable du principe des nationalités que nous sommes en train de vivre, les Balkans et le Caucase pourraient de nouveau opter pour le va-tout d’une balkanisation violente que l’OTAN ou l’ONU auront du mal à apaiser. Sur cet échiquier géopolitique dont l’Union européenne est absente, sauf pour faire le ménage derrière les guerres états-uniennes, Washington, Moscou et Pékin avanceront leurs pions sans hésiter à tailler dans la chair vive d’une vieille Europe divisée contre elle-même.
Mais tout n’est pas perdu pour autant. Nous avons peut-être là l’avis de tempête qu’il nous faut pour apprendre aux Européens à ne plus compter que sur eux-mêmes, à remettre à l’honneur les axes fédérateurs (à commencer par celui qui relie Paris, Berlin et Moscou [6] et qui, en portant le regard plus loin et plus haut, leur permettra d’éviter le recours au Protecteur qui ne nous sert, et dessert, qu’en se servant d’abord lui-même. Qui leur permettra de fermer sans sourciller les bases étrangères au continent et d’expulser de notre corps européen ce virus de l’Amérope dont nous sommes rongés jusqu’à l’os.
Si la crise suscitée par la pseudo-indépendance du Kosovo, ultime étape de la bataille pour la réunification de l'Europe entamée avec l'effondrement du Mur de Berlin en 1989, contribue à la prise de conscience, tant attendue par les Européens, des nécessités impériales– au sens romain-germanique – liées à la constitution d'un grand espace véritablement souverain, tout le mal qu’elle aura pu causer, à travers cette longue guerre de fondation, n’aura été qu’un moindre mal.
*Jacques Marlaud est maître de conférences en sciences de l'information à l'Université de Lyon
[2] Jürgen Elsässer, « La base américaine de Bondsteel au Kosovo. Notre petit Guantanamo. »
Horizons et
débats,
numéro 37, juin 2006
http://www.horizons-et-debats.ch/37/37_14.htm
Voir
aussi : « "Bondsteel",
un camp retranché à l'abri des
regards », Le Monde, 25.11.05
[3] Paul
Stuart, art.
cit.
[5] Zbignew Brzezinski, Le grand échiquier, Bayard, Paris, 1997. Brzezinski reconnaît aujourd’hui qu’il fut le parrain de Ben Laden dans l’Afghanistan occupé par les soviétiques. Cf : L’Esprit Européen, 26 aout 2007 : lu-dit-vu...et entendu rétrolecture : "Pourquoi et comment j'ai financé Ben Laden en Afghanistan" Zbigniew Brzezinski
Arche
de Zoé : les propos
de Nicolas Sarkozy provoquent
un tollé au Tchad
LEMONDE.FR avec AFP et Reuters |
06.11.07 | 12h19 • Mis
à jour le 06.11.07 | 20h12
Alors
que les autorités françaises se contentaient
jusqu'à présent de
demander un jugement en France des personnes inculpées au
Tchad, dans
le cadre de l'affaire de L'Arche de Zoé, Nicolas Sarkozy a
franchi un
palier supplémentaire, mardi 6 novembre, en
annonçant haut et fort son
intention d'aller "chercher tous ceux qui restent, quoi qu'ils
aient fait", ajoutant que"le
rôle du chef de l'Etat est de prendre en charge tous les
Français".
Ces propos
ont provoqué un tollé au Tchad. Le
président
Idriss Déby Itno lui a répondu que la justice se
ferait "au Tchad"
estimant qu'il n'était "pas question pour le
moment" d'extrader les six Français. Cette
extradition a d'ailleurs été jugée
"impossible" par l'avocat de l'Etat tchadien, au regard de la
convention de 1976 qui lie les deux pays. "Un des articles de
la convention, l'article 49-C, indique que 'l'extradition
est refusée quand une infraction est commise en tout ou en
partie sur le territoire de l'Etat requis', en
l'espèce le Tchad ", a expliqué Me
Philippe Housseini, à la presse, lors d'une "mise
au point" après les
déclarations du président français."Par
conséquent nous renvoyons les autorités
françaises à une bonne lecture de l'article 49",
a-t-il conclu.
"QU'ILS GOÛTENT
À NOS PRISONS"
"Ce n'est pas le président
Sarkozy qui décidera",
avait un peu plus tôt rétorqué le
ministre de la justice tchadien,
Albert Pahimi Padacké, en jugeant la déclaration
du président français "inopportune". "Elle
semble reléguer à l'arrière-plan le
judiciaire. Si cela est possible en
France, malheureusement cela n'est pas possible au Tchad. C'est les
juges qui décident ici, ce n'est pas le président
Nicolas Sarkozy qui
décidera ce que fera la justice tchadienne",
a-t-il poursuivi.
Ces
déclarations viennent renforcer celles du ministre de
l'intérieur tchadien qui n'a pas
hésité à
lancer à propos des "bandits"
de L'Arche de Zoé : "Qu'ils
goûtent à nos prisons !". Dès
lors que "les faits ont été commis au
Tchad, (...) ils doivent aussi purger leur peine
dans le pays", a expliqué Ahmat Mahamat Bachir
dans Le Parisien. "Nous avons une justice
compétente, et un procès en France constituerait
une insulte pour le peuple tchadien. (...) Quand
nos délinquants se font arrêter chez vous, ils ne
sont pas amenés ici", insiste M. Bachir, avant de
conclure : "Et une fois qu'ils auront
purgé leur peine, nous les expulserons du pays une bonne
fois pour toutes."
Le
président de L'Arche de Zoé refuse
d'être traité de "criminel"
Dans un entretien au journal Sud Ouest
du 6 novembre, Eric Breteau, le président de L'Arche de
Zoé, clame son
innocence et dit ne pas comprendre les raisons de sa
détention. "La
seule chose que j'ai faite, c'est que j'ai voulu sauver des enfants qui
sont dans la détresse. Aujourd'hui, on parle de moi comme
d'un
criminel, alors que je suis le seul à avoir
essayé de faire quelque
chose pour le Darfour", déclare-t-il. L'homme
incrimine les journalistes, qu'il juge "pas très
sérieux dans [leur] manière
de couvrir cette affaire".
Découvrez les
réactions des abonnés du Monde.fr à la
lecture de cet article.
------ Fin du message transféré
Faut-il mourir pour
Téhéran ?
Après avoir vu le candidat Sarkozy déclarer au Journal télévisé, juste avant son élection, qu’il irait à Berlin puis à Washington pour discuter des mesures à prendre contre l’Iran dès qu’il serait élu. Après l’avoir entendu répéter, tout récemment, que l’arme nucléaire aux mains des Iraniens était quelque chose que nous ne pouvions laisser passer, ne voilà-t-il pas que son ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner surenchérit en disant que la France et ses alliés iraient jusqu’au bout pour empêcher l’acquisition de la bombe par Téhéran. Pour ceux qui en douteraient, il précise que ce « bout » est bien la guerre. En attendant, la France interviendra aux côtés des États-Unis pour exiger des sanctions plus sévères contre l’État récalcitrant, et elle demande à ses entrepreneurs de ne pas investir en Iran.
Le président Bush
n’en attendait pas moins, lui qui
peine à vendre la guerre aux Américains de plus
en plus désenchantés par celles
qu’ils sont en train de vivre à leurs
dépens et qui leur coûtent
déjà nettement
plus en pertes humaines que les attentats du 11 septembre 2001 qui ont
servi de
prétexte déclencheur.
M. Bush a besoin
de relancer la dynamique guerrière et le tandem
Sarkozy-Kouchner arrive à point
nommé pour apporter de l’eau à son
moulin, ou plutôt du sang frais à ses
entreprises cruelles, inutiles et contre-productives.
Cruelles parce que beaucoup
d’autres vies humaines
vont être perdues dans des batailles asymétriques
qui promettent d’être rudes
et longues. Des vies françaises en plus des arabes et des
états-uniennes. Et
une fois de plus, de nombreux civils innocents feront les frais des
bombardements massifs. Cruelles aussi parce que cette guerre ne sera
qu’une
extension de celle dont le gouvernement américain ne
parvient pas à se dépêtrer
en Irak et qui, à court ou moyen terme, le contraindra
à un retrait peu
glorieux, à la vietnamienne. La poudrière du
Moyen-Orient qui menace
d’exploser, outre l’Irak,
en Palestine-Israël,
au Liban, en Syrie, etc. avec des forces intactes et aguerries (la
milice
chiite du Hezbollah au Liban qui a résisté
victorieusement à l’armée
israélienne, celle de
Moktada Sadr en
Irak qui tient la dragée haute à l’US
army depuis des années et vient de
rompre définitivement avec le gouvernement fantoche de
Bagdad, sans compter les
forces de Téhéran qui ont eu le loisir de se
renforcer avec des armes russes et
chinoises non-négligeables et de faire une étude
de cas des méthodes
hétérodoxes employées avec
succès en Irak contre l’envahisseur yankee.
Cruelles
enfin, parce que nous savons qu l’Europe ne sortira pas
indemne de cette guerre
qui n’est pas la sienne si elle décide de
s’y impliquer.
Inutiles parce que de
l’avis de la plupart des
spécialistes, en l’état actuel de
désaccord international et de reprise de la
course aux armements -- dont les États-Unis sont les tout
premiers responsables
-- nul ne pourra empêcher l’Iran
d’acquérir la bombe qu’il
désire tant, pas
plus que ses voisins saoudiens et égyptiens (avec
l’appui annoncé de Washington
pour ces derniers). Si Moscou, Pékin ou New-Delhi, qui ont
passé des accords
avec ce grand pays stratégique,
ne lui
prêtent pas main forte, il pourra compter sur le Pakistan ou
la Corée du nord
qui ne sont pas des alliés fiables de l’axe
Washington/Tel-Aviv et ne
pourraient que tirer profit d’un troc pétrole
contre atome. Inutiles
et inefficaces, parce que les
gesticulations guerrières, même
appuyées par une campagne de bombardements, ne
feront pas plier le régime au pouvoir à
Téhéran, mais au contraire, lui
apporteront l’appui populaire qui lui fait plus ou moins
défaut en temps de
paix. Et comme nul n’a aujourd’hui les moyens
d’une seconde invasion terrestre,
G.W. Bush ne pourra réaliser cette fois son fantasme de voir
le président
Ahmadinedjad pendre au bout d’une corde.
Ce sera donc une claque de plus pour
l’
« Occident », y
compris pour l’Europe si elle s’associe
à cette folie.
Entreprises contre-productives
enfin, et très
dangereuses, car elles menacent d’embraser le
monde . La Russie et la
Chine, qui ont, dans le cadre de la coopération de Shanghai, des
accords d’échanges économiques et
politiques avec l’Iran, ne resteront pas
indifférentes. La
Chine a prévenu
qu’elle n’hésiterait pas à
recourir aux
méthodes de guerre asymétrique si
nécessaire,
et La Russie de Vladimir Poutine a montré que baisser le
pavillon face aux
agressions de l’oncle Sam n’était plus
pour elle
à l’ordre du jour.
Alors pourquoi
l’équipe Sarkozy-Kouchner
adopte-t-elle cette posture en flèche face à une
Europe plutôt circonspecte et
une Amérique états-unienne plutôt
déconfite ? Gageons que des engagements
ont été pris sur lesquels il est difficile de
revenir, que les vacances du
président français outre-atlantique ont
scellé des alliances transnationales
qui s’apparentent à de la connivence, que la
sensibilité pro-sioniste de notre
tandem, s’accordant à celle de Bush, semble
percevoir là une occasion de faire
sauter les verrous d’encerclement de
l’État-bunker qu’est devenu
Israël… Jeu
dangereux et mal-inspiré, si tel était le cas,
car la question israélienne,
nœud de tous les conflits potentiels dans cette
région capitale pour la paix du
monde, ne se résoudra que de façon politique
à la sud-africaine, par un accord
entre les deux populations, et non par une extension et une
généralisation de
la guerre locale.
En outre, qui, avec un baril de
pétrole déjà proche
des 80 $, peut se permettre de mettre le feu aux poudres de cette
région
pétrolifère ? La Russie
peut-être, les États-Unis sans doute, qui peuvent
bénéficier de la manne des hauts tarifs, mais pas
une Europe dénuée
d ‘énergie (dans les deux sens du mot) et
en panne relative de croissance.
La
fuite en avant qui semble caractériser la
politique de l’axe Paris/Washington/Londres/Tel-Aviv
reconstitué, serait en
l’occurrence le plus mauvais service à rendre
à
l’intérêt général
de la France
et de l’Europe.
Pourquoi ne pas tester
jusqu’au bout la voie
diplomatique ? Pourquoi ne pas donner une chance à
l’Iran, avec ou sans la
bombe, de prouver sa bonne volonté, comme cela se pratique
aujourd’hui avec le
régime, plus dur encore, de Pyongyang ?
Disons-le tout net :
les gesticulations guerrières actuelles sont indignes du
grand pays, bien armé,
sûr de lui-même que nous prétendons
être, surtout au moment où nous
équipons
nos sous-marins stratégiques de la dernière
génération de missiles !
Donc : pas un soldat,
pas une goutte de sang,
pas un sou pour les guerres des Bush ! Comme le propose Emmanuel
Todd,
allions-nous avec l’Iran, la Russie, l’Inde et la
Chine où nos entrepreneurs
sont à pied d’œuvre depuis longtemps. Et
tentons ensemble de gérer au mieux la
fragile paix du monde qui nous est échue.
mailto:courrier@esprit-europeen.fr
C’est à Heiligendamm, ancienne station balnéaire impériale en Allemagne de l’est, derrière 12 km de clôture barbelée (dont chaque kilomètre a coûté un million d’euros) que s’est rassemblé le club privilégié des Occidentaux qui pense encore pouvoir peser seul sur le destin de la planète, le G7+1, devenu G8 depuis qu’on y a fait entrer la Russie post-soviétique, puis le G8+5, depuis qu’on y invite, sur le strapontin des spectateurs, la Chine, le Brésil, l’Inde, le Mexique et l’Afrique du Sud. À l’époque, on croyait pouvoir mettre dans sa poche avec un mouchoir par-dessus la Russie, ce gigantesque État en voie de décomposition tant sa détresse était grande, tant il quémandait l’aumône de ce libéralisme dont on lui faisait miroiter les richesses à l’Ouest. Mais aujourd’hui, les conditions des participations russe et états-unienne à ce forum, comme d’ailleurs aux autres forums de discussions et de prises de décisions internationaux (ONU, Conseil de Sécurité, etc.) ont bien changé. L’un des changements majeurs provient de la redistribution de la puissance géopolitique internationale avec le poids des nouveaux-venus émergents (les 5 strapontins susnommés auxquels il faut ajouter le Japon et l’Allemagne malgré leur reste de syndrome des vaincus qui les cantonnent encore dans un rôle de suiveurs, et aussi les puissances moyennes en devenir parfois ostracisées comme l’Iran, les grands pays arabes, plusieurs États d’Amérique latine, etc.). Autre facteur nouveau, inattendu dans l’immédiat, et très perturbant pour ceux qui ont tout misé sur « le siècle américain » que devait être celui que nous abordons : un rééquilibrage entre les deux super-puissances d’envergure mondiale qui ont imposé leur hégémonie à la planète dans tous les enjeux géopolitiques majeurs. De l’équilibre bilatéral de la terreur, nous sommes passés au libre jeu de l’unique hyper-puissance encore en vigueur mais avec l’apparition de concurrents sérieux qui laisse présager la recomposition âprement débattue d’un nouvel ordre mondial dans lequel les États-Unis joueront certes encore un rôle de premier plan, mais sans avoir désormais les moyens de faire cavalier seul ni d’imposer leur vision du monde au détriment de tierce parties (qui n’hésitent plus à faire connaître leur capacité de riposte).
La participation active et provocatrice de Vladimir Poutine au sommet du G8 de juin 2007 confirme cette nouvelle donne que la plupart de nos « experts » peinent à reconnaître car elle est une mauvaise nouvelle pour l’américanomanie des élites politico-médiatiques européennes, souvent en porte-à-faux sur ce point avec les opinions des peuples (même en Europe de l’Est où −bonne nouvelle !− le sentiment d’européanité semble enfin l’emporter sur l’excessive américanophilie post-soviétique).
La Russie est certes encore un géant aux pieds d’argile. Sa convalescence rapide, conjoncturelle pour l’essentiel, repose sur l’essor inédit des cours des hydrocarbures dont elle dispose en abondance. Toutefois, aucun fléchissement brutal et durable de ces cours n’est attendu pour le moment, vu l’accroissement constant d’une demande stimulée par l’essor des nouveaux pays industrialisés (Chine, Inde, notamment), tout au plus, peut-être, un tassement aisément absorbable. La reconstruction du tissu économique et social du pays paraît donc en bonne voie si aucun conflit majeur, aucune guerre civile de grande ampleur ne vient la perturber.
Par ailleurs, la persistance de rivalités claniques et l’ingérence de puissants réseaux maffieux dans la politique russe reste un problème à régler pour assurer la stabilité de l’État russe. Vladimir Poutine, fort d’un appui populaire considérable semble avoir réussi à mettre au pas, ou du moins à tenir en respect bon nombre d’oligarques qui prétendaient régenter l’économie et la politique à partir de leurs empires industriels, en écartant ou emprisonnant plusieurs d’entre eux et en exerçant un contrôle sourcilleux des investissements transnationaux au grand dam des financiers mais pour le plus grand bien de la souveraineté nationale.
Le talon d’Achille de la Russie contemporaine demeure sa dénatalité accélérée qui voit vieillir et diminuer sa population à une vitesse suicidaire. On ne peut que conjecturer et espérer pour l’intérêt général européen, que la conscience de cette catastrophe annoncée, alliée à la reprise économique et au regain de dignité internationale, inspirera aux hommes d’ État à venir des politiques résolument natalistes.
Mais le premier signe de santé est le recouvrement d’une volonté politique à la hauteur d’une grande nation. Vladimir Poutine vient de l’incarner en deux étapes : l’une menaçante face à ceux qui s’en prennent aux intérêts vitaux de la Russie, en Estonie, en Georgie, en Tchétchénie et dans l’ensemble du Caucase, en Serbie et dans le reste des Balkans, en Ukraine, en Pologne, en Tchéquie et ailleurs en Europe de l’Est, glacis stratégique qu’on ne peut se permettre de remilitariser de façon disproportionnée sans attenter à la sécurité du grand espace russo-slave et orthodoxe dont les Européens, n’en déplaise aux forces centrifuges à la solde des « Occidentaux », ne doivent pas encourager l’éclatement sous peine de graves retombées pour l’ensemble du continent ( alors même que nous subissons les séquelles du désastreux dépeçage de la Yougoslavie).
M. Poutine a le mérite de mettre les Européens au pied du mur : la défense européenne ne doit pas passer par l’offensive états-unienne pour encercler et contrôler, pour asservir la Russie. S’il le faut, on coupera le gaz aux mauvais entendeurs pour enfoncer le clou. L’agitation des slogans des droits de l’homme, de la démocratie et de la « gouvernance » ne marche plus avec nous. Retirez la poutre de vos yeux, murmure-t-on à Moscou (reconnaissez les massacres de civils irakiens et afghans, les tortures de Guantanamo, les prisons secrètes de la CIA en Europe…) avant de chercher la paille dans les nôtres pour nos guerres sales contre les terroristes tchétchènes ou nos matraquages d’opposants sur la Place Rouge…
À Heiligendamm, on a pu voir un George Bush tendu et discrédité tentant d’embobiner les Européens avec un discours lénifiant sur la lutte contre l’empoisonnement et le réchauffement de la planète (sans accepter de contraintes) et la nécessité de prévenir une attaque nucléaire d’un hypothétique «État voyou » en installant des radars et des missiles états-uniens sur le sol de l’Europe (personne n’est dupe). On voyait aussi Angela Merkel embarrassée, n’obtenant rien de ce qu’elle s’était promis en tant que puissance invitante et présidente, Tony Blair et Nicolas Sarkozy s’occupant avec des bricoles en marge des vrais enjeux (Darfour, la sempiternelle aide verbale à l’Afrique, la lutte contre le sida, l’épine d’un Iran récalcitrant…) Le vainqueur de la rencontre fut sans conteste Vladimir Poutine qui avait un vrai sourire aux lèvres en saluant le parterre de personnalités, de journalistes et de policiers admis au cénacle.
Et il avait raison de sourire, car après avoir démontré sans ambages que la Russie avait toujours du répondant (balistique et conventionnel, récemment modernisé) face à ceux qui oseraient dresser des missiles près de ses frontières, il proposa à son homologue états-unien l’alternative du partage d’une station-radar russe en Azerbaïdjan, le plongeant dans un grand embarras devant ses « alliés » européens qui n’ont pas cherché à l’en extraire. Avec ce même aplomb, le président russe a dit non à un Kosovo indépendant qui serait arraché de force à la Serbie. Mais il a accepté de rencontrer G.W. Bush chez lui, début juillet pour lui répéter amicalement que la Russie était bien là et qu’il faudrait désormais compter avec elle, en Europe et dans le reste du monde.
L’Europe molle et amorphe n’a pu qu’assister passivement à ce petit jeu qui se déroule, comme par le passé, par-dessus sa tête, si tant est qu’elle en ait une. Mais des deux antagonistes, ce sont les intérêts de la Russie qui, du fait de sa position eurasienne, sa proximité et l’intensité de ses échanges avec l’Union européenne, s’apparentent le mieux à l’esprit européen qui nous fait défaut. Dans un monde où chacun pousse ses pions géopolitiques notre Europe aurait beaucoup plus à perdre qu’à gagner en ignorant la nécessité de son rapprochement avec la Russie et celle, tout aussi pressante, d’un découplage avec « l’ami américain ».
À Heiligendamm, Vladimir Poutine a défendu l’honneur de l’Europe.
Le thème de la
« République
métissée » s’entend
partout. Il se veut antiraciste. Il
manifeste au fond une racialisation de la vision des
sociétés politiques.
Parler de la République métissée, ou
de la France blanche, ou de l’Europe
blanche, ce sont au fond deux manières de ne pas
être républicain, et de ne pas
croire en la démocratie – ou
d’être libéral avant
d’être démocrate, ou au
lieu d’être démocrate. Parler
de République métissée c’est
prôner pour le
devoir de déracinement. Entendons-nous : le
métissage doit être un droit.
Il ne saurait être un devoir. Il a sa place dans les
sociétés humaines, il ne
saurait avoir toute la place. C’est une expérience
qui a sa légitimité. Il ne
saurait avoir une supériorité ontologique. Ni
devenir une norme qui s’impose à
tous.
Parler de République
métissée c’est le plus souvent plaider
non pour une République qui allie
plusieurs cultures mais pour une République sans culture et
des sans cultures.
« La normalisation socio-éthologique doit
tenir lieu désormais d’impératif
politique des Républiques »
écrit Philippe Forget. « Ce
phantasme dément et néo-matriarcal nourrit une
dialectique régressive et
négative : celle de faire involuer les Peuples vers
une indistinction primitive,
celle de neutraliser l’histoire sous la
nature » (« République
laïque
ou République
métissée », in La
Raison, 522, juin 2007). On nous
parle de « minorités
visibles ». Mais n’existe donc que ce qui
se
voit ?
Les peuples incarnent des
façons d’être au monde. Parler du
métissage comme norme, c’est supprimer le
politique, c’est abolir l’espace public. Il
n’y a plus alors de distinction
public-privé. Et donc d’assignation à
devenir citoyen. L’expérience du
politique n’a plus de place spécifique. Le
politique lui-même disparaît au
profit, non plus de la figure du Big Brother, mais,
pire, de Big
Mother – dont Ségolène Royal
a représenté l’irruption
concrète et
calamiteuse – parce que Big Mother
renforce au fond Big Brother.
Parler de République métissée,
c’est surtout vouloir métisser la
démocratie
avec la société de consommation,
jusqu’à ce que la démocratie soit
entièrement digérée par cette
société de consommation – et le citoyen
muté en
consommateur de modes idéologiques à porter une
saison.
Le totalitarisme du
métissage obligatoire est aussi impolitique que
l’obsession racialiste. Il
s’oppose à la République Sociale. Il
s’oppose à la République des
Producteurs.
Ni la peau, ni les couleurs, ni les préférences
sexuelles n’ont un sens
politique. Le faire croire favorise la domination des forces de
marchandisation
du monde. Celles qui veulent une société
segmentée en marchés. Le
référent
racial ne peut être source du référent
politique, qu’il ait un signifiant
raciste ou au contraire antiraciste. Le thème de la
République métissée est le
contraire de la préoccupation de survie des peuples. Et
c’est pour cela même
qu’il est le contraire de la fédération
des peuples dans l’Empire. De 1804 à
1806, monnaies de France et divers documents officiels portaient cette
inscription : « République
française, Napoléon 1er
Empereur ». Il est temps de penser :
« République française,
Empire européen ».
PLV
IL A GAGNÉ !
Les jeux sont faits, le prochain président de la République française sera Nicolas Sarkozy.
Il est inutile, à présent, de revenir sur les éclats, les petites phrases et surtout l’abyssale médiocrité de cette campagne supposée tenir en haleine un public de la Star Academy plutôt que de s’adresser au peuple français.
Nous avons voté (ou pas) pour des personnages incarnant des styles de gouvernement plutôt que pour des politiques indiquant leurs choix et perspectives en tant que chef potentiel d’un grand État.
Nous étions nombreux (sans doute un électeur sur deux) à nous sentir obligés de choisir entre deux candidats qui ne portaient pas vraiment nos espérances, à choisir le moindre mal, le vote barrage, ou rien du tout. Nous serons nombreux à ne pas accepter passivement ce résultat comme une fatalité, à rester attentifs, à continuer à peser de nos modestes opinions sur le cours des affaires publiques auxquelles nous sommes tous censés être parties prenantes au-delà des rares journées de vote, chaque jour de notre existence.
Comment peut-on accueillir la victoire de Nicolas Sarkozy ? Bien entendu, la réponse varie avec la couleur et le niveau des engagements : contentement, déception, indifférence, hostilité, doute, sympathie mitigée, expectative prudente…
Du point de vue de l’intérêt général européen qui va de soi dans notre Esprit Européen, Nicolas Sarkozy est certainement le plus mauvais choix de tous les candidats car il est le seul qui ait manifesté à ce point la volonté d’ancrer l’Europe naissante dans un atlantisme dominé par les États-Unis. Le seul qui ait affiché son soutien inconditionnel envers les USA au moment où ceux-ci mettent toutes leurs forces (sur le déclin) derrière une politique israélienne agressive, le refus de Tel-Aviv de décoloniser la Palestine, d’évacuer les territoires occupés illégalement et de rendre leurs droits politiques à tous les Palestiniens spoliés depuis la naissance de l’État hébreu. Cet appui affiché à Washington de la part d’une France connue pour son esprit d’indépendance intervient au moment où l’échec patent des États-unis en Palestine et en Irak et, plus largement, dans l’ensemble du Moyen-Orient, en Afghanistan et dans les Balkans, continue de faire peser sur l’Europe une menace de graves représailles asymétriques (terrorisme, enlèvements, guerre civile) tant que celle-ci persiste à s’identifier à cette cause injuste qui n’est pas la sienne.
Mais de l’autre côté, dans le camp socialiste, on n’a pas entendu de résistance face à cette politique de collaboration avec l’impérialisme éhonté de l’hyperpuissance. Aucun geste de sympathie ne s’est manifesté à l’égard de tous ceux qui, à travers le monde, au Moyen-Orient, comme en Amérique latine, cherchent à secouer le joug de la domination brutale imposée à la planète politique sous le prétexte de combattre des soi-disant menaces terroristes et islamistes.
Monsieur Sarkozy a au moins le mérite de ne pas cacher son jeu à ce sujet. Avec ses amis Devedjian, Balkany, Longuet, Madelin… il se place clairement dans le camp de la « génération Occident » face à la « génération soixante-huit ». Son américanophilie est sincère et sans concession. C’est là son point de rupture avec les relents de gaullisme qui pouvaient subsister dans les rangs d’un RPR mué en UMP libéral, atlantiste et, depuis peu, de plus en plus pro-sioniste.
Un autre aspect parallèle de son « occidentisme », est une opposition systématique à la Russie (et dans une moindre mesure à la Chine) perçue, surtout depuis son retour sur la scène internationale avec Vladimir Poutine, comme la grande rivale géopolitique des États-Unis sur le vieux continent. Les ex-« nouveaux philosophes » Bernard-Henri Lévy (dans le camp Royal) et André Glucksmann, entre autres, qui s'est rallié au clan Sarkozy, comptent parmi les adversaires les plus acharnés de la grande Russie, et surtout de son alliance avec l’Union européenne qui est pourtant en train de se concrétiser par divers accords économiques et politiques malgré les manœuvres états-uniennes pour subvertir les pourtours de l’ex-empire soviétique (Asie centrale, Caucase, Serbie, Ukraine, Tchéquie, Pologne, Pays Baltes…). Ici encore, les intérêts géopolitiques de l’Europe ne sauraient être confondus trop longtemps avec ceux de Washington sans graves conséquences. M. Sarkozy, malgré les penchants qu’on lui connaît, sera vite amené à choisir entre une préférence américaine incompatible avec sa nouvelle fonction, et la défense et l’illustration d’une volonté politique européenne dont le besoin se fera sentir de plus en plus impérieusement. Son intelligence pratique, contrairement aux faiblesses apparentes de M. Bush en la matière (grise), le poussera, comme ses homologues européens, à tirer les enseignements des bouleversements de l’ordre mondial, notamment de la montée en puissance de la Russie, de la Chine, de l’Inde, et du Japon, du réveil du monde arabo-islamique et d’une Amérique latine trop longtemps soumise, de l’obsolescence des Institutions internationales taillées sur mesure pour convenir au partage du monde de Bretton Woods et Yalta… Du moins ose-t-on l'espérer. Son approche de l’Islam, en tout cas, ne laisse pas présager qu’il souscrit à la vision obsidionale et belligène du Choc des civilisations promue par Washington depuis le 11 septembre 2001 avec si peu de succès militaire.
Une
idéologie
libérale-populiste
Du point de vue de l’idéologie, Nicolas Sarkozy adhère franchement au libéralisme productiviste et consumériste qui, peu ou prou et avec de multiples nuances, fait l’unanimité de la classe politique à l’exception de quelques groupuscules. La gauche mise elle aussi sur la croissance continue, mais ses rapports à l’argent, qu’elle ne dédaigne guère au jugé des fiches de revenu de ses cadres, sont plus équivoques, et les résidus d’égalitarisme ou de lutte des classes (contre le MEDEF) qui encombrent ses discours ne font plus vraiment recette. N.S. a le mérite d’être un libéral qui parle le langage du libéralisme. La véritable critique de ce discours qui réduit l’homme à sa dimension économique, à ses purs besoins matériels, ne se trouve pas dans la droite politicienne, pas plus au Front National qu'à l'UMP. Mais elle est inexistente également chez la gauche de gouvernement et sa frange protestataire. On la rencontre par exemple chez les auteurs anti-utilitaristes du MAUSS, au sein de la « nouvelle droite » française, ou encore chez les auteurs communautariens nord-américains. Mais nous semblons encore loin, en ces temps de l’action pour l’action, de la rencontre entre la réflexion et la politique.
Ce soir, dans son discours d’élu à la fonction suprême, M. Sarkozy a repris les thèmes qui ont fait son succès en captant la majorité des électeurs de la droite et du centre-droit : l’identité française, la fierté d’être Français, le contrôle de l’immigration étrangère, la préférence communautaire européenne, la fierté du travail retrouvé pour les désœuvrés, le rejet de la repentance, la fin de la querelle des mémoires, l’esprit de tolérance envers l’autre, l’acceptation des différences… Qui ne serait pas séduit, au bout de tant d’années de la droite « la plus bête du monde », par le courage de ces mots auxquels nous avait déshabitué un Jacques Chirac épris d’anti-racisme convenu, une Ségolène Royal plaidant pour le métissage contre la fierté de l’origine et de l’appartenance… ? Qu’y a-t-il derrière ces mots ? Peut-on leur accorder le bénéfice du doute ?
Juste après, pourtant, il y eut ce message de sympathie pour les États-Unis, avec qui nous pouvions diverger mais qui ne pourraient jamais au grand jamais être considérés comme des ennemis, alors que c’est précisément la possibilité constante de cette inimitié qui peut donner tout son prix à une réconciliation si elle doit se produire, à une amitié si elle doit se nouer.
Un
autre
caniche ?
Patrick Keridan
18 mars 2007. Impertinent Emmanuel Todd. Cet historien avait déjà étonné en défendant, à l’époque de l’explosion de destructions dans les banlieues de fin 2005, une thèse que j’avais compris ainsi : les jeunes émeutiers des banlieues veulent « du fric, pas du boulot », et c’est justement cela qui prouverait leur intégration. Ils sont – ils seraient – devenus ainsi « des français comme les autres ». (De ce point de vue, je préfère un musulman croyant et travailleur à de tels « français »).
Fin 2006-début 2007,
Emmanuel Todd récidive dans les
positions iconoclastes en défendant un
protectionnisme européen (entretien in Télérama, 28 février 2007,
pp.12-16, (cf: http://esprit-europeen.fr/entretiens_todd.html ).Selon lui, la question
décisive qui se pose à nos compatriotes est celle
du libre échange mondial.
C’est lui qui détruit les emplois et
créé la précarité.
C’est très net en
France, mais c’est aussi le cas en Allemagne dont
l’économie va mieux qu’il y a
quelques années mais au prix d’un malaise social
croissant. Pour Emmanuel Todd,
le libre échange entre pays de niveau de
développement trop disparates amène
inévitablement la régression sociale dans les
pays les plus avancés
socialement. C’est pourquoi nous devons viser en Europe
à établir un
protectionnisme raisonnable et, par voie de conséquence,
admettre la
concurrence libre mais seulement au sein de l’Europe (encore
faut-il ne pas
l’élargir trop vite).
Emmanuel Todd affirme
même qu’il y a incompatibilité entre
démocratie et libre échange mondial. Les peuples
veulent des protections, le
libre échange les supprime. C’est pourquoi le
capitalisme libre échangiste
s’oppose à la démocratie. En
ce sens,
le modèle parfait achevé du capitalisme,
c’est la Chine : le capitalisme
plus une dictature féroce, un peuple maintenu au niveau
d’une plèbe et une
minorité de dirigeants cumulant affairisme et liens avec le
pouvoir politique.
Cette opposition entre démocratie et libre
échange se trouve bien sûr aussi
bien en Europe qu’en Chine. Et les deux cas de figure que
constituent ces deux
ensembles sont les deux faces d’une même
pièce de monnaie, qui est aussi la
pièce même du théâtre du
monde libéral.
Mais en
Europe la non démocratie est plus subtile qu’en
Chine. Elle prend la forme de manœuvres de la classe
politico-médiatique et
sondagière. Ségolène Royal surtout,
Nicolas Sarkozy aussi ont été promus par
les sondages, c’est-à-dire par les sondeurs, quant
bien même leurs idées
seraient inexistantes (Mme Royal), ou quelque peu fluctuantes (M.
Sarkozy). En
France, la prime à la féminité
étant d’environ 20 %, Mme Royal fait 23 ou 25 %
dans les sondages, ce qui veut dire qu’un candidat socialiste
homme qui
mènerait une campagne aussi mauvaise que Mme Royal ferait au
plus 5 % des voix,
comme Gaston Deferre en 1969.
Sur le fond, Emmanuel Todd le remarque bien : ni Nicolas Sarkozy ni Ségolène Royal ne proposent de changement substantiel au système économique. Et il note : « Tout le monde sent en effet qu’un candidat qui arriverait avec un projet protectionniste européen bien ficelé serait élu, d’où qu’il vienne ». Bien sûr, Emmanuel Todd ne note pas que ce projet existe, c’est celui du Front national en 2007 (et c’est d’ailleurs ce qu’a bien vu Alain Soral). Plus grave sans doute, Emmanuel Todd ne dit pas non plus qu’un protectionnisme européen impliquerait l’arrêt des arrivées massives d’immigrants que nous connaissons. Mais l’essentiel est le constat. Fort justement, Emmanuel Todd note que si Laurent Fabius a défendu avec cohérence des thèses proches de ce protectionnisme européen, la gauche dirigeante, constituée de hauts fonctionnaires, est encore plus libre échangiste que la droite, et cela parce qu’elle est aux mains de gens totalement à l’abri des aléas du marché. Tandis qu’à droite, on trouve des dirigeants dont certains sont liés au capitalisme industriel et non seulement au capitalisme financier (même s’il est exact que la frontière entre les deux n’est pas étanche, il n’en subsiste pas moins deux façons de produire des richesses). Aussi bien la grande bourgeoisie d’Etat de l’appareil du parti socialiste que la petite bourgeoisie d’Etat bien représentée par les candidats trotskistes ne comprennent rien à l’économie.
Le protectionnisme n’est pas le contraire du libéralisme, c’est un libéralisme ordonné, encadré, adapté à une aire de civilisation. C’est une économie de marché organisée, comme le défendait Friedrich List et comme le défend maintenant Maurice Allais, prix Nobel d’économie 1988, auquel ne s’intéressent ni M. Sarkozy, ni Mme Royal, ni M. Bayrou, mais auquel se sont référés des anti-libéraux de droite proches ou membres du Front national (et l’économiste Jean-Claude Martinez). En d’autres termes, quand on joue un match sur un terrain de football, la taille du terrain fait partie des règles tout autant que le nombre de joueurs et on voit très bien qu’en étendant à l’infini la taille du terrain on en pourrait plus contrôler le nombre de joueurs.
Il faut ici faire brièvement retour sur les ambiguïtés du libéralisme et donc de l’anti-libéralisme. Comme le rappelle Valérie Charolles (Le libéralisme contre le capitalisme, Fayard, 2006), le libéralisme s’est voulu la libre concurrence pour que chacun accède au travail et que les profits soient limités par cette concurrence généralisée. Adam Smith critique les hauts profits. Il prédit leur baisse non pas comme un désastre mais comme la condition d’une économie équilibrée. Pour Adam Smith le rôle de l’Etat doit rester important. Une telle approche « libérale » critique tant les monopoles (les trusts) que la financiarisation de l’économie. « La sphère marchande n’embrasse pas l’ensemble des activités humaines et n’ a pas vocation à la faire », soutient encore Valérie Charolles. Une telle approche conteste que le capital soit moins taxé que le travail. « Les règles qui font actuellement avancer l’économie sont bien plus capitalistes que libérales » (Valérie Charolles, op. cit., p. 75). C’est dire que libre échangisme mondial et libéralisme ne sont pas exactement synonymes. Bien évidemment s’il conviendrait plutôt de parler des libéralismes que du libéralisme et si des libéraux peuvent se trouver fort critiques – et judicieusement critiques – quant au libre échangisme mondial, il n’en reste pas moins que nous ne pouvons souscrire au postulat de base des libéraux à savoir que moins la puissance publique intervient mieux va la création de richesses. Sans doute parce que l’on ne peut accepter sans discussion la notion même de « richesses produites » : pour quoi faire ? en fonction de quelles relations entre les hommes ? à quel prix en terme d’usure au travail ? etc.
Mais dans ce débat, l’avancée des thèmes du protectionnisme est déjà un enjeu important car, en un sens, le protectionnisme européen, c’est déjà de l’économie relocalisée (Yves Cochet), c’est déjà une mise en question de la division internationale du travail, et de la doctrine des avantages comparatifs ; c’est déjà recadrer l’hypercapitalisme.
D’autant qu’économie européenne autocentrée et indépendance politique de l’Europe sont liés. Dans l’entretien qu’il a accordé récemment à Télérama (art. cit.), Emmanuel Todd critique la prise de position de Royal contre l’accès au nucléaire civil de l’Iran et les sympathies pro-Bush manifestées un temps par Sarkozy, et qui furent particulièrement à contre-temps alors qu’apparaissait de manière indiscutable le désastre de la politique d’invasion et de néo-colonisation de l’Irak. Emmanuel Todd plaide, comme tous les gens intelligents, ou conseillés par des gens intelligents (voire les propos tenus par le ministre des affaires étrangères Philippe Douste-Blazy le 30 juillet 2006 sur le « rôle stabilisateur » de l’Iran au Proche-Orient) pour un rapprochement avec l’Iran. « Ma position traduit un désir de paix mêlé d’une géopolitique raisonnable, affirme Emmanuel Todd. Mais je crains que les Américains n’attendent la présidentielle française pour déclencher leur attaque sur l’Iran, une fois débarrassé de Chirac. Il faut donc absolument contraindre nos deux candidats à dire ce qu’ils feraient en cas d’attaque américaine ». De fait seul Le Pen parait être clairement hostile à toute agression anti-perse.
Pierre Le Vigan
L’adoption très prochaine d’une loi sur le droit opposable au logement est une erreur de Chirac et Villepin, et beaucoup de gens travaillant dans le domaine du logement des personnes démunies le pensent. Car cela n’aboutira qu’à encombrer la justice. Or celle -ci est déjà fort lente du fait de la judiciarisation croissante des rapports sociaux. Ségolène Royal, avec sa perspicacité coutumière (sic), l’a remarqué ces jours-ci notant que « la justice en Chine est plus rapide qu’en France ». Elle ne semble pas avoir remarqué, il est vrai, que, en Chine, c’est l’injustice qui est plus expéditive et non la justice qui est plus rapide.
De son coté, selon Nicolas Sarkozy ce « droit » ne devrait pas bénéficier aux sans papiers ni aux étrangers sans une carte de séjour de 10 ans (Métro, 12 janvier 2007) : il a raison et dire cela est bien le moins que l’on puisse attendre d’un homme politique responsable. La stérilité et la démagogie de cette future loi impliquent-elles qu’il ne doit pas y avoir de politique du logement plus efficace, et de politique publique du logement ? Bien au contraire. Mais ce n’est pas d’un droit « opposable » qu’il doit s’agir c’est d’une politique fiscale conditionnant des abattements fiscaux pour les bailleurs à des loyers raisonnables (notons que Besson sous Jospin et ensuite Borloo ont fait des pas modestes en ce sens mais certainement pas Robien), c’est-à-dire tels qu’un salarié modeste puisse se loger dans un studio en gardant de quoi se nourrir et se vêtir – ce qui ne devrait pas paraître une exigence extravagante, c’est une politique de construction de logements sociaux (il arrive que des banalités soient aussi des vérités), c’est une politique d’emploi telle que chacun puisse avoir des revenus dignes et stables, et c’est une politique de hausse des bas salaires. Pour cela je ne vois pas très bien comment la priorité pourrait être la baisse du taux d’imposition sur les hauts revenus. Je ne vois pas très bien non plus ce qu’il y a de choquant dans la proposition de François Hollande (méchamment surnommé Cécilio par certains de ses petits camarades) de revenir sur les baisses d’impôts accordées aux hauts revenus. M. Hollande a en effet proposé une hausse d’impôts sur le revenu pour les foyers fiscaux gagnant plus de 4000 euros net, –- sans préciser il est vrai avec combien de personnes à charge. Selon lui, cela concerne 200 000 foyers fiscaux, et selon M Jean-François Copé, 1,2 million. Mais dans les deux cas, on remarquera que sur plus de 60 millions d’habitants, il s’agit d’une très petite minorité bénéficiant par ailleurs d’aides aux investissements immobiliers et autres par diverses défiscalisations de revenus hors travail. Rappelons que la moitié des ménages français (dont je suis !) vivent avec moins de 2050 euros par mois. Sur ce point donc, une proposition « de gauche » me paraît indispensable.
On le
voit, dans tel cas
c’est la droite qui me paraît avoir raison et dans
tel autre cas c’est la
gauche. Ce n’est bien évidemment pas mon cas
personnel qui a un quelconque
intérêt c’est le fait que, pour de plus
en plus de gens qui refusent
l’hémiplégie, on ne peut se
reconnaître dans les catégories politiques
actuelles. J’assume donc d’être parfois
à droite, et même très à
droite, et
parfois à gauche, et même très
à gauche. Appelons cela si on veut un
positionnement contre-révolutionnaire de gauche, ou un
positionnement
révolutionnaire de droite. (Accessoirement c’est
dire qu’une dose de
proportionnelle me paraît indispensable pour sortir du
clivage UMP contre PS.
La proposition de 50 % de proportionnelle que fait l’UDF
paraît raisonnable).
Essayons surtout de comprendre qu’il n’y a pas
d’autres réponses aux enjeux
actuels que ce dépassement des positions des vieux partis
et, notamment, du
dogmatisme politique de gauche, et du dogmatisme économique
de droite. Notre
tâche est sans doute d’ailleurs, maintenant, de
nouer des liens avec ceux qui
cherchent sincèrement à sortir de ces
dogmatismes. Où qu’ils soient.
Car
l’essentiel est moins de savoir où sont
les gens que où ils vont.
Campagne
présidentielle de France, 6 janvier 2007. Les deux
principaux candidats selon
les sondages et selon les médias ont une
stratégie de communication bien
différente. Nicolas Sarkozy développe des
idées, beaucoup d’idées, et parfois
contradictoires, il essaie d’occuper un espace politique
parfois considéré
comme très « à
droite » (les valeurs du travail, la fin du laxisme
en
matière d’immigration clandestine) et en
même temps parfois assez « à
gauche » (l’intervention de
l’Etat face aux difficultés des entreprises,
les limites aux rémunérations des hauts
dirigeants d’entreprises qui licencient
par ailleurs, la fin de la double peine pour les immigrés
délinquants et irréguliers).
De son coté, Ségolène Royal ne dit
quasiment rien qui ne soit consensuel (le
pacte écologique) depuis qu’elle est
désignée par le Parti socialiste sauf
quand elle continue, comme avant sa désignation,
à dire des choses totalement
contradictoires en fonction des interlocuteurs qui sont face
à elle ou à se
contredire sans façon (on pourrait dire d’une
façon « bon enfant »,
« à la bonne
franquette », ou « entre
nous » puisque là est
son art de la communication : créer une
proximité factice). Si les deux
candidats ont plus un discours de candidat premier ministre que de
candidat
président de
la République, si leurs
idées sont quasiment interchangeables (c’est
d’ailleurs pour cela qu’ils se les
passent l’un à l’autre en prenant garde
de n’aller au bout d’aucune idée
fut-elle bonne et surtout pas quand elle est bonne), chacun par contre
a son
style.
Nicolas Sarkozy est l’homme qui parle à chacun, qui affirme un discours essayant de remplir l’espace politique, vers la droite et vers la gauche, et l’espace visuel (cf. Olivier Schefer, « Sarko, Ségo, pour la forme », Libération, 5 janvier 2007). Ségolène Royal, fort mauvaise oratrice, monocorde, scolaire, ennuyeuse et statique (c’est du moins mon avis) – on l’a vu figée face au bon orateur qu’est Fabius lors de la primaire du parti socialiste –, Royal donc, n’est là que pour permettre une identification à elle des citoyens rebaptisés par elle (c’est le mot car c’est à l’évidence Royal la madone) « citoyens-experts ». Comme l’écrit Olivier Schefer (art. cit.) , « l’essentiel n’est plus d’apparaître pour délivrer un message, mais d’appartenir à ceux qui regardent ».
Saddam pendu,
Bush court toujours !
Tout le monde est convaincu
que ce geste ne servira à rien, à commencer par
le locataire de la Maison
Blanche qui reconnaît que la violence continuera
même si, selon lui l’exécution
est un « pas important vers la
démocratie » (en vertu de quelle
logique tarabiscotée ?). Pendant cette
même matinée, six soldats
états-uniens (et une soixantaine
d’indigènes) étaient tués en
Irak. Pendant le
seul mois de décembre, cent sept boys
ont été sacrifiés (près de
3000
depuis mars 2003) à la politique du
« Grand Moyen-Orient »
pacifié et
démocratisé dont l’échec ne
fait plus aucun doute. Aujourd’hui, la violence
atteint des niveaux record, la guerre civile larvée
s’impose un peu partout,
non seulement en Irak, mais aussi au Liban et en Palestine.
L’islamisme radical
est en forte progression même dans les pays les moins
hostiles aux puissances
occidentales, comme en Égypte, en Turquie et dans les pays
du Maghreb avec les
prolongements que l’on sait dans les banlieues
européennes à forte population
immigrée où les terroristes potentiels
rencontrent un terreau favorable. Jamais
la solution du problème israélo-palestinien
n’a été aussi
éloignée avec le
prolongement du rideau de fer et de béton entre les
communautés, le maintien et
l’expansion de la colonisation illégale dans les
territoires occupés et la
banalisation des agressions criminelles de l’armée
israélienne contre les
populations civiles de Gaza, de Cisjordanie et du Liban.
L’Irak sera pour
longtemps déchiré par des affrontements tribaux
et religieux impensables à
l’époque où le parti Baas et son chef
laïque tenaient d'une poigne de fer
cet assemblage hétéroclite de tribus et de
sectes. Tout autour, les redoutables
milices islamiques, armées jusqu’aux dents sortent
renforcées du chaos issu de
la gabegie politique états-unienne, de même que
leurs parrains iranien et
syrien avec lesquels, tôt ou tard, le gouvernement
américain sera contraint de
négocier, comme le recommande le rapport Baker.
Au milieu de ce voyage au
bout de l’enfer dont on ne voit pas le bout et qui finira par
coûter très cher
à la « communauté
internationale », et en particulier à
l’Europe en
termes financiers et géopolitiques, la pendaison de Saddam
fait figure de
non-événement spectaculaire, un peu comme le
furent le jugement
puis la mort de Slobodan
Milosevic en regard du désastre infligé aux
populations yougoslaves par
l’intervention de l’OTAN.
Dégâts qui ne peuvent que s'aggraver si
l’Europe ne prend pas ses
responsabilités en organisant le repli tactique qui
s’impose, en proposant sa
médiation active, non pas avec Israël et les
États-Unis, ni contre eux, mais de
façon autonome, face à eux et malgré
eux s’il le faut, comme le réclament
depuis si longtemps de nombreux peuples de la région
laissés orphelins par
l’éclipse de la politique arabe des
Européens, et en particulier des puissances
méditerranéennes.
Si la politique
internationale consistait à pourchasser les tyrans et
à instaurer partout des
régimes démocratiques et pacifiques on pourrait
se demander pourquoi nos
saintes nitouche de démocraties ont fricoté aussi
longtemps avec les Bokassa,
Mobutu, Bongo, Hassan II, Sukarno et autres Pinochet… et
pourquoi elles
continuent de le faire avec leurs successeurs, en Afrique, au
Moyen-Orient ou
en Asie centrale lorsqu’ils sont dans le
« bon camp » et que leurs
ressources ou leur position géostratégique sont
jugées trop importantes pour
que l’on se permette des états
d’âme humanitaires à leur
sujet… Saddam lui-même
fut naguère courtisé et armé par les
Occidentaux qui ne s’embarrassaient pas de
considérations morales sur les sévices
qu’il infligeait alors à son propre
peuple. Puis il est tombé en disgrâce,
rétrogradé en gibier de potence…
On l’a
condamné pour la
mort de 148 villageois et on sait qu’il a fait beaucoup plus
de victimes,
présumées ou réelles, dont aucun
procès ne tentera de rendre compte.
C’est
bien dommage. Mais que dire des 655 000 Irakiens morts directement, ou
indirectement, suite à l’intervention
américano-britannique en
Mésopotamie (chiffres estimés
réalistes par de respectables organisations
internationales) ? Et que dire des 500 000 enfants morts de faim des
suites de
l’embargo international suscité par les
États-Unis contre ce pays ? Et des
tortures dans la sinistre geôle d’Abu
Ghraïb ?
Saddam aurait sans doute
mérité la condamnation à mort
s’il existait une juridiction internationale
impartiale capable de juger tous les chefs d’État
pour leurs abus de pouvoir et
leurs crimes. Mais nous sommes loin de cette utopie. Les vainqueurs ont
toujours essayé de faire passer pour un acte de justice la
liquidation
sommaire du régime de leurs
opposants.
C’était le cas à Moscou lors des grands
procès des années 1930, à Nuremberg et
à Tokyo un peu plus tard, comme aujourd’hui
à La Haie où officie le soi-disant
Tribunal Pénal International et à Bagdad
où un tribunal politique à la solde des
forces d’occupation applique une vengeance tribale. Il ne
faut qu’un peu
d’honnêteté et beaucoup de courage pour
le reconnaître comme le font désormais,
par centaines, des juristes et des géopolitologues de
réputation
internationale.
Si
le mouton à cinq pattes
d’une instance de justice internationale
véritablement
indépendante et
souveraine, reconnue et appuyée par l’ensemble des
États, naissait un jour,
elle aurait dix fois plus de raisons de condamner à la
pendaison
un G.W. Bush
pour les troubles criminels qu’il inflige quotidiennement
à l’ordre public
international et à la paix mondiale en abusant du pouvoir et
des
responsabilités qui lui ont été
confiés,
que le tout petit Saddam Hussein, tyranneau ordinaire tel que
l’Occident en suscite et en abat à foison dans un
Tiers-monde fabriqué et
manipulé à sa guise.
Mais lui et ses semblables courent toujours, protégés par la seule loi qui prévaut jusqu’à nouvel ordre en politique internationale, celle du plus fort… Jusqu’à nouvel ordre, c’est-à-dire jusqu’à l’instauration d’un nouvel équilibre des forces mondiales qui permettra d’imposer de nouveaux rapports de force et, peut-être, de nouvelles normes de diplomatie et de justice internationale pour favoriser la paix.
Patrick Keridan
Le fondamentalisme américain
Jean Bricmont
Jean Bricmont
Membre du BRussells Tribunal
Auteur de Impérialisme humanitaire. Droits de l’homme, droit d’ingérence,
droit du plus fort ? Ed Aden, Bruxelles, 2005.
[1] Voir http://www.worldpublicopinion.org/pipa/articles/home_page/165.php?nid=&id=&pnt=165&lb=hmpg1.
[2] Document final de la XIIIème Conférence des chefs d’État ou de
gouvernement du mouvement des pays non alignés, Kuala Lumpur, 24-25
février 2003, article 354.
(Disponible sur http://www.bernama.com/events/newnam2003/readspeech.shtml?declare/dc2502_final).
[3] Disponible sur http://www.comw.org/qdr/.
[4] Edward S. Herman, « Michael Ignatieff’s
Pseudo-Hegelian Apologetics for Imperialism », Z Magazine,
octobre 2005.
Retour haut de page
À propos de ce qui vient d’être « décidé » sur l’entrée éventuelle de la Turquie dans l’Union européenne, doit-on parler de « décision non-européenne » ou plutôt d’un état d’indécision persistant, qui s’inscrit dans la phase de transition dans laquelle se trouve en ce moment le gouvernement de l’Europe ?
Lorsqu’un épais brouillard empoisse l’horizon , le moment me semble plus propice au soleil que l’on peut faire en soi-même, à une sérénité mieux à même de percevoir et d’encourager les moindres signes printaniers lorsqu’ils se présenteront que l’énervement contre les têtes de turcs qui viennent nous taquiner sur les champs de foire politiques.
Et, même si l’on a du mal à s’en rendre compte, quelques rayons percent ça et là.
La question turque n’a pas été tranchée le 4 octobre. Face à l’émoi qu’elle a suscité, les parrains de la Turquie n’ont fait que la reporter sine die en plaçant la barre si haut pour le postulant que celui-ci serait bien embarrassé s’il devait effectivement satisfaire ses examinateurs dans les toutes prochaines années. Cela laisse aux nouvelles générations de gouvernants, de part et d’autre du Bosphore, toute latitude pour continuer, retarder ou interrompre le processus de fusion ultérieurement selon la tournure prise par les événements dans un contexte international en pleine évolution. Qui peut dire où en seront les rapports entre tous les acteurs concernés dans une dizaine d’années ? Qui sait où en sera l’Europe elle-même ? Si l’Europe économique se recentre peu à peu autour du noyau politique franco-allemand, flanqué d’un puissant allié russe avec lequel les liens diplomatiques et stratégiques se seront resserrés, cette Europe-là, concentrique et hiérarchisée, sera en position de force pour négocier les conditions d’association ou de fusion avec quiconque. La Turquie, de son côté, comme je le souligne dans ma contribution aux Enjeux et débats, aura évolué dans une direction qui n’est pas forcément celle qu’attendent d’elle aujourd’hui les négociateurs de Bruxelles. Il y va de sa position dans le monde arabo-musulman qui, dans son intérêt propre, ne correspond pas toujours avec le rôle que les Européens entendent lui voir jouer. Une Turquie indépendante et musulmane, découplée de l’OTAN, collaborant avec ses quatre grands voisins que sont l’Union européenne, la Russie, l’Iran et le monde arabe sans être inféodée à l’un d’eux, jouerait certainement un rôle beaucoup plus important qu’une Turquie laïque devenue l’appendice anatolien d’une Europe réunifiée , faisant en quelque sorte barrage au monde arabo-musulman et à la Russie dans la mesure où la doctrine euratlantiste et son bras armé, l’OTAN, auront encore force de loi pour quelques temps.
M. Sarkozy et Mme Merkel sont-ils vraiment « américanolâtres » et leur arrivée simultanée aux affaires (encore virtuelle pour le premier et partielle pour la seconde) infléchira-t-elle la politique internationale de l’UE vers un réchauffement des relations euro-américaines ? Rien ne permet de l’affirmer en l’état actuel de nos informations. M. Sarkozy peut être qualifié d’opportuniste pragmatique au même titre que son rival, M. de Villepin. Son attitude vis-à-vis des États-Unis ne diffèrera sans doute pas fondamentalement de celle de M. Chirac qui a , reconnaissons-lui au moins ce mérite, animé avec M. Schröder la première véritable résistance (depuis De Gaulle) à la politique américaine, au sujet de l’Irak, tout en cherchant à renouer le contact aussitôt après la déclaration d’hostilités. Mme Merkel annonce, quant à elle, qu’elle ne chamboulera rien dans les options schröderienne à propos de la politique étrangère de l’Allemagne, mais qu’elle évitera de s’enferrer dans l’antiaméricanisme ostentatoire où se complaît une partie de la gauche allemande. Par ailleurs, elle fait du couple franco-allemand et de l’intensification des échanges avec la Russie ses priorités, ce qui est, il faut en convenir, une excellente nouvelle pour l’Europe désemparée de l’après 29 mai.
Pour résumer : on peut penser que rien de tragique ne s’est produit le 4 octobre. On a maintenu entrouverte une petite porte vers l’Union à la Turquie en continuant à jalonner son parcours d’obstacles tels qu’on voit mal comment elle pourra les surmonter et dont on peut douter qu’elle en ait le désir. Non-événement caractérisant l’indécision de la non-Europe qui nous est échue, le débat pour ou contre l’entrée de la Turquie dans l’Europe est sorti de l’actualité. Les préoccupations sociales et économiques ont vite repris le dessus. Le souci du vide politique, toujours pas résolu dans l’Europe des vingt-cinq regagnera toute sa place dans la problématique européenne.
Pendant ce temps, la politique extérieure agressive des États-Unis, visiblement en train d’échouer, banalise la gabegie du mondialisme à l’américaine à laquelle nul ne peut plus se fier. À Paris, Berlin, Bruxelles et même à Londres on relance l’Europe de la défense (cf. Le Figaro, 13/10/05) qui, dès que son budget, son interopérabilité et sa capacité de projection le permettront, pourra se substituer à l’OTAN en tant que défense crédible des (bientôt) trente États de l’Union, ôtant toute légitimité aux interventions américaines dans notre grand espace et ses abords immédiats.
Certes, les frimas de l’hiver entoureront longtemps encore le géant européen endormi. L’heure de son réveil printanier n’est pas encore venue. Mais elle est inéluctable. Nous préparer à l’accueillir me semble plus judicieux que d’agiter les épouvantails de la Turquie, des menaces islamistes, terroristes, etc. comme le font de nombreux politiciens à courte-vue mais aux dents longues pour la pèche aux résultats électoraux. La culture de la peur est justement au cœur de l’idéologie néo-conservatrice américaine (anthrax, SRAS, grippe aviaire, Ben Laden et consorts y jouent un rôle plus psychotique qu’effectif). Y céder serait faire son jeu. Le potentiel d’avenir que recèle la nouvelle Europe ne peut s’apprécier qu’avec un peu de recul et de sérénité. Gageons que le moment venu, face aux périls et aux nécessités, une volonté politique à sa mesure se lèvera comme un vent favorable. Comme elle a soufflé, de façon timide et désordonnée, lorsque est apparue une divergence euro-américaine à propos de l’invasion de l’Irak. En attendant, il ne nous reste qu’à tenir la barre du mieux que nous pouvons et résister aux sirènes du catastrophisme qui cherchent à nous démoraliser.
3 octobre 2005 : Turquie : une décision non-européenne
Ce mardi 4 octobre, c'est " la galère " pour tous ceux qui tentent d'aller travailler. La grand-messe très française de la grève de protestation générale bat son plein. (Curieuse ironie du sort, elle débute en même temps que 2 autres grand-messes moins laïques : le Ramadan et le nouvel an juif).
À Paris, nous dit-on, le service minimum a été plus ou moins respecté. Ce n'est pas le cas en région lyonnaise où aucun train ne circulait sur certaines lignes de banlieue. Des cars de remplacement avaient certes été affrétés, mais ils vous abandonnaient aux faubourgs de la capitale rhodanienne près d'une ligne de métro automatisée que les grévistes avaient trouvé le moyen de bloquer. " Tout ça n'aide pas la machine à mieux tourner " commentait notre chauffeur de taxi perdu dans les embouteillages.
Le pitoyable grand-cirque qui s'était déroulé la veille à Bruxelles, pensai-je, n'aidera pas non plus le lourd mécanisme interétatique à mieux fonctionner. En effet,contre toute attente légitime des observateurs sceptiques, des politiques réalistes et, non des moindres, des peuples européens qui ont exprimé maintes fois leur mauvaise humeur à ce sujet, les Eurocrates ont choisi de céder aux pressions extérieures ou marginales à l'Europe qui cherchent à faire entrer en force l'État turc dans le gouvernement de notre communauté. Certes, il ne s'agissait que d'ouvrir des négociations en vue d'une intégration conditionnelle qui s'avèrera longue et ardue, probablement impossible car les peuples d'Europe auront encore le pouvoir de s'y opposer tout au long du processus, entend-on répéter. Mais ceux qui tiennent ces propos lénifiants espèrent que la pression du fait accompli empêchera tout retour en arrière grâce à l'enchevêtrement des liens établis entre temps, à la force de l'habitude, aux concessions que ne manqueront pas de faire les Turcs, etc.
Cette décision, au-delà même du bien fondé ou non de la prétention d'un État non-européen à la citoyenneté européenne, mérite d'être sévèrement critiquée à plusieurs égards.
Elle témoigne d'un mépris flagrant pour l'opinion
d'une
majorité d'Européens qui, compte tenu des
récents
référendums et de tous les sondages
effectués
régulièrement, rejettent vigoureusement
la fusion
avec les Turcs, lui préférant le
modèle beaucoup
plus réaliste, dans l'intérêt des deux
parties,
d'une association économique et politique
privilégiée. ( cf. notre
rubrique Lu,
dit, vu et...entendu)..
Les
chefs d'États qui imposent cette décision en
force (sans
leur pression intense, elle aurait été
repoussée)
sont tous contestés chez eux. Tony Blair a vu, comme son ami
George Bush, sa popularité chuter brusquement, suite
à sa
décision de persister dans son occupation de l'Irak
aux
côtés États-Unis
en dépit de l'échec patent du projet de "Grand
Moyen-Orient" à l'américaine, en train de
s'enliser dans
un bourbier sanglant, tant
en Palestine qu'en Irak et dans ses prolongements afghans.
Jacques Chirac vacille sérieusement sur son trône
après la gifle reçue au
référendum du 29
mai dernier. Sans parler du sursis prolongé de M.
Berlusconi,
accablé de soupçons de corruption, à
la tête
du gouvertnement italien, ni de la quasi disparition du chancelier
Schröder de la scène européenne. Les
successeurs
pressentis (Merkel, Sarkozy...), sensibles aux courants d'opinion, ont
fait savoir qu'ils s'opposaient à la politique de leurs
prédécesseurs sur le chapitre turc.
Le refus d'examiner et de proposer une alternative à la
fusion
pure et simple, à savoir celle d'un partenariat
privilégié qui aurait comporté de
grands avantages
pour les deux parties, confère à cette
décision le
statut de "dictat". Qu'elle ait été prise
collégialement ou non, c'est l'entente de quelques puissants
sur
le dos d'une majorité, excluant toute contre-proposition,
qui a
prévalu sur le débat, la consultation,
l'écoute,
l'étude d'alternatives... comme l'exigent les
règles
démocratiques. L'histoire le retiendra et gageons
que les
générations futures n'éprouveront pas
de
reconnaissance débordante envers les
pères-fondateurs de
la grande Europe qui, si brutalement, leur auront
imposé
cette histoire-là !
La
décision concernant une fusion potentielle Europe-Turquie a
été prise à l'issue d'un tractation
digne de
marchands de tapis. L'Autriche menaçait de recourir
à son
droit de veto si, dans la foulée, on n'admettait pas sans
conditions son poulain, la Croatie, que le Tribunal pénal
international (institution montée de toute pièce
par les
Ėtats-Unis pour culpabiliser leurs ennemis serbo-croates) battait froid
pour non-remise de "criminels de guerre". Un coup de
téléphone de Washington et Londres a suffi
à
changer le jugement de la juge Carla del Ponte qui, trouva
opportunément que les Croates coopéraient
parfaitement
avec ses services alors que ce n'était pas le cas la
veille (cf. notre
rubrique Lu,
dit, vu et...entendu).
Une justice internationale qui se met au garde-à-vous devant
les
puissants, on a déjà connu ça, mais
avec autant
d'empressement...?
L'Europe
affaiblie de l'après 29 mai a subi passivement le choix
des Anglo-américains dans un domaine vital qui affectera son
avenir à long terme. Cela n'a pu se produire, il faut le
souligner, qu'avec la complicité active du
président
français, Jacques Chirac, contre l'opinion majoritaire au
sein
de son peuple et de son propre parti politique. Et lorsqu'on se demande
quelle mouche peut avoir piqué notre président,
on
s'entend répondre que le soutien à Ankara
s'inscrit dans
la perspective d'un vaste "espace de paix, de démocratie et
de
puissance" capable de rivaliser demain "avec les grands ensembles"...
("Jacques Chirac, irréductible défenseur de la
cause
turque", Le Figaro,
5/10/05
). C'est alors qu'on se souvient du J.C.
déçu, voici quelques années de n'avoir
pas obtenu
des maîtres
de l'"Alliance" le contrôle d'un commandement sud de l'OTAN
devenu autonome. Sa grande zone de paix serait une revanche
concédée par une équipe
gouvernementale
états-unienne à bout de souffle,
prévoyant
déjà ses prochaines défaites
électorales.
La maîtrise d'une Turquie pacifiée serait en effet
la
clé de voûte de ce dispositif. Ce
que semble oublier
le président avec un tel projet, c'est qu'il s'inscrit tout
à fait dans la logique
israélo-états-unienne du
Grand Moyen-Orient destinée, d'une part à
stériliser (dépolitiser) le monde arabo-islamique
pour
mieux asseoir Isrël et son allié turc comme
puissance
dominante de la région au détriment de toute
résistance palestinienne, syrienne, iranienne, etc. et
d'autrepart, que cette zone-tampon, qui se voudrait le foyer d'un islam
laïcisé et occidentalisé, servirait
à
verrouiller la Russie et ses alliés, toujours susceptibles,
selon Washington et Londres, de redevenir la principale puissance
(traduire par "menace") continentale.
La France en souscrivant des deux mains à ce projet au moment où elle était en mesure d'y résister, abdique son rôle d'inspiratrice d'une Europe véritablement libre,ayant sa propre politique à l'égard des Arabes, des Turcs, des Iraniens, des Russes et des Chinois. Elle incarne ce que le géopolitologue François Thual appelle un sous-impérialisme : elle se met volontairement au service de l'impérialisme majeur ayant Washington pour capitale.
Est-ce le rôle qu'entendent se donner les Européens dans le nouvel ordre mondial qui se prépare ? Pas si l'on en croit l'évolution de nos opinions publiques. Est-ce la meilleure façon de rechercher la paix dans le monde ? Pas si l'on observe attentivement les résultats des initiatives anglo-américaines au Moyen-Orient, en Asie centrale, en Extrême-Orient et en Amérique latine.
La question, en tout cas, méritait un débat à la hauteur de l'enjeu.. Osons espérer qu'il aura lieu un peu plus tard. À condition que nous parvenions à surmonter cet autre obstacle qu'est l'américanolâtrie du couple Merkel-Sarkozy... Autre chapitre possible du livre noir de l'Europe..
Comme quoi, la question turque dépasse largement le problème des simples rapports entre l'Union européenne et la Turquie. Il s'agit avant tout du rapport de l'Europe avec elle-même.
Jacques Marlaud,
Cercle de Recherches et d'Ėtudes Métapolitiques (CRĖM)
5 octobre 2005
Nous recommandons, sur ce même sujet, l'excellent éditorial d'André Larané dans le n° d'octobre de la revue Hérodote, lisible sur le site : http://www.herodote.net/editorial0410.htm#haut
4 juillet 2005 : Kaliningrad ou "Base Alliance" ?
(éditorial mis en ligne fin août 2005)
Le dimanche matin 4 juillet 2005, derrière la façade de micro-événements et de simili-information, le marketing des capitales rivales pour les JO de 2012, les feux au sud, les inondations au nord, les avanies des juilletistes sur les routes et les plages de vacances, la dernière étape du Tour de France, etc. deux nouvelles concernant des enjeux décisifs pour l'Europe en devenir se sont télescopées dans les bulletins d'information sans que la plupart des auditeurs ne leur accordent l'attention qu'elles méritent.
Dans la première, on relatait la rencontre de Kaliningrad, l'ex-Königsberg, entre les trois chefs d'État du nouvel axe Paris-Berlin-Moscou, né en 2003 en pleine tourmente irakienne face à l'alliance montée par GW Bush pour appuyer son agression de l'Irak.
Le choix du lieu de cette rencontre n'était pas fortuit. L'ancienne capitale de la Prusse orientale, patrie du philosophe Kant, dont les habitants ont été chassés massivement et en partie exterminés lors de sa conquête par l'armée rouge à la fin de la deuxième guerre mondiale, est aujourd'hui une enclave russe cernée par la frontière de pays baltes devenus membres de l'Union européenne. Il a d'abord fallu s'entendre sur la facilitation du passage d'une partie de la Russie à une autre en passant par l'U.E.. Les discussions ont été âpres, mais c'est chose faite, et la rencontre au sommet de Kaliningrad scellait en quelque sorte cette nouvelle détente entre anciens adversaires, ceux de la guerre russo-allemande et ceux de la guerre froide. En cette occasion, Kaliningrad est devenu la capitale d'une nouvelle entente grande-européenne.
Pour bien
marquer sa différence avec l'euro-atlantiste Tony Blair, qui
préside actuellement l'Union européenne, Jacques
Chirac
fera deux petites plaisanteries malveillantes à l'intention
de
son rival anglais en disant que rien ne saurait venir de bon de la part
de gens qui font une aussi mauvaise cuisine , et que la seule
contribution britannique à la Politique Agricole Commune fut
la
vache folle.
Derrière
ces boutades, l'enjeu qui se dessine est beaucoup plus important : il
s'agit de savoir si les Européens continueront ou non de
s'aligner indéfiniment derrière l'hyper-puissance
américaine au détriment de leurs
propres
intérêts où s'ils auront enfin la force
de
s'arracher à l'emprise du tuteur yankee pour enfin
voler
de leurs propres ailes. Les commentaires du ministre
français
des affaires étrangères, Philippe Doust
Pour bien marquer sa différence avec l'euro-atlantiste Tony
Blair, qui préside actuellement l'Union
européenne,
Jacques Chirac fera deux petites plaisanteries malveillantes
à
l'intention de son rival anglais en disant que rien ne saurait venir de
bon de la part de gens qui font une aussi mauvaise cuisine , et que la
seule contribution britannique à la Politique Agricole
Commune
fut la vache folle.
e-Blazy (sans doute le personnage le plus falot qui ait
occupé
ce poste depuis longtemps) augurent mal d'une sortie de crise originale
: "L'Europe ne saurait tolérer que l'Iran se dote de l'arme
nucléaire". Et pourquoi non ? Il est probable, de toute
façon qu'il l'ait déjà ou soit sur le
point de
l'avoir, comme Israël, le Pakistan et la
Corée du
nord, trois États peu sûrs contre lesquels aucune
mesure
de rétorsion sérieuse n'a
été prise (
hormis le rideau de fer qui a précédé
l'enjeu
nucléaire et continue de diviser les deux
Corée
en affamant tout un peuple avec la
bénédiction de
Washington ). Les précédents ont
démontré
qu'il est impossible d'empêcher la dissémination
des
technologies militaires de pointe vers les États qui ont les
moyens et la volonté de les acquérir.
Comme le
reconnaissent la plupart des spécialistes, s'ils ne l'ont
pas
déjà, le Brésil, l'Argentine et le
Japon, entre
autres, peuvent se doter du feu nucléaire et des missiles
porteurs à tout moment. Le jeu du chat et de la souris avec
l'Iran relève plus du simulacre que d'une option
géopolitique sérieuse. La République
islamique
sait par ailleurs que la situation internationale
désastreuse
aggravée par les guerres de M. Bush (enlisement irakien,
impasse
palestinienne, explosion du prix du pétrole) lui donnent une
position de force au point que, en ce début août,
elle se
permet de poser un ultimatum à l'Europe : soit nous
fournissons
le combustibles, les technologies et les financements
destinés
à leurs centrales nucléaires en les
réinsérant dignement dans la
"communauté
internationale", soit ils reprennent sans sommation leurs
activités d'enrichissement de l'uranium. Les milieux
d'affaires
tant en Allemagne qu'en France et en Russie, totalement exclus de la
"reconstruction" en Irak poussent dans le sens du premier terme de
l'alternative. Mais bien entendu, la pression
américano-israélienne dans l'autre sens est
considérable (en témoignent les
récentes visites
"amicales" de Bush et Sharon sur le vieux
continent).
Nous
étions à la veille de la rencontre au sommet du
G8 et
Messieurs Poutine, Schröder et Chirac avaient
décidé
de faire front commun
face à l'hégémonie
américaine sur quelques
questions litigieuses : l'Irak,
bien sûr, mais aussi la suite, à savoir les
prochaines
cibles potentielles des
États-Unis, notamment l'Iran dont la vocation de puissance
géopolitique
moyenne en plein essor, et surtout son intention à peine
voilée d'obtenir le
statut de pouvoir nucléaire heurte de plein fouet les
ambitions
israélo-états-uniennes de maintenir
indéfiniment
sous tutelle le monde
arabo-persan.
Rien
n'a filtré de cette rencontre mais on devine que les
continentaux font leur
possible pour négocier une solution à la crise
entre l'Iran et l'AIEA
(l'Agence Internationale de l'Énergie Atomique) qui
empêche les États-uniens
d'imposer des sanctions internationales contre
l'Iran, prélude à une croisade
contre la République islamique qui ne ferait qu'aggraver la
situation
catastrophique causée par leur propre enlisement
interminable en Irak.
Quelle qu'en soit l'issue, le clivage entre la conception euro-atlantique de la géopolitique européenne et l'option continentale semble désormais se reproduire à chaque occasion importante. L'accord à propos de l'évacuation du Liban par l'occupant syrien, qui arrangeait tout le monde, n'était qu'une brève distraction des hostilités en cours.
L'autre nouvelle qui tombait ce 4 juillet 2005 nous apprenait que depuis un certain temps, le prétexte du 11 septembre 2001 avait permis à la CIA d'obtenir pignon sur rue à Paris pour chasser sur place, en collaboration avec notre DST les terroristes réels ou potentiels. Il s'agit de l'opération Base Alliance. Sachant que ex officio les secrets des bureaux de renseignements ne se partagent généralement pas, cette ouverture officielle de notre territoire à la plus importante agence d'information et de désinformation de la planète, compte tenu des rapports tendus entre les deux gouvernements depuis quelques années, est tout-à fait surprenante. Bien entendu, la lutte contre le terrorisme est un objectif prioritaire, mais avons-nous dans cette guerre les mêmes objectifs et méthodes que les États-Unis ? Et ne sommes-nous pas capables, en association avec nos partenaires européens, de résoudre seuls les problèmes auxquels nous sommes confrontés sur notre propre territoire ? Le geste consistant à laisser s'installer chez nous une antenne de la CIA est éminemment politique. Il ne peut que bénéficier au "protecteur" américain qui, pour pallier son discrédit international croissant, cherche tous les moyens de redorer son blason et de resserrer les rangs d'une "alliance" en voie de dissolution.
Quelle est donc l'étoffe de ces hommes d'État européens qui, à propos de l'Iran, de la Turquie, de la Chine ou du Moyen-Orient craignent d'indisposer les maîtres du monde alors que tout indique que leurs intérêts seraient mieux servis en leur résistant, et qui vont jusqu'à les installer chez eux au cœur même de leurs dispositifs d'information et de défense ?
L'Europe a encore des progrès à accomplir sur les chemins de la liberté et de la paix. Elle ne les empruntera, éventuellement, que sous ... la pression de ses peuples.
L'axe ébauché cet été à Kaliningrad doit se renforcer et abolir au plus vite la collaboration entamée à Paris avec ceux qui occupent encore militairement le sol de l'Europe, ont cherché à nous entraîner dans la désastreuse aventure irakienne et divisent le vieux continent pour mieux régner sur lui.
Patrick Keridan
Éditorial de L'Esprit Européen n° 12, été 2004, toujours d'actualité:
L'Europe à la recherche d'une souveraineté perdue
Jamais
depuis le début de son histoire, quel que soit le moment
où l’on choisisse
de la faire débuter, l’idée
européenne n’est tombée aussi bas
dans l’estime des peuples. Au scrutin de juin 2004 seulement
45,5% des électeurs
de l’Union européenne
ont daigné se déplacer alors qu’ils
étaient 49,4% en 1999 et 63% en 1979,
pour la première élection du Parlement
européen. De surcroît, les résultats
affichent une forte progression des eurosceptiques et des
anti-européens.
Indifférence et hostilité sont encore plus
remarquables chez les nouveaux
membres de l’Union : à peine 17% des Slovaques,
20% des Polonais et moins de
30% des Estoniens et des Slovènes ont voté, alors
que leurs affinités avec
leurs frères européens de l’Ouest ne
font aucun doute et que leur plus
grande joie, il y a quinze ans, fut de voir tomber enfin les
barrières idéologiques
qui hérissaient le continent de miradors et de
barbelés.
À qui donc s’adresse ce cinglant désaveu ? Certainement pas — sauf peut-être chez une infime minorité — à l’idée européenne en tant que telle, à l’esprit de la réunification, de la paix, de la fraternité retrouvée, du rapprochement culturel et de la convergence économique, de la collaboration active en vue d’une fusion des dispositifs de défense et d’une harmonisation des politiques extérieures. Cette Europe-là est en marche et rien ne pourra l’arrêter. La mauvaise humeur des “ souverainistes ” qui mènent un combat d’arrière-garde en faveur des privilèges nationaux battus en brèche par la mondialisation sauvage d’une part et par les revendications régionales d’autre part, est incapable de l’entraver, comme le montre le résultat stationnaire ou en déclin de leurs formations, notamment en France.
L’idée européenne est sauve si l’on en croit la rumeur, les sondages, les échanges réels, en pleine croissance, des Européens entre eux. Ce qui est en cause est la manière dont cette idée est vécue par ses peuples et interprétée par ceux qui s’autorisent à parler en son nom à Bruxelles, à Strasbourg et sur tous les forums internationaux, de l’OMC au G 8 en passant par l’OTAN. Ceux-là, technocrates et politiciens, lobbyistes des multinationales mi-européennes et mi-mondiales, font tout leur possible pour que l’intérêt général européen, le Bien commun de la Cité européenne, ne soit pas la première des priorités face aux enjeux et aux dangers du monde.
En juin 2004, la véritable pensée globale s’élabore et se débat dans une absence totale de transparence à New York (Conseil de sécurité de l’ONU), à Sea Island (G 8), à Dublin (rencontre USA-UE) et à Istanbul (sommet de l’OTAN). Il ne reste plus à Strasbourg et à Bruxelles qu’à entériner et appliquer à la zone Europe les recettes (OGM, anti-terrorisme, ouverture des marchés, flux de capitaux et de migrants, taux d’intérêts, sécurité globale, aide humanitaire, “ désarmement des États voyous ”, etc.) concoctées par ces instances suprêmes de l’État mondial qui, pour n’avoir pas de légitimité institutionnelle, n’en existe pas moins dans les faits, appuyé par une capacité de projection militaire et une force de rétorsion financière sans précédent.
La Grande Europe, pour cet État mondial américanocentré, c’est un peu comme le Grand Moyen-Orient de G.W. Bush, une zone d’influence émasculée, stérilisée, alliée de gré ou de force au Grand Protecteur, dont les traditions politiques, culturelles et religieuses ont été “ démocratisées ” et libéralisées aux normes occidentales. Zone intégrée (ou intégrable) au marché mondial et au dispositif de défense régional. La Turquie, Israël, la Jordanie, l’Égypte et la plupart des États pétroliers du Golfe Persique s’insèrent dans le schéma grand-moyen-oriental. Les récalcitrants, (l’Iran et la Syrie, notamment, après la Serbie, l’Afghanistan et l’Irak) seront soumis tôt ou tard, du moins en est-on convaincu à Washington.
Les bons élèves de la Grande Europe sont les nouveaux arrivants, tels la Pologne, la Tchéquie, la Hongrie, la Bulgarie auxquels, à grand renfort de subventions, de promesses, d’intégration à l’OTAN, on a soufflé qu’il n’y avait plus aucune raison, pour une Europe réunifiée, de prétendre à l’indépendance diplomatique et militaire, aucune raison de penser qu’elle pût un jour avoir une divergence fondamentale avec les États-Unis et s’il le fallait, au nom de notre liberté, entrer en guerre avec eux. Nous avons pu constater le rôle du cheval de Troie est-européen au moment de la confrontation euro-étatsunienne sur l’Irak.
Heureusement, la vieille Europe n’est pas morte comme l’ont découvert, à leurs dépens, MM. Rumsfeld et Bush. Autour d’un axe Paris-Berlin-Moscou s’est organisée une résistance qui a empêché l’Amérique bushienne de plier le monde à sa volonté hégémonique. Cette résistance, appuyée par des manifestations populaires sans précédent (plus de 20 millions d’Européens sont descendus dans la rue entre janvier et mars 2003), s’articule autour de deux revendications principales : le respect du droit dans les affaires internationales et la promotion d’un nouvel ordre mondial fondé sur un équilibre multipolaire.
Mais cet axe diplomatique éphémère et cette opposition spontanée de la rue au néo-impérialisme états-unien ne se sont pas incarnés dans la durée à Bruxelles ou à Strasbourg. Au contraire, un mutisme assourdissant s’y est manifesté aux moments critiques à propos de l’Irak, de la Palestine, du Kosovo, ou de la création d’une force intereuropéenne d’intervention autonome.
Y avez-vous entendu une seule condamnation des États-Unis ou d’Israël ? Une seule proposition de référendum sur les frontières de l’Europe, et sur l’adhésion de la Turquie que cherche à nous imposer Washington ? Une seule exigence de fermeture des bases étatsuniennes sur notre sol ?
L’abstention est une manière de gifler ceux qui méprisent les peuples, en attendant de pouvoir les remplacer. Mais il faudra aller plus loin, sans doute jusqu’à l’insurrection populaire généralisée, avant que les Européens, à l’instar des Espagnols en mars 2004, ne chassent les “ collabos ” du pouvoir mondialiste, recouvrent leur indépendance et se donnent enfin un gouvernement à leur mesure : démocratique, fédéral et souverain.
Yves Argoaz
Éditorial de L'Esprit Européen n° 4, automne 2000, toujours d'actualité:
L'Europe
piétine toujours !
S’il
fallait traduire le sentiment de la
rue
à propos de l’Europe, on s’entendrait
sans doute dire: “ça piétine,
ça
patauge, ça bavarde, ça coûte cher et
ça ne m’intéresse pas...”
Faut-il s’en étonner lorsque les
vraies questions, les vrais débats,
les enjeux décisifs semblent se poser et se
décider ailleurs que dans les cénacles
et les forums qui prétendent avoir pour souci premier
l’avenir de notre
continent ?
Les
Danois ont dit non à la monnaie unique (approuvés
en cela par une majorité de
Suédois et de Britanniques, selon les sondages
publiés au début du mois
d’octobre) non pas par anti-européisme mais parce
qu’ils voient bien
qu’il n’existe pas de volonté unique (ni
même de volonté politique tout
court) derrière cette monnaie virtuelle qu’on met
en avant comme panacée
contre le roi dollar. Ce qui veut dire que sa valeur variera en
fonction d’intérêts
multinationaux sur lesquels les premiers
intéressés, les peuples d’Europe,
n’ont aucun pouvoir.
L’absence
de souveraineté européenne est manifeste dans
bien d’autres domaines. Le
sommet européen de Biarritz, à tous points de
vue, est le couronnement de
cette impuissance. En politique internationale, les
Européens s'essoufflent à
force de courir après
l’événement que d’autres
créent. Ils applaudissent
aux leçons de démocratie qui leur viennent de
Serbie après avoir avoir servi
d’auxiliaires aux Américains pour bombarder et
affamer ce peuple frère au
nom d’une interprétation contestable (et fort
contestée dans le monde) des
droits de l’homme et de l’ingérence
humanitaire. Mais en accueillant à
bras ouverts le nouveau dirigeant serbe, les dirigeants
ouest-européens
ont peut-être eu le bon sens de sauter sur
l’occasion de réparer les
graves erreurs commises au printemps 1999. Le proche avenir dira
s’il s’agit
là d’un simple mouvement d’humeur sans
suite ou de l’ébauche d’une
nouvelle géopolitique d’apaisement, de concorde et
de respect mutuel dictée
par l’intérêt
général européen
dans
les rapports avec
le versant
oriental de notre “maison
commune”.
De
la même façon, le Moyen-Orient pète
à la figure de l’Europe qui paie, une
fois de plus le prix de son suivisme docile de la politique
américaine dans la
région. Alors qu’une contre-initiative accentuant
la pression sur Israël,
pour contraindre cet État colonial à respecter
enfin les décisions de l’ONU,
aurait montré non seulement aux peuples arabes, mais au
reste du monde, que la
diplomatie communautaire, encore embryonnaire et tâtonnante,
n’était plus
une simple annexe de la Maison Blanche. Mais
hélas, l’Europe n’a pas appris
à saisir les occasions qui
s’offrent à elles, notamment en profitant des
échecs patents et répétés
de la diplomatie de la canonnière pratiquée par
les États-Unis. Ceux-ci
auront donc beau jeu de continuer à se prévaloir,
pour justifier leurs
interventions musclées dans le monde, soit de
l’appui des Européens dans le
cadre de l’OTAN, comme au Kosovo, même
s’il ne s’agissait que d’une
unité de façade, soit de la sempiternelle
division des Européens entre eux.
Par
ailleurs, à Bayonne, tout près du lieu
où les chefs d’État
délibéraient
sous la protection d’importantes forces de police, quelques
milliers de jeunes
manifestants basques sont venus rappeler, quelque peu violemment mais
très
justement, qu’il existait un peu partout en Europe des
communautés
culturelles estimant que leurs droits étaient encore
méprisés par le
“jacobinisme” centralisateur de certains grands
États. La France, entre
autres, n’a toujours pas ratifié la Charte des
minorités linguistiques et
culturelles; elle n’a pas répondu avec imagination
et générosité aux
revendications des peuples corse, breton et basque. L’Espagne
laisse
dangereusement pourrir son problème basque et
l’Angleterre traîne les pieds
dans sa décolonisation de l’Irlande... on ne
résoudra rien en se contentant
d’invectiver les “voyous”, les
“extrémistes” et les
“terroristes”.
Bref,
où que l’on se tourne, on peut voir le
fossé se creuser entre l’Europe des
États avec ses partitocraties, souvent corrompues, toujours
arrogantes, et l’Europe
des peuples , celle des Suisses, des Danois, des Autrichiens, des
Flamands, des
Serbes, des Basques, des Lombards, des Irlandais, celle des
Français, des
Italiens et des Allemands qui ont cessé de voter
“politiquement correct”,
s’abstiennent massivement où rejettent
énergiquement le monde sans âme et
sans peuples, déraciné et pollué, que
les discours des élus et les cordons
de police encadrent sans donner la preuve qu’ils le
maîtrisent pour le bien
commun.
Un
exemple flagrant d’occasion manquée pour
redynamiser l’Europe des peuples
nous est fourni par la Charte des droits de l’Union
Européenne publiée pour
l’occasion. Il s’agissait,
révèle le préambule, de
décliner les valeurs
communes aux Européens. Or, qu’y trouve-t-on ? Une
énième version des
droits de l’homme qui n’ajoute ni ne retranche rien
de substantiel au
contenu des diverses chartes constitutionnelles en vigueur dans les
pays
occidentaux (hormis, en ce qui concerne les États-Unis, la
question de la peine
de mort, et quelques détails à propos de la
législation du travail). On y
retrouve les grandes déclaration d’intention sur
l’interdiction de la
torture et des traitements dégradants, sans les clauses
destinées à éradiquer
l’inhumanité des prisons (notamment
françaises) où les trafics divers, les
viols, les tabassages et les suicides sont monnaie courante selon un
récent
rapport. On y réitère l’interdiction de
l’esclavage, du travail forcé et
de la traite des êtres humains, sans
envisager
de se doter de vrais pouvoirs d’intervention contre les
esclavagistes
d’aujourd’hui : les maffias de passeurs et les
exploiteurs de main d’œuvre
sous-payée dont les activités
prospèrent et se multiplient. On y réaffirme
le principe de la liberté de pensée, de religion
et d’expression alors que
nos médias et nos tribunaux sont encombrés de
chasses aux
sorcières et de délits
d’opinion, et que l’on impose des sanctions
aux peuples qui n’ont pas l’heur de voter
“comme il faut”.
On y prêche le respect de la
diversité culturelle,
religieuse et linguistique sans exiger des États une
véritable égalité de
traitement à l’égard des coutumes, des
rites et
des langues minoritaires.
Pour
faire court, on balance une fois de plus aux Européens les
grands principes
dont certains sont acquis, d’autres évidents, et
d’autres encore creux,
hypocrites et moralisateurs, mais on ne cherche pas à
définir une identité
européenne spécifique, un " Nous " dans lequel
nos
peuples se
reconnaîtraient et se distingueraient. On
n’évoque
même pas l’intérêt
général
européen ni la préférence
européenne comme
principes de politique fédérale.
Qui peut bien encore voter pour cette Europe qui n’ose toujours pas croire en elle-même ?
Yves Argoaz
******************************************************
Perspectives ÉDITORIAL Sommaire